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FABLE XCVIII

Un âne, triste objet d’une juste risëe,

Ayant vieilli sans porter le harnais,

La tête lourdement baissée,

Haranguait tous les gens, blâmait tous leurs projets. Disant : je suis d’un âge Où l’on est sage;

Écoutez-moi,

Suivez ma loi,*

Regardez bien ma barbe grise,

Surtout ne faites rien que je ne vous le dise;

Enfin, pas une fois,

On ne disait hier sans qu’il dît autrefois ;

C’était toujours sa langue,

Qui léchait le discours, polissait la harangue;

C’était toujours son tour,

On n’entendait plus que lui dans la cour;

A la fin on consulte Un chat-huant, grave jurisconsulte,

Auquel on dit : Mon révérend,

Cet âne est d’un poids assommant.

L’ennui, qui se prolonge, a la fin nous altère;

Comment faut-il donc faire?

Lors l’oiseau de Pallas dit, en tournant les yeux

Mépris, car il est sot! respect, car il est vieux!

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