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Fabliaux ou contes

Le Recueil d'anciens Fabliaux, traduits ou extraits par Legrandd'Aussy%a depuis plusieurs années presque tout-à-fait disparu de la circulation , et c'est avec difficulté qu'on en trouve des exemplaires , bien que deux éditions en aient été faites, la première en 1779, 4 vol. in-8,et l'autre, un peu plus ample, en 1781, 5 vol.

petit in-i2 : or ce livre n'étant point de ceux que leur médiocrité destine à un prompt et inévitable oubli, il devenoit nécessaire de le réimprimer, et l'auteur s'y étoit lui-même préparé par une multitude de notes, additions et corrections dont il se proposoit d'enrichir une édition nouvelle. La xnort vint l'empêcher d'accomplir son dessein, mais ses travaux n'ont pas été perdus. Propriétaire des volumes sur lesquels il avoit déposé toutes ses nouvelles notes et ses corrections, j'exécute ce qu'il n'eut pas le temps de fai^e, et je présente au public cette troisième édition qui vaudroit mieux sans doute si l'auteur lui-même

* Pierre-Jean-Baptiste Legrand d'Aussy^né le 4 juin i?^?» est mort le 1 5 frimaire an ix (6 décembre 1 8oo).Le 5 prairial an vi (2 4 mai 179^)» il avoit été nommé membre de l'Institut, classe des sciences morales et politiques, succédant à Gaillard. Le 14 pluviôse an xi (3 février i8o3) , il fut remplacé par Dom Poirier^

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avoit pu y donner tous les soins pour lesquels j'ai essayé de le suppléer.

Lorsque , par un travail opiniâtre , Legrand a exhumé d'une multitude d'anciens manuscrits les pièces pour la plupart inconnues dont il a formé son Recueil, il étoit bien loin de ne prétendre qu'à publier une suite d'historiettes récréatives ; il travailloit par un motif bien plus élevé, et n'a voulu rien moins que réunir et présenter, en un corps d'ouvrage attrayant dans son ensemble , une série de témoignages irrécusables, prouvant sans possibilité de réplique que ce sont ces compositions , les unes enjouées , les autres superstitieuses ou dévotes, qui ont signalé et commencé la renaissance des lettres en Europe, et que c'est aux vieux poètes et conteurs de la littérature primitive de nos contrées d'endeçà de la Loire , à la langue à'oïl ^ ou romane françoise, que beaucoup d'autres conteurs françois et étrangers, italiens , anglois , etc. , ont emprunté une partie des joyeux récits qui les ont rendus célèbres.

Cette tâche que Legrand s'étoit imposée pour l'honneur de notre ancienne littérature , il l'a remplie avec un rare bonheur, et il a su faire un livre que son apparente frivolité met dans les mains d'un très grand nombre de lecteurs et de ceux mêmes auxquels un ouvrage de pure érudition

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inspireroit une sorte d'effroi. Tel qui n'a cherché dans celui-ci que de plaisantes historiettes , se trouve entraîné à ne pas négliger une seule des notes aussi curieuses qu'instructives où se lisent tant d'intéressants détails sur les coutumes , les mœurs , les actes de la vie commune et privée , les habitudes morales et religieuses de ces temps pour nous si obscurs , et moins connus que des époques bien autrement reculées ; et plus d'une réflexion philosophique ou morale a trouvé faveur à la suite du conte quelquefois assez peu moral qui en avoit été l'occasion.

Aussi lauleur a complètement atteint son but, et son livre , en même temps qu'il est à l'usage de la multitude de ceux qui en lisant veulent surtout s'amuser, est en quelque sorte une lecture obligée pour quiconque veut pénétrer un peu avant dans la connoissance des temps du moyen âge : sous ce rapport il est devenu classique dans l'espèce.

Je n'ai pas cherché à lui faire prendre une physionomie plus scientifique : l'auteur montre bien ne l'avoir jamais voulu, et M. Raynouard, le meilleur des juges peut-être en pareille matière , m'a très positivement conseillé dans le même sens. Je le priai avec instance de prendre le soin de mon édition nouvelle. « D'autres occupations « ne me le permettroient pas , me répondit-il ; « mais d'ailleurs ce ne seroit pas ce qu'il vous

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« faudroit. L'auteur a voulu faire un livre agréable « et de facile lecture : laissez-lui sa physionomie. « Communiquez au public les additions et corce rections qui sont en vos mains; faites-en de votre « côté quelques-unes si l'occasion s'en présente , c< mais que l'ouvrage reste ce qu'il est; n'en chance gez ni l'esprit ni l'ensemble. Gardez-vous surtout « de vous laisser induire à reconstruire l'édifice « ou à le dénaturer par d'inutiles accessoires qui « en changeroient la destination et l'usage; en un « mot, faites vous-même votre édition. »

Au risque de demeurer en arrière de mes obligations, j'ai suivi ce conseil, et voici l'édition telle que je l'ai pu faire. Grâces aux nombreux travaux de l'auteur et à quelques soins de ma part , elle est de beaucoup supérieure aux deux autres : on la trouvera plus ample , souvent rectifiée , même dans le style: c'est le même livre, mais qui vaut bien mieux. Les citations généralement exactes, quoiqu'on se soit plu à attaquer la réputation d'exactitude de l'auteur, quelquefois même après l'avoir copié sans mot dire , ont été pour la plupart vérifiées, ainsi que les passages en ancien langage qui sont répandus dans le cours du livre. Je ne parle point de la correction typographique : c'est un devoir dont l'acquittement est plus difficile qu'il ne sembleroit, mais qui toujours est d'étroite et rigoureuse obligation. J'ai tâché qu'en

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ce point ma responsabilité n'ait pas à se trouver fréquemment compromise. Quant à l'exécution typographique, ouvrage d'un de mes fils, c'est au lecteur à la juger. Les pièces du procès sont sous ses yeux, et je ne doute pas que l'examen ne soit tout favorable à l'imprimeur.

Sur les dix-huit dessins des gravures qui ornent ce livre , et desquels je m'étois occupé dès 1 812 , aussitôt après l'acquisition de la copie de l'ouvrage, quinze étoient achevés par Moreau, lorsque, le 3o novembre i8i4, la mort vint enlever aux arts cet artiste habile qui, malgré ses soixante-et-treize ans , étoit encore dans la force de son talent, et donnoitle droit d'espérer que, pendant plusieurs années encore , il continueroit d'ajouter à ses brillantes et ingénieuses productions. Les trois dessins qui manquoient ont été faits par Alexandre Desenne qu'une mort trop prompte , arrivée en 18.27 lorsqu'il n'avoit encore que 42 ans, a empêché de s'élever à toute la réputation dont son talent supérieur lui étoit un bien sûr garant.

La plupart des Fabliaux traduits par Legrand ont été , d'après sa prose , mis en vers par Imbert , 1788, 2 vol. in-i2. Ces imitations ne sont pas toutes heureuses, et plusieurs se ressentent de la manière un peu tourmentée de ce versificateur. J'ai pensé néanmoins que quelques-unes des meilleures de ces pièces, réparties dans mes volumes,

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y jetteroient une agréable variété, et qu'on aimeroità les comparer, soit avec les mêmes en prose, soit quelquefois aussi avec la vieille poésie des contes originaux. On y trouvera aussi une courte imitation angloise de Pope.

Le succès du recueil des Fabliaux ne s'est point borné à la France. J'ignore jusqu'à quel point les Allemands ont pris intérêt à un travail relatif à des antiquités littéraires qui ne sont point celles de leur langue, ni de leur pays*; mais en Angleterre il est souvent cité, et indépendamment de la traduction en vers anglois de Parthénopex, publiée, en 1810, par M. Stev^art Rose, d'après la version de Legrand , plusieurs fabliaux ont été , et aussi d'après sa prose , mis en vers par G. L. Way.De ce recueil anglois, il a été fait trois édi-

En 1827, a été publie en Allemagne un volume m-8 , sous ce litre : Die Poésie der Troubadours , etc. La Poésie des Troubadours , d'après des ouvrages imprimés et des manuscrits , par Fr. Diex , professeur à l'Université de Bonn.

Cet ouvrage, écrit à l'occasion des travaux de M. Raynouard sur les Troubadours , n'a pas un rapport direct avec le Recueil de Legrand. Je le mentionne à cause de l'opinion de son auteur sur la priorité entre les poètes provençaux et ceux de la romane françoise. Selon lui , les François auroient imité les Provençaux dans leur poésie lyrique, où la langue plus douce et plus harmonieuse donnoit à ceux-ci un grand avantage sur les poètes qui employoient l'idiome bien plus rude d'en-deçà de la Loire ; mais il convient de l'influence que les poètes François ont eue sur les Troubadours au sujet des poésies narratives , c'est-à-dire pour les fabliaux, contes, lais, chroniques, légendes, etc.

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lions, dont la dernière est de i8j 5 , 3 vol. in-8 , avec une préface du savant Ellis , extraite et abrégée de celle de Legrand.

Quoique la Dissertation sur les Troubadours , qui parut, en 1781 , dans l'édition in-12, où elle commence le second volume , y soit déjà d'une certaine étendue , je ne devois pas omettre les nouveaux développements que depuis ajouta Fauteur, et qui font partie de son travail pour l'édition nouvelle qu'il projetoit. Il y répond victorieusement aux objections et aux critiques suscitées par son opinion sur la priorité qu'il réclame pour les poètes ou tromeurs de la romane françoise, et sur les emprunts que leur ont faits et nationaux et étrangers. Mal attaqué, il s'est très bien défendu , et réimprimer les dissertations sans leurs nouveaux développements eût été priver l'auteur des avantages d'une légitime défense, et passer condamnation sur des reproches dont il démontre l'injustice. EUis , qui paroît n'avoir connu que l'édition in-8 de 1779? ne parle point de la Dissertation de 1 781, et reproche à la préface du tome premier d'être desuU tory ( manquant de méthode ). Il est probable qu'avec les additions et changements faits par l'auteur à l'une et à l'autre pièces, il n'y auroit plus lieu à cette observation critique. Quant à la fréquence des notes et à l'étendue un peu consi-

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dérablede quelques-unes d'entre elles ,il ne faut pas oublier qu'elles sont l'objet principal du livre, qu'évidemment les Fabliaux sont mis en recueil comme le thème et l'occasion des notes auxquelles ils donnent lieu; et d'ailleurs elles ont en général un intérêt si réel , que l'on seroit plutôt tenté de ne les pas trouver assez nombreuses.

Très peu de personnes se livrent à l'étude approfondie des origines de notre langue ; mais il en est beaucoup peut-être à qui il seroit agréable de faire connoissance avec quelques-uns de nos fabliaux dans leur ancien costume , et de prendre une idée de cette vieille langue qui est venue par degrés nous donner les Provinciales et les Tragédies de Racine. Pour éviter l'embarras d'aborder les manuscrits originaux qu'on ne s'avise guère d'aller requérir, et dont l'usage n'est rien moins que facile, et aussi pour que l'on puisse même ne passe trouver obligé de recourir aux recueils imprimés de ces sortes de pièces, j'ai ajouté à la fin de chacun de mes cinq volumes , et dans leur langage original, quelques-uns des fabliaux les plus intéressants que le même volume donne en françois moderne; et, dans ce nombre, plusieurs pièces sont ici imprimées pour la première fois, telles que le Chien et le Serpent , le long fragment de Parthénopex , les deux de GriselidiSy etc. Pour celles-ci et pour toutes les autres dont j'ai pu me faire com-

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muniquer les manuscrits, j'ai à plusieurs reprises conféré, soit ma copie écrite, soit les épreuves sur le texte original. A cette occasion je ne veux pas manquer de témoigner ma gratitude envers MM. les Conservateurs des manuscrits de la Bibliothèque royale pour la complaisance avec laquelle ils ont mis à ma disposition plusieurs manuscrits nécessaires à mon travail. M. Raynouard, qui auroit si habilement dirigé tout l'ouvrage , m'a donné plus d'un conseil aussi judicieux qu'utile. C'est à M. Méon que je dois d'avoir su que l'intéressant récit du Chien et du Serpent fait partie du Dolopatosy et j'ai eu de l'inépuisable complaisance de M. Van-Praet plus d'un renseignement dont j'ai fait bon emploi.

Comme mes cinq cahiers de poésies anciennes ne contiennent qu'une partie des pièces originales , et qu'il existe trois recueils assez récemment imprimés où on les trouve presque toutes,* j'ai eu le soin d'indiquer, après chaque traduction ou extrait , le volume et la page où le même récit se trouve en langage ancien dans l'un ou l'autre de ces trois recueils.

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