DANS UNE TOUR
que sa femme avoit quelque raison secrète pour le faire tant boire certains jours; et, afin de s'en éclaircir, il contrefit l'homme ivre, se coucha à son ordinaire, et feignit aussitôt de s'endormir. L'épouse, selon sa coutume, alla prendre les clefs et descendit : il descendit aussi après elle, mais ce fut pour mettre le verrou en dedans.
Je vous laisse imaginer la surprise de la belle, quand elle revint et qu'elle sentit la porte fermée. Il fallut bien se résoudre pourtant à appeler le jaloux et le prier d'ouvrir. Elle demanda grâce, pleura, supplia, promit que, s'il consentoit à lui pardonner, jamais dans la suite il n'auroit à se plaindre d'elle: larmes, prières, tout fut inutile. Il répondit qu'il alloit avertir ses parents de sa conduite, et la prévint qu'elle pouvoit renoncer pour toujours à tout héritage qui viendroit de lui. Elle fit encore quelques instances pour le désarmer; mais le trouvant inflexible : a Eh bien ! dit-elle, puisque je serois malheureuse «et déshonorée, il vaut autant mourir. Adieu, «je vais me jeter dans le puits qui est ici près. « Mon cadavre bientôt sera porté à mes parents; tf ils accuseront de ma mort votre jalousie; ils « vous appelleront en justice, et je suis sûre « d'avance d'une vengeance prochaine. » •
Ces menaces auxquelles il n'ajoutoit pas beau-
i5o DE CELUI QUI ENFERMA SA FEMME
coup de foi, ne le touchèrent guère plus que les prières; il refusa toujours d'ouvrir. Mais toutà-coup un bruit se fit entendre, comme de quelqu'un qui tomberoit dans l'eau. Au retentissement du coup, le bachelier ne douta pas que sa femme ne se fût noyée : il descendit à la hâte , une chandelle à la main , et courut avec effroi vers le puits.
Qu'une femme est adroite et qu'elle a de malice ! C'étoit une grosse pierre qu'avoit jetée celle-ci ; et la rusée , qui prévoyoit bien que son mari alarmé ne manqueroit pas de sortir, étoit venue doucement se ranger le long de la maison, dans l'espérance de pouvoir s'y glisser dès qu'il seroit dehors : c'est ce qui arriva. Elle entra sans être aperçue, ferma les verroux, et alla se mettre à la fenêtre pour voir ce qu'il deviendroit. Après avoir bien regardé dans le puits et aux environs , après avoir cherché partout et même appelé, il s'en revint. Mais lorsqu'il fut question de rentrer, il vit qu'il avoit été pris au piège. Force lui fut alors de prier à son tour. Il promit même à sa femme, si elle vouloit ouvrir, d'oublier tout ce qui étoit arrivé, et de ne lui en jamais parler tant qu'il vivroit. « Ah! ah! vous a avez changé de ton en bien peu de temps, « dit-elle. J'avois beau prier tout-à-l'heure, vous « faisiez le méchant, vous me menaciez de mes
DANS UNE TOUR. i5i
« parents. Eh bien! je vous annonce, moi, que « dès qu'il fera jour, je les fais venir ici pour me « plaindre à eux de votre conduite , et pour leur « demander justice d'un libertin qui m'enferme « dans une prison , tandis qu'il va courir dehors « toutes les nuits. »
Elle tint parole : et quand ses parents arrivèrent , elle leur fit beaucoup de plaintes de son mari, en protestant qu'elle ne pouvoit plus tenir dans une maison où on la rendoit malheureuse de toutes manières. Les parents trompés traitèrent leur gendre fort durement et l'accablèrent de reproches. Ces reproches même, qu'ils eurent soin de répandre dans le public, influèrent sur sa réputation et le firent mésestimer ; ce fut là tout ce que gagna le maladroit pour avoir enfermé sa femme. Celle-ci, au contraire, eut l'adresse de se tirer d'un mauvais pas, et par son esprit vint à bout de rendre bonne une cause qui ne l'étoit guère.
Le poète , pour prévenir les jugements défavorables que son historiette pourroit faire naître sur les femmes, ajoute :
Mais ne sont mie totes maies :
Aucunes en i a loyales :
Quand feme velt torner à bien , Ne la puet conti'evaloir rien.
Recueil de Barbazan, tome ii, page 99.
i52 DE CELUI QUI ENFERMA SA FEMME
Voici le second fabliau que Molière a daigné immortaliser en l'imitant, et c'est l'original de son George Dandin. M. Bret dit qu'il l'a tiré de Boccace. Je le crois aussi, parce que je suis très convaincu, encore une fois, que jamais Molière n'a lu ni su lire nos poètes manuscrits du treizième siècle. Mais Boccace qui écrivoit son Décaméron vers le milieu du quatorzième , Boccace qui étoit venu jeune à Paris et avoit étudié dans l'Université , où notre langue et nos auteurs lui étoient devenus familiers, Boccace a pris son conte dans nos fabliers. De ses Cent Nouvelles , il y en a un grand nombre qu'il a copiées d'après eux. On peut en voir les preuves dans cet ouvrage. Je pourrois même probablement en citer davantage, si tous leurs contes étoient parvenus jusqu'à nous , ou si j'avois pu avoir connoissance de tous ceux, qui y sont parvenus.
Au reste, cet écrivain convient de bonne foi, qu'il n'est point inventeur ; et loin que je veuille , en faisant ces remarques , arracher quelques fleurs à la couronne que lui a décernée tout d'une voix Tltalie , j'avoue que le talent de l'imitation , quand on le possède au degré de perfection de La Fontaine et de Boccace , est supérieur à celui de l'invention peut-être. Au moins conviendra-t-on qu'il est beaucoup plus rare.
Si j'avois un reproche à faire au conteur florentin, ce seroit de n'avoir point déclaré ce qu'il doit à nos poètes. Que cette foule d'imitateurs qu'à chaque conte on voit cités ici à la file aient manqué envers eux de reconnoissance , je les excuse: ils se sont tous pillé les uns les autres, et ne les. connoissoient pas. Mais Boccace , encore une fois, qui s'étoit enrichi de leurs dépouilles , et qui leur devoit sa brillante renommée , j'ai de la peine à lui pardonner ce silence ingrat.
Le fabliau de Pierre d'Aufol se trouve dans le recueil do SansovÛKx.
DANS UNE TOUR. i53
Dans le Passa tempo de curiosiy page 102.
Et dans le Grand Caton en vers.
D'Anfol lui-même ne l'a point inventé: il l'a tiré du Do~ lopatos ou Roman des Sept Sages , ouvrage singulier et bizarre qui peut se glorifier d'une des plus heureuses destinées qu'aucun livre ait jamais obtenues , et dont je ne puis m'empécher de dire un mot ici , parce que plusieurs de ses contes se trouvent parmi les fabliaux.
Originairement écrit en indien par un certain Sendebad qui vivoit un siècle avant Jésus-Christ, il fut traduit en persan , et successivement du persan en arabe , de l'arabe en hébreu , de l'hébreu en syriaque et du syriaque en grec. ( Mémoires sur le Dolopatos , par M. Dacier, de l'académie des Belles-Lettres). Au douzième siècle, un moine françois, nommé Dom Jean, de l'abbaye de Hauteselve, le traduisit du grec en latin. Sur la fin de ce même siècle un nommé Herbers le mit du latin en langue romane , ce qui le répandit en France. Quelques-uns de nos poètes s'amusèrent à le rimer, et j'ai trouvé dans les manuscrits de la Bibliothèque du roi deux de ces versions en vers. Depuis il fut mis en prose moderne et imprimé. Il a été traduit en allemand: il l'a été en italien sous le nom du Prince Erastus ; et cette traduction a été retraduite en françois et en espagnol. On l'a imprimé en latin sous le titre de De Calumnia novercalL En un mot , ce roman , qui aujourd'hui probablement est perdu dans l'Inde, se trouve dans presque toutes les langues et toutes les bibliothèques d'Europe. Mais l'on conçoit qu'à travers ces translations si multipliées , il a dû bien changer sur la route.
Dans toutes cependant le fonds principal est le même. Un roi veuf s'est remarié en secondes noces, et il a du premier lit un fils dont il a confié l'éducation à sept philosophes ou &ages. La nouvelle reine devient amoureuse du jeune prince
i54 DE CELUI QUI ENFERMA SA FEMME
et cherche à le séduire. Rebutée par lui , elle l'accuse auprès de son père, qui le condamne à mort ; mais un des instituteurs arrive: il raconte une histoire dont la morale est qu'il faut se défier des apparences, et la sentence est révoquée. La reine, le lendemain , vient raconter une autre histoire qui détruit l'effet de celle du sage : en conséquence nouvel arrêt de mort. Le soir, nouvelle réponse d'un des instituteurs et nouveau pardon. Le procès dure ainsi pendant sept jours , ce qui fait quatorze histoires. Au bout de ce temps , le fils trouve moyen de faire reconnoître son innocence , et la reine est condamnée.
Tel est le canevas du Dolopatos chez tous les traducteurs. Mais tous se sont cru permis d'y faire des changements , d'en supprimer quelques histoires, d'en ajouter d'autres, et de l'habiller chacun à la mode de leur nation. Les uns mettent la scène sous Cyrus , d'autres sous Domitien , ceux-ci sous Vespasien , ceux-là sous Nourschirvan. Le nom du fils, celui de la mère , ceux des gouverneurs varient de même dans presque tous. Les Orientaux surtout, qui rarement se donnent la peine de traduire un livre sans y ajouter du leur, ont tellement amplifié celui-ci, que de sept journées dont il étoit composé dans l'original, ils l'ont fait monter à quarante, et c'est ainsi que nous l'a donné Galland, sous le titre des Quarante Visirs^ dont il n'a pourtant traduit que les contes les plus jolis.
Il est assez difficile, au milieu de tous ces déplacements, de reconnoître les contes primitifs de Sendebad. Jepourrois dire la même chose de ceux de Bidpaï et de tous les contes orientaux qiie j'ai occasion de citer ici comme imités par les fabliers. Il est très certain que , dans ce nombre , plusieurs sont postérieurs à ceux de nos poètes , et peut-être viennent d'eux. En Europe , les mahométans étoient en exécration, on ne prononçoit leur nom qu'avec horreur. Quand on est instruit de l'histoire des croisades, on sait qu'en Asie ce n'a pas été toujours la même chose , et qu'il
DANS UNE TOUR. i55
y a eu des intervalles de paix pendant lesquels les deux nations se sont réunies par des alliances, des fêtes et toutes les apparences de l'amitié la plus sincère. C'est ainsi que nous connûmes les usages arabes , dont une infinité furent transplantés en France : c'est ainsi que quelques-uns des chefs de cette nation apprirent à estimer notre chevalerie et voulurent être armés par des chevaliers chrétiens ; et , comme nos poètes, dans ce commerce mutuel, s'approprièrent plusieurs de ses contes, il se pourroit très bien qu'elle en eût aussi adopté quelques-uns des nôtres , qui aujourd'hui se trouvent également et dans nos recueils et dans les siens. Mais comment les reconnoître et les distinguer? Dans ce doute, j'ai pris le parti le plus généreux; celui d'attribuer généralement aux Orientaux tous les fabliaux quelconques que je rencontrerai dans leurs ouvrages. Je l'ai déjà fait pour le Lai dt Aristote , pour les Cheveux coupés , etc. ; j'ai donné à Sendebad le Mari qui enferma sa Femme, parce qu'il est dans le Dolopatos moderne; et je lui ;iccorde par la même raison , les deux fabliaux suivants qui s'y trouvent aussi, et le conte si touchant du Chien et du Serpent, qui est à la fin du premier volume.
Le premier n'est pas trop fait , non plus que celui qu'on vient de lire , pour être cité en exemple par des sages ; mais de tout temps les gens d'un âge mûr ont fait consister la sagesse à fuir les femmes , et les vieillards à en dire du mal.
NOTE
- (i)Le titre de ce fabliau annonce une tour, et dans le conte il ne s'agit que d'une maison. Ces deux mots sont ici employés comme synonymes. On peut se rappeler ce qui a été dit sur les tours dans le fabliau à'Hippocrate.
i56 LE CHEVALIER A LA TRAPPE.
Jadis dans le royaume de Montbergier, un gentilhomme fort riche, bon chevalier errant et renommé par ses hauts faits d'armes, eut pendant son sommeil un rêve bien singulier. Il songea qu'il voyoit une belle dame et qu'il l'aimoit. Le pays et le nom ne lui en furent pas révélés, il est vrai; mais l'image en étoit restée si profondément gravée dans sa mémoire, les traits, lorsqu'il se réveilla, s'en représentèrent à lui d'une manière si distincte, qu'il se flattoit de la reconnoître sans peine, en quelque endroit de la terre qu'elle pût se trouver.
Par un autre prodige non moins étonnant, il arriva que la dame, de son côté, rêva qu'elle aimoit un chevalier; et, quoique le nom lui en restât de même parfaitement inconnu , sa figure néanmoins l'avoit frappée aussi au point de ne pouvoir jamais l'oublier.
Assurément je tiens que celui-là n'a point la tête trop saine qui, d'après un rêve, entreprend
une aventure : c'est cependant ce que fit notre chevalier. Pour mettre à fin la sienne , il prépara ses équipages, chargea un roussin d'or et d'argent, et se mit en route.
Plusieurs mois se passèrent ainsi à courir inutilement les chemins , sans que pour cela il interrompît ses recherches ou perdît espérance. Enfin il trouva, près de la mer, un château dont les murs d'enceinte étoient nouvellement bâtis et qui avoit une tour extrêmement forte, épaisse de trente pieds et haute de la portée du trait. Le seigneur de ce lieu étoit un duc puissant, mais jaloux, qui, mari d'une belle femme, la tenoit enfermée dans cette prison , sous la garde de dix -huit portes, garnies chacune de deux grosses barres et d'une bonne serrure. Il ne s'en fioit qu'à lui seul pour les fermer ou les ouvrir. Toujours il en portoit les clefs sur lui, et il n'y avoit personne sur la terre auquel il eût osé les laisser en garde.
En entrant dans la ville, le chevalier jeta par hasard les yeux sur la tour, et vit à la fenêtre une femme qu'il reconnut : c'étoit la dame de son rêve, celle-là même qu'il cherchoit avec tant de peines et qu'il aimoit sans l'avoir jamais vue. Elle l'avoit aussi aperçu de loin , et venoit de le reconnoître : peu s'en fallut même qu'elle ne l'appelât, tant l'amour et la joie troublèrent ses
i58 LE CHEVALIER A LA TRAPPE.
sens; mais, dans la crainte de son mari, elle se contint, et se contenta seulement, pour instruire le voyageur de la sensation qu'il lui avoit faite , de chanter à haute voix une chanson d'amour.
Celui-ci, quoiqu'il brûlât d'envie d'y répondre, feignit, pour ne point nuire à son projet, de ne rien entendre. Il se rendit au château et se fit présenter au seigneur, qu'il pria d'accepter ses services, se donnant pour un gentilhomme qui , dans un tournoi ayant tué un chevalier, s'étoit vu poursuivi par les parents du mort et obligé de quitter sa patrie, a Soyez le bienvenu, ré- « pondit le duc; je suis en guerre dans ce mo- « ment contre des ennemis qui ravagent ma « terre, vous pouvez m'étre utile, et j'accepte « vos offres. »
Dès le lendemain , la valeur du chevalier fut employée; son bras qu'amour animoit, opéra des prodiges : en moins de trois mois les ennemis du duc furent tous tués ou prisonniers, le pays délivré, et les chemins libres. Le vainqueur en récompense fut fait , à son retour, sénéchal de la terre et de l'hôtel; et ce fut alors qu'il s'occupa sérieusement du projet qu avoit formé son amour et des moyens de pénétrer jusqu'à la duchesse.
Sous je ne sais quel prétexte, qui au reste ne lui fut pas difficile à imaginer, il demanda au duc un petit emplacement dans le verger, avec
la permission d'y bâtir une maisonnette à son usage. On le lui accorda sans peine. Il se fit donc construire , le plus près qu'il put de la tour, mais point assez cependant pour alarmer le jaloux, un petit logement avec hérisson * et porte de derrière. Quand tout fut achevé et le toit couvert, il gagna le maçon à force d'argent, et lui commanda un conduit souterrain, qui de sa chambre allât aboutir sous la tour. L'ouvrier mit onzejours à finir son ouvrage. Arrivé au plancher, il le perça et y pratiqua une trappe faite avec tant d'art et qui fermoit si bien, que l'œil le plus clairvoyant n'eût pu la deviner. Alors le chevalier le tua. Il est vrai que ce fut dans la crainte d'en être trahi, et pour plus grande sûreté du secret ; mais n'importe, son motif n'excuse pas sa mauvaise action; j'avoue qu'il fit mal.
Il ne lui fut pas difficile , après cela , de pénétrer dans la tour, d'y voir sa dame et d'en obtenir ce qu'elle brûloit d'accorder. Quand il sortit, elle lui donna pour gage de sa foi une bague qu'elle avoit reçue du duc, et dont la pierre valoit bien dix marcs d'argent. Le chevalier, qui avoit en tête un autre projet par rapport à l'époux, se rendit auprès de lui en la quittant; et dans la conversation il eut soin plusieurs fois de laisser, comme par hasard, aper-
* Enceinte de pieux.
i6o LE CHEVALIER A LA TRAPPE»
cevoir sa nouvelle bague. Cette vue frappa le jaloux à un tel point qu'il changea de couleur. Il eut la prudence pourtant de ne faire aucune question à son sénéchal, mais il alla aussitôt à la tour interroger la duchesse sur cette aventure.
L'amant s'en doutoit. Il courut, pour prévenir le duc, à son souterrain ; et pendant que celui-ci ouvroit et refermoit bien exactement, l'une après l'autre, ses dix-huit portes, il eut tout le temps d'entrer par la trappe et de remettre la bague.
La première phrase de l'époux fut de demander à la voir. A cette proposition la duchesse affecta d'abord une grande surprise. Néanmoins, sur une nouvelle instance de son mari accompagnée de colère et de menaces, la dame, sans répondre une seule parole , sans paroître vouloir pénétrer ses raisons, ouvrit le coffre où elle venoit de remettre la bague , et la lui présenta : cela fut suffisant pour le rassurer et dissiper tous ses soupçons. Il imagina que le sénéchal apparemment avoit trouvé une pierre pareille à celle de son épouse et dormit très paisiblement.
Le jour suivant , l'envie lui prit d'aller chasser dans la foret, et il dit au chevalier de s'apprêter à le suivre. « Sire , ayez la bonté de m'en dis- « penser, répondit celui-ci. Ma mie vient d'arri- « ver à l'instant; pendant mon absence, elle a su
LE CHEVALIER A LA TRAPPE. i6i
« ménager un accommodement avec mes enne- « mis; et cette nouvelle, qu'elle s'est chargée de « m'apporter elle-même, me force à quitter votre t( service et à partir dès demain. Mais, sire, elle « souhaite vous remercier de vos bontés pour « moi, et vous prie de venir ce soir, au retour « de la chasse, souper avec elle. » Le duc le promit. Or, c'étoit là un piège qu'avoient préparé ensemble les deux amants; et cette prétendue mie avec laquelle il devoit souper n'étoit autre que la duchesse elle-même.
Sur le soir elle]se rendit par la trappe au logis du chevalier. Elle y trouva des habits magnifiques, qu'il lui avoit préparés pour la déguiser un peu.
Le duc, quand il entra avec ses gens, vit une dame belle comme ime fée, vêtue d'un beau drap de Frise, et portant une guimpe de soie sur la tête , deux anneaux à la main droite , trois à la gauche, une ceinture d'argent à franges, et un manteau bordé de drap d'or. Le chevalier, la lui présentant par la main, lui dit : « Sire, voilà « ma mie , celle que j'aime uniquement et que « j'espère pouvoir bientôt épouser. » A peine le duc l'eut-il envisagée qu'il crut reconnoître sa femme. Il resta interdit. La dame se mit à table sans paroître s'en apercevoir. Elle le fit asseoir à ses côtés, elle le pressa de manger, mais il ne m. 1 1
i62 LE CHEVALIER A LA TRAPPE.
lui fut pas possible d'avaler un morceau. Un million d'idées confuses lui passoient successivement par la tête. Pendant le souper, il eut continuellement les yeux fixés sur elle comme un homme enchanté , et passa tout ce temps à deviner comment on pouvoit sortir d'une tour si haute , si épaisse et si bien fermée.
Dès qu'on fut levé de table, il se retira pour aller de nouveau s'assurer de ce qu'il craignoit. La duchesse aussitôt quittant à la hâte ses beaux habits , remonta par la trappe et se mit au lit où elle feignit de dormir. Ce fut une surprise bien agréable pour lui, lorsqu'il eut ouvert et visité toutes ses portes, de trouver son épouse couchée. Il crut qu'il en étoit de cette aventure comme de l'autre, et que deux femmes après tout pouvoient, aussi bien que deux bagues , se ressembler. Cette idée le tranquillisa tout-à-fait. Il se coucha à son tour et passa la nuit auprès de la duchesse. Hélas! c'étoit la dernière qu'il passoit avec elle.
•Le chevalier avoit tout préparé d'avance pour son départ. Un vaisseau frété secrètement l'attendoit dans le port. Le vent lui étoit favorable et tout secondoit ses desseins.
Le lendemain, au moment où le duc alloit sortir pour la messe, notre amant vint prendre congé de lui, et le pria respectueusement de lui accorder une dernière grâce , celle d'assister à la
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cérémonie de son mariage. « Ma mie exige que « vous approuviez notre union , lui dit-il , et je « désire moi-même recevoir de vos mains mon «bonheur.» Sur la réponse favorable du duc, il courut chercher la duchesse qui l'attendoit chez lui. Elle vint couverte d'une cape et déguisée de son mieux. Deux chevaliers la conduisirent a l'église, où le duc, absolument guéri de ses soupçons, la présenta au sénéchal qui l'épousa. De l'église les nouveaux époux se rendirent au vaisseau sur lequel ils alloient partir. Le duc avec toute sa suite voulut les y accompagner lui-même. Il donna pour monter la main à l'épousée , plaisanta beaucoup sur sa joie qu'elle ne déguisoit pas , et lui dit adieu gaîment. Mais les plaisanteries ne durèrent pas long-temps. Rentré dans la tour, il sut bientôt à quoi s'en tenir sur cette mie qu'il avoit mariée et qui étoit si aise de partir, et il ne lui resta que la honte et la chagrin d'avoir été lourdement dupé.
Se trouve dans les Amants heureux, page 87.
Et dans les Œillets de récréation, page io5, où il est défiguré.
Dans les Contes tartares , par Gueullette , tome m , un derviche emploie ce stratagème vis-à-vis d'un persan extrêmement jaloux de sa femme, pour le désabuser et lui prouver que toutes les précautions de la jalousie peuvent devenir inutiles , quand on le veut bien.
i64 LE CHEVALIER A LA TRAPPE.
Dans \es Facétieuses Journées, fol. 34, un jeune homme, sous prétexte de faire échapper un de ses amis qui est dans l'embarras , emmène ainsi la femme de son hôte , et se fait conduire au vaisseau par l'hôte lui-même.
Dans Masuccio.
Ce conte a été versifié par Imbert.
DE LA FEMME etc. i65
En France , dans une ville que je ne vous nommerai pas, vivoit, il n'y a pas vingt ans, un très vieux baron qui passoit au loin pour un homme sage et de bon conseil. Comme il étoit garçon et qu'il possédoit une terre fort considérable, ses amis le pressèrent de se marier.
Rarement vous verrez un vieillard en venir là sans faire une sottise. « Trouvez-moi femme qui « me plaise, dit celui-ci, et je vous promets de « la prendre. « Ses amis lui trouvèrent une jeune personne blonde, bien faite et belle à ravir. Dès qu'il l'eut vue , il en devint amoureux et la demanda en mariage; mais je vous ai déjà dit qu'il étoit vieux et cassé, et ce n'étoit pas là tout-àfait ce qu'eût désiré la poulette. Elle prit patience néanmoins pendant un an tout entier, quoiqu'elle fut fort souvent bien tentée de la perdre.
Au bout de l'année enfin , ayant rencontré sa mère au sortir de l'église : « Vous savez, lui dit-
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« elle, quelle sorte de mari vous m'avez donné; « je vous préviens que j'en suis lasse et que j'ai « résolu de faire un ami. » La mère employa , pour la détourner d'un projet aussi dangereux, beaucoup de bonnes raisons; mais lorsqu'elle vit ses représentations inutiles , elle lui dit : ce Ma fille, « suis au moins le conseil que je te vais donner. « Tu vas avoir besoin , si tu ne veux pas te rendre « malheureuse, d'un mari qui soit débonnaire. « Avant de lui faire injure, tâche de t' assurer « s'il l'endurera; sonde son caractère, tente sa « patience par quelque épreuve; en un mot, vois « jusqu'où peuvent aller sa colère et son humeur. « — J'y consens, répondit la fille. Dans son verte ger est un arbre que lui-même a planté de sa « main. Il aime à venir s'y asseoir à l'ombre, et « souvent il m'y conduit pour causer avec lui et i< jouer aux tables : je veux Tabattre et voir ce « qu'il en dira. — A la bonne heure; mais prends « bien garde auparavant de t'en repentir. »
Quand la jeune femme rentra, le mari étoit à la chasse. Elle appela un valet à qui elle ordonna de prendre une hache et de la suivre au verger. Arrivée à l'arbre, « Coupe ceci, lui dit- « elle. — Quoi , madame ! l'arbre de monseigneur ! « non, certes, je ne le couperai pas. — Obéis, « te dis-je, je le veux. » Sur le refus réitéré du valet, elle saisit la hache, frappe à droite et à
gauche, et fait tant qu'elle abat l'arbre, puis elle l'emporte.
Le baron rentroit dans le moment. Il voit sa femme chargée de ce fardeau, et lui demande ce qu'elle porte. « Lorsque je suis revenue de « l'église, répond-elle, on m'a dit, sire, que vous « étiez sorti pour chasser. Dans la crainte que « vous ne rentrassiez mouillé ou morfondu , j'ai « voulu vous tenir du feu tout prêt; et n'ayant « point trouvé de bois coupé , j'ai été moi-même «en couper au verger. — Eh quoi! madame, « c'est mon arbre chéri, celui que j'aimois de « préférence, vous le savez! — Je n'y ai point « fait attention , sire , et n'ai songé , je vous l'a- « voue, qu'à votre santé. — Un pareil oubli, « madame, a fort de quoi m'étonner; mais je « consens, pour le bien de la paix, à ne point « l'approfondir, et veux bien vous excuser sur « votre motif. » Il n'en dit pas davantage.
Le lendemain la dame alla retrouver sa mère et lui raconta sa prouesse de la veille. « Eh bien , a ma fille ^ qu'a-t-il dit? — Rien. Ses yeux d'abord « sembloient annoncer quelque orage ; mais il s'est « calmé tout-à-coup ; il est devenu doux comme « un agneau, et lui-même a fini par m'approuver. « Ainsi, à présent que me voilà sûre de sa bon- « homie et que je n'ai rien à craindre, je puis « en siireté, comme vous voyez, faire un ami. —
i68 DE LA FEMME
« Ma fille, encore une fois, ne t'y fie pas. Je ne « sais, mais j'ai un pressentiment que tu te re- « pentiras de ta folie. Le baron n'a pas l'air aussi «aisé que tu le prétends, et si tu veux m'en «croire, tu l'éprouveras encore. — Je le veux « bien pour vous contenter, et voici ce que je « ferai. Il a une petite levrette qu'il aime comme « ses deux yeux, à laquelle lui-même il donne « tous les jours à manger, et qu'il fait tous les « soirs coucher dans son lit; en un mot, c'est une « passion si tendre, que si quelque domestique, « même par mégarde, la faisoit crier, il seroit, je « crois, chassé à l'instant. Je la tuerai en sa pré- « sence, et nous verrons ce qui en arrivera. — « Soit; et puisse-t-il n'en rien résulter pour toi de « fâcheux. »
L'épouse à son retour trouva que le baron étoit encore aux champs comme la veille. Elle fit allumer un grand feu , après quoi elle couvrit le lit d'un beau tapis ', et eut soin d'embarrasser tous les sièges avec différentes robes. Quand le vieillard rentra, elle alla le recevoir à la porte, lui ôta elle-même sa chape et ses éperons , lui mit sur les épaules un manteau d'écarlate fourré de vair, et le fit asseoir auprès du feu. La levrette, après être venue le caresser, sauta sur une chaise à son ordinaire, et se coucha par conséquent sur une des robes de la dame.
Celle-ci aperçoit dans le moment un bouvier qui revenoit de la charrue. Elle lui arrache le couteau qu'il portoit à sa ceinture *, et en vient frapper la chienne avec tant de force que le sang en rejaillit sur son péliçon. Le mari se lève en fureur. « Comment , madame ! vous osez égorger «ma levrette et en ma présence! — Sire, c'est «que je ne puis rire, comme vous, de ce que « gâte et endommage ici tous les jours la mal- « propreté de cette bête. Voilà une cotte que «je n'avois mise qu'une fois, regardez comme « elle me l'a accommodée. En vérité cela est fort « désagréable. — Madame , c'est la seconde fois « qu'il vous arrive de chercher à me déplaire : « que ce soit la dernière, je vous prie, et faites- «y sérieusement attention : je ne vous le dirai « pas davantage. — Je sens bien, sire, que je vous « ai privé de quelque chose que vous aimiez ; « mais puisque je vous ai déplu, je vous en de- « mande pardon et me soumets à votre colère. » En même temps pour voir quel effet produiroient des larmes sur le cœur du vieillard , la traîtresse se mit à sangloter et à pleurer. Il fut touché de cette apparence de douleur; il embrassa sa femme, lui pardonna, et ne parla plus de l'aventure le reste de la soirée.
Le jour suivant, nouveau triomphe à raconter, et par conséquent nouvelle visite à la mère.
« Madame, c'en est fait, et dès ce jour je prends « un ami. — Tu ne veux donc pas renoncer à ton «projet? — Non, certes. — Il est si aisé cepen- « dant d'être raisonnable. J'ai plus du double de « ton âge, et ton père, tu le sais, n'a jamais eu a le moindre reproche à me faire. — Oh! il y a « entre nous deux bien de la différence. Mon « père étoit jeune quand il vous épousa, et vous « n'aviez point de raisons pour vous plaindre de ce lui; mais moi, vous savez quel mari j'ai. Enfin «je veux quelqu'un qui me console. — Es -tu «décidée sur ton choix? — ^ Assurément. Il y a «long-temps déjà que Guillaume, notre chape- « lain, m'a priée d'amour. C'est lui que je prends « pour ami. — Quoi! ma fille, un prêtre î — Oui, «madame. Je ne veux point d'un chevalier qui « viendroit m'enlever mes joyaux pour les mettre «en gage, et iroit encore, après cela, publier « partout ma foiblesse et en rire. — Douce fille , « au nom de Dieu, évite les reproches, crains de « faire ton malheur, et suis l'exemple et les con- « seils de ta mère; ou s'il ne m'est pas possible «de te ramener à la raison, accorde -moi du « moins de tenter une troisième épreuve. La me- « nace de ton mari me donne des alarmes, je te «l'avoue; et je ne puis me défendre de quelque « fâcheux pressentiment. Tu ne sais pas , ma fille, « combien un vieillard est terrible dans sa ven-
ce geance. — Eh bien! ma mère, jeudi prochain, «jour de Noèl, mon mari doit tenir cour pièce nière. C'est à sa table même, c'est en présence ce de l'assemblée nombreuse qui s'y trouvera réucc nie, que je veux encore éprouver sa patience, ((puisque vous l'exigez. Mais aussi, après cette te épreuve , ne m'en demandez plus d'autre ; je ce vous déclare que ce sera la dernière. — Je prie ce Dieu, ma fille, que tu n'aies pas lieu de t'en ce repentir. »
Noël venu , tous les vavasseurs * du baron et beaucoup de dames furent invités à la fête. Pendant le dîner, comme on étoit au premier mets et que les écuyers avoient déjà découpé les viandes, l'épouse, qui mangeoit à la même assiette que le sénéchal % embarrasse les clefs de sa ceinture dans les franges de la nappe. Elle se lève ensuite comme pour sortir, et, entraînant avec elle nappe et table, plats et assiettes, elle fait tout tomber à terre avec un fracas horrible. L'assemblée jette un cri. L'époux furieux lance sur elle un regard foudroyant, ce Dame! ce sire, j'en suis bien fâchée, mais ce n'est pas ce ma faute, voyez plutôt «. En disant cela, elle travailloit à défaire ses clefs, et avec une apparence de colère arrachoit les franges. Le baron eut la prudence de se contenir encore. Sans af-
* IjGs seii^neiirs dont les fiefs relevoicnt du baron.
fecter la moindre humeur, il se contenta de donner des ordres pour faire servir de nouveau; dans l'instant tout fut réparé : on se remit à table , et le dîner même n'en fut que plus gai. Le soir à souper le vieillard affecta la même modération.
Mais le lendemain matin , avant que sa femme fût levée, il entra chez elle avec un saigneur. «Madame, lui dit-il, vous m'aviez déjà joué a deux tours, j'ai eu la sottise de vous les parte donner, et c'est ce qui vous a autorisée sans « doute à vous échapper hier une troisième « fois ; mais j'aurai soin que ce soit la dernière. « Je sais ce qui occasione cette pétulance. Vous « avez dans les veines de mauvais sang, il faut y « mettre ordre et le faire tirer. Allons , levez- « vous. )j Aussitôt il ordonne au saigneur de faire son devoir. Elle demande ce que lui veut cet homme à la mine sinistre; on le lui explique, et elle déclare d'un ton très résolu qu'elle n'est point malade et qu'elle ne veut point être saignée. Mais le mari, plus résolu encore, tire son épée, et elle est forcée de se soumettre. Alors on lui bande les deux bras , on les lui pique tous deux l'un après l'autre, et on laisse couler le sang jusqu'à ce qu'elle tombe de foiblesse, après quoi on la recouche.
La connoissance ne lui est pas plus tôt revenue qu'elle envoie à la hâte chercher sa mère. Celle-ci
QUI VOULUT ÉPROUVER SON MARI. 173 accourt. Elle trouve sa fille avec une pâleur mortelle et un affoiblissement qui lui laisse à peine la force de parler. « Eh bien! ma fille, as- « tu encore envie maintenant de faire un ami? « — Ah! jamais, ma mère! jamais. — Je t'en avois « prévenue , et aurois souhaité que tu te fusses « épargné cette leçon. Je te félicite au moins de «t'en être tenue aux épreuves; car si tu avois « fait folie avec le chapelain Guillaume , la sai- « gnée peut-être eût pu devenir plus dangereuse. »
Se trouve dans les contes de Desperriers y t. m , p. 240.
Et dans les Amants heureux , page i23.
Dans les Contes , aventures et faits singuliers recueillis par l'abbé Prévôt^ est l'histoire d'une femme méchante, qui, un jour que son mari avoit invité à dîner quelques amis sans la prévenir, prend de même la nappe et jette toutàtene. L'époux, quelques jours après , propose un voyage. Il s'arrête en route sous prétexte de rendre visite à un ami, et entre avec sa femme dans une maison où elle se trouve enfermée.C'étoit une maison de force pour les fous.
NOTES
[i.Elle couvre le lit d'unbeau f«/?w.)Oncouvroit leslits de tapis et d'étoffes précieuses , parce qu'ils étoient des meubles de parade et d'ostentation; et un auteur* qui écrivoit en 1634, dit que, dans Paris, le jour de l'Assomption, on ornoit encore à l'Hôtel-Dieu ceux des malades avec des couvertures fourrées. Les femmes de qualité léguoient aux
* Discours sur l'antiquité , utilité , excellence et prérogatives de la pelleterie et fourrure.
églises où elles éloient inhumées le leur avec toutes les garnitures et ornements, comme les hommes léguoient leur cheval et leurs armes. Ce pieux usage fut un de ceux que le clergé changea en obligation et en loi. Il en fit un de ses revenus , et il fallut à la mort racheter le lit (Ducange, au mot lectus). Les archidiacres et arcliiprétres , dans certains diocèses, s'attribuoient de même le lit des curés qui mouroient. Si le lit ne valoit pas une certaine somme, ils obligeoient les héritiers de le leur payer en argent. Ces sortes de taxes étant devenues arbitraires, il fallut des règlements pour les fixer, et c'est ce que fit un concile d'Angers en i365 (Hardouin , Cc//2c//. , tome vu, page 1775). Tout récemment encore, à Paris, quand l'archevêque ou l'un des chanoines venoit à mourir, son lit appartenoit àl'Hôtel-Dieu; et, dans le cas où le lit avoit peu de valeur, les administrateurs étoient en droit d'exiger cent écus en argent.
(2. Elle lui arrache le couteau qu'il portait à sa ceinture.) Ce couteau , que je crois être devenu notre couteau de chasse, étoit l'arme que portoient dans leurs travaux les paysans , dans leurs voyages les bourgeois, et à l'armée même certains corps de soudoyés qui, entie autres noms, en prirent celui de cotteraux (les couteaux de ces derniers étoient à trois côtes). Un synode de Nîmes, en 1284 , défendit aux clercs d'en porter, excepté en cas de guerre ou quand ils sauroient devoir être attaqués. La règle de saint Benoît, antérieure de plus de sept siècles, défend de même aux religieux de l'ordre de coucher avec leur couteau à la ceinture. Comme les moines couchoient tout habillés , il y avoit à craindre que, pendant la nuit, ils ne fussent exposés à se blesser.
(3. L'épouse qui mangeoit à la même assiette que le sénéchal.) Il a été parlé ailleurs de cette coutume. Voyez la première note de la Mule sans frein.
DE SIRE H AIN ET DE DAME ANIEUSE. lyS