‹ Fabliaux ou contes, fables et romans du 12e et du 13e siècle, traduits ou extraitsChapitre 23 sur 51 · DE SIRE HAIN · texte numérisé non relu

DE SIRE HAIN

de poisson, Hain, dans l'espérance qu'il seroit à bon marché, dit à sa femme d'aller lui en acheter un plat. « Quelle sorte de poisson vou- « lez -vous, demanda- 1- elle? est-ce de mer ou «d'eau douce? — De mer, douce amie. » Làdessus Anieuse prend une assiette sous son manteau, elle sort et rapporte au logis des épinards.

« Parbleu, notre femme, vous n'avez pas été « long-temps, dit Hain en la voyant rentrer; çà, « de quoi m'allez-vous régaler? voyons. Est-ce « du chien de mer ou de la raie? — Fi donc, « l'horreur avec votre vilaine marée pourrie. « Vous croyez que je veux vous empoisonner « apparemment! La pluie d'hier a fait tourner « le poisson, beau sire; c'est une infection, et « j'ai manqué de me trouver mal. — Comment, « une infection! Eh! j'en ai vu passer ce matin « qui étoit frais comme au sortir de l'eau. — « J'aurois été bien étonnée si j'avois réussi une « fois à te contenter. Non , jamais on n'a vu un « homme comme celui-là pour toujours gronder « et ne jamais rien trouver à sa guise. A la fui « je perds patience. Tiens, gueux, va donc ache- « ter ton dîner toi-même , et accommode-le , moi « j'y renonce. » En disant cela, elle jette dans la cour et les épinards et l'assiette.

Ceci, comme vous l'imaginez, occasiona encore une querelle; mais sire Hain, après avoir

lin peu crié , réfléchit un instant et parla ainsi : a Anieuse , écoute. Tu veux être la maîtresse , « n'est-ce pas? Moi je veux être le maître ; or, tant « que nous ne céderons ni l'un ni l'autre, il ne « sera jamais possible de nous accorder. Il faut a donc, une bonne fois pour toutes, prendre un « parti , et , puisque la raison n'y fait rien , se a décider autrement. » Alors il prit une culotte qu'il porta dans sa cour, et proposa à la dame de la lui disputer, mais à condition que celui qui en resteroit le maître le deviendroit aussi pour toujours du ménage '. Elle y consentit très volontiers; et, afin que la victoire et les droits qui en dévoient être les suites fussent bien constatés, tous deux convinrent de choisir pour témoins de leur combat, l'une la commère Aupais, l'autre le voisin Simon.

Anieuse étoit si pressée de terminer le différend , qu'elle alla aussitôt les chercher elle-même. Ils vinrent : on leur expliqua le sujet de la dispute. En vain Simon voulut s'y opposer et remettre la paix dans la maison : « Le champ est « pris, dit la mégère, il n'y a plus moyen de s'en « défendre ; nous allons faire notre devoir, faites « le vôtre. » Quand Simon vit que les paroles de paix ne pouvoient rien, il se revêtit de l'office de juge. Il interdit aux deux champions toute autre arme que les mains; et avec la commère

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