‹ Fabliaux ou contes, fables et romans du 12e et du 13e siècle, traduits ou extraitsChapitre 3 sur 51 · ICI. a · texte numérisé non relu

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r« LE SENTIER BATTU.

mots et sans plus attendre, la dame passa vers un autre joueur; mais toute l'assemblée partit/ d'un éclat de rire, et l'on se divertit quelque temps aux dépens du pauvre chevalier. Quant à lui, il ne fut certes pas aussi joyeux, et se promit bien de prendre sa revanche s'il le pouvoit.

En effet la reine, après avoir fini sa ronde, étant obligée de se présenter de nouveau devant chacun des joueurs pour être questionnée par eux à son tour, elle vint devant le chevalier.

La dame avoit de très beaux cheveux. Le chevalier la loue sur sa chevelure. « Mais l'autre?» dit-il.... Elle est fort tentée de trouver la question impertinente ; cependant, comme , selon les règles du jeu , elle est obligée de répondre , elle dit qu'il n'y en a point d'autre. «« Je "vous en crois à mon tour, réplique le chevalier , car j'ai toujours ouï dire que , quand un sentier est tant battu, il n'y vient point d'herbe. »

Jusqu'à ce moment la belle avoit été triomphante. Mais pour le coup on rit sur elle et si fort et si long-temps, qu'elle quitta le jeu et ne dit plus un mot de la soirée.

Vous qui entendez ce conte, faites-en votre profit, et concluez-en que railler est un métier dangereux, et qui ordinairement porte sa peine avec lui. Quant à moi, je vous ai dit l'aventure de la dame.

Amen ; ci prent mon conte fin ; Diex vous doint à tous bone fin.

Recueil de Barbazan , tome i", page loo.

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