DU CLERC DERRIÈRE UN COFFRE
« je vois qu'il y a ici quelqu'un qui veut payer « mon souper. » En même temps il menaçoit sa femme du doigt. Ce signe se faisant en face du coffre, le clerc croit qu'il est pour lui. « Vous « avez tort de vouloir que je paie le souper à «moi tout seul, dit-il en se montrant, celui « qui est derrière la table en doit au moins la « moitié. »
Recueil de Méon, tome i^r, page i65.
Dans les Facetiœ Frischllnl , page i6i, la femme fait cacher un des amants sous le lit , et un autre au-dessus. L'époux, en rentrant, se plaint d'avoir perdu au jeu et dit que celui qui est en haut (Dieu) le lui rendra. Le galant, qui est sur le ciel du lit, répond que celui qui est dessous doit en payer sa part.
Se trouve ainsi dans les Cent Nouvelles nouvelles de la cour de Bour^gogne.
Et dans les Contes de Grécourt.
Dans les Joci ac Sales Ottomarl Luscinii , au lieu du mari , c*est un troisième amant qui arrive. La femme lui demande qui élèvera son enfant, si elle en a un. Il répond, comme ci- dessus, que c'est celui qui est en haut, et l'homme placé sur le ciel du lit prétend qu'il ne doit en payer qu'une partie.
Je voyageois un jour dans la compagnie de marchands qui alloient en foire à Sens. A une demi-journée de la ville, ils rencontrèrent un paysan et lui demandèrent le chemin. « Il y en a a deux, répond le manant : l'un est ce petit sen- « tier que vous voyez à droite, l'autre la grande « route que vous suivez, et au bout de laquelle « vous trouverez un pont. Le premier est beau- « coup plus court , mais il faut passer la rivière « à gué. »
Les marchands prirent le sentier. En vain le villageois leur représenta que le gué étoit dangereux, ils répondirent qu'ils étoient pressés. Mais ils eurent lieu de se repentir de leur imprudence. Quelques-uns se noyèrent en traversant la rivière , d'autres perdirent leurs marchandises , et parmi ceux qui échappèrent , presque tous furent mouillés. Pour moi qui avois suivi le paysan , j'arrivai avec lui à l'autre bord. Nous trouvâmes les marchands occupés à pleurer leurs compagnons morts, à chercher dans l'eau leurs
effets, à faire sécher leur linge et leurs habits. « Messieurs, leur dit alors mon guide, apprenez « qu'en bien des occasions le chemin le plus long « peut devenir le chemin le plus court s'il est le « plus sûr. »
Recueil de Barbazan , tome ii , page laS.
Dans les Instructions du chevalier de la Tour à ses filles , au lieu de marchands , ce sont des dames qui se rendent à des noces. Les jeunes, pour arriver plus tôt, prennent le chemin le plus court ; il y avoit de mauvais pas qu'on avoit couverts de claies ; les claies s'enfoncent et les dames tombent dans la boue.
Dans les Contes du sieur d' Ouville , c'est un voyageur qui, comme dans le fabliau , veut passer un gué au lieu d'aller gagner le pont. Il se noie.
OU