‹ Fabrication des étoffes: Études sur les arts textiles à l'ExpositionChapitre 15 sur 49 · CT,S, 6,... 16F, 8,6,... 16M,R · texte numérisé non relu

CT,S, 6,... 16F, 8,6,... 16M,R

Deuadème genre. — Ce genre diffère du précédent par l'apprêt donné aux fils avant le tissage; il comprend plus particulièrement les lainages et les soieries chinées, ombrées et jaspées.

La notation devient, pour le taffetas chiné :

(A+CT) 2F, 2M, R; pour le satin chiné :

(A-hCT) 5F, 8M, R, et ainsi de suite.

Troisième genre, — Les draps lisses, les molletons, les draps croisés, les satins couverts, etc., ne sont autre chose que des toiles, des serges, des satins, des satins en fils de laine cardée,

modifiés par le foulage et les apprêts qui suivent le tissage ; au même genre appartiennent les toiles cirées, les toiles à calquer, les velours de coton, etc. Ces étoffes ne diffèrent des premières que par la nature et la matière de Tapprêt.

Leur notation suivant l'armure sera donc :

(CT) 2F, 2M, R+A, (CT) 3F, 3M, R+A, (CT) 4F, 4M, R+A, (CT) 8F, 5M, R+A, C, etc.

Quatrième genre. — Pour l'exécution de ce genre, il faut deux chaînes, et, par conséquent, trois systèmes, ou une seule chaîne à réduction double et divisée en deux parties. On fait généralement les tissus doubles avec l'armure sergée ou le satin.

Les étoffes dites à deux faces, les sacs sans couture, les manchons en général, les plissés exécutés au métier, etc., sont compris dans ce genre, dont la notation devient :

(2C, T) 3F, 3M, R, ou (2C, T) 4F, 4M, R, (2C, T) 5F, 5M, R, etc.

Cinquième genre. — Les tissus veloutés, tels que peluches et velours de soie en général, sont produits au moyen de deux chaînes superposées, qui ont besoin d'un système d'entrelacement de six faisceaux et de six mouvements au moins. La notation devient, en conséquence :

Sixième genre (variétés des cinq premiers). — D'une manière absolue, on pourrait supposer autant de variétés que de permutations ou d'arrangements possibles entre les mouvements des faisceaux. Les formules mathématiques démontrent que ces permutations sont assez nombreuses ; mais la pratique les a

4â UVBK I. PRODUITS DES ARTS TEXTILES.

i^esWeifttés à quelques dérivés pour chaque armure : le fond de toile (par un changement d'ordre des mouvements ou une modification dans la disposition de l'apprêt des fils), les reps, les cannelés, le gros de Naples^ lé gros de Tours, le ci*épe, le marabout, etc.

Les apparences des serges, croisés, satins, etc., peuvent varier par des modifications identiques ; de là, les diverses dénominations de ces armures et des étoffes qu'elles produisent : de serge, de 3, 4 ; de satin^ de 8, 6^ etc.

Septième genre, — Ce genre comprend les façonnés les plus simples, et, par conséquent, les étoffes à deux systèmes, dont la chaîne et la trame représentent, par leurs entrelacements, desdessins quelconques, des cercles aussi bien que des polygones.

Les fils donnés d'une chaîne doivent être divisés dans le plus grand nombre possible de faisceaux, et l'ordre dans lequel ceux-ci doivent être élevés pouvant être quelconque et varier à chaque course ou à chacun des entrelacements entre les fils des deux systèmes, on est obligé de déterminer cet ordre à l'avance, pour chaque cas particuliôi*, ftàr les moyens graphiques (connus sous le nom de mise en carte). La disposition du métier elle-même doit être modifiée eu égard aux nombreux faisceaux ; elle exigeait autrefois l'emploi du métier à la tire, si heureusement remplacé par les systèmes de Vaucanson et de Jacquart.

Ce genre, formé par les étoffes façonnées les plus simples, comprend les damassés en général, les rideaux en mousseline façonnée, les soieries pour meubles, qui ont pour notation : CT, F", M",R. Comme les faisceaux et les mouvements sont tfès^nombreux, la substitution des exposants aux nombres ordinaires simplifie la notation; ces exposants indiquent, par conséquent, le nombre qui, multiplié par lui-même, donne celui des faisceaux ou maillons, et celui des mouvements ou cartons pour chaque exemplaire de dessin.

DES ÉTOFFES DE TOtTE NATURE. là

Huitième genre. — Les étoffes connues sous les noms de lampas et de brocatelles appartiennent à ce genre ; elles diffèrent de celles du genre précédent par les nombres de couleurs et par le relief du tissu. Ces étoffes sont au moins à deux ou trois couleurs ou lacs, et nécessitent, par conséquent, autant de systèmes. Leur notation est, pour le lampas, 0,2 oy 3T, F", M", et pour la brocatelle, G, 4T, F", M", R.

Neuvième genre. — L'industrie anglaise fournit depuis quelque temps des tapis qui réunissent à la richesse des cou-» leurs l'économie de la matière et du trai^ail. Le procédé repose sur la combinaison de Timpression des fils au tissage façonné ; la notation A+GT, 4F, 4M, R, en fait ressortir la simplification.

Dixième genre. — Tous les façonnés produits avec plus de quatre couleurs, et que Ton pourrait désigner sous le nom de poly colores, sont com pris dans ce genre. La grande variété des châles français, des étoffes dites de haute nouveauté, quelle que soit d'ailleurs la nature de la matière, lui appartiennent. Ces tissus ont pour notation, suivant le nombre de couleurs ou de systèmes :

C,5,6,...nT,P»,M^R.

Onzièfne genre. — Si, aii lieu d'une étoffe entièrement façonnée, on en considère dont le fond est uni, à armures ou à petits dessins courants et ornés par des parties façonnées au moyen de trames partielles entrelacées seulement aux points où elles paraissent, on aura Une combinaison de moyens nouveaux, celui du lancé et du broché, ce dernier réalisé soit par les battants brocheurs, soit par les plongeurSj soit par les spoulins. Les produits qui en résultent appartiennent, par conséquent, à un genre spécial, dont font partie les mousselines brochées et festonnées, la haute nouveauté en soierie, les châles imitant les produits crochetés de TOrient, Ils ont pour notation CT, n(, F% W^ R.

Douzième genre. — Dans tous les tissus veloutés, façonnés, les figures, au lieu d'être réalisées par des effets de fils de trame, comme dans les genres précédents, le sont par les fils de la chaîne. C'est, par conséquent, le nombre dé chaînes qui devient proportionnel à celui des couleurs. Les velours dits bouclés, coupés, les moquettes anglaises, etc., que ce genre comprend, ' ont pour notation nC, T, F**, M°, R.

Treizième genres — Le travail des tapis de chenille, dont Nîmes et Beauvais sont seuls en possession, est au moins aussi remarquable, sous tous les rapports, que celui des tapis anglais à fils imprimés. Ce travail est le résultat de deux tissages successifs : d'abord d'un tissage façonné pour former les pièces qui, découpées par bandes, fournissent ajitantde trames façonnées ; ensuite, d'un tissage simple qui incorpore la trame dans un fond uni. La notation doit, par conséquent, en réunir deux ; elle devient :

(C, wT, F% M + A) + (CT, 2F, 2M, R).

Quatorzième genre. — Sont rangées dans ce genre les étoffes à l'exécution desquelles concourent simultanément les procédés et les moyens de divers autres. Un tissu à bandes alternativement en velours façonné et en satin broché offre un exemple de ces étoffes. Elles nécessitent la disposition spéciale connue sous le nom de montage à corps^ qui permet à chaque division du tout de réaliser d'une, manière indépendante les apparences spéciales qui lui sont imposées, et de se rattacher à une partie dont les conditions d'exécution diffèrent. La notation, dans chaque cas particulier, comprendra celle des diverses étoffes composant le tissu complet. Pour le velours façonné et le satin broché, dont nous venons de parler, elle sera :

(wC, T, F% M„, P) ^ (C/zT, F„, M„, R).

Quinzième genre. — Si l'on exécute des velours façonnés

avec des fils préalablement chinés ou imprimés, on obtiendra des effets particuliers dSnt un artiste célèbre, M. Grégoire, a laissé des spécimens remarquables. Ces tissus, peu répandus à cause des difficultés du travail, ont pour formule :

A-|-wGT,F-,M%R.

Variétés des tissus façonnés, — Pour les .étoffes façonnées, comme pour les étoffes à armures, les variétés sont proportionnelles au nombre de combinaisons et d'arrangements de mouvements possibles des faisceaux dans chacun des cas. Ces faisceaux sont pratiquement représentés par les cordes et les crochets qui les suspendent; le nombre, pour chaque métier, indique les limites dans lesquelles il peut servir. Gomme ces nombres sont généralement élevés, que les combinaisons et les arrangements varient presque à Tinfini, l'industrie, pour éviter trop de complication dans le matériel, a, pour ainsi dire, admis une série de formats qui répondent suffisamment à tous les cas qui se peuvent présenter. Cette série, quoique n'ayant rien d'absolu, est, en général, composé de douze modèles, qui comprennent des jeux de 80, 100,200, 600, 700, 800, 900, 1000, 1200, 1400, 1600 et 2000 crochets.

On peut, par conséquent, admettre également douze catégories de variétés correspondantes. Quelle que soit, d'ailleurs, l'espèce de tissu à apprécier, l'on pourra, par Içs moyens précédents, lui assigner sa classe et son genre, et, par conséquent, sa valeur matérielle, abstraction faite de celle de la mode, car la mode est arbitraire dans ses appréciations, quand on la distingue du goût proprement dit, lequel s'épure chaque jour en s'inspirant des lois qui règlent l'harmonie des lignes et des couleurs.

Cette subdivision en genre est applicable à chacun des types fondamentaux. Nous nous bornons aux exemples qui précèdent, coomie suffisants pour déinontrer l'utilité de la méthode.

§ t. — Appréciation ides tissus exposés dans l'ordre de leur el«88lflo»t|oi| iii6tliodlc|iie.

Les progrès dans la fabrication des étoffes résultent : 1* de la création d'articles par l'emploi d'une matière nouvelle ou le mélange de celle-ci à l'état de filaments, de nappes ou de fils avec les substances en usage ; 2"" de la combinaison des entrelacements des fils d'après un mode de croisement et suivant un ordre qui ne rentrent pas dans les armures fondamentales ou dans leurs dérivés déjà pratiqués ; S"" d'un système de tissage plus favorable au produit, plus économique ou d'un apprêt nouveau. Nous pouvons citer des exemples qui spécifient chaque genre de perfectionnement. L'emploi de l'alpaga, pour produire les orléans et toute une catégorie de tissqs mélangés, a donné lieu, on le sait, à une spécialité dont la prospérité n'est pas épuisée.

L'assemblage de fils de caoutchouc avec d'autres substances textiles a permis d'aborder l'exécution d'articles impossibles sans l'alliance de ces divers éléments. Des dispositions nouvelles dans l'entrelacement des fils servent à confectionner les vêtements et les engins sans couture, les sacs, les étoffes à plis, les ceintures, les bretelles avec boutonnières, les corsets, les musettes pour .chevaux, les tuyaux, etc., etc.

La création du drap-velours à l'aide de moyens accessoires simples est l'un des exemples les plus remarquables de l'influence d'une découverte rationnelle dans la direction des apprêts.

Certains de ces progrès se décèlent par l'examen des produits et de leurs caractères ; mais d'autres, et notamment les procédés qui tendent à l'amélioration des conditions économiques, ne peuvent é^re appréciées que par l'analyse et la comparaison. Nous cherchons à le démontrer dans la revue générale qui suit :

Premier type, — Tissus du premier genre. — Les étoffes de ce geore forment une catégorie plus ou moins nombreuse pour chacune des substances pures et mélangées.

Les cotonnades montrent une série d'articles de fond, de laizes et (Je réductions diverses, tels que les calicots ordinaires, fins, forts et extraforts, les cretonnes, les jaconas, les percales, les madapolams, les basins, les nansouks, les toiles de Tlnde, de France, etc.; les mousselines, les satins, les piqués, les cotelines, les rayés, les brillantes de toutes sortes, les coutils, les gourgourants, les pékins, la rubannerie rayée, les grenadines, etc.

Parmi ces tissus en coton pur, on remarque surtout des mousselines de Tarare d'une finesse extra, tissées avec les fils du n"* 700 déjà mentionnés, des grenadines, des étoflPes pour doublures à reflet métallique brillant ; enfin une série d'articles de même type, qui varient d'apparence seulement. Les modifications apportées aux apprêts leur 4onnent une ressemblance soit avec la batiste, brillante et un peu raide, de la toile, soit avec la mousseline anglaise, écossaise ou suisse, ou avec le crêpe lisse. Toutes ces cotonnades décèlent d'ailleurs une grande perfection d'exécution, à en juger par la régularité de la tissure, la netteté des lisières et l'uniformité de la surface.

Les tissus ras en laine peignée, appartenant au même genre, méritent une appréciation identique. Tels sont les mousselineslaines, les mérinos, les reps, les turquoises, les lastings, les crêpés, les vénitiennes, les mérinos doubles, les draps reps, les tissus à carreaux écossais, les cachemires unis et croisés ^ etc.

Les produits exposés en grande quantité par les fabricants français, et surtout par l'industrie parisieiine, rémoise et picarde, brillent par une perfection plus facile encore à constater

^ Nous ne donnons pas les caractères distinctifs de ces divers articles, les ayant indiqués en détail dans nos précédents ouvrages. (Chez Baudry, libraire.)

que dans les cotonnades, car toute irrégularité dans les fils ou dans Texécution de leurs entrelacements occasionne un défaut dans le grain et dans la nuance même des articles apprêtés en écru, appréciable à Toeil le moins exercé.

Dans la toilerie, depuis les plus fortes toiles et les plus communes jusqu'aux plus fines batistes, dans les coutils et dans les articles à petits effets, certains produits eussent été, il y a peu d'années, considérés comme des tours de force. Les toiles à voiles oCTrent une précision et une solidité qui ne laissent rien à désirer. Les batistes possèdent une finesse et un éclat qui en font toujours l'élément distingua de la lingerie. L'industrie française n'a pas de rivales pour ces deux articles ; mais entre ces produits, dont la réduction varie de 6 à 8 fils par centimètre carré pour le premier, à 80 et iOO fils pour le second, il existe une série de toiles intermédiaires qui méritent à l'industrie du Royaume-Uni, et de l'Irlande surtout, une réputation due en grande partie au blanchiment et aux apprêts. Une vitrine irlandaise renferme une chemise en toile fine dont la moitié a été blanchie et apprêtée en France, et l'autre moitié en Angleterre, afin de faire ressortir la supériorité des moyens anglais. La partie attribuée à la provenance firançaise est évidemment inférieure à l'autre ; mais il ne serait pas prudent de juger d'après des expériences de ce genre. Il est vrai cependant de dire que les toiles fines d'Irlande restent dignes de leur ancienne réputation de finesse, de blancheur, de douceur au toucher ; le mode d'empaquetage les présente en outre sous une forme particulièrement élégante.

Des produits du tissage automatique, difficiles à obtenir avec un égal degré de perfection au travail à la main, se font remarquer surtout dans la section firançaise. Ge sont des articles de 2- ,40» avec 12,000 fils en chaîne, et d'autres de 14,000 fils, sur une largeur de S'^^IO. De belles batistes, dues également au travail automatique, prouvent que le tissage du chanvre et

du lin, longtemps rebelle à l'action mécanique et d'un labeur pénible pour l'ouvrier, est en voie de transformer son mode d'action.

Les soieries sont toujours la représentation des étoffes de luxe par excellence, autant par les qualités intimes que par l'aspect brillant de la matière première. Ce dernier caractère explique comment il est possible d'obtenir des effets très-divers, même dans les articles unis, soit par une différence de torsion, soit par une modification d'entre-croisements, soit enfin par la combinaison des deux moyens appliqués aux mêmes fils. Supposons-les blancs, par exemple : si l'on en fait deux parts, l'une en fils très-tordus, tissés en tafletas, et l'autre en fils peu tordus et entre-croisés suivant une armure satin, il y aura une telle différence de brillant et d'éclat en faveur de la seconde, qu'elle paraîtra formée d'une substance tout autre que la première. Depuis longtemps déjà la soie fournit des articles tellement remarquables, qu'il devient difficile d'en créer de nouveaux. Aussi les produits du premier genre, dans cette spécialité, ne sont-ils intéressants à l'Exposition que par l'excellence de l'exécution.

Les résultats qui frappent, au contraire, par la variété et le nombre des effets originaux se composent de tissus exécutés avec des fils de natures diverses. Il y a là un si vaste champ pour la fantaisie et les connaissances techniques, qu'il serait difficile d'énumérer tous les produits qui en découlent. Nous nous bornons à signaler les principales variétés représenr tées à l'Exposition.

Et d'abord, certains articles pour impression; les foulards de laine et coton ou laine et soie, les cachemires laine et coton, les mousselines soie et coton, les reps coton et laine, les baréges pour ameublement. Pour vêtements, les nom- .breuses catégories de baréges et de châles, toujours chaîne coton ou soie, de finesses et de réductions diverses, avec trame

ALCAN. — Arts textiles, 4

laine de titres et de nature variables ; les popelines en chaîne coton, chape, fantaisie ou organsin trs^mées laine ; les Orléans, avec chaîne de même composition et trame alpaga ; les alépineSy avec chaîne soie et trame mérinos ; les alpagas purs, chaîne et trame en poil d'alpaga ; les poils de chèvre, môme variation de chaîne avec la trame en mohair; les cobourgs, croisés, chaîne coton et trame laine anglaise, etc., etc. II est impossible de donner toute la nomenclature, les noms ne changeant parfois qu'avec la modification soit de la qualité des fils, soit de la torsion ou du titre, ou bien suivant qu'ils sont simples, unis, doublés et retors, imprimés, chinés ou mouchetés par des •Irrégularités provenant de la filature ou produites à dessein dans le moulinage. Les expositions de Bradford et de Roubaix offrent principalement les tissus de ce genre, remarquables par la perfection de l'exécution, comparée surtout au bas prix de certaines de ces variétés.

Tissus du deuxième genre. — Les étoffes de ce genre sont caractérisées par des effets d'ornementation, de teinture, d'impression ou d'apprêts appliqués aux fils avant le tissage. Les remarquables articles chinés de Lyon, qui se distinguent par une netteté exceptionnelle ; les tissus de Bradford, dits italian clothj aussi séduisants par l'apparence que par le bon marché; les draps perlés du Dauphiné, les imitations d'astracan, les lainages peu coûteux désignés en Angleterre sous le nom de nicker-bocker y etc., tirent chacun leur originalité d'un apprêt appliqué dans les conditions indiquées plus haut. Ces traitements méritent d'être mentionnés dans leurs parties spéciales. Le chinage et l'impression des fils, connus depuis fort longtemps, n'auraient pu rendre les effets obtenus dans les soieries de Lyon, si on n'avait imaginé l'emploi de deux chaînes destinées, l'une à former le fond et l'autre les parties chinées ou ornementées ; c'est grâce à la combinaison de ces deux éléments, remplissant les fonctions d'un seul dans le résultat, que l'artiste

habile a pu vaincre les difficultés présentées par le système

ancien \

L'aspect des tissus de Bradford est obtenu au moyen de fils qui ne sont ni teints ni chinés après filage, mais dont la préparation même est imprimée à Tétat de mèche ou de ruban. Les fils qui en résultent sont, pour certaines nuances unies et claires, d'une perfection impossible à obtenir par tout autre moyen. Bien que ces produits n'aient été exposés que par une maison anglaise, le procédé est d'origine française et patenté en Angleterre par son auteur.

Les tissus imitant les fourrures d'astracan figurent dans les expositions de diverses contrées, mais surtout en France et en Allemagne, oîi cet article remarquable a été goûté tout d'abord. Il est dû à un bouclement et à un fixage à la vapeur, des fils qui, dans le tissu, doivent jouer le rôle de poil frisé ou ondulé. C'est par l'emploi des fils moulinés avec des torsions variables, engendrant de place en place des petits bourrelets ou nœuds, dont les distances, les couleurs, la forme peuvent être modifiées à volonté, qu'on arrive à des effets dont le nicker-bocker donne un type ; enfin les tissus perlés sont obtenus avec des fils dans lesquels on a enfilé au préalable des perles métalliques ou céramiques ; la chaîne passe à travers un peigne légèrement modifié, afin dç permettre aux perles d'écarter momentanément les dents à leur passage.

Troisième genre. — Presque toutes les contrées du monde produisent et ont exposé les tissus compris dans ce genre. Leurs caractères spéciaux proviennent de certains apprêts qui les font passer de l'état de toiles brutes à celui de tissus duveteux ou veloutés, à l'aide d'actions mécaniques. Un velours de coton, après tissage, a l'aspect d'un calicot écru, et un lainage drapé est une toile de laine dont on peut compter les fils. Il en est de

* Cet ingénieux procédé de fabrication est dû à M. Raymond Ronze, t'tin des plus habiles îndustriela de Lyon.

même de certaines peluches de soie dont le duvet est formé aux apprêts seulement.

Ce sont des traitements particuliers qui forment et développent, dans les divers cas, la partie filamenteuse ou duveteuse pour en garnir la surface de Tétoffe. Ces procèdes se modifient essentiellement, selon la nature des produits. De là la différence des aptitudes et des progrès, suivant les contrées. Nulle part on ne fait de plus beaux velours de coton, ni à meilleur marché, qu'en Angleterre. Us sont traités avec une connaissance si approfondie de la matière, qu'ils égalent presque les beaux velours de soie. Dans les lainages, la draperie classique unie constitue toujours pour les industries française et belge l'un des produits les plus remarquables par l'ensemble de ses qualités^. Les articles en lainages nouveautés, mêmes provenances, ne sont pas moins estimables, mais ils trouvent une rivalité très-sérieuse à l'égard des prix en Angleterre et en Allemagne.

Les perfectionnements se sont tellement généralisés et répandus qu'il devient difficile de se prononcer sur le mérite relatif de ces tissus sans comparer les prix. Nous démontrons plus loin, en indiquant les quantités considérables de laine artificielle consommées par certaines contrées, qu'il pourrait cependant être imprudent de. trop juger des résultats sur les apparences.

Parmi les progrès qui intéressent surtout la spécialité des lainages drapés, nous signalerons le développement croissant du tissage automatique; les soins particuliers apportés à la confection et à la préparation des fils, les améliorations appliquées aux métiers à tisser, ont contribué, chacun dans une certaine mesure, à aplanir les difficultés que rencontrait le travail mécanique des draps.

Quatrième et cinquième genres. — Premier type. — Les étoffes de cette catégorie comprennent toutes les variétés de velours et de peluches, la rubannerie, les tissus bouclés pour

linge, les étoffes à plis avec imitation de piqûres, etc. Les expositions de Lyon, de Berlin, de Vienne, de Tours, de Turin, de Gênes, de Saint-Etienne, de Bâle, en montrent également des échantillons remarquables. Malgré une certaine uniformité d'apparence, il y a peu d'articles aussi variés dans leur composition et leur valeur. Les beaux velours de soie ont tous les deux chaînes et les trames en soie pure d'une grande réduction ou d'un grand nombre de boucles par unité de surface*. Ces éléments peuvent se modifier de façon à fournir des catégories d'articles de moins en moins chers. Voici, à cet effef, les diverses combinaisons fondamentales des velours de l'industrie lyonnaise et de la plupart des centres manufacturiers faisant la même spécialité.

Pour une même largeur de 0",50, on fait des réductions comprenant des 22, 25 et 30 portées de 80 Qls, ou 1,760, 2,000 et 2,400 fils en chaîne, dont la réduction en trame varie en moyenne de 35 à 50 fils au centimètre. Quant à la composition de ces articles sous le rapport de la matière, elle varie également. Il y a même des variations de qualités dans le poil et la trame pour chaque réduction. La chaîne du fond reste toujours la même, en fils ourdis doubles.

Quant à la chaîne du poil et à la trame de liage, voici les variations. Pour les 22 portées, on emploie : 1** un poil ourdi simple en soie souple et trame coton ; 2® un poil simple soie cuite, tramé en soie grége ou écrue ; 3® poil à trois bouts, tramée crue. — Pour les 25 portées : poil double, tramé en soie crue, souple ou cuite. — Pour les 30 portées, les variétés sont les mêmes, mais avec une trame constamment en soie cuite. Cette dernière catégorie donne, par conséquent, un article d'une richesse exceptionnelle et d'une douceur toute particulière au toucher, surtout lorsqu'il est tissé avec la plus grande réduction comprenant jusqu'à 74 fers au quart de pouce.

Les étoffes à plis pour devants de chemise et autres articles

de même espèce sont principalement produits en France, où ce genre de travail a été imaginé. L'industrie anglaise a pris l'initiative de la fabrication du linge bouclé et a largement développé cette spécialité. Les tuyaux sans couture, dont la confection réclame des engins très-rustiques, ne sont nulle part exécutés sur un plus grand diamètre qu'en France et même à Paris. Une foule d'étoffes et de tapis à deux faces, d'apparence . identique sur les deux côtés, sont les résultats de moyens particuliers qui permettent la réalisation de tous les articles fondamentaux mentionnés dans les quatrième et cinquième genres.

Sixième genre. — Parmi les tissus indiqués dans les cinq genres précédents, figurent à l'Exposition un grand nombre de produits du sixième, tels que les gros de Naples, les gros de Tours, les cannelés, les mille-raies, les crêpes, les marabouts, les glacés, les caméléons, les mooreens, les moirés. Presque toutes les localités qui ont exposé les articles des cinq premiers genres en ont également envoyé de très-remarquables appartenant au sixième, supplémentaire en quelque sorte et accessoire dans ses moyens.

Septième genre. — Les tissus façonnés du septième genre sont très-nombreux et pourraient être appelés les façonnés les plus économiques dans leur composition et leur exécution. Ils comprennent les damassés élémentaires à une chaîne et à une trame pour ameublements, tapis, décorations et linge de table. L'Alsace, l'Angleterre et l'Allemagne en ont exposé en coton pur; Tours, Lyon, Berlin, l'Angleterre et l'Autriche, en belle soie sans mélange; le Nord, l'Alsace encore, la Picardie et Paris présentent des damassés exclusivement en laine. Plusieurs des mêmes localités en exposent en matières mélangées, laine et coton, coton et lin, soie et laine, etc. Les damassés pour les services de table sont, en général, en substance végétale, en lin, en coton, ou en lin et coton. Parfois, mais rarement, les

bordures ou de petits ornements sont en soie. Diverses contrées de TAllemagne, et la Saxe notamment, ont cherché à soutenir leur ancienne réputation en exposant leurs plus beaux produits. La Belgique et l'Irlande ont également envoyé leurs articles les plus estimés; mais à cette Exposition, comme aux précédentes, l'industrie française conserve une telle supériorité pour le goût et la perfection de Texécution, qu'on dirait nos tissus obtenus par des matières et des moyens différents de ceux de Tindustrie étrangère. Les linges damassés composés seulement de fils écrus ou blancs, ou de fils écrus et blancs, c'est-à-dire des éléments les plus simples du tissage, font ressortir le talent hors ligne de la France dans le tissage façonné. Les produits des autres pays représentent des effets de dimensions relativement restreintes et exécutés d'une façon plate ; il n'y a ni ombres ni clairs pour accentuer les détails et arriver à l'harmonie de l'ensemble. Les damassés français sont remarquables, au contraire, par le goût de la composition générale, l'étendue des sujets, les effets d'ombre et de lumière dus à la combinaison habile et variée des armures et la netteté d'exécution.

Nous pourrions établir une comparaison semblable en faveur des soieries reproduisant, dans certains portraits, les lignes harmotiieuses des gravures en taille-douce. Lyon surtout excelle dans ce genre qui réclame les connaissances les plus délicates de l'art du tissage. Il ne faut, en effet, pas perdre de vue que les défauts sont d'autant plus ostensibles que le tissu comporte moins d'éléments, et qu'ils ne peuvent être atténués par des réparations ultérieures dans des articles sans apprêts.

Les effets façonnés chinés, remarqués dans les vitrines lyonnaises comme une des nouveautés les plus distinguées de la saison , sont de deux sortes : les uns sont le résultat d'une impression sur chaîne simple, et rentrent dans le mode d'exécution des unis ou des damassés courants ; les autres, plus originaux, sont

obtenus par remploi des deux chaînes déjà mentionnées précédemment ; l'une imprimée est destinée au façonnage, et l'autre au fond du tissu. Les effets peuvent être ainsi multipliés et donner toutes sortes d'ornements qui se détachent d'une façon inattendue et offrent une finesse et une netteté de contours que le système de chinage appliqué jusqu'ici rendait impossible.

Une autre nouveauté, présentée dans les tissus pour ameublement par l'industrie picarde, consisté dans des étoffes pour rideaux, dont le fond est tantôt en tissure serrée, et les parties façonnées en armure, gaze ou mousseline claire, et tantôt formé d'une armure claire, d'une espèce de canevas, et les figures obtenues par des entrelacements de la toile réduite. Quelquefois ces oppositions d'effets qui simulent des broderies d'un genre particulier se font remarquer entre les bordures et les autres parties de l'étoffe. Saint-Quentin encore a exposé des rideaux façonnés sans découpage à l'envers, obtenus, par conséquent, par un moyen économique décrit plus loin. l!es diverses gazes rayées de toutes couleurs, ornées au plumetis et exposées par Tarare, peuvent, malgré leur élégance, rentrer dans la branche des façonnés les plus simples. Les mousselines façonnées, les organdis fantaisies, les pékins si nombreux à TExposition, font encore partie du septième genre. De même, les china- figures^ articles façonnés en chaîne coton et trame laine longue, exposés par Bradford, et spécialement fabriqués pour la Chine, appartiennent au genre façonné le plus simple.

Huitième genre, — La plupart des riches étoffes façonnées pour ameublement, pour ornements d'église en soie et fils métalliques, les brocarts et les brocatelles de Lyon, de Tours, de Berlin, les riches étoffes de l'Orient, etc., appartiennent à cette catégorie, dont les produits n'offrent rien de particulier. Ce sont toujours les articles classiques obtenus par les éléments employés depuis la renaissance et réalisés par les moyens perfectionnés du tissage moderne. La seule nouveauté récemment

tentée laisse encore à désirer. Nous voulons parler de la substitution des fils dorés et argentés artificiellement aux fils d'or et d'argent. Le dorage des substances textiles, à la pile ou par des moyens chimiques, est loin de posséder l'éclat et la pureté de nuances recherchés, si l'on en juge par les spécimens exposés.

Neuvième genre. — Les produits du neuvième genre sont les velours épingles, imprimés sur fils. Le Royaume-Uni a seul exposé des tapis exécutés par ce procédé, et, comme la production n'est économique que sur une grande échelle, l'Angleterre paraît avoir conservé le monopole presque exclusif de ces articles.

Dixième genre. — Les étoffes du dixième genre sont, au contraire, très-nombreuses et se composent de tous les façonnés, indistinctement, réalisés par un plus ou moins grand nombre de couleurs à partir de trois. Tels sont les châles français, les cotonnades façonnées pour gilets imitant le cachemire, les lainages demi-saison, certaines soieries, diverses variétés d'étoffes soie et laine pour tapis et ameublement. Les châles sont surtout remarquables dans les sections française et allemande. En Angleterre, on n'en fabrique que de peu de valeur ; cette spécialité existe à peine dans les autres contrées manufacturières d'Europe. Le travail des châles est toujours l'objet de nombreuses recherches, en France, dans le but de perfectionner et de simplifier les moyens et de diminuer les déchets. Les essais les plus intéressants sont décrits plus loin, dans le chapitre spécial aux matériels.

Onzième genre. — Les tissus brochés en toutes» espèces de matières démontrent l'extension croissante d'un genre oîi l'industrie lyonnaise brille au premier rang. Cependant il y a, malgré les manifestations déterminées par l'Exposition, un mo ment d'arrêt dans la production de ces articles riches et élégants. La mode a abandonné en partie la consommation des tissus brochés de la soierie, au moment oii les progrès permet-

taîent Tîmltation parfaite des effets de la belle broderie à la main. Certaines étoffes exposées dans les vitrines de Lyon le prouvent suffisamment. Mais si les moyens auxcpiels nous faisons allusion sont momentanément paralysés dans le travail des soies, ils ont trouvé des applications intéressantes dans les mousselines brochées , dans les lainages pour robes et dans les étoffes pour meiibles.

Le tissage automatique, presque complètement indépendant de la nature des substances, présente l'avantage de pouvoir être utilisé indistinctement dans toutes espèces d'articles. Le progrès le plus saillant réside dans les méthodes destinées à imiter, sur nos métiers à faire les façonnés, le mode d'entrelacements pratiqué par les Orientaux et les Indiens , et connu sous le nom de crochetage. Ce mode de tissage permet, en effet, d'accroître le nombre des fils de couleurs différentes sans augmenter sensiblement le poids et constitue le principal mérite des châles de l'Inde, dont les produits appartiennent au onzième genre.

Douzième genre, — Les velours façonnés épingles, coupés en mosaïques, les tapis dits moquettes anglaises, les velours d'Utrecht, sont exposés parles fabriques d'Halifax, de Tournay, d'Aubusson, de Tours, de Berlin, d'Amiens, de Nîmes. Ici la partie façonnée est réalisée par les fils de la chaîne, et non par les fils de la trame comme dans les genres précédents. Ce mode de fabrication n'est applicable qu'aux tissus d'une certaine épaisseur, et, par conséquent, aux tapis, aux tapisseries et à tous les produits destinés à servir de tentures ou à recouvrir les meubles. Bien des essais ont été tentés pour simplifier les moyens généralement compliqués dans le tissage de ce genre, mais les progrès sont arrêtés à la substitution du métier Jacquard à l'ancienne tire, dont la dimension limitait l'étendue des effets.

Les tissus et les tapis chenilles, qui forment le treizième

genre^ sont fabriqués principalement à Nîmes, à Beauvaîs, à Vienne, et sont dus à un procédé tout particulier. Au lieu de réaliser les effets par la chaîne, comme dans les velours façonnés, ou par une série de fils de trame de couleurs différentes insérées successivement par superposition et n'apparaissant d'une lisière à l'autre qu'à des points déterminés, on obtient un nombre quelconque de couleurs au moyen d'une seule trame. A cet effet, on fabrique au préalable un tissu à rayures transversales, puis on le découpe par bandes, parallèlement aux lisières, afin de faire servir comme fil de trame chacun de ces rubans chenilles diversement colorés.

Pour exposer plus nettement le procédé, supposons une toile de laine avec un certain nombre de duites successives et de couleurs différentes. On produira une étoffe à rayures dans le sens de la trame ; le découpage de cette toile par petites largeurs, parallèlement aux lisières, donnera des rubans peluches ou frangés et diversement colorés , s'ils ont été composés conformément à une mise, en carte. Le tissage de ces duites veloutées réalisera les effets arrêtés à priori sur le dessin.

L'un des progrès récents a pour but de simplifier encore cette fabrication. Au lieu de procéder à deux tissages successifs entre lesquels se place le découpage, on a eu l'ingénieuse idée de constituer des fils retordus et transformés en chenille simultanément et automatiquement. Ce procédé, qui fonctionne près de ses produits exposés, repose sur le principe du guipage, c'est-à-dire de l'enveloppe d'un fil droit par les spires, d'un second ou de plusieurs autres fils de couleurs différentes. Ainsi obtenu, le produit a l'apparence d'un ressort à boudins mince très-flexible. Si, au moment, où le fll tourne et avance parallèlement à lui-même, une lame coupe les spires perpendiculairement à leur direction, la cA^w27fe est produite. La simultanéité de l'enveloppement circulaire et de la section des fils, opérés avec une grande rapidité, réduit notablement la façon.

Les étoffes obtenues par la réunion de plusieurs modes d'entrelacements, telles que les taffetas à fils serrés, les gazes, satins et velours par parties, forment un genre à part, à cause des moyens spéciaux auxquels il faut avoir recours pour surmonter les difficultés du tissage.

L'Exposition renferme divers spécimens où les effets de la broderie et des tulles sont réalisés ainsi par des combinaisons de divers modes d'entrelacements.

Quinzième genre, — Premier type. — L'Exposition ne présente aucun échantillon des tissus compris dans cette subdivision du quinzième genre, qui a eu une grande vogue sous le premier empire, et a fourni un certain nombre d'étoffes pour les palais impériaux. Le mode d'exécution de ces articles, fort lent et coûteux, a été remplacé par le chinage ou l'impression sur fils.

Deuxième type. — Les gazes simples, les gazes façonnées de toutes espèces et aux destinations les plus diverses, pour objets de toilette, pour bluter les farines, passer les pâtes céramiques ou pour former des fenêtres dans les musettes des chevaux, constituent le deuxième type du quinzième genre.

Troisième type. — Les nombreux articles de la bonneterie exposes appartenant à ce type peuvent être divisés eux-mêmes en variétés que nous nous bornons à mentionner. Ils comprennent : 1° les tricots simples, unis, écrus, blanchis ou teints ; 2° les tricots à côtes ou sans envers particulièrement élastiques ; 3** les tricots à jours divers ; 4'' les tricots peluches unis ; S"" les tricots ras façonnés; 6** les tricots façonnés peluches, etc.

Chacun de ces genres varie à son tour en raison de la nature, de la qualité, de la matière et de la réduction ou nombre de mailles par unité de surface. Les assortiments exposés comprennent depuis les articles en coton le meilleur marché jusqu'aux produits les plus élégants en soie, c'est-à-dire des bas, par exemple, depuis 3 fr. 80 c. jusqu'à 130 francs la douzaine.

La bonneterie expose, en outre, toute espèce de vêtements, chaussons, jupons, justaucorps, chemises, gilets, gants, manchons, etc.

La Saxe, l'Angleterre et la France paraissent se placer sur la même ligne à l'égard de la valeur des produits. Quant aux moyens qui ont permis de perfectionner les résultats et d'améliorer les conditions économiques de la production, nulle contrée ne paraît aussi en progrès que la France, à en juger par l'outillage exposé ; les progrès les plus remarquables dans cette direction sont signalés dans un chapitre spécial de cet ouvrage. Quatrième type. — Les tulles et les dentelles sont fort remarquables par la diversité des articles envoyés par l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne et la France. L'Exposition renferme depuis les réseaux les plus simples, à quelques centimes le mètre, jusqu'à des produits estimés au prix de l'or. Les distinctions en genres, qui peuvent s'établir conformément aux principes exposés précédemment, seraient cependant trop minutieuses et nous entraîneraient trop loin, surtout si nous voulions caractériser les innombrables sortes de dentelles à la main. Les tulles façonnés produits automatiquement ne peuvent encore les imiter qu'en partie. On peut constater cependant un progrès considérable dans les assortiments de dentelles à la mécanique. Certains effets rivalisent avec ceux de la main la plus habile. Nottingham et Calais luttent avec énergie pour créer chaque jour sur le métier des articles nouveaux empruntés au domaine de la dentellerie.

L'exposition de Calais présente, entre autres, des échantillons de tulle d'un caractère tellement original qu'il constitue une variété particulière du type fondamental. Les dentelles et les tulles étaient composés jusqu'ici par des fils s'entrelaçant exclusivement dans le sens de la chaîne. Le produit nouveau s'en distingue par des fils de trame enchevêtrés dans les premiers. Il en résulte un tissu à mailles d'un caractère spécial, dont on

ne peut encore prévoir le sort. Mais le moyen pour obtenir ce résultat constituant Tune des originalités du moment, nous avons cru devoir le décrire plus loin.

Cinquième type. — Les filets exposés sont des tissus rustiques à réseaux 'de dimensions et de finesses variables, suivant les services auxquels ils sont destinés. La masse de ces produits est fabriquée en vue des besoins de la pêche et de certains usages accessoires qui les font rentrer dans le premier type. Les filets façonnés pour objets de toilette sont relativement de peu d'importance, la consommation trouvant facilement dans les tulles et les crochets des articles plus avantageux. Le progrès de la fabrication des filets de pêche consiste dans Texécution automatique et dans les perfectionnements apportés aux métiers dont le principe et la réalisation avaient valu à leur auteur, Buron du Bourgthéroulde (Eure), une médaille d'or à l'Exposition de 1801. Ce premier métier pratique, conservé dans les galeries du Conservatoire des arts et métiers de Paris, sans avoir été modifié dans les organes principaux, a successivement reçu d'intéressantes améliorations, et notamment par Peckeur, dans les transmissions de mouvements et dans l'exécution. Les métiers de l'Exposition actuelle ont été l'objet de nouveaux perfectionnements qui les rendent tout à fait pratiques. Ils résolvent enfin un important problème industriel, et démontrent que les machines peuvent désormais se substituer à la main dans les travaux les moins susceptibles en apparence d'être réalisés automatiquement. M. Jouanin, d'une part, et M.Zambeaux, de l'autre, ont exposé chacun une machine que le public n'a cessé d'admirer.

L'extension du travail automatique dans toutes les directions peut, en quelque sorte, servir à mesurer le degré de progrès d'une spécialité ou d'une contrée. Un coup d'œil général résumera, à cet égard, la revue qui précède.

§ S* — Da déTeloppement 4a lr«YsU ant»auMl4|ne dans les Industries temtlles.

Envisagées sous le rapport du degré d'avancement des transformations automatiques, les substances filamenteuses peuvent être placées dans Tordre suivant. : le coton, la laine peignée, la laine cardée, Talpaga, le poil de chèvre, le duvet du cachemire, le lin, le chanvre et la soie. Ainsi, de toutes les matières, le coton est celle où les machines interviennent le plus complètement. Il n'y a, pour ainsi dire, pas un produit qui ne soit exécuté automatiquement dans les pays manufacturiers avancés. Il pourrait en être de même pour la laine peignée, la laine cardée et les autres fibres animales ; mais ce résultat n'est pas encore obtenu dans toutes les transformations. La filature seule est à peu près complètement automatique. Le tissage à la main pî*end encore une part sérieuse à la fabrication ; cette part cependant va chaque jour en diminuant avec les aniéliorations apportées au matériel du tissage automatique. Le travail du chanvre et du lin est le moins avancé. Si dans la filature les moyens mécaniques font mieux et plus que la main pour certains produits d'une finesse intermédiaire de consommation courante, ils ne peuvent rivaliser avec elle, conune nous l'avons vu, pour les grandes finesses. Quant au tissage, la main et les machines paraissent se partager le travail dans un certain nombre da localités.

Parmi les spécialités qui comprennent les transformations de la soie, le moulinage ou retordage est seul automatique dans toutes ses parties. La main joue, au contraire, le plus^^rand rôle dans le filage ou dévidage des cocons et dans le tissage de la plupart des articles. La fabrication des unis et des rubans commence à peine à appliquer le tissage mécanique ; et, quoiqu'il existe des établissements importants dans ce genre, ils ne

forment qu'une exception peu considérable, eu égard à la masse des métiers en activité.-

Les causes de ces difTérences dans les moyens d'action pour les diverses substances méritent qu'on s'y arrête.

Si le coton, qui est la matière la plus récente dans nos contrées, a été transformé le premief d'une façon entièrement automatique, c'eét en raison des caractères que ne présente au même degré aucune autre substance. Ses filaments possèdent une netteté de surface et une flexibilité qui se prêtent admirablement au glissement et à la compression, c'est-à-dire aux actions qui forment la base de la filature. Ils ont, de plus, une longueur moyenne qui permet de leur appliquer ces actions, de façon à diriger aisément leurs déplacements dans les préparations successives. Enfin, la ténacité et l'élasticité des duvets tubulaires du coton donnent aux fils les qualités les plus favorables à l'exécution du tissage mécanique. Si, pour le chanvre et le lin, les transformations rencontrent des difficultés, elles tiennent à l'état des fibres élémentaires : au lieu d'opérer sur des filaments constitués naturellement comme le duvet du cotonnier et les poils de la laine, ayant, par conséquent, une homogénéité relative, on agit ici sur des filaments formés artificiellement par la division des parties des plantes dont ils proviennent. Si ce traitement permettait d'opérer avec précision, les filasses deviendraient assez flexibles, fines et homogènes •pour rendre la filature du chanvre et du lin aussi facile et aussi économique que celle du coton. Mais l'industrie n'en est pas là. Les moyens mécaniques ne sont pas seulement limités à la production d'une certaine catégorie de fils, il faut dé* penser un travail plus considérable, et employer des machines plus puissantes, à égalité de numéros, avec le lin et le chanvre qu'avec toute autre substance. Quelque bien divisée que soit la filasse par les moyens de rouissage et de préparations mécaniques généralement usités, la matière première arrive à

la filature dans un état irrationnel et défavorable. Les brins sont loin d'avoir subi tous un degré égal et suffisant de préparation, ils sont encore enduits d'une proportion notable de la gomme naturelle, qui les constitue en faisceaux indéfiniment divisibles. Aussi, à une certaine période du travail, le filateur est^il obligé de faire intervenir l'action de Teau chaude, et de déterminer des pressions anormales pour pouvoir terminer le filage. Le plus grand progrès signalé dans la spécialité consiste dans un procédé décrit plus loin, et dont le but est de faciliter la désagrégation des filasses à une période moins avancée du travail ; c'est un pas en avant, mais ce n'est point le dernier. La fibre doit être amenée à l'état de filasse par des moyens de rouissage perfectionnés avant d'être soumise aux transformations mécaniques, et alors la filature automatique pourra rivaliser avec le travail à la main pour la finesse de ses produits.

Le dé vidage des cocons, pour en transformer le fil en soie grège, nécessite le concours direct et raisonné de l'ouvrière; ce travail est, par suite, aussi automatique qu'il peut le devenir, mais il pèche par certains modes de traitement indiqués dans le chapitre consacré à la description des moyens.

Si de la fabrication des fils on passe au tissage, on ne rencontre plus des différences du genre de celles qui viennent d'être signalées. Tous les fils bien faits et bien préparés peuvent être tissés automatiquement. Si le tissage est plus avancé pour une nature d'étoffes que pour certaines autres, cela tient à des motifs accessoires étrangers au principe de l'art. A part les dimensions, les métiers restent les mêmes pour toutes les matières.

Le tissage automatique des cotonnades est le plus avancé, parce que le fil de coton est solide, relativement très-élastique ; ses étoffes sont rarement très-larges , elles embrassent une masse de produits courants, et, enfin, les préparations de ces fils sont les plus perfectionnées.

Le tissage des étoffes rases en laine offre sinon une identité

ALCAN. — Arts textiles. 5

parfaite avec le précédent, du moins une grande analogie; il se propage grandement, et remplacera bientôt le travail à la main. Celui-ci ne peut lutter avec les moyens automatiques que lorsque l'industriel entrepreneur trouve avantage de n'avoir pas à sa charge un matériel et des établissements considérables. Les mêmes motifs ajoutés à ceux déjà mentionnés, le peu de solidité des fils et la grande largeur de Tétoffe se sont toujours opposés à la propagation du tissage automatique dans les lainages en fils cardés. Quant aux soieries, les soins particuliers qu'exige leur exécution sont difficiles à concilier avec la rapidité du tissage mécanique, aussi ce mode de travail n'est-il appliqué qu'aux articles unis les plus courants.

Toutes les contrées qui ont pris part à l'Exposition sont loin d'être également avancées dans le travail automatique ; ce n'est qu'en Angleterre, aux États-Unis, en France, en Belgique et en Suisse, que la filature et le tissage automatiques dominent largement le travail à la main. En Allemagne^ oî^ la filature des principales substances s'étend chaque jour, il n'en est pas de même pour le tissage surtout. La masse des produits parait être exécutée par les tisseurs de la campagne.

Dans certaines contrées du nord et du midi de l'Europe, telles que la Russie, l'Espagne, l'Italie, bien que le système automatique fasse des progrès sérieux, le travail à la main a encore le dessus. Des chiffres cités plus loin mettent ce fait en évidence et prouvent qa'il n'est favorable ni à la condition de la classe ouvrière, ni à la prospérité générale.

Pour faire ressortir l'importance du travail des étoffes en Europe, la puissance productrice et le degré de progrès des pays manufacturiers dans les différentes spécialités des arts textiles, nous avons cherché à nous procurer des statistiques exactes (malheureusement il en est peu de complètes) donnant les éléments significatifs et intéressants à connaître. Les bases sur lesquelles elles sont établies et les points de départ varient.

Tantôt un pays donne, dans une spécialité, le nombre des ouvriers employés, et dans une autre la quantité de matière première consommée, ou le nombre de broches ; tantôt on donne seulement des poids ou des valeurs de produits manufacturés. Partout il y a des causes d'erreurs et de malentendus. On peut se rendre facilement compte de ce que ces travaux présentent encore d'incomplôt en présence des documents de Tun des pays les plus en progrès, de ceux même de la France. La statistique générale à laquelle on travaille depuis longtemps est loiii d'être terminée, et présente, dans la partie la plus avancée, certaines erreurs presque inévitables lorscfuë des hommes spéciaux ne sont pas chargés de contrôler les données, fournies tion sans répugnance par les industriels. Il n'y a d'ailleurs rieti encore de terminé relativement au personnel des usines des arts textiles et aux nombres de broches bt de métiers par spécialité. Il existe seulement que^ués statistiques locales très -intéressantes ; c'est grâce à celles-ci, aux données officielles de l'administration de nos douanes sur rimportatioii et l'exportation des matières premières et de leurs produits, et aux documents fournis par la plupart des pays qui ont con^ couru à l'Exposition, que nous avons pu entreprendre à notre tour un travail d'ensemble fait à un point de vue spécial. Nous avons ramené les résultats des diverses contrées aux mêmes unités françaises. Lorsque certains éléments directs de la production nous faisaient défaut, nous avons cherché à y arriver aussi approximativement que possible, en basant nos calculs, soit sur l'importance du personnel, soit sur celle du matériel. Sans avoir la prétention d'être arrivé h des résultats irréprochables, nous croyons cependant qu'ils peuvent être considérés comme des moyennes assez rapprochées de la vérité pour condenser ce travail et rendre la comparaison plus facile. Nous avons résumé nos calculs dans des tableaux placés à la fin dé cet ouvrage, afin de ne pas scinder la partie technique.

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