‹ Fabrication des étoffes: Études sur les arts textiles à l'ExpositionChapitre 23 sur 49 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

§ I. ~ Consi4fic|i|i(>|is générales.

Uindustrie française s'est trouvée seule représentée d'une façon à peu près complète dans la spécialité des métiers h mailles élastiques pour bonneterie et ^ réseaux noués pour filets, La plupart des contrées manufacturières, à l'exception du Royaume- Uni, ont peu développé cette branche de la construction. L'abstention de l'Angleterre, ^^i jusque-là avait conservé une avance marquée, ne saurait s'expliquer; il est douteux toutefois qu'en présence des perfectionnements réalisés par nos construc-

teups et adoptés h l'étranger, les mécanicwpe aqglwa mw aient devanpés aujourd'hui. ^

Tous les métiers à tricoter peuvent sp classer en deux grandes catégories : les n^étiers rectiUgnes et les niétiers eirmlaires. Le fonctionnement s^utomatiqqe du métier à tricoter les baa constituait une des grandes nouveautés de l'Exposition de 1862| dans le matériel des arts textiles. Le nombre des bas n'était limité que par la longueur du naétier, et le rôle de l'ouvrier se bornait à une surveillance facile.

L'Exposition de 1867 laisse bien loin ce premier essai. Le métier rectiligpe h pièces multiples réalise le tripot à côtes sans envers, do^t l'élasticité se prête à la confection des poignets, jarretières , hauts de jambe , etc. Grâce h l'application de la double fonture au métier automatique et à l'heureuse combinaison des transmissions de mouvement, nous voyons se for^s mer simultanément dofize pièces de ce tricot dit d bords-^ét^

dans le même temps oti , îjvec le métier à la main, l'ouvrier n'en fabriquait que deux, au prix d'un travail pénible et absorbant. La production du métier fectiligne classique a été centuplée. Les premières machinps aqtomatiques étaient compliquées, lourdes et nécessitaient des ateliers en re?-de-pbanssée ; les métiers exposés sont simplps pt fpnctionnent avec si peu d'efforts qu'il» peuvent 0tre placés dansi m étage quelconque. M. Tailbouis, qqi s'est montré le plus énergique propaoteur des perfectionne^ ments de ces métiers, f^ réalisé dP no^bles modifipatiops dans l^ construction. 1(1. Bertbelot, qui ftvaij. exposé également en 1862, présente un OttUHage ou se trouvent réqnies les plus récentes améliorations.

Les améliorî^tions apportées aux métiers circulaires sont plus variées encore et non moins importantes. L'un des principaui^ constructeurs, M. Buxtorf, s'est consacré h l'étude de ce sysi tème et a exposé nn assortiment de dîx-buit métiers offrant^

chacun une particularité distincte. Le grand avantage de la diss

position circulaire consistait exclusivement dans la puissance de la production. Certains de ces ipétiers réalisent, en effet, cinq cent mille mailles à la minute, tandis que le métier rectiligne le plus complet n'en fournit que cinquante mille dans le même temps. Mais le dernier donnait des produits que le premier ne pouvait aborder. Le métier circulaire ne faisait pas les tricots dits bords à côtes y ni les façonnés, ni les tricots à jour, ni la peluche, ni les lisières pour articles imitant la draperie; son rôle se bornait à la confection d'un manchon ou cylindre uni. Ses produits devaient donc être exclusivement réservés aux articles à bas prix, découpés et grossièrement cousus ; ils laissaient à désirer au point de vue des apparences et de la solidité. Les perfectionnements dont le métier circulaire a été l'objet depuis peu d'années ont permis de modifier les résultats; ce ne sont plus seulement des tricots analogues aux produits unis des métiers rectilignes qu'ils exécutent, mais ils réalisent des effets comparables à ceux des métiers Jacquart. Ces progrès sont la conséquence de certaines additions et combinaisons spéciales de l'organe de métier circulaire désigné sous le nom de mailleusq. La mailleuse est chargée d'introduire le fil à tricoter en feston plus ou moins varié entre les aiguilles de la fohture, de façon à modifier l'action de celles-ci ; mais le métier lui-même reste ce qu'il était en principe. Les organes des métiers circulaires sont, d'ailleurs^ établis avec un soin et un réglage tels, qu'ils tricotent indistinctement les matières les plus dures et les moins élastiques, comme le lin, et les substances les plus moelleuses et même de la préparation non filée. Cependant les progrès sont loin d'avoir atteint leur apogée, car une modification intime du système circulaire a ouvert une voie nouvelle aux perfectionnements. La particularité du métier dont nous venons de parler consiste dans l'absence des platines et de la roue mailleuse, indispensables au fonctionnement des autres appareils.

t MÉTIERS A MAILLES. 209

Le cueiUage, effectué jusque-là par la mailleuse, comme nous le verrons plus loin, a lieu par l'effet des aiguilles ellesmêmes, modifiées dans leur forme et munies de petites clanches articulées. Ces aiguilles, disposées verticalement sur un rail circulaire, constituant une série. de plans inclinés dans deux directions opposées, montent et descendent suivant ces plans ; par ce double mouvement, les clanches articulées ouvrent et ferment l'extrémité au bec. Dans le premier temps, le fil à tricoter s'engage dans le bec ; dans le second, il est cueilli en feston. Il résulte de cette modification de l'aiguille une simplification extrême du métier. Cette invention, dont l'auteur est inconnu et que l'on croit américain, était restée sans application. Des constructeurs français en comprirent les avantages et les ressources les premiers, ainsi que le témoignent les métiers exposés. L'une des conséquences lès plus curieuses de l'application de ces aiguilles, dites self-acting^ €st la construction d'un métier tout récent, où deux fontures disposées sur des bâtis parallèles et rectilignes agissent soit alternativement, l'une de droite à gauche et l'autre de gauche à droite, sur le piême fil pour former un tuyau aplati, soit simultanément pour tricoter les bords-côtes, etc. Un poinçon spécial agit sur les aiguilles et produit spontanément les diminutions ; de sorte que^ sans apprentissage et en tournant seulement une manivelle, le premier venu peut tricoter un bas avec talon renforcé et pointe aussi bien qijie l'ouvrière la plus habile. Ce tricoteur omnibus^ comme il a été justement appelé, rendra de grands services , même dans les campagnes , car le prix de revient en est minime. Ce système ingénieux, inventé à peu près à la même époque en France et en Amérique , est exposé par les deux pays et forme le trait d'union entre les métiers rectilignes et les métiers circulaires. Il est rectiligne par sa forme, mais il réunit les propriétés les plus importantes des deux systèmes, la grande production jointe à l'exécution des pièces

àlcan. —Arts textiles. 14

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de fôfmes variées. Les progrès réalisés, dans une industrie aussi essentielle que la bonneterie, témoignent de Tîniportance des recherches, dont la continuité assure à cette spécialité de nouveaux développements.

Métiets à fabriquer ks filets. — - Deux métiers à fabriquer les filets démbhtrent, par leur exécution et les modifications apportées à certains détails, que le problème poursuivi depuis plus de soixante années est résolu industriellement. Nous devons rappeler, toutefois, que le premier métier à fabriljuer simultanément un nombre quelconque de mailles est dû à un pauvre t)aysan de Bourgthéroulde (Eure), appelé Buron. La première machine de cette inventioti, qui a paru à l'Exposition de 1806, fait partie des collections du Conservatoire des arts et métiers. Elle peut être considérée comme une œuvre de génie, car Buron ne savait ni lire ili écrire. Sa machihe, toute en bois, laissait tiécessairement à désirer sous le rapport de la construction. L'habile ingénieur Pecqueur, qui en avait saisi le mérite et les défauts, modifia certaines parties, et améliora cbnsidérableînent Texécutibn de l'ensemble. Les inachines actuelles marquent un progrès de ^lus. Aux bavettes ou pôrte-trames de l'ancien système se substituent des navettes analogues pour la forme aux navettes dés métiers à tulle bobih. Toutes leslransmissioils ont été sérieusement améliorées. Elles sont ainsi devenues des métiers complètement autottiatiques , dont la production a été considérableinent augmentée.

L'outillage de la fabrication des étoffes réticulâires, et feUrtout de la bonneterie, dont nous venons de parler, ne donnait lieu, jusqu'à ces dernières années, qu'à peu d'affaires en France. Sa construction, depuis lors, a pris uri grand développement, et est devenue aussi intéressante sôus le rapport des progrès remarquables auxquels elle a donné lieii, que sous celui de son importance croissante. Cette spécialité des machines à exécuter les étoffes à mailles étant Tune des moins connues,

MÉTIERS A MÂlLt£S. ^{i

nous avons pëhsé que nous devions donner quelque étendue à la description dès principales modifications et améliorations récemment réalisées. Pour les rendre le plus clairement possible, il a fallu exposer une série de systèmes de métiers moins récents. Et afin dé compléter ce travail dans le cadre que nous nous sommes tracé, nous le faisons précéder par un aperçu historique succinct de l'industrie mécanique des tissus réticulaires.

§ 9. -- Aper^n liistorli|iie.

Considérations généf*alês. — Les étofifes à mailles, examinées au point de vue de leur destination, de leurs modes d'exécution et de leur origine, forment trois spécialités importantes dans les industries textiles, dont les résultats sont dési-" gnés sous les noms de filets ^ de tricots et de dentelles. Le principal usage des premiers était réservé, dès les temps les plus reculés, à la 'pêche et à la chasse. Les seconds sont devenus un objet de première nécessité avec les progrès de la civilisation et le développement du bien-ôtre dans les classes les plus nombreuses. Les dernières, qui sont en quelque sorte les fleurs de l'art vestîmentairte, participent de leur élégance, et sont comme elles un ornement presque indispensable pour les sociétés modernes, malgré ou plutôt à cause de leur emploi spécial.

La solidité toute particulière que doivent présenter les mailles des engins de pêche iet de chasse a dû faire rechercher les matériaux les plus résistants par leur nature, et les moyens d'entrelacement les inoins susceptibles de se défaire bu de se déformer. Les nœuds qiii fixent les réseaux du filet réalisent parfaitement cette condition. Ils ont été exécutés de tout tetUps de telle façon, qu'au lieu de se relâcher à l'emploi, ils se resserrent et se consolident de plus en plus.

Les vêtements tricotés, dont l'objet est d'embrasser étroite-

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ment les formes et les parties du corps auxquelles ils sont destinés, sont obtenus au contraire par la formation successive d'une série de nœuds coulants au moyen du rebouclement autour de lui-même d'un fil sans tension sensible et d'une longueur indéfinie. Les mailles qui en résultent sont, par conséquent, plus ou moins extensibles et particulièrement propres à leur destination.

La dentelle, aussi difficile à analyser que la grâce et le goût, a cependant quelques signes fondamentaux qui la distinguent des autres étoffes à mailles. Elle se caractérise, en général, par divers modes spéciaux d'entrelacement, la finesse extrême des fils, la délicatesse et la variété de son tissu. Elle réunit au plus haut degré la légèreté à la solidité. Elle allie avec un grand art les contrastes les plus harmonieux. Les vides du toile le plus diaphane, destinés à laisser voir les couleurs et la lumière, sont circonscrits par des contours en relief si habilement et si ing^énieusement tressés, qu'ils rappellent spontanément les chefsd'œuvre de la ciselure la plus renommée. — Malgré le rôle étendu que joue le. caprice dans l'ornementation de la dentelle, chacune de ses nombreuses variétés repose sur des règles fondamentales d'exécution qui servent à les caractériser. La bisette, la gueuse^ la mignonnette^ la campanne formaient primitivement des dentelles en fil de lin pur plus ou moins fin. La guipure^ au contraire, était mélangée originairement de soie, d'or et d'argent qui lui donnaient un éclat particulier. Les points de Venise^ de Gênes^ A! Angleterre^ de Bruxelles^ au lieu d'offrir une série de mailles, sont obtenus par un entrelacement imperceptible à l'aiguille, qui forme le travail façonné destiné parfois à être rapporté à son tour sur un réseau. De là le nom ^'application donné à certaines d'entre elles.

Ce qui précède peut expliquer les causes de Tancienneté du filet et l'origine relativement récente de la confection du tricot pt de la dentelle. La nécessité la plus impérieuse a donné nais-

sance au premier chez les nations civilisées de l'antiquité et chez les peuplades sauvages les plus étrangères aux arts. Des figures retrouvées dans les ruines démontrent que les Egyptiens s*en servaient. Hérodote en parle dans plusieurs passages de ses écrits dans des termes qui indiquent un objet connu. Xénophon en décrit la fabrication dans son Traité sur la chasse. Les Romains en formaient des clôtures pour protéger les spectateurs des cirques contre les animaux qui combattaient dans les arènes. Cook constate son usage et sa fabrication chez les naturels d'Otaïti, dénués cependant de toute autre notion sur le tissage en général.

L'origine de l'emploi et de l'exécution du tricot et de la dentelle dans nos contrées est peu fixée. La première trace de ces produits en Europe ne remonte pas au delà du quinzième siècle. Le comte Arundel fit hommage à la reine Elisabeth de la première paire de bas qu'on eût encore vue en Angleterre. La France, sous ce rapport, paraît avoir la priorité, s'il est vrai que les premiers vêtements de ce genre tricotés furent portés par Henri H au mariage de sa sœur.

En s'en rapportant aux traditions récentes, ce serait vers la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième que l'on commença à tricoter des bas, en Espagne et dans les Flandres d'abord, puis en Italie, en Ecosse et en France. Ce travail des étoffes à mailles paraît, par conséquent, avoir eu la même origine que la plupart des industries textiles de luxe, et devoir venir des peuples orientaux, à la civilisation desquels les Espagnols ont été plus particulièrement initiés par le séjour des Maures. Quoi qu'il en soit, on trouve les expressions de mailles et à' aiguilles à tricoter dans les ordonnances de 1574 sur la pêche. La dentelle était également bien connue dès lors, elle payait un droit d'entrée et de sortie à la douane. Un édit somptuaire de 1629, qui défendit son usage pour diminuer l'exportation du numéraire payé pour cet article à l'Italie,

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prouve d^ailleurs Texteusion rapide de cet objet de luxe en France. Il était recherché alors, non-seulement comniQ aujourd'hui exclusivement par les femmes, mais également pour certaines parties de la toilette des hommes de la noblesse et du haut clergé. Ces destinations développèrent particulièrement chez nous le travail de la dentelle, qui, depuis la Renaissance jusqu'à ce jour, conserva une grande réputation et une supériorité marquée dans certaines spécialités, Ce qui prouve également l'importance de ce travail intéressant h plus d'un titre, c'est la nombreuse population de femmes qu'il alimente.» M. Félix Aubry, si compétent en pareille matière, estime à près de 2S0 000 le nombre d'ouvrières ep dentelles dans les dix-huit à vingt départements de la France où cette industrie transforme pour une valeur d'au moins 80 millions de francs par an, La main-d'œuvre entre dan§ ces produit^ pour les neuf dixièmes du produit total. L'outillage est des plus simples ; il s'élève à peine à S francs pour chaque deutellière. Pour avoir upe idée complète de l'importance de l'industrie des dentelles en général, il faut ajouter les imitations, ou tulles unis et façonnés. Plus de 2 000 métiers sont employés II ce travail ; avec leurs moteurs çt accessoires, ils valent plus de 60 millions, et transforment annuellement pour plus de 70 millions de produits,

^ensemble de la production dentellièrç en France s'élèverait donc à plus de 150 millions par an, d'après les renseignements statistiques établis sur le personnel en activité d'une part, et l'emploi du nombre de machines de l'autre. La quantité de dentelles exportée n'atteint pas 3 millions et demi par an, et celle achetée au dehors est moindre encore ; le mouvement d'affaires de ce chef a, par conséquent, lieu presque exclusivement à Tintérieur du pays.

Bonneterie. — La bonneterie, devenue un objet de première nécessité de nos jours, est néann^oins loin d'atteiqdrp un chiffre

^0 vente aussi élev^ qq^ celui auqyel les dentelles de, toutes espèces donnent lieu.

O'après M. Tftilbouis, f^bricjint de bonneterie et membre de la Commission des vajeurs pour cette spécialité, Tensemble de la production annuelle de la boqneterie s -élèverait à 120 millions de francs enviroq, réparti^ de la manière suiy?inte :

En coton , 54 pour IQO ;

En laine et cachemire 40 —

En soie 6 —

En lin , i —

Depuis cinq ans, la production s'est élevée de plus de 2Q pail-r lions et rexportatioîx g pçissé fle un (ii^fièpie ^ ui} çinquièîpe ^e la production tptale.

Si Ton coflapare ces chiffres officiels relatifs à ^ bonneterie à ceux concernant la dentelle, on remarque que la dépense pour la cousommation d'objets dont on pourrait se passer à la Rigueur sans inconvénient pour la sapté et sans que la décence en souffrît, dépasse dci be^iippup cellfi faite pour des y^tements de première nécessité, tels que Ijas, calpçons, gilets, jupons, etc. Elle s'élève à pein^ pour ces derniers articles à 3 francs paf an et par individu, tandis que le budget annuel des dentelles et des tulles atteint 4 fremps par tète. Cette difféfence en faveur du budget du luxe 4p vient plus spnsible encore par la remarque qup la dépense la plus fprte est occasionnée pour des tissus dopt le reipplacement pst Ipien moins nécessaire que celui des tpicpts. Les dentelles, par Ipu?^ splidité et le peu de fatigue qu'elles supportent, si on excepte les voiles, voilettes et cols, durent dps générations. La bonneterie exigp au contraire un remplacement fréquent. Il est vrai que le chiffre de la conr sommation de cptte dernière s'élèverait beaucoup, si, aux produits manufacturés dont nous nous occupons seulement ici, nous pouvions ajputer k valeur des tricots, {bas, jupons, cou-

vertures faits dans Tintérieur des maisons par les ménagères des villes et surtout des campagnes.

Cet état de choses, comme celui de la plupart des faits analogues, se modifie chaque jour ; la valeur de la main-d'œuvre devient plus rare et s'élève pendant que les progrès de Tindus- Jrie diminuent au contraire les prix de revient du travail automatique, à tel point que Ton peut arriver à fabriquer certaines catégories de bonneterie très-commune à 1 fr. 25 c. la douzaine de paires de chaussettes, et à 2 francs la même quantité de bas. Seulement, il est convenable de faire remarquer que ces vêtements n'étaient naguère que des fourreaux cylindriques dont les formes passagères^ plus apparentes que réelles, au lieu d'être obtenues par l'exécution de surfaces à mailles proportionnées, étaient le résultat d'un apprêt que la tension et les lessivages font bientôt disparaître. Un grand perfectionnement, décrit plus loin, vient d'être apporté à cette fabrication. Ce progrès sera regardé comme l'un des plus réels, surtout eu égard aux exigences de la consommation française, si difficile et si délicate en pareille matière. Il est, en effet, peu aisé de faire adopter à la consommation intérieure un article peu soigné et où le goût aura été sacrifié à l'économie, surtout si l'article s'adresse aux femmes. Aussi l'amélioration dans la bonneterie résidet-elle surtout dans les métiers qui concilient les deux exigences, l'économie et la perfection, et, par conséquent, dans la propagation des métiers à faire simultanément plusieurs pîèces avec toute la précision que pourrait y mettre la plus habile tricoteuse : c'est là où est sans contredit l'avenir de la bonneterie française.

Mais avant d'entrer dans les détails techniques de la fabrication des tricots, il est juste de dire que la production des filets, des tulles et des dentelles a été l'objet de transformations non moins remarquables. L'on peut en juger par les résultats. L'exécution mécanique self acting de l'entrelacement à nœuds

qui forme le fitet, à laquelle on n'aurait pas osé songer ayant Tère de l'industrie automatique, a toujours été considérée depuis lors, jusques il y a une vingtaine d'années, comme un problème presque aussi difficile à résoudre que celui de la direction des aérostats. Il est cependant pratiquement réalisé à l'heure qu'il est. Nous avons précédemment indiqué la première étape du progrès dans cette direction. Le premier modèle; existant dans les galeries du Conservatoire, témoigne de l'œuvre d'un homme particulièrement bien doué, et présente des organes et une disposition générale qu'on retrouve dans la belle machine inventée par PeoKéur en 1 849 çt couronnée depuis par la Société d'encouragemçnt. Enfin, les machines de l'Exposition sont la preuve d'une solution tout à fait pratique sous le rapport technique et mécanique.

Cependant, au point de vue de leur exploitation industrielle, Tapplication des machines à faire le filetée borne à la production accessoire de quelques objets de toilette sur le métier PeoJ&ur réduit, et à l'emploi d'un nombre restreint de grandes machines pour la fabrication des engins dépêche. Le peu de développemept de cette industrie automatique est la conséquence de causes que nous n'avons pas à étudier pour le moment.

La remarquable invention des métiers à faire le tulle d'abord uni pour imiter les réseaux du fond de la dentelle, et les nombreuses variétés de ces métiers avec l'ingénieuse adaptation faite ensuite dumécanismeJacquart pour copier en apparence toutes les particularités façonnées des dentelles, se sont au contraire propagées avec une rapidité sans exemple, et se sont fait adopter aussi bien dans les transformations de la laine et de la soie que pour celles du coton et du lin.

Malgré les essais et les tâtonnements antérieurs, cette grande industrie des tulles bobins, produits aux métiers automattiques, ne date réellement que do cinquante ans environ. Depuis lob, elle a marché à pas de géant. Les progrès ont été^ tels, que la

fis LIVRE }U BU MAIIÊRIEL.

prpâuctiqp d'un seul métier a augmenté de 1 à 30, c'est-à-4ire gu^ sup les premiers métiers fonctionnant ^e 1808 à 1810, ou produisait ^ peinp mille mailles h la minute ; on en exécute giypur^'liil} trente mille au moins dans le même temps, Dans }'origine, on se bornait à faire des bandes étroites comme cislles fles fôstonSj tandis qu'aujourd'hui les métiers fournissent en général des pièces de 4 mètres de largeur. Ce n'pst que péjiiblement, fivec des mouvempnts excessivement compliqués et i|iultip)iés, que l'on réalisait le tulle à mailles unies ; actuellen^ent, Ips effets façonnés, ftussi remarquables en apparence que ceu2^ de la dentelle la plus précieuse, ^'obtiennent bien plus simpl^^lent et surtout plus rapidement que Jes réseaux élémen-r t^ires du produit d'alors.

La diminution progressive du prix du tulle, citée comme Tui} des faits les plus propres à mettra en évidence l'influence de perfectionnements succ^ssîfe, (Jémontre, en effet, le chemin parcouru par l'industrie tuUière ep mqins d'un demi-siècle. Le yard carré de tulle (830 millimètres), qui vaut' aujourd'hui à peine 30 centimes, se vendait 12S francs ^n 1810, IS francs en 1820, 2 fp- SQ en 1830, 60 cpntimes m 1840, et ne coûtait plus que 40 centin^es en 1850. L'on pourrait également démontrer par des chiffres qqe le développement de la production a suivi la loi ordinaire qui se manifeste dans les qirconstanpes analogues ; la consommation a augipenté en foison de la diminution des prix de revient des produits.

§ 3* — Caractères dislinctifs des tulles pt des dentelles.

Au point de vue des caractères constitutifs, sinon des apparences, il y a une différence sensible entre les tulles façonnés, môme les plus parfaits et les plus riches, et les dentelles. Les réseaux les plus simples de ces dernières sont obtenus par des

MÉTIERS ▲ MÀIL(.ESt 219

contours de tresses composées chacune d'un plus ou moîps grand nombre de fils tordus. Ils le sont deux à deux ou qvjçitre à quatre, suivant le genre de dentelle. L'enchevêtrement de^ fils d'une maille avec les fils d^s mailles voisines est égalemeul terminé par une torsion entre les fils de rencontre de cesi mailles. La figure x (pi. XX) indique les relations et révolutions des fils d'un réseau grossi d'une dentelle unie. Il suffit d^ suivre chacun des fils a, è, c, dans sa course pour s'assurer quq le mode d'enchevêtrement est tel que les mailles sont solidement arrêtées, sans glissement possible, que leurs contours torduR offrent une résistance relativement considérable ; ce sont ce| caractères fondamentaux qui donnent la durée h la dentelle et lui permettent de résister au temps et aux lessivages. Ce réseau fondamental, représenté fig. x, peut varier d'apparence avec le nombre de fils et leur mode d'entrelacement dans les tresses.. On peut, dans les tresses de deux fils, obtenir l'enchevêtrement des mailles par le tors des deux fils du milieu un à un, ou des deux extrêmes deux à deux, ou pKr ceux du milieu deux à deux, et feire passer alternativement deux fils de gauche h droite, puis de droite à gauche.

Dans lestresses à quatre fils, le nombre des combinaisons de ce genre .peut augmenter encore en raison de l'augmentation du nombre des éléments.

Le point où les fils de deux mailles consécutives s'entrelacent ordinairement autour d'une épingle comme point d'appui est désigné sous le nom de picot. Le reipplissage uni et diaphane du fond des mailles, formé par un entrelacement simple dont la finesse rappelle les fils de Ifi Vierge, constitue le toile. C'est en effet une véritable toile aérienne. Le talon est, par rapport àJa dentelle, ce que les lisières sont aux étoffes ordinaires ; il est formé par le croisement régulier de deux fils de fond autour des fils des rives ou lisières. Enfin, les fils d'entourage forment en quelque sorte une espèce de cadre qui circonscrit les mo-

tifs façonnés ou mats des dessins exécutés dans le réseau.

Chacune des nombreuses variétés qui constituent le domaine de l'industrie dentellière se caractérise par quelques modifications dans Tune ou plusieurs des parties fondamentales que nous venons de désigner.

L*on retrouve bien dans les articles à la mécanique ou tulles rimitation des divers éléments qui constituent les dentelles; mais le made d'entrelacement fondamental est loin d'offrir les mêmes caractères dans les deux produits ; il est bien plus solide dans la dentelle que dans le tulle. Lafigure y (pi. XX) le prouve ; elle donne le réseau grossi des tplles les plus compliqués et les plus parfaits dans leur exécution. Les contours d'une maille y sont formés par deux fils dont l'un tourne autour de l'autre, qui change de direction à intervalles égaux pour déterminer les vides. Ceux-ci se fixent plutôt par des ligatures régulières que par des enchevêtrements croisés et tordus. Un tulle, quelque compliqués que soient les entrelacements de ses fils, est toujours dé/ilable d'une manière continue, au moins sur une étendue relativement considérable de ses dessins. On ne peut, au contraire, décomposer la dentelle mécaniquement, qu'en la disséquant par très-petits fragments. La comparaison des deux figures X et Y donne facilement la raison de cette différence de solidité, et suffit, ce nous semble, pour faire saisir les conditions spéciales et fondamentales à remplir dans le travail de la dentelle proprement dite, et les difficultés que présente la solution du problème mécanique. Elles sont telles que les hommes les plus compétents les croyaient insurmontables, et cependant il existe depuis quelque temps un métier, résultat des recherches et des efforts de deux générations d'une même famille, qui fabrique de la valenciennes avQc une telle perfection, que les plus grands connaisseurs ne peuvent la distinguer de celle faite à la main. La machine est entièrement automatique, tout aussi automatique qu'une scierie, par exemple. Il

suffît de la mettre en rapport avec un moteur quelconque, pour qu'elle exécute spontanément et simultanément un nombre plus ou moins grand de bandes, qui n'est limité que par la longueur du métier. Le produit s'exécute encore jusqu'ici par rubans assez étroits; il rappelle, sous ce rapport, les premiers tulles. Prendra-t-il le développement si rapidement atteint par la fabrication de ce dernier ? C'est là une question difficile à résoudre à priori.

Il y a entre ce métier automatique à dentelle et les métiers à tulle les plus perfectionnés une filiation analogue à celle que l'on peut établir entre les premières machines à tulles de chaînes et les métiers à faire les tricots. Il est donc rationnel de passer d'abord en revue les perfectionnements apportés à ces derniers, et les progrès réalisés dans la fabrication de la bonneterie en général dont la figure \ de la planche XX montre l'entrelacement fondamental de toutes espèces de tricots.

§ 4. — Métiers à tricots.

La conception et l'exécution du premier métier à faire les tricots et principalement les bas sont presque aussi anciennes que le travail du tricot à la main en Europe. La tradition, toujours la tradition^ l'attribue au révérend William Lee, curé dans le comté de Nottingham. Il aurait complété son invention en 1589, et serait mort en f610 découragé et délaissé, sans avoir vu appliquer sa découverte. Les Anglais ont fait depuis un magnifique tableau représentant l'inventeur en méditation près de sa fiancée confectionnant un tricot. Quoi qu'il en soit de l'origine de cette admirable machine, il paraît hors de doute que le premier métier à faire les bas connu en France remonte à 1656. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il en a été de l'invention fondamentale de ce métier comme de plusieurs autres déçou-*

Vëî'tès importantes : on à perfectionné certains détails de ses or- !*anes et de ses transmissions ; Ton y a apporté des additions pour étendre ses moyens d'action , modifier et améliorer ses t*ésultats; mais les organefe primitifs, leur disposition générale, leur fonctionnemetit sont restés jusqu'à ces derniers temps, à très-peu de chose près, ce qu^ils paraissent avoir été à Torigine dèllBur emploi. Il y a plus, presque toutes les espèces et variétés de tricots exécutés aujoiîrd'hui Tétaient déjèàTorigine de remploi du métier à faire les bas. Les rares écrits technologiques publiés antérieurement à la révolution de 1789, et notamment V Encyclopédie de Diderot et Dalembert , mentionnent un certain nombt'e de ces variétés ; le tricot sans envers ^ le tricot double^ à mailles nouées, les tricots dentelles, guillochéSy brochés^ à côtes de melon, peluches, chinés^ à mailles coulées, etc. La désignation de ces variétés démontre que dans cette spécialité des industries textiles, comnie dans plusieurs autres, les procédés pour viarier les résultats étaient presque aussi avancés que ceux en usage actuellement. Les progrès considérables réalisés depuis ont principalement modifié les moyens mécaniques.

Toutes les matières filamenteuses étaient également indistinctement employées alors, mais dans des rapports bieii diffél^ents de ceux déterminés précédemment poUr la consommation actuelle;

L'ensemble de la production de la borinelerie était prescjue aussi considérable vers la fin du siècle dernier qu'aujourd'hui. Rolland de la Platière l'évaluait à 60 millions de livres en 1785, dont 28 à 30 millions pour la bonneterie de soie ; les autres espèces réunies formaient, par conséquent, la moitié de ce chiffre; c'est-à-dire qu'avahl la grande révolution, les bas et autres objiéts tie tricot de soie, qui atteignent 9 pour 100 aujourd'hui dans la production totale de la bonneterie, s'élevaient à 80 pour 100. Cette décroissance est plus sensible encore si on la bompare à l'augmentation Considérable de la po-

MÉtIehS à MÂILtÈS. 2â3

piilatibn depuis les soixante-quatorze ans qui tiDiis Sépai^ent de l'époque dont nous parlons. Pendant que la production de la bonneterie en soie s'abaisse, bellie du coton s'élève plus qiiè prot)Drtlonnellement ; d'un cinquième, elle est arrivée à la mbitié. L'ancien bônnfet, qui constituait presque exclusivement la spécialité, disparaît cependant tous les jours ; on lui reproche d'être une coifFill:*e anti-hygiéni(Jue et surtout de manquer de ^oût; aussi n'eritre-t-il aujourd'hui que pour une proportion insignifiante dans la production totale des tricots de coton;

Les modifications commerciales qui se sont réalisées dans les rapports entre les divers produits de là bonneterie, tiennent eii même temps aux changements sociaux atnenés pat» la révolution et aux progrès techniques. Le régime démocratique a, d'une part, considétablement augmenté le nombre des consommateurs de la bonneterie de coton ; d'un autre côté, la perfection et l'élégance apportées à ces produits les foiit souvent préférer à la soie pour les toilettes les plus riches, même de la clientèle la plus élégante, qui n'existait autrefois presque que parmi la noblesse.

Cependant, déjà au dix-septième siècle, on produisait dans le Levant des bas de doton qui, pour leur beauté, surpassaient les plus beaux bas de soie; mais ils revenaient alors à 10, 12 et iS écus la paire ^ Aussi ce prix élevé les fit-il reléguer parmi les objets de curiosité. Les mênifes J)rdduits ert bonneterie dite de Paris, confectionnés ien fil d'Ecosse, c'est-à-dire en fil de coton doublé et retordu d'une finesse pllis ou liidirts éltevée, avec du numéro 200 par exemple, ne coûtent que 4 francs là paire aujourd'hui et sont en général préférés alix bas de soie d'un prix au moins dolible, attendu que les premiers chaussent plus élégamment, conservent leur blancheur pendant toute leur durée ; les lessivages, au lieu de les jaunir comme celS arKve potlr la soie, les blanchissent de plus en plus:

* Dictionnaire du commerce, par J. Savary des Brûlons, Paris, 1148.

La bonnetei'ie française, malgré ses progrès récents, rencontre une concurrence considérable sur les marchés étrangers. Les exportations de l'Angleterre sont décuples des nôtres; vient ensuite la Saxe, dont le commerce dans cette spécialité est le plus important après celui du Royaume-Uni. Les prix fabuleusement bas auxquels l'industrie française est arrivée pour les produits très-communs avaient été atteints antérieurement par ses concurrents de l'étranger. Cette circonstance, jointe à la qualité de la matière première employée par les bonnetiers anglais et saxons, et à la bonne confection du tissu, explique la préférence donnée à l'étranger aux produits ordinaires de ces contrées. Mais lorsque les articles sont de prix assez élevés pour que le consommateur puisse avoir une certaine exigence sous le rapport de la forme, de la souplesse, de l'apprêt, de l'élégance et même de la durée, la préférence est généralement accordée à la bonneterie française, plus soignée dans ces divers éléments. Notre industrie est vraiment sans rivale sous le rapport de la perfection qu'elle apporte à divers articles renommés de la bonneterie, et, entre autres, aux bas dits en fil d'Ecosse^ ou fil doublé et retordu. Paris et Nîmes sont à la tête de cette production pour le fini et les soins, dont les autres sièges principaux sont dans les départements de l'Aube, de l'Oise, du Calvados, etc.

Le Midi, et encore Nîmes en tête, puis Saint-Jean-du-Gard, Romans, Le Vigan, Uzès, Montpellier, Gange, anciens centres de la production des articles de soie, se partagent toujours cette fabrication réduite.

La bonneterie de laine, qui prospère et grandit sensiblement, est presque complètement exécutée dans les départements du Nord et de l'Est ; elle est divisée dans une soixantaine de communes de la Somme, de l'Aube, du Pas-de-Calais, du Calvados, de l'Eure, de la Marne, de Seine-et-Marne, de Loire, du Loiret, du Bas-Rhin et dans un petit nombre de départements du Midi.

Le peu de bonneterie de fil qui se fabrique en France a son siège principal à Hesdin, dans le Pas-de-Calais ; l'Angleterre n'en produit pas beaucoup plus que nous ; c'est la Saxe qui semble avoir le plus d'importance dans cette spécialité.

§ 5.—- Exposé des moyens et des perfeetlonnements teehntqnes.

L'ancien métier à bas étant la base et le point de départ de tous les progrès réalisés depuis, rappelons en quelques mots les principes sur lesquels il repose.

Une série d'aiguilles d'une forme particulière Aei aa (fig. 1 à 8, pi. XX) 5 placées dans une même rangée horizontale, les unes à côté des autres, à égale distance entre elles, sont les organes fondamentaux de tout métier à tricoter*. Ces aiguilles sont encastrées à l'une de leurs extrémités parallèlement entre elles dans une pièce rigide ; leur extrémité opposée se termine par une courbure r fine et flexible. Une pression assez faible suffit pour fermer cette extrémité r ; la pointe de cette partie entre alors dans une petite cavité c nommée chas^ pratiquée dans la tige de l'aiguille. La figure 2 indique les courbes ou becs fermés. Entre chacune de ces aiguilles est disposée une pièce ou lame d'une forme particulière, remarquable surtout par un bec à angle droit C, et une courbure convexe ou ventre p disposée au-dessous. Ces lames, désignées sous le nom de platines, peuvent prendre un double mouvement, l'un de translation vertîcale et l'autre de translation horizontale parallèlement à ellesmêmes, par des moyens mécaniques variables dont nous n'avons pas à nous occuper pour le moment. Indiquons d'abord leurs fonctions : le fil à tricoter F (fig. 5), d'une substance quelconque,

* Les mêmes lettres désignent les mêmes organes dans toutes les figures, on les a disposés en perspective pour mieux faire saisir Tensemble de leurs rapports.

ALGAN. — Arts textiles é 15

est étalé sans tension , suivant iine ligne droite, sur la rangée horizontale des aiguilles, de manière à faire un angle droit avec leur direction. Un mouvement de translation verticale des platines appuie successivement les becs G sur le fil F, le force par conséquent à entrer dans les espaces vides qui séparent les aiguilles, dont Tensemble se nomme la /ow^wr^ du métier. Cette transformation du fil droit en une espèce de feston constitue le cueillage (fig. 4). L'entrelacement de deux courses successives de fil cueilli forme une rangée de mailles. Pour opérer cet entrelacement, il faut qu'en arrière du feston formé dans la direction opposée à celle des becs des aiguilles se trouve déjà une ligne du même fil pré^ablement cueillie, comme la précédente, et reculée de façon à occuper la position que nous venons d'indiquer (fig. 7), et que ce feston s'avance et se dégage par-dessus les becs fermés des aiguilles. L'avancement ou aménage a lieu par un mouvement de translation horizontal des platines et de la partie/? sur le fil ( fig. 8 ). La fermeture des becs s'obtient par l'abaissement d'une règle ou presse sur les courbes r (les figures ne représentent pas la presse). Le dégagement du feston par-dessus les becs fermés, nommé par cette raison abatage (fig. 7), se produit par une continuation d'action horizontale de la part du jeu de platines*.

L'on remarquera que la rangée de mailles primitivement formée a passé par-dessus les becs, tandis que la nouvelle y est encore engagée. Il en résulte que le môme fil a été alternativement bouclé autour de chacune de ces aiguilles fixes comme autour de celles du tricotage à la main. Après l'exécution de ces différents mouvements, nécessaires à la formation d'une rangée de mailles , l'on fait reprendre aux organes leurs positions primitives, par une action simultanée désignée sous le

* Ces indications n'ont pour but que de résumer les principes sur lesquels repose la confection de toutes espèces de tricots. (Voir, pour les détails du mécanisme, V Essai sur Vindustrie des matières textiles.)

nom de crochetage (fig. 9). L'intervention d'un crochet spécial ou espèce de levier courbe, qui agissait de proche en proche sur des transmissions intennédiaires des plus anciens métiers, donne Tétymologie du nom de cette opération.

L'étoffe à mailles qui résulte de la manière d'opérer que nous venons d'exa^miner est la plus simple de toutes ; elle est représentée à l'endroit sur une échelle agrandie (fig, 10, pi, XX), et sur la face opposée, ou envers (fig. H). La différence de ces deux faces est la conséquence de la révolution du fil dans ses rebouclements. Les points, recouverts d'un côté, sont nécessairement apparents de l'autre. Cet article est le type élémentaire des tissus réticulaires, comme la toile est le type le plus simple des étoffes à fils tendus et serrés. Quant à ce qu'on' nomme la façon^ ou détermination des formes du vêtement : du inoUet, du bas de la jambe et de la pointe du pied, pour les bas, par exempile, elle s'obtient par des élargissements et des rétrécissements progressifs convenablement combinés par l'addition ou la soustraction d'une boucle de chaque côté de la rangée du tricot, au point où il doit être élargi ou diminué. Le nombre de rangées qui doit subir ces variations dépendra évidemment du volume 4u vêtement* Les pièces planes ainsi disposées à la sortie du métier, il n'y a plus qu'à les assembler en joignant les bords pu lisières par une espèce d'entrelacement ou de remaillage^ La description des différentes manières d'opérer la • façor^ et Içs détails de leur exécution nous forceraient de sortir du cadre que nous nous sommes tracé et d'entrer dans des développements qui ne peuvent guère trouver leur place que dans un traité spécial.

228 LIVRE n. DU MATÉRIEL.

g •. — Hodlfleations dans la fformatlon des maflles pow obtenir

diverses espèces de trieots.

Nous devons seulement faire remarquer que Ton peut faire varier les apparences d'un tricot et ses propriétés d'extension dans un sens ou dans l'autre, en modifiant le mode derebouclement. Lorsqu'il est opéré d'une manière régulièrement suivie, de façon à ce que le cueillage produise des festons ou des boucles alternativement en sens inverse, on obtient les réseaux des figures 10 et 11 (pi. XX), dans lesquelles les points des superpositions du fil sont équidistants, et leurs recouvrements ou rencontres, qui déterminent les boucles, placés d'une façon identique pour les points correspondants de chaque rangée. Le réseau de la figure 12 (pi, XX) représente un entrelacement modifié qui mérite d'être signalé à cause de ses propriétés spéciales et des nombreuses applications auxquelles il est propre. Il sufiQt de suivre les entre-croisements du fil d'une rangée de mailles pour se rendre compte du caractère particulier qui en résulte. Si l'on classe les boucles ou mailles de chaque rangée en paires et impaires en allant de gauche à droite, par exemple, on remarquera que chacune des mailles paires est formée par le passage alternatif au-dessus et au-dessous du fil de sa voisine aux points a et 6, et qu'il n'en est pas ainsi aux points correspondants a et 6 des figures 10 et 11, tandis que les mailles impaires restent les mêmes dans les trois figures. Il résulte de ces constructions des tricots, que la propriété élastique et l'extensibilité des produits exécutés d'après le système des figures 10 et 1 1 est la même dans tous les sens, longitudinalement et transversalement. Celle des articles obtenus d'après l'entrelacement de la figure 12 est modifiée en ce sens que les mailles ordinaires, les mailles paires seulement, cèdent dans toutes les directions,

et que les mailles impaires s'étendent longitudinalement, mais à peine dans la direction transversale. Si, en effet, on exerce une traction opposée suivant les flèches, les rangées de mailles paires étant entrelacées en sens opposés, les actions s'équilibrent et la résultante sensible est presque nulle. Ces mailles , considérées dans le sens vertical, offrent en quelque sorte des membrures solides et une série de points d'appui entre lesquels l'extensibilité transversale peut facilement se produire par un effort quelconque ; et lorsque celui-ci cesse, le réseau reprend naturellement ses dimensions primitives. Ce genre de tricot, conni^sous le nom de côie anglaise ou tricot à côtes depuis que la bonneterie existe , constitue un véritable tissu à ressorts. L'on fait parfois des bas et autres vêtements complètement à côtes. Mais la plus grande application de ce tissu consiste dans son emploi comme bords, c'est-à-dire pour terminer l'entrée des bas, l'extrémité des manches, le bas des caleçons, etc. Les parties principales de ces vêtements sont en tricot ordinaire ; celle à côtes d'un moindre diamètre est assemblée à la première par. un remaillage fait au métier ; de là le nom de bord-çôtes. C'est l'addition de ces bords-côtes qui rend toutes espèces de jarretières, , de boutons et de rubans inutiles. L'élasticité des' bords en tient lieu plus efficacement.

Disons un mot des moyens par lesquels ce genre d'étoffe s'exécute. On y arrivait autrefois par un mécanisme additionnel au métier ordinaire que l'on appelait le petit métier^ dont la description est donnée dans V Encyclopédie . On emploie généralement aujourd'hui le métier à deux jeux d'aiguilles ou à double fonture. L'une de ces rangées d'aiguilles est disposée ' horizontalement comme à l'ordinaire, et peut prendre un mouvement de va-et-vient parallèlement à elle-même. L'autre fonture est verticale ; chacune des aiguilles de celle-ci correspond à l'intervalle des aiguilles horizontales. Ces deux fontures sont simulées dans la figure 1 (pi. XX). A A donnent deux aiguilles

de la fonture verticale, et A' celles de la fonture horizontale ; elles ont chacune une presse spéciale. Mais il n*y a qu'une rangée de platines verticales comme dans le métier ordinaire, seulement la course est double, de façon à ce que le cueillage forme des boucles d'un développement suffisant aux deux rangées. La fonture horizontale, retirée en arrière lors du cùeillage, s'avance pour prendre la moitié de la hauteur des boucles résultant de l'abaissement des platines sur le SI. Lorsque ces aiguilles se sont approvisionnées de leurs mailles respectives en s'engageant par leurs extrémités dans les festons, elles reviennent sur ellesmêmes d'une certaine quantité, reçoivent alors l'action àp leur presse respective qui ferme les becs. La fonture verticale prend à son tour l'autre moitié des bouclés de feston. Sa presse agit alors, puis les deux demi-rangées d'une course de mailles viennent se réunir au formage et à l'abatage, qui ont lieu comme dans le travail ordinaire. Il résulte de cette manière de procédeî* une rangée formée de mailles qui sont alternativement en saillie et en creux. L'article est sans envers, en ce sens que la partie en relief de Tune des faces est en creux de l'autre, et vice versa.

Nous ne donnons pas ici les figures des mécanismes pour exécuter ces tricots, parce que nous aurons à les reproduire d'une façon identique pour les métiers circulaires dont nous parlerons plus loin. .

On arrive à changer les appareils et les caractères des tricots par une modification dans la manière d'opérer le pressage ou fermeture des becs des aiguilles. Supposons que l'action sur celles-ci, au lieu de se pratiquer simultanément sur tous ceux de la fontufe comme dans la production du tricot utii, s'opère par une presse qui porte des encoches par intervalles correspondant à certaines aiguilles, les becs de ces aiguilles ne seront

I pas pressés et resteront par conséquent ouverts. La maille pré-

'i cédente, ramenée en avant, rentrera sous ces becs au lieu de

passer par-dessus, et ne sera, par conséquent, pas abattue. Les aiguilles non fermées seront chargées de deux mailles ou plus, si on fait plusieurs rangées sans presser ces aiguilles. Ces mailles doubles ou multiples, étant abattues, forment sur le tricot des entrelâcelnents saillants dont Tensemble concourt à un effet général déterminé à Tavance, plus ou moins compliqué, qui lui a valu le nom de guilloché.

La combinaison des mailles doubles s*obtient encore par le concours de la presse à guillocher. Elles sont réalisées en imprimant un mouvement de translation alternatif à la presse à encoches de droite à gauche et de gauche à droite ; on arrive ainsi à changer la place des mailles doubles d'une rangée à l'autre. Si, dans la première, les mailles sont doubles à chaque aiguille paire, dans la suivante elles le seront à chaque aiguille impaire, et ainsi de suite.

§ V. — MéeMiiiBM ft tricot de Berlin.

On peut encore produii*e Tefet du guilloché et obtenir divers résultats analogues en se servant d'une espèce de peigne au lieu de presse. C^est un mécanisme qui, au lieu d'une barre à encoches, a une règle à aiguilles dont les pointes peuvent entrer dans les intervalles des becs des aiguilles du métier et en soulever les mailles. Bi l'on suppose ce mécanisme muni d'un nombre d'aiguilles égal à la moitié dii nombre de celles de la fonture, et que par une manœuvre convenable l'on vienne par ces lames ou aiguilles agrafer une maille sur deux et les soustraire à l'action de la presse en les soulevant, le résultat sera analogue à celui de la presse à encoches.

On incorpore parfois un fil nouveau et additionnel entre la séparation ainsi faite des mailles d'une rangée. Les tricots particulièrement élastiques qui constituent les bas contre les va-

rices, sont en général obtenus par le passage d'un fil de caoutchouc en travers, dans Tangle formé par la presse ou le peigne de Berlin.

§ 8. — Divers systèmes de métiers en nsage.

Les éléments fondamentaux dont il vient d'être parlé ont été les points de départ et la base d'un certain nombre de systèmes spéciaux, qui diffèrent d'une façon assez caractéristique entre eux^ pour avoir des désignations et des destinations spéciales.' Ces systèmes comprennent :

1® Le métier classique à faire le tricot connu sous le nom de métier droit ^ manœuvré par les pieds et les mains du bonnetier ; 2*> Le métier circulaire, qui peut se diviser en trois catégories principales : en métiers maillemes à platines cueillettes, à fonture intérieure et à fonture extérieure, et à roues mailleuses; 3® Les métiers droits automatiques, exécutant plusieurs pièces simultanément ;

k^ Les métiers circulaires simplifiés à aiguilles et crochets articulés ; S° Les métiers circulaires avec mécanisme diminueur ; 6° Le tricoteur omnibus.

Applications de ces divers systèmes. — L'ancien métier droit, quelquefois désigné sous le nom de système français^ permet de faire toutes espèces de bonneterie à formes, de diminuer et [ d'élargir les pièces, par un moyen analogue à celui pratiqué

I dans le tricotage à la main avec deux aiguilles. Il n'y a de dif-

1 férence qu'en ce qu'on ne peut exécuter qu'une maille à la

' fois avec les deux aiguilles de la tricoteuse, tandis que dans le

; métier le nombre d'aiguilles et, par conséquent, de mailles

^ exécutées à la fois dépend de la longueur de la machine et du

nombre de ses aiguilles.

Les métiers circulaires ne pouvaient, jusqu'au moment de l'Exposition actuelle, fabriquer que des manchons cylindriques, employés soit sous cette forme, soit en pièce, en les fendant et en les développant en une surface plane pour y tailler des vêtements, comme cela se pratique dans tous les tissus. Ce système est donc moins avantageux sous le rapport de la perfection de l'exécution que le précédent, mais il produit infiniment plus. Quant à la valeur relative des diverses catégories de métiers circulaires, il en est question plus loin.

Les métiers droits automatiques ou tricoteurs multiples réunissent aux avantages du système classique ceux de l'augmentation de production qui caractérise le système circulaire en général.

Le système circulaire à aiguilles articulées est remarquable par la simplicité de soi^ mécanisme et sa production bien supérieure encore à celle des métiers circulaires en usage*

Les métiers circulaires^ avec un mécanisme diminueur, qui ne date que de rEx]t)osition, permettent de faire des pièces à formes avec le système ne réalisant jusqu'ici que des cylindres.

Enfin, le tricoteur omnibus participe des divers systèmes, réunit, par conséquent, les avantages de la production du sys^ tème circulaire à celui de réaliser automatiquement les variations de dimensions. Il exécute, par conséquent, les formes qui constituent un vêtement bien fait. Lorsqu'il s'agit de bas, par exemple, il commence par le haut de la jambe, en continuant, avec la même facilité, à exécuter le mollet, le talon et la pointe. A la dernière maille, le bas se présente complètement terminé. Seulement ce système n'est encore applicable qu'à certains articles ordinaires de réductions ou de jauges assez grosses, mais nul doute que ce genre, inventé par M. Buntorf, en France, ne soit encore perfectionné. Il se propagera alors de plus en plus.

Nous allons décrire les principales dispositions que nous

234 LIVRE II. Dn MATÉRIEL.

venons de mentionner, avec leurs perfectionnements les plus récents et les plus saillants.

g 9. — Métier elreulalre ft fontare Intérieure.

La figure li (pi. XXI) représente une élévation extérieure d'un métier en fonction, par conséquent garni de tous ses accessoires.

La figure 12 en est le plan, vu en^ dessus.

La figure 13, une coupe verticale faite suivant un plan passant à la fois par Taxé de métier et celui de Tarbî^e de commande.

On fait sur ces métiers des produits quelconques, mais plus particulièrement les tissus fins.

Les principales parties sont :

Les platines M, représentées fig. 3 à 7, à une échelle moitié d'exécution. Ces platines sont en acier et portent un bec pour amener le fil sous les aiguilles, ainsi qu'une encoche pour s'engager dans un cercle ondulé, suivant les diverses opérations à exécuter.

' Les contre-platines N, de même métal et de même épaisseur, mais affectant, comme dans les autres métiers, la forme rectangulaire.

Les aiguilles «' (fig. 1 et 2), complètement semblables à celles que nous avons déjà décrites.

Comme on*a pu se familiariser avec les organes d'un métier circulaire, nous nous bdrnohs à décrire là partie essentielle, celle relative à la formatioil de la maille.

La figure 3 montre la disposition de toutes les pièces travailleuses au commencement de l'opération. Les platines M occupent, comme les contre-platines N, les intervalles qui séparent chaque aiguille, avec cette difi'érence, toutefois, que leur disposition est horizontale, tandis que dans le métier clas-

sîque , dont nous nous sommes servi pour exposer les principes, elle 'est verticale. Les contre-platines jouent entre ces aiguilles sans en sortir, tandis que les platines entrent et sortent exactement comme celles d'une mailleuse. Ce mouvement est produit par un double cercle ondulé : nous reviendrons sur sa disposition.

Le brin de coton ou d'autre matière représenté en a', sur les figures 3 à 7, est amené sur les aiguilles a, ainsi que cela a lieu dans tous les métiers, au moyen d'un mécanisme particulier remplissant les fonctions des cylindres alimentaires des filatures. Ce brin de coton est destiné, comme on sait, à passer dans le bec de l'aiguille ; la figure 4 indique cette opération , qui s'effectue par le cercle ou chemin de fer excentrique D et par le crochet b'\ C'est à ce moment que la roue de presse S appuie sur le bec pour le faire entrer dans le chas, et que le deuxième fil placé précédemment sur les aiguilles peut s'éloigner vers le bord poussé par les contre-platines N (fig. S). Les platinés M se retirent et les contre-platines verticales continuent leur office (fig. 6) jusqu'à ce qu'enfin Tabatage supplémentaire c'' (fig. 7) agissant, force, par son action, le fil a' à passer sous les aiguilles, et à faire partie du tricot continu tendu par le contre-poids.

La série de mouvements nécessaires pour obtenir l'action simultanée des platines et contre-platines consiste, en résumé, à les faire avancer et reculer à Taide d'un double chemin de fer DD' présentant des courbes ondulées (fig. 12), qui agissent sur les parties m m' des platines M :

En faisant tomber ces dernières sur le brin de coton pour opérer le cueillage et l'entraîner ensuite au fond du bec, opération obtenue par une came de chute T*, détaillée fig. 14 et 15, et sous laquelle passent les platines ;

En fermant k bec des aiguilles à l'aide d'une roue dé presse S, détaillée fig. 16 et '17. Pour éviter une pression trop forte qui, dans certains cas, pourrait fausser les aiguilles, on a placé.

236 LIVRK il. BU MATÉRIEL.

SOUS ces mêmes roues S, une pièce de soulagement ou souleneuseL (fig. 11, 18 et 19), montée à vis sur un support L', afin de régler son élévation ;

En faisant avancer les contre-platines N à Taide de cames d'abatage 5* indiquées seulement au plan (fig. 12) et à la partie inférieure du détail (fig. 16 et 17), on se rappelle que c'est l'organe qui repousse le fil en dehors du métier.

Les petites roues rentreuses K (fig. 9 et 10), montées sur le support K', remettent ces dernières à leur position primitive. Comme elles sont placées sous les aiguilles, elles ne sont pas visibles dans les vues d'ensemble. Mais la lettre K (fig. 12) repère leur position réelle.

Enfin, en faisant relever les platines par une ondulation pratiquée sur le chemin D, en sens contraire des premières, c'està-dire verticalement. L'opération est complétée par l'abatage supplémentaire (fig. 7, 12, 13, 20, 21 et 22), composé d'une rouec" placée obliquement sur le métier, de manière à jeter en dehors du cercle ponctué (fig. 12), qui représente l'extrémité des aiguilles, tout le tissu dont les mailles sont terminées.

Le tricot fabriqué d'après ces principes est analogue à tous ceux obtenus par des moyens différents, soit sur des métiers droits, soit sur des métiers circulaires. Nous. en avons représenté un échantillon à une grande échelle sur la figure 8.

Disposition générale du métier. — Gomme tous les métiers circulaires, celui-ci est suspendu par un axe central 6, qui porte toutes les pièces tricoteuses. Il est mis en mouvement par un arbre à manivelle A (fig. lia 13) supporté à ses extrémités par deux supports a"; Tun, celui près de la maiiivelle, est boulonné sur la cuvette D, l'autre est fixé sur le plateau immobile F.

L'arbre A porte deux roues d'angle B et B' transmettant, la 3 première, le mouvement au 4)eîgne, ou couronne divisée G, et

la deuxième engrenant avec une roue horizontale d' solidaire

MÉTIERS A MÂILLKS. 237

par la douille d" avec le tambour H, qui porte les aiguilles. Ces deux roues coniques sont placées de manière à former un même angle relatif, et font tourner, de cette façon, à une même, vitesse, le peigne qui porte les platines M et le tambour qui porte les aiguilles a! . Il résulte de cette disposition que les platines sont toujours placées en regard du vide de deux aiguiUes consécutives.

Il est facile de comprendre maintenant qu'en faisant tourner tout l'ensemble mobile, les platines M, qui sont retenues par une saillie m' et leur encoche m, se trouveront successivement poussées suivant les courbes par le chemin D et ramenées par le collier D'.

Le peigne G glisse en tournant dans la cuvette D ; mais, pour rendre son mouvement plus doux, il roule sur trois galets représentés en d (fig. 23) ; il est, de plus, centré par d'autres galets identiques (jf , fixés par un support J, et entaillés dans la cuvette. Dans son mouvement de rotation, le peigne commande quatre petites roues^d'angle T qui transmettent le mouvement à deux roues droites P par les intermédiaires i ; c'est pour ces roues ou fournisseurs P servant de rouleaux d'appel que les quatre fils des bobines i', montées sur l'ailette w, se réunissent pour alimenter régulièrement la fabrication du tissu.

L'appareil fournisseur est fixé sur le plateau F et sur la cuvette par des supports I et cP, et cette dernière est elle-même suspendue au moyen de quatre supports à colon nettes E recevant les ailettes w. Le chemin de fer vertical D' s'y adapte par douze petites pattes en bronze r, et pour que son élévation ne soit pas un obstacle au remplacement des platines brisées ou détériorées, le constructeur a rapporté dans plusieurs endroits des petites portes sans saillies qui se lèvent à volonté.

Les platines, commç on a pu le remarquer, ne sont pas fixées dans le peigne ; elles ne sont que passées dans de petites fenêtres un peu plus grandes que leur épaisseur, et obéissent

238 LiVRE II. DU MATÉRIEL.

constamment aux doubles ondulations des chemins de fer D etD',

Toutes les pièces que nous venons de décrire s'adaptent aur tour du métier par une suite de supports à coulisses boulonnés au plateau F. C'est d'abord le support S' où se fixe à coulisse la roue de pression S. Une oreille s* reçoit la came d'abatage s^, dont les fonctions sont connues. De chaque côté de ce support, on en boulonne deux autres T T', qui maintiennent h came de chute. Immédiatement après le support T, se trouve le support U de l'abatteuse supplémentaire.

Les aiguilles se fixent par leur talon dans la fonture du métier, exactement comme dans celui dont nous avons représenté les éléments, pi. XX; nous n'avons, par conséquent, pas à y insister davantage.

Compteur. — On a, en général, appliqué sur ce genre de métier un compteur très-simple, destiné à annoncer le nombre de révolutions que l'on a voulu faire. Ce mécanisme consiste en un système d'engrenage composé de trois roues et d'un cadran. La première (f prend son mouvement sur celle du métier et le transmet à celle 6* par l'intermédiaire du pignon c'. Or, cette roue A' porte sur son axe une dent unique 5', qui, à de certains intervalles, agit sur la circonférence dentée du cadran gravé Z et le déplace d'une petite quantité. Une aiguille fixe indique ces déplacements, et, par suite, le nombre de tours-

§ 10. — Métier cirenlaire à renés cneiUensMss.

Pour simplifier le mécanisme, onavaiteuTidée, dès l'origine de la création du système circulaire, de supprimer entièrement les platines cueilleuses, et d'y substituiez une petite roue à dents, disposée de façon que chacune de ces dents devait, par un mouvement de rotation, appuyer sur le fil étalé sur la fonture,

MÉTIERS À mâilxj:s, 239

pour l'engager successivement entre les aiguilles correspondantes. Cette action forçait le fil à s'infléchir et à former le feston de la maille. L'emploi de ce moyen n'a hu que peu de succès, parce que le nombre des petites dents fixes rapprochées, placées autour de la circonférence d'un cercle, simultanément en prise, ne pouvaient agir uniformément ni assez efficacement, Si l'on suppose le fil cueilli sur l'espace de trois dents engrenées, par exemple, entre les aiguilles, celle du milieu sera plus profondément engagée que ses voisines, et lorsque, dans le temps suivant, l'une de celles-ci sera à son tour la plus engagée, son action tendra à faire ressortir des aiguilles la boucle précédemment formée. Cet inconvénient est d'autant plus grave, que le fil qui l'éprouve est plus élastique.

n est en tout cas tel, que Ton ne peut introduire qu'une quantité d'une petite longueur de fil à la fois entre les aiguilles, et avec un effort assez grand pour exiger des pièces de soutien sous la fonture comme point d'appui des aiguilles correspondantes aux dents de la roue cueilleuse. Malgré ces précautions, les ruptures occasionnées par ce mode d'opérer ne permettaient pas l'emploi de fils d'une qualité médiocre ; il fallait alors des matières parfaites et parfaitement apprêtées, et encore ces précautions ne suffisaient-elles pas pour mettre certains organes du métier, tels que les aiguilles, à l'abri de fréquentes détériorations résultant des efforts relativement considérables que cette méthode de cueillage leur faisait éprouver. L'on a parfaitement obvié à cet inconvénient dans la construction des divers systèmes de roues mailleuses ou cueilleuses actuellement en usî^ge.

Le premier de ces systèmes a été inventé, en 1841, par M. Jacquin, de Troyes, Il repose, comme tous ceux imaginés depuis, sur les points principaux suivants :

V Sur la mobilité des dents, qui peuvent rentrer et sortir par la jante pendant sa révolution ;

2" Sur la propriété de ces dents de n'opérer sur la périphérie

240 LIVRE II. nu MATÉRIEL.

de la roue qu'au moment de leur fonctionnement et au point où leur action doit produire le cueillage ;

3° De pouvoir faire varier la longueur des boucles en raison de la variation de Tamplitude de la course de la dent mobile.

La figure 14 de la: planche XX donne la disposition générale d'un métier disposé avec le nouvel organe. Voyons d'abord les principes de la roue et de la mobilité de ses dents.

La figure 16, pi. XX, est une coupe verticale montrant l'intérieur du système, représentant deux dents M et N sorties* de la circonférence. Cette roue, à peu près du volume d'une pièce d'argent de cinq francs, est formée de deux disques ou plateaux C et D. Le plateau G présente dans sa surface intérieure une rainure courbe ou coulisses A, è, rayonnant vers le centre (fig. 17). Ces coulisses sont destinées à loger les dents^ dont l'une est représentée isolément (fig. 18) ; lorsqu'elles sont placées dans leurs rainures, elles affleurent la surface intérieure. Le second plateau D du disque ou roue, qui en forme en quelque sorte une espèce de couvercle, est vu dans son intérieur (fig. 19). Les deux plateaux sont réunis d'une manière quelconque, par une goupille ou autrement, de façon h ne pouvoir se séparer. C'est ce plateau D qui est assemblé au bâti du métier par un tenon d (fig. 13); par l'assemblage, la partie C de la roue se trouve placée sur l'extrémité des aiguilles de la fonture. La courbé K est une coulisse à gorge ou directrice creuse dans laquelle s'engage le talon ou partie courbe m, w, des dents. Si l'on suppose toutes les dents placées de profil chacune dans sa rainure respective, et le disque G en mouvement, il est évident que chacune des dents se déplacera, conduite qu'elle egt par son talon, et qu'elle viendra nécessairement saillir au dehors par son extrémité opposée, lorsqu'elle arrivera aux points où la distance entre le coursier courbe et la circonférence du plateau sera moindre que celle de la longueur de la dent. La forme de la courbe K est telle que la saillie augmentera

progressivement du point e au point r (fig. 19) ; à partir de ce dernier point, elle commencera à rentrer dans les mêmes conditions. Il résulte de ces mouvements un cueillage progressif du fil. Chaque dent introduit ainsi Ja partie correspondante du fil entre les aiguilles, avant que la suivante vienne produire le môme effet sur la portion voisine. Le frottement éprouvé par la matière et les autres inconvénients résultant du cueillage par les roues à dents fixes se trouvent, par conséquent, évités ici. La roue de cueillage dite remailleuse^ plus simplement mailletise^ étant en quelque sorte l'âme des métiers circulaires, a été l'objet d'une foule de modifications ; toutes ont surtout pour but d'opérer le cueillage le plus promptement et le plus sûrement possible, et d'introduire pour ainsi dire instantanément sous chacun des becs des aiguilles la longueur du fil nécessaire pour former la maille, sans l'exposer à des coupures et d'autres défauts résultant d'un cueillage trop lent. Pour arriver plus facilement au résultat cherché. Ton a modifié la direction des platines par rapport à celle des aiguilles.

Dans les mailleuses à dents fixes, comme dans celles à dents mobiles dont il vient d'être question, la distribution du fil ou cueillage est opérée par des dents dont la direction est inclinée par rapport à celle des aiguilles du métier ; celle de la roue elle-même doit, par conséquent, affecter cette direction, afin de forcer le fil à s'introduire sous les becs des aiguilles pour le forcer à regagner le fond. La figure 14 (pi. XX) est la vue par-dessus d'un métier avec sa roue cueilleuse ; elle donne cette position inclinée des dents de cette roue par rapport à la direction des aiguilles a. Ce degré d'inclinaison oîi l'angle des dents avec les aiguilles doit être en raison de la quantité d'enfoncement du fil ou de la longueur des mailles, l'inconvénient, par conséquent, plus ou moins prononcé, suivant le genre de métier et de produit, est surtout très-sensible pour les mailleuses à dents ou platines fixes ; il est, au contraire, atténué dans les

roues à dents mobiles, quoiqu'il se fasse encore sentir lorsque les fils employés sont très-élastiques, comme la laine, par exemple, ou d'un titre élevé de toute autre substance.

C'est par ces motifs que l'on a imaginé des roues mailleuses dont les platines cuei lieuses agissent parallèlement à la direction des aiguilles, et se présentent par rapport à celles-ci comme les dents d'un pignon d'angle engrenant avec les dents de sa roue correspondante. Ces sortes de mailleuses ayant reçu à leur tour des perfectionnements et des additions qui ont figuré à l'Exposition, nous allons indiquer les principales dispositions appropriées à cet effet. Donnons d'abord les modifications imaginées en vue de rendre ces mailleuses, dites mailkusei Fonquet^ propres au travail des fils de coton inférieur.

§ ii« -^ MallleaBé Fonquet, dispesHIon BeHhelot»

La mailleuse proprement dite est représentée en coupe verticale par un plan parallèle à l'axe de la figure 6 (pi. XXII) : t^ t sont les platines de la mailleuse destinées à opérer le cueillage. Ces platines t ont la direction des génératrices d'un cône tronqué, dont la petite base regarde l'extrémité des becs des aiguilles e de la fonture. Qu'on s'imagine un pignon conique tournant autour de son axe ou arbre / (fig. 6) , mais avec cette différence que, au lieu de dents fixes , ce sont des platines /, t^ pouvant î 1® basculer de manière à ce que la partie courbe du côté des aiguilles s'abaisse pour; venir, en s'infléchissant entre deux aiguilles, y réaliser le cueillage, c'est-à-dire transformer le fil en feston ou boucle: 2** être susceptibles, à un moment donné , de faire un mouvement de translation d'avant en arrière, de façon à amener les mailles formées en avant des crochets des ailes fermées pour exécuter ce qu'on nomme aba* tage. La roue mailleuse ou cueilleuse en question est donc

disposée de façon à ce qu'en tournant régulièrement autour de son axe, les platines cueilleuses soient douées du double mouvement dont il vient d'être question.

Coinmande des platines t. — A cet effet, ces platines sont assemblées convenablement dans deux plateaux parallèles distancés d'une certaine quantité sur leur longueur. Ces plateauxguides des platines ont une forme particulière ; l'un d'eux, le plateau y, destiné à faire basculer les platines en avant, est creusé d'une rainure ou espèce de canal excentré. La courbe de ce coursier est vue de face en i (fig. 8). Il est évident que, si les platines t cheminent dans cette rigole, elles seront obligées de s'infléchir en arrivant à la partie i'\ elles forceront alors le fil de s'introduire entre les aiguilles e. Un instant après, lorsqu'il s'agira d'amener en avant et d'abattre les boucles formées, c'est le second plateau h qui déterminera le mouvement de recul des platines qui reposent, par leurs encoches, sur le rebord de ce plateau ; pour obtenir ce résultat, ce rebord, au lieu de rester dans le même plan sur toute la circonférence, est excentré en arrière; il en résulte que les platines, en cette place excentrée, subissent un mouvement qui les amène en arrière et à la pointe recourbée des aiguilles.

Dans la mailleuse, système Jasquin, à dents rentrantes, prédemmeht décrite , l'organe ne fait que cueillir, il en faut un second pour opérer l'abatage, tandis que la mailleuse Fouquet, à platines , suivant les génératrices , réalise les deux conditions, le cueillageet l'aménage. Malgré ses avantages, elle laissait encore à désirer , surtout à l'époque oîi il s'agissait de travailler les fils de qualités inférieures, au commencement de la crise américaine. M. Berthelot, constructeur de métiers, eut alors l'idée d'imaginer la disposition suivante.

Mailleuse placée au-dessous des aiguilles de la fonture. — Généralement et juscJU'à ces derniers temps, les mailleuses fonctionnaient à la partie supérieure des aiguilles. En imaginant la

modification de cette disposition et en plaçant la mailleuse en dessous, le constructeur a voulu rendre la partie supérieure libre dans le but d'obtenir certains avantages, plus faciles à saisir après la description.

La figure 14 est la coupe de la mailleuse Berthelot, avec son support et une partie du métier circulaire.

La figure 15 est une vue dessus.

La figure 16 représente Texcentrique de cueillage et la pièce de chute.

Rappelons que la mailleuse se compose d'un arbre t muni d'un tambour fixe u. Deux plateaux de cuivre 5, e sont fixés sur l'arbre t contre le tambour u. Ces plateaux sont d'une division correspondante à la division des aiguilles a du métier. La platine ou dent b se meut dans les entailles ou divisions des plateaux ; le talon r de la platine b s'engage dans un excentrique circulaire h. Cet excentrique sert à faire avancer la platine b dans les aiguilles, et ensuite à la retirer aussitôt le formage terminé.

L'excentrique g est destiné à soutenir la platine b. Sur l'excentrique g se trouve un autre excentrique / ou pièce de chute pour faire baisser la platine b au moment du cueillage ; c'est cette pièce de chute qui règle la longueur de la maille ; pour monter et descendre cet excentrique ou pièce de chute, on se sert d'une vis m (fig. 14), avec une tête excentrique ajustée dans une rainure m\ En tournant la vis d'un côté ou de l'autre, on fait monter ou descendre la pièce /, pour obtenir une maille courte ou longue.

Pour donner le mouvement de rotation à la mailleuse , on divise le plateau e de cet organe en un nombre de dents égal aux divisions des fontures. Un arbre r a, à chacune de ses extrémités, deux roues divisées d'un même nombre de dents. La roue c (fig. 14) engrène dans les aiguilles a du métier. La roue d engrène avec le plateau e de la mailleuse qu'elle conduit.

MÉTIËKS Â MAILLES. 245

L'arbre t de la mailleuse est supporté à une extrémité dans le pivot a: et à l'autre par la vis v. L'arbre et les plateaux tournent ensemble, mais l'excentrique g, ajusté à frottpment doux sur l'arbre /, est rendu fixe par la vis d'arrêt k. L'excentrique h est aussi ajusté à frottement doux sur l'arbre t et est rendu fixe par la vis j au point i.

Fournisseur conique. — Cet organe additionnel a été imaginé pour régulariser l'alimentation , laminer les grosseurs et les inégalités qui pourraient se trouver dans le fil avant de l'introduire entre les aiguilles de la fonture. La figure 14 (pi. XXII) donne la disposition générale de l'organe, et la figure 17, un détail en coupe du guide-fil. L'appareil se compose de deux cônes a, 6, montés sur leurs tourillons respectifs s et y. Le premier, le cône a, est commandé par des aiguilles de la fonture qui transmettent le mouvement au cône par les roues c et rf. Le second cône tourne par le contact tangentiel roulant du. premier; un ressort maintient et règle le contact. Le fil en passant entre ces deux organes est, par conséquent, aplati et laminé. Le guide-fil /), h peut glisser dans une rainure i fixée par un cliquet à ressort k qui entre dans des dents pratiquées à ladite coulisse i. Cette disposition permet de faire varier le point d'entrée du fil entre les cônes, et d'en livrer plus ou moins en* raison des qualités des produits ou de la jauge du métier. Il est évident , en effet , que l'alimentation fournira une longueur d'autant plus grande dans l'unité de temps qu'elle aura lieu aux points correspondant aux plus grands diamètres.

Modification de la mailleuse^ pour Rappliquer aux tricots croisés et façonnés. — Ces modifications reposent sur des moyens pour faire varier, soit là sortie des platines dans la mailleuse» Jacquin, soit la position de cette espèce de coursier-guide à rainure excentrée i de la mailleuse Fouquet (fig. 8). Les talons des platines t (fig. 6) et p (fig. 14) re-

posant dans cette coulisse creuse , il est évident que c'est sa marche qui détermine le mode de cueîUage. Si on la dispose de manière à la faire varier dans sa situation par rapport aux aiguilles de la fonture, on modifiera nécessairement le mode de cueillage et les mailles qui en résultent. A cet effet, M. Berthelot a fait breveter les additions suivantes, représentées dans les figures de 1 à 10 (pi. XXII). Les figures de 1 à 6 montrent l'application à la mailleuse Jacquin, à platine rentrantes, et les figures de 6 à iO la donnent ajustée à la mailleuse Fouquet. On remarque sur la figure 2, vue de face de la mailleuse Jacquin, et la figure 7 de la mailleuse Fouquet, une rondelle d qui porte un bouton e; une rainure m w, excentrique à Tarbre / de la mailleuse, est pratiquée dans la rondelle d qui porte une cheville y, de façon qu'en tournant la rondelle au moyen du bouton c, on fasse monter la cheville q de m en n^ cette cheville étant prisonnière dans la coulisse/). Les petites dents de la rondelle d et le cliquet élastique k qui s'y engage ont pour but de maintenir la rondelle immobile. Il s'agit de déplacer les platines au moyen du bouton e de la rondelle d et de la cheville y. A cet effet, se trouve fixée sur la mailleuse a (fig. 2) une seconde plaque b (fig. 3 et 4), pouvant glisser d'un mouvement rectiligne dans un ajutage à queue d'aronde. La plaque b reçoit par des vis un cercle g dans lequel est creusée la coulisse excentrique », point d'appui des talons des platines et guide des platines 5, s elles-mêmes. Si donc on rive la cheville y à la plaque é, il suffira de faire mouvoir cette cheville dans un sens ou dans l'autre au moyen du bouton e pour faire monter ou descendre les platines et faire varier, par conséquent, leur action dans les aiguilles e, comme le montre la figure 2.

La figure 5 indique la même modification, dans laquelle on a substitué un petit levier x au bouton e. Ce levier est posé sur le couvercle de la mailleuse a et fixé au point b ; p repré-

Pi

sente la cheville q dans 1^ précédente disposition. Le levier x est maintenu par une plaque w, s. En pressant sur ce levier, on fait remonter les platines de la rainure i\ lorsqu'on le lève, au contraire , la cheville/? descend et fait descendre les platines.

Application de Fcuidition à la mailleuse Fouquet. — Sur la botte b de la mailleuse (fig. 6, 7, 8 et 9), est fixée, comme dans la précédente disposition, une portion de rondelle d portant une rainure courbe m, n, excentrée par rapport à la position de l'arbre central /. La rondelle d est également fixée par un cliquet à ressort A, entrant dans les dents angulaires d'une portion de la rondelle. La position de celle-ci varie comme dans le mécanisme précédent par le déplacement d'un bouton e.

La boîte b est ajustée à frottement doux sur l'arbre /, elle ne peut tourner avec l'arbre, étant arrêtée dans l'entaillez. La plaque s s glisse verticalement au moyen de la queue d'aronde r r (fig. 8). Sur la plaque s sont montés le cercle g et l'excentrique i guide-platines. A la plaque s est vissée la cheville q passant dans la rainure mn (fig. 7). La rondelle d tournant, l'excentricité de la courbe mn fait monter ou descendre la cheviUe q et, par suite, l'excentrique g A, la rainure i, et force les platines t d'entrer plus ou moins entre les aiguilles e (fig. 6).

Principes et perfectionnements de la mailleuse Braconnier, — Cette mailleuse a été imaginée dans le but de faire varier les mailles dans le tissu fait au métier circulaire. Il suffit, à cet effet, comme nous l'avons déjà fait remarquer, do soustraire de place en place l'action de certaines aiguilles de la fonture pendant le tricotage. Si donc on suppose des dents ou platines d'une roue venant, dans un ordre donné, presser sur les aiguilles pour les empêcher de travailler , il en résultera un jour à cette place. Si on dispose convenablement les divisions de la roue chargée de ces fonctions, on arrivera à des effets déterminés à l'avance. Il y a donc là un

moyen de produire dans les métiers circulaires des résultats analogues à ceux du tricot de Berlin, réalisés au moyen du mécanisme additionnel dans les métiers droits. Toutefois , retendue des effets se trouve limitée dans les systèmes circulaires par celle du développement de la roue mailleuse. Nous verrons plus loin par quel ingénieuse combinaison on est arrivé à obtenir des effets en quelque sorte indéfinis. Indiquons d'abord les perfectionnements d'exécution apportés à ce genre d'organes pour eu mieux assurer le jeu. Les figures 10 et dl donnent la disposition, dont nous venons de parler, de la mailleuse dite Braconnier. Sous la mailleuse a se trouve une roue dentée b. Les dents de celle-ci correspondent à celles de la mailleuse a, de manière à ce que, si une platine de la mailleuse presse une aiguille e, elle se trouve soutenue en dessous par une dent correspondante de la roue b. Cet auxiliaire de la roue b assure mieux le cueillage et le travail. L'assemblage de la roue b a lieu par son tourillon assemblé par une équerre à la colonne e, support de la mailleuse. Bien entendu que les divisions de la roue souteneuseô sont toujours en rapport avec celles de la roue mailleuse ou chaîneuse , et que son inclinaison est conforme à celle des platines de la roue mailleuse.

Les figures 12 et 13 montrent le même système où le mode de soutènement des aiguilles a été modifié. On a substitué une pièce 6 à la roue dont il a été question dans la disposition des figures 10 et 11. Cette pièce b a une courbure spéciale (fig. 13). Elle soulève rapidement l'aiguille qui commence à être pressée et s'abaisse insensiblement en raison de l'étendue des mailleuses qui sont en fonctionnement. On arrive ainsi plus simplement au but cherché, à savoir, d'assurer suffisamment le jeu des organes pour faire rendre au métier les produits les plus fins par le bon fonctionnement des jauges les plus réduites.

MÉTiERS A MAILLES. 249

§ iSB. — Trieot-pelaehe par les platines ft doubles becs.

Un tricot-peluche est, en général, une étoffe dont chaque maille est formée par une double boucle ; la première, moins longue que la seconde, constitue le fond ou la partie unie du tissu ; la seconde, qui lui est superposée dans la face où elle doit apparaître, est destinée à fournir la matière, qui, une fois apprêtée, garnit la surface d'un duvet plus ou moins long, plus ou moins touffu, en raison de la nature de la matière em- , ployée, de la longueur et de la réduction ou du serrage des boucles.

Le premier moyen qui se présente à Tesprit et qui fut, en effet, employé d'abord poiir former ce genre d'articles, consiste dans Tusage de deux mailleuses opérant successivement sur deux fils. Supposons qu'un moyen alimentaire quelconque dépose parallèlement deux fils sur les aiguilles ; une première mailleuse viendra cueillir le premier fil et l'amener sous les becs, une seconde mailleuse, à cueillage plus profond, agira sur le second et l'amènera contre le premier, également sous les mêmes becs. Us contiendront alors une double rangée de boucles, chacune d'une longueur différente. Le métier opère ensuite comme à l'ordinaire : les becs sont fermés, les boucles réunies, puis amenées et abattues- à l'ordinaire, sans aucune modification. La boucle la plus longue, au lieu d'être formée sur chaque aiguille, peut n'être produite que de deux en deux aiguilles ou à des intervalles plus grands, suivant les réductions et les effets à obtenir. Les deux boucles peuvent également varier de couleurs et de nuances ad libitum.

Le même produit bouclé est obtenu plus simplement encore, depuis quelques années, par Tappareil cueilleur ordinaire,. la mailleuse ou les platines. Il suffit alors de modifier la forme de

ces organes ; au lieu de déterminer Textrémité travaillante de chaque platine comme à l'ordinaire, on les munit, dans ce cas, d'une double courbure. Les figures 18 et 19 (pi. XXII) représentent les positions relatives des becs et des aiguilles avant et

après le cueillage; les lignes /, /indiquent la direction du fil. Ces figures donnent les dispositions des platines horizontales. Il est facile de remarquer que la modification consiste dans le double bec b b% formé de deux angles ou crans agissant à la fois sur deux fils pour en former simultanément deux boucles de différentes longueurs, déterminées par la différence de hauteur de ces deux becs.

L'on emploie également maintenant des platines verticales à doubles becs dans les métiers les plus perfectionnés, dans le but de pouvoir opérer le cueillage avec la même facilité sur toutes les substances indistinctement. Nous avons, en effet, déjà fait remarquer que certains fils sont plus rebelles que d'autres au travail ; la laine et la soie, en vertu de leur élasticité naturelle, ont une tendance à ressortir d'entre les aiguilles immédiatement après le cueillage. Dans le travail à la main, l'ouvrier a soin de maintenir plus fermement l'action des platines et d'agir, par des mouvements réitérés, sur les matières les plus rebelles. C'est pour remplacer cet effet de la main que l'on a imaginé les deux becs 66' à chacune des platines; le plus profond est destiné à la formation de la boucle, le second 6' la retient lorsqu'elle tend à^ s'échapper ; c'est garni d'un jeu de platines semblables qu'il devient possible de tricoter une matière quelconque sur le même métier, et c'est grâce à des perfectionnements de cette nature, assurant le parfait fonctionnement des organes, que la vitesse de leurs mouvements a pu être augmentée progressivement et que le fonctionnement est devenu complètement automatique. Toutes les parties de ce g€;nre de machines sont tellement soignées à l'heure qu'il est, que l'on est parvenu à des résultats vraiment inattendus,

surtout dans le système circulaire, si Ton tient compte de l'origine relativement récente de l'emploi de ces métiers.

Mécmiisme à opérer les diminutions, — Pendant longtemps, les diminutions, c'est-à-dire la suppression d'un nombre de mailles par rangée, pour arriver progressivement à la forme voulue du vêtement, avait lieu au moyen du poinçon ordinaire à une aiguille. La maille des lisières se chargeait alors de la maille supprimée sur la largeur du tricot. Il en résultait une lisière irrégulière et une épaisseur dans la couture.

Dès 1834, un chercheur ingénieux et modeste avait trouvé un mécanisme pour éviter ces inconvénients et douer les métiers droits d'un organe nouveau, qui est aujourd'hui d'un usage universel dans la bonneterie. Cet organe est connu sous le nom de son auteur, M. Delarothière. On le désigne, en effet, généralement sous le nom d'appareil à diminuer de Delarothière. Cet organe nouveau, quoique longtemps à se propager, a rendu de grands services au travail de la bonneterie. Le mécanisme à diminuer, appliqué tout récemment aux métiers circulaires, pouvant être considéré comme une conséquence du principe du premier, nous allons décrire successivement celui-ci, et celui exposé sur un métier circulaire qui fonctionnait au Champ de Mars.

Appareil Delarothière. — Ce mécanisme, avec ses détails, est représenté fig. A et B (pi. XXIII).

Ce mécanisme se compose :

1° D'une barre horizontale droite A', fixée sur un châssis à charnière placé devant un métier rectiligne à tricot ; sur cette barre glissent deux porte-poinçons F, F, à oreilles G, G, tendant toujours, par l'effet des ressorts à boudin K, K, à se rapprocher l'un de l'autre.

2" D'un arbre horizontal D, fixé parallèlement sur cette barre, et portant au milieu une hélice double E, mi-partie pas à droite, mi-partie pas à gauche.

Les flancs de cette hélice s'entrelacent entre les oreilles G des porte-poinçons.

On comprend que la rotation de Thélice dans un sens fait écarter les porte-poinçons, qui se rapprochent si Ton tourne en sens inverse, comme il faut le faire pour diminuer.

Il est à remarquer que les flancs de l'hélice sont armés de touches T parallèles à Taxe ; ces touches se règlent à volonté, suivant Técartement, toujours variable pendant le travail, des aiguilles du métier ; car c'est la facilité que donnent ces touches qui constitue Tefficacité de la mécanique Delarothière, la réduction par vis ou crémaillère, sur le métier rectiligne, n'étant pas pratiquement industrielle.

L'arbre de l'hélice portant également une roue à rochet N, dont chaque dent correspond à Técartement d'une aiguille, il en résulte que les porte-poinçons s'écartent, par f hélice^ et se rapprochent, par l'action des ressorts à boudin^ d'autant d'aiguilles (de chaque côté) qu'on a fait passer de dents sur le rochet R, que l'on a fait tourner à la main , d'un côté ou d'un autre de l'arbre D par la noix L.

Mode faction. — Pour opérer une diminution (les portepoinçons ayant été préalablement écartés de la largeur de la pièce de tricot), on fait avancer le mécanisme vers la fonture, par un mouvement d'oscillation horizontale du châssis portebarre ; puis, à l'aide de la poignée M, on fait osciller à son tour, verticalement, la barre A', de manière à ce que les poinçons or, a?, s'appliquent exactement sur les aiguilles correspondantes y, y, du métier. Les becs de ces aiguilles se trouvent ainsi fermés et enchâssés, c'est-à-dire noyés dans les châsses des poinçons de la mécanique, de telle sorte qu'en amenant les mailles avec le battant du métier, celles-ci passent des aiguilles du métier sur les poinçons de la mécanique. On relève alors les poinçons par la poignée M pour reporter les mailles sur les ai guilles voisines.

Ce transport s'opère en faisant tourner d'une ou de plusieurs dents la roue N, à l'aide de la noix L. Réappliquant alors les poinçons sur les aiguilles, et en faisant le mouvement inverse, soit celui du crochetage du métier, toutes les mailles repassent des poinçons de la mécanique sur les aiguilles du métier, et la diminution est faite.

Les aiguilles de chaque rive sont ainsi déchargées des mailles diminuées, qui se trouvent être reportées au dedans du tricot, en mailles doubles, à une distance égale à celle du nombre de poinçons. ^

Diminueuse Lebrun exécutée par M. Buxtorf. — Un appareil analogue au précédent manquait pour les métiers circulaires, afin d'obtenir des diminutions à baguette et à chapiteau sur les articles de bonneterie circulaire, dite demi-diminuée^ dont la fabrication est devenue si considérable, que les manufacturiers manquent de métiers rectilignes pour finir leurs pointes de chaussettes (circulaires demi-diminuées). Cette insuffisance de métiers rectilignes s'explique quand on sait qu'un ouvrier fait en poids de vingt à trente fois plus d'ouvrage sur un métier circulaire qu'il ne pourrait en faire sur un métier droit.

La diminueuse Lebrun, plus pratique que les essais tentés jusqu'à ce jour dans la même direction sur les circulaires, fait disparaître l'anomalie de l'emploi de deux métiers, de geilre différent, pour faire une chaussette. Avec elle, le même métier fait la chaussette complètement.

Elle produit de huit à dix douzaines de pointes de paires de bas ou de chaussettes par jour, selon l'habileté de l'ouvrier et la finesse de jauge.

Le but de la diminueuse ^st donc d'obtenir le tricot circulaire sans lisière, avec les diminutions en forme de baguettes et de chapiteau semblables à ceux de tricot à lisières des métiers rectilignes, à l'aide de là mécanique Delarothièrc, pour bouts de pieds de bas et de chaussettes.

254 LIVRE Jl. DU MATÉRIEL.

On arrive, h ce résultat à l'aide de poinçons disposés en groupes mobiles, pouvant, à volonté, s'écarter ou se rapprocher Tun de l'autre. Ces poinçons, placés d'abord aux deux bords de la partie de tricot à diminuer, enlèvent les mailles restant dans les aiguilles qui leur correspondent et, en se rapprochant, transportent ces mailles sur les aiguilles voisines , diminuant ainsi de une ou deux aiguilles de chaque côté à chaque transport, et cela à toutes les deux ou à toutes les trois rangées, selon qu'on veut diminuer plus ou moins rapidement.

• Cette opération se répète autant de fois, pendant un tour de métier, que sa circonférence porte "de parties à diminuer, soit de bas ou de chaussettes.

La description suivante expliquera d'ailleurs le mécanisme de cette opération.

PI. XXIIL Figure 1, vue de face de la diminueuse;

Figure 2, plan de Tappareilet de la partie adjacente du métier auquel il est appliqué ;

Figure 3, coupe transversale ;

Figure 4, position d'un poinçon de la diminueuse sur une aiguille du métier, au moment du transport de la maille, soit dé l'aiguille au poinçon, soit du poinçon à Taiguille.

A, B, C, trois .règles parallèles courbées en arc de cercle, reliées entre elles à leurs extrémités et parfaitement concentriques au métier ; elles portent toutes les pièces de la diminueuse. .

Ces règles sont fixées aux montants D, D (fig. 1), coulissant sur les deux colonnes portées elles-mêmes à hauteur par les pièces à douille E, E (fig. 2 et 3), reposant sur le porte-systènae du métier. ,

Des plaques mobiles F, F', G, G' (fig. 1) portent des poinçons exactement espacés entre eux, comme le sont les aiguilles du métier , glissent à coulisse sur les règles A, B, C et sont mues simultanément à l'aide de crémaillères, dont la denture est

en rapport avec Fécartement des aiguilles du métier; elles engrènent, Tune en dessus, l'autre en dessous , avec un pignon H fixé sur Taxe du bouton I, de telle sorte que, en tournant ce bouton , les porte-poinçons se rapprochent ou s'éloignent Tun de l'autre, selon le sens du mouvement qu'on imprime au bouton, et de la distance d'une aiguille pour chaque dent du pignon ou des crémaillères.

Chacun des porte-poinçons F et G conduit par sa crémaillère est .accompagné, à son bord intérieur, d'un porte-poinçons plus petit F', G', ne portant qu'un nombre fixe et limité de poinçons (8, 6, 7, etc., selon la jauge du tricot), servant à figurer la baguette de mailles franches, en ne s'écartant que dune aiguille quand les grands porte-poinçons s'écartent de deux, mais en se rapprochant de deux quand les grands porte-poinçons se resserrent àe^A^m. aiguilles. A cet effet, les petits porte-poinçons sont indépendants de la crémaillère et reliés seulement aux grands par une bague ovale dont la coulisse est calculée pour que les grands porte-poinçons n'entraÎ7ient les petits que quand les grands s écartent de plus d'une aiguille. Cette disposition est imitée des mécaniques à diminution sur rectilignes perfectionnées, et, par conséquent, de l'appareil qui vient d'être décrit.

Lorsque la diminueuse est en repos, les poinçons se trouvent à quelques centimètres au-dessus des aiguilles du métier , de manière à ce que ce dernier puisse fonctionner sans entraves.

Ils sont maintenus à cette hauteur par les deux ressorts à boudin K, K (fig. i) entourant les deux colonnes verticales suspendues par les pièces à douille E, E, et le long desquelles glissent les extrémités en équerre des supports D, D.

Pour exécuter une diminution, l'ouvrier fait descendre tout l'appareil en pressant avec le pied sur la pédale L (fig. 3) ; les poinçons viennent s'appliquer exactement sur les aiguilles qui

doivent être déchargées de leurs mailles. Le bec entier de chaque aiguille se trouve ainsi complètement coiffé par la chasse du poinçon , et la pointe de celui-ci noyée elle-même dans le chas de Taiguille, au delà du bec de celle-ci. Les mailles, préalablement repoussées vers les platines d'abatage du métier, sont ramenées alors (facilement et d'une manière certaine) sur les poinçons par ces mêmes platines tirées en avant par la palette M, que Touvrier actionne de la main gauche à Taide du levier à bascule N.

Ce mouvement fait , on laisse remonter la machine et, de la main droite, on tourne le bouton I de deux dents de pignon, de manière à rapprocher les porte-poinçons de deux aiguilles de chaque côté ; puis on abaisse de nouveau les poinçons sur les aiguilles pour y déposer les mailles que portent ces poinçons, à Taide de palettes 0, actionnées par le levier à bascule P.

La première de ces opérations s'appelle puiser^ la seconde feporter.

Ces opérations se répètent sur toutes les parties à diminuer autour du métier qui viennent se présenter successivement en face de la diminueuse , chacune de ces parties représentant le bout de pied d'un bas ou d'une chaussette.

Outre le mouvement vertical de descente sur les aiguilles, remplaçant si avantageusement le mouvement par .charnières des autres mécaniques à diminution, la diminueuse Lebrun possède aujourd'hui des arrêts dits à chariot^ à l'aide desquels un pointeau , fixé sur le porte-système du métier et pressé par un ressort à boudin, vient tomber dans un trou conique pratiqué sur chacun des petits chariots disposés à distances égales sur la circonférence du métier. A l'aide de la vis de ces petits chariots, on règle le point d'arrêt de manière que le pointeau arrête exactement au-dessus des aiguilles. C'est ce réglage extrêmement précis qui assure les fonctions de la diminueuse.

Le résultat de ladiminueuse appliquée au circulaire s'est déjà fait sentir avantageusement sur les articles coupés dits demi^ diminués. En effet, les pointes présentent bien une baguette de diminutions et de mailles franches, au milieu du tricot , tout à fait identique à celle produite sur le rectiligne par la diminueuse Delarothière ; mais les rives de ces pointes diminuées ne sont pas à lisières, bien entendu, les bas dits demi-diminués sur circtdaire ne pouvant être pris (comme les pointes) que sur un grand tilbe de tricot, nécessairement coupé sur des rives toujours à réunir par des coutures. Ce manque de lisière (ne provenant pas, du reste, de la diminueuse) n'est pas un inconvénient pour la vente des articles circulaires coupés demidiminués, car la couture du dessous de pied, qui aboutit à celle de la pointe, ne saurait être, elle-même, que cousue de la même manière sur coupure. Une pointe à lisière ne pourrait être cousue , comme celle coupée , qu'à quelques mailles de distance de ses lisières pour y faire suite et, partant , ne formerait pas une épaisseur moindre à la couture.

§ 43. — Métier elreulalre simplillë* sans aiipilllesy sans plalines ni roue malllease.

Ce système est caractérisé : 1® par l'organe fondamental, le crochet du métier ; 2"* par les transmissions de mouvement qui le font agir. Le crochet est d'une construction telle qu'il remplit à lui seul les fonctions d'une aiguille ordinaire, d'une roue ou d'une platine mailleuse et d'une presse. La figure 6 (pi. XXIII] représente cet organe isolé dans la position verticale, sur une échelle moitié de la grandeur d'exécution. On y remarque trois parties distinctes : 1" la platine inférieure P, avec une saillie /; cette pièce a de l'analogie dans sa forme avec les platines ordinaires, et en remplit en partie les fonctions ; 2° le crochet

AtcAN. — Arts textiles, il

288 LIVtli: II* DU MATÉniEL.

proprement dit H, qui est assemblé ou soudé par l'une de ses extrémités à la base ou platine plus large P, et dont l'autre extrémité est terminée par une petite courbe s ; 3° un petit levier ou clanche i pouvant tourillonner autour d'un point d'articulation X. Abandonnée à elle-même, la clanche s'ouvre complètement et s'abaisse pour venir se loger dans une petite cavité, ou chas, pratiquée dans l'épaisseur du crochet H, et fait alors corps avec lui. On peut au contraire lui donner la position indiquée dans la figure 6, et la relever jusqu'à ce qu'elle ferme complètement la petite courbe s.

Si maintenant on suppose un fil en présence d'un crochet semblable et sous son bec, et que la partie P s'abaisse, la courbe s s'infléchira et cueillera le fil. Si l'on ferme complètement la clanche sur le fil cueilli, et que l'on suppose une boucle préalablement formée, on pourra l'abattre par-dessus la courbe et former ainsi une série de mailles.

L'idée de ce crochet, d'invention anglaise^ si nous ne nous trompons, paraît avoir été suggérée par l'usage d'un crochet dont on se servait fréquemment jadis, et dont on se sert encore parfois pour faire une espèce de tricot, dite tricot au chu. Mais ce crochet perfectionné était resté sans emploi sérieux jusqu'en 1859 ; MM. Tailbouîs et Anatole Jacquin en ont fait alors un métier circulaire des plus remarquables, par son ingéniosité et la sûreté de son fonctionnement, si nous en jugeons par ceux que nous avons vus travailler dans l'établissement de l'un des auteurs à Saint-Just, et au Champ de Mars dans l'exposition de M . Buxtorf .

La figure 5 (pi. XXIII) présente une vue verticale de ce métier, la moitié en élévation, et l'autre moitié en coupe.

Il est supporté par un trépied T en fonte, au centre duquel se trouve placé un cylindre H, qui maintient dans son intérieur un second cylindre en cuivre G, exactement alésé et divisé de façon que chaque division corresponde à l'une des platines fixes P. Les

talons / de ces platines coulissent dans une rainure pratiquée sur le pourtour du cylindre en fonte, vu en coupe en EH^

La commande du cylindre H et des pièces qui lui sont solidaires a lieu. par la roue d'angle I placée sur sa basé inférieures Cette roue reçoit son mouvement du pignon d'angle j, auquel Faction est imprimée par une manivelle M ou par une poulie placée sur Taxe du Volant régulateur V,

R, R sont des montants métalliques qui maintiennent un cercle D, support de broches à articulations^ destinées aux bobines de fil et à leur donner la direction la plus convenable^

Le corps du métier qui vient d'être décrit, assemblé sut l'arbre A, peut être descendu plus ou moins, au moyen d'un ôs*semblage à douilles LL, et des vis de pression vv, dont le desserrage permet d'élever ou d'abaisser la douille d à frottement doux, venue avec le cylindre C, pouvant se déplacer sur l'arbre fixe A. A la partie inférieure du système, se trouve assujetti par des entretoises un appareil enrouleur, commandé par là machine elle-même, pour envider l'étoffe comme à l'ordinaire^ à mesure qu'elle s'est produite.

Fonctionnement du métier. — Le mouvement imprimé à la manivelle M entraînera le cylindre D, qui à son tour imprimera la rotation aux crochets encastrés par la saillie / de leur partie inférieure dans des cercles mus par le plateau H. Les saillies ou talons /, assujettis à suivre dans leur mouvement les sinuosités m pratiquées sur tout le tour du cylindre fixe et extérieur, recevant nécessairement un mouvement de va-et-bien vertical par leurs bases, le transmettront aux crochets et à leur levier ou clanche i\ qui déterminera en conséquence la formation de la maille, sans l'intervention de mailleuse ni de presse d'aucun genre.

En effet, le fil à ouvrer est transmis par un simple tube conducteur placé en face de chaque chute ou jeu de crochets ; à peine ce fil est-il arrivé sous le bec ou crochet,, dont la par-*

260 LIVBE H. DU MAl-ÉRIEL.

tie inférieure repose en ce moment à la partie supérieure de l'un des plans inclinés m, qu'il continue à descendre et, par conséquent, à infléchir ou à cueillir le fil. Ce mouvement du crochet détermine la fermeture de la clanche, et permet par conséquent l'aménage et l'abatage de la maille précédemment faite par-dessus la courbe du crochet. Cette dernière fonction est réalisée par la traction continue exercée sur le tissu fait, parle mécanique enrouleur, placé à la partie inférieure du métier. . Chacune des séries des crochets correspondant à une répétition des mêmes résultats, désignés sous le nom de chutes dans les métiers ordinaires, est alimentée par un tube conducteur 0. Tous les tubes conducteurs d'un même métier sont maintenus sur un même plateau annulaire fixe, enveloppant le cylindre C.

Pour donner au cueillement toute la régularité requise et le varier à volonté, l'achèvement de chaque chute est déterminé par des petites pièces en acier D, mobiles vjBrticalement et réglées par des vis de rappel. Ces divisions circulaires équidistantes, auxquelles correspond un index fixé sur chaque pièce D, permettent de régler le degré de serrage voulu sanà tâtonnement.

Outre la simplification considérable du nouveau métier à crochets, il présente plusieurs autres .avantages :

Un parallélisme parfait de la base au sommet des crochets ; cette équidistance mathématique est indépendante de la dimension du métier, ce qui ne peut avoir lieu dans aucun autre système circulaire, où les aiguilles de la fonture ont toujours la direction de rayons.

Il en résulte une facilité de multiplier les systèmes ou répétitions d'une façon telle, qu'un métier de û"*,10 de diamètre, pour faire des bas de petite taille, peut être muni de dix chutes au moins, et un grand métier de 1 mètre de diamètre, employé pour faire des jupons, par exemple, peut en recevoir plus de 100. La conséquence de ces propriétés est une augmentation de production proportionnelle, et, par suite, une diminution con-

MÉTIERS A MAILLES. 26t

sidérable dans les frais de la fabrication. Une autre conséquence de la multiplicité des chutes et de leur alimentation, c'est la facilité de varier les effets en variant les couleurs des fils en travail, et d'arriver ainsi, sans augmentation de dépense, à des tricots façonnés que Ton ne pouvait aborder auparavant, dans les articles communs. Ce genre de métier peut donc être considéré comme constituant un système spécial, d'un emploi particulièrement avantageux dans certains cas.

L'application de l'organe nouveau , du crochet à levier articulé, se propage d'ailleurs dans diverses spécialités. On est, parvenu à en faire un métier droit, sur une largeur considérable, fonctionnant comme les machines à tulle de chaîne. Ce système produit, par conséquent, dès à présent, des tissus d'une longueur quelconque sur 3 mètres de largeur, utilisés principalement pour les articles de lainage foulés et drapés. La production est considérable sur ces sortes de métiers : afin de s'en faire une idée, donnons par quelques chiffres les rendements des divers systèmes, calculés d'après le nombre de mailles, comparé à celui du travail à la main.

L'ouvrière la plus habile peut faire^ à la main et à la minute, au maximum 80 mailles.

Le métier droit le plus ancien, dit métier françaiSy où Touvrier travaille ordinairement avec les pieds et les mains 5400 —

Le métier droit automatique à divisions multiples pour façonnés et pour bas formés avec la perfection de la plus habile tricoteuse 45 360 —

Le métier circulaire à mailleuses • 56 750 —

Le métier à chaîne à aiguilles articulées .....'.... 240 000 -*

Le nouveau métier à aiguilles articulées et à chutes multiples pouvant faire les façonnés au même prix que les unis 360 000 —

Le métier circulaire à aiguilles articulées à double fonture 480 000 —

On supposait naguère que la mécanique était arrivée, dans

3IS LIVAK U( DU lfAT^fll|£L.

fi^tto (limstien <}a9 métiers jli triGot, h m progrès taU qu'elle ne doanôrait plus lieu qu'à des perfaetionnpments de détails. Cepeudant l'Exposition de 1867 a vu surgir un système nouveau ou plutôt une di^sition tout à fait nouvelle et des modifica* tiens d'organes combinées d'une façon si particulière, qu'il en est résulté un métier sans précédent par son originalité.

Deux constructeurs, M. Buitorf, en France, et M. Lamb, des Etats-Unis, se sont rencontrés, et on|; exposé, chacun de leur côté, l'un des métiers auxquels nous faisons allusion. Sans être identiques, ces machines présentent plusieurs analogies et tendent au même but. L'inventeur français lui a donné le nom de tricoteur-'Omnibus . La description du système nouveau va &ire comprendre tout ce qu'il renferma d'ingénieux et d'intéressant.

g 14. — Hétter reetillg^e double» dit trieoteur-oiiliilbus.

Ge métier a pour but la fabrication, d'une manière courante, d'un tube de tricot augmenté ou diminué dans le nombre des mailles qui le composent.

En dehors de ce produis, ce métier permet encore de fabriquer, sans couturé, la presque totalité des articles de bonneterie proportionnée ; en effet, on y obtient indistinctement et instantanément :

V Un tube de tricot diminuable à volonté et ayant pour développement deux fois la largeur d^ùne des fontures ;

2** A chaque rangée faite^ il est loisible à l'ouvrier d'interrompre, soit d'une rive seulement, soit des deux rives à la fois, le tricotage circulaire de ce tube et, partant, de produire, soit deux bandes de tricot séparées, soit une seule bande, également diminuables sur leurs lisières et susceptibles d'ôtre de nouveau réunies en tube.

MÉTiKaS ▲ MAILLES, 2^3

La manière d'opérer ceg cbangemeats dans le produit sera facilement comprise à Taide de la description suivante et du dessin y annexé.

Figure 1 (pi. XXIV). Ck)upe en bout de Tensemble des deux métiers accouplés ;

Figure 2. Vue de face d'ensemble de toute la machine ;

Figure 3. Vue extérieure et intérieure des règles de cueille • ment et d'abatage ;

Figure 4. Porte-coton et sou tendeur automatique ;

Figure S. Poinçon à diminuer ;

Figure 6. Disposition des aiguilles pour le tricot simple ou uni, tubulaire;

Figures 7 et 7 bis. Disposition des aiguilles pour le tricot double, dit à côtes anglaises^ à lisières.

A, B, G, D (fig. i et 3) montrent le mécanisme connu de la transformation du mouvement circulaire continu en mouvement reetiligne alternatif par bielle simple.

La partie fondamentale de ce double métier consiste :

i** En deux barres fendues fixes F et F F (fig. 1 et 2) , parallèles en direction, mais inclinées Tune sur Tautre, de manière à ne laisser entre elles, à leur partie supérieure, que l'espace longitudinal nécessaire à la descente du tricot : ces deux barres port^ilt sur leur face supérieure des rainures transversales daii^ lesquelles les aiguilles des deux fontures G et G G peuvent coulisser en montant et eu descendant ;

2** Deux règles de cueillement et d'abatage E et EE (fig. 1 et 3) appliquées parallèlement sur les barres fendues, et mobiles horizontalement; elles portent chacune deux rainures I et II, et L et LL, dans lesquelles coulissent les talons des aiguilles, un excentrique et un contre-excentrique mobiles H et h. Voir le détail, fig. 8 et 9«

Disposition pour tricot-tube. — Les excentriques H des règles, après avoir, par le glissement de ces dernières, agi sur

toute la longueur de la fonture, pendant leur course dans une direction, rencontrent la touche J, qui les fait descendre en supprimant aipsi totalement leur action sur ladite fonture. Au bout de leur course dans l'autre sens, ils sont remontés par une seconde touche J J et ramenés à leur position primitive pour agir dé nouveau au temps suivant.

L'action des touches J et J J des deux barres étant ainsi alternativement opposée, il s'ensuit que lorsqu'une fonture travaille et prend du fil au guide-fil N commun (fig. 2 et 3) qui suit le mouvement des barres, la fonture opposée reste au repos, et qu'un fil continu est ainsi fourni alternativement aux deux fontures, ce qui produit nécessairement un tube de tricot ayant pour développement le double de la longueur d'une fonture.

Pour cela, il est convenable que les aiguilles soient disposées dos à dos, celles d'une fonture en face de celles delà fonture opposée, comme le montre la figure 6. Il faut, de plus, que les aiguilles de chaque rive des deux fontures aient entre elles, à la tête, la même distance qui existe entre deux aiguilles voisines de Tune des fontures, pour ne pas produire sur le tricot une raie longitudinale par l'effet de brides plus longues ou plus courtes.

Disposition pour un tricot à deux lisières. — En changeant la disposition des touches J et J J, de telle sorte qu'une des deux fontures fonctionne pendant un va-et-vient pour rester ensuite en repos pendant un second va-et-vient^ tandis que la seconde fonture, qui est restée en repos pendant le premier mouvement, travaille pendant le second, on produit un tricot à deux lisières d'une largeur double de la longueur d'une fonture, soit les deux lisières à gauche, par exemple, et le pli à droite et vice versa ^ ad libitum.

Pour deux tricots à deux lisières, — Si, avec la même disposition de touches que pour le tricot^tube, on adopte deux guides-fils, c'est-à-dire un ipour chaque fonture, on produit

simultanément deux tricots ayant chacun deux lisières, pouvant être de couleur ou de matières différentes et d'une largeur égale à la longueur d'une fonture.

On voit qu'en employant successivement les deux dispositions différentes des touches et un ou deux guides-fils, on fait à volonté : 1** du tricot-tube, 2® un tricot à deux lisières, 3^ deux tricots et quatre lisières, i^ un tube avec couvertures à lisières, soit d'un côté, soit des àeux côtés opposés, de n'importe quelle longueur, combinaisons qui, avec les diminutions dont nous parlerons plus loin, permettent de produire sur ce métier tous les articles diminués et proportionnés, quelle que soit la variété de leurs formes.

Pour côtes anglaises. — Nous avons dit que, poul» faire le tricot simple ordinaire^ soit en tube, soit à lisières, les aiguilles étaient placées en face les unes des autres et les deux fontures travaillant alternativement.

Si Ton transporte l'une des barres fendues (ce qui est possible par la construction du métier) de telle sorte que les aiguilles d'une fonture soient en face des intervalles des aiguilles de la fonture opposée, en supprimant l'action des touches et en fixant les excentriques de manière à ce qu'ils fonctionnent constamment et simultanément dans les deux sens, les deux fontures fonctionnent alors ensemble ; les aiguilles se croisant comme on le voit dans la figure 7, celles d'une fonture passant entre celles de la fonture opposée, le fil alimentant en même temps les deux fontures, on produit du tricot double dit à côtes anglaises.

Une seconde rainure longitudinale LL, dont nous n'avons pas encore parlé, est pratiquée dans la partie inférieure de chacune des règles de cueillement E et E E. C'est une rainure de garage.

Chacune de ces règles porte , en outre , à chaque bout un guichet K, coulissant transversalement à la règle et permettant d'élever et d'abaisser un certain nombre d'aiguilles ; ce gui-

266 uvas lu du matériel.

cbet est maintenu sur la règle par un ressort dans chaque position qu'on lui donne.

Lorsqu'on veut diminuer , on élève d'abord (fig. 3), à Taide du guichet K» les aiguilles de rive, assez haut pour que les mailles qui y sont acerochées passent au-dessous de la palette . . de Taiguille ; on appliqua sur ces aiguilles de rive le poinçon M (âg. 5) , qui les recueille , puis on fait descendre le guichet qui entraîne avec lui les aiguilles libres de maillés jusqu'à la rainure L L. Lorsque ces aiguilles descendent, les mailles dont elles étaient chargées font refermer les palettes et passent sur le poinçon, à Taide duquel on les reporte sur les aiguilles voisines. Les talons des aiguilles déchargées restent alors dans la rainure LL, où les excentriques n'ont plus d'action sur elles. Cette opération se fait, à volonté, soit d'un côté, soit de l'autre, ou des d^ux côtés.

On peut donc , à l'aide des guichets , supprimer successiveipent l'action de toutes les aiguilles de chaque fonture et diminuer ainsi la largeur du tricot jusqu'à zéro. Voir les détails de ces parties sur une plus grande échelle, Sg. 8 et 9.

On comprend facilement qu'on puisse augmenter la largeur du tricot par le même moyen, en faisant remonter successivement dans la rainure d'action 1 1, à l'aide des guichets, les aiguilles descendues dans la rainure de repos LL, dite de garage.

Il est indispensable , pour la régularité de la maille , que le fil arrive du guide-fil aux aiguilles avec une tension sensiblement constante. Or, quand, pour les diminutions, il y a moins d'aiguilles à alimenter, et portant moins de fil que la course du guide-fil n'en appelle de la bobine, il &ut que ce surplus soit retiré. On n'obtient qu'imparfaitement ce résultat par un tendeur ou poids interposé, qui agit aussi bien, sinon plus facilement, sur le fil du côté de la bobine que du côté du guide-fil^ ce qui, au lieu de raccourcir la partie livrée en trop, redonne, au

MliTISaS A MAILLES, 361

contraire, un surplus^ à moins de faire des retraites qui tendent les fils peu résistants et les cassent souvent.

Le résultat désirable a été obtenu par ùh tendeur automatique de la manière suivante.

Tendeur autamçUique. — Le fil, sortant de la bobine «, traverse en  et en c la tige horizontale du porte-fil (fig, 4) et subit, avant de passer en c, la légère pression d'un levier com^ presseur R, articulé sur cette tige.

Il supporte ensuite, en passant sous sa poulie, le chariot vertical d, pour de là traverser \xh œil en avant de la susdite tige, d'où il se rend au guide-fil et aux aiguilles.

Le fil, tenant ainsi suspendu le chariot d qui glisse à l'aise le long de deux colonnes verticales, est tendu, mais arrêté du côté de la bobine par la pression du leVier compresseur R, tandis que le chariot ne le tend que du côté du guide-fil.

De plus, par suite d'inégalités dans. le fil ou toute autre cause, si le tirage ou l'alimentation l'exige, le chariot s'élève jusqu'en haut des colonnes-guides, et soulève par sa tige verr ticale g le levier compresseur qui laisse ainsi passer facilement le fil ou l'obstacle qui le retenait.

La broche /du ipiUeu du chariot est destinée è recevoir, au besoin, des poids additionnels pour régler le tirage du chariot, suivant une tension proportionnée à la résistance du fil.

Le métier que nous venons de décrire nous paraît surtout destiné à devenir, dans une certaine mesure, un ustensile de ménage, comme l'ont été de tout temps le rouet, le métier à tisser à la main , et comme l'est devenue récemment la machine à (oudre. Mais, pour la production manufacturière en grand des articles bien faits, il faudra désormais avoir recours aux métiers rectilignes automatiques à divisions multiples, pouvant réaliser les produits les plus estimés avec des avantages considérables. Notre revue serait, par conséquent , incomplète si nous n'en faisions une mention spéciale.

§ i S. — Métier roetiUgne automatique ft divifdioiis laiiltiples.

Le plus grand progrès dans Tindustrie de la bonneterie a été l'exécution d'un métier rectiligne pouvant faire simultanément et automatiquement un nombre de pièces qui n'est limité que par celui des fontures et, par conséquent, parla largeur du métier. Les tricots ouvrés sur ces métiers sont à formes, c'est-à-dire à élargie et rétrécie^ suivant les besoins, et au moins aussi bien tissés que s'ils l'avaient été par l'ouvrier à la main le plus habile. Jusqu'ici les métiers les plus perfectionnés de ce genre sont à six divisions ou six fontures, produisant, par conséquent, simultanément six bas, avec une dépense insignifiante de force (un dixième de cheval). Un seul homme conduit facilement deux métiers qui produisent en finesse moyenne , en réduction ou jauge dite 20 fins, quatre douzaines de paires de bas ou quatre-vingt-seize bas en douze heures. Le même homme, en travaillant sur un métier ordinaire, n'en peut exécuter que trois paires pendant le môme temps. La puissance productrice de l'ouvrier est, par conséquent, augmentée dans la proportion de i à 16, sans que la perfection du produit en souffre ; au contraire, il y a plutôt moins de chances d'imperfection et de petites irrégularités que dans le travail fatigant de la main. L'emploi de ce métier, qui commence à se propager dans l'industrie des tissus à mailles, permet donc de faire au moins aussi bien que les meilleurs moyens en usage, d'obtenir des rendements sans pfÇcédents soiis le rapport de la quantité, et explique comment les salaires ont pu être augmentés parallèlement à la diminution du prix de revient du produit.

Lorsqu'on voit fonctionner un métier qui produit six bas à la fois, il paraît fort compliqué, et cependant une machine sem-

blable n'offre pas un organe ni un élément que ne possède le métier rectiligne ordinaire , et que nous ne connaissions, par conséquent, d'après les descriptions précédentes. Les différences entre le nouveau métier et l'ancien consistent principalement dans l'étendue plus grande du système à plusieurs divisions, et dans les transmissions de mouvements pour automatiser toutes les parties. Pour expliquer la machine nouvelle par des dessins, il eût fallu multiplier outre mesure les figures de notre atlas, et revenir de nouveau sur une partie de celles qui ont été décrites. Si eHes ont été convenablement comprises ,- elles suffiront pour que l'on puisse se rendre compte en principe des additions et des combinaisons mécaniques qui distinguent le métier recti* ligne automatique à produire plusieurs pièces à la fois du métier rectiligne ordinaire.

Supposons une vue de face du métier classique, suffisamment étendue pour que l'on puisse , au lieu d'un fil, en étaler sur la fonture six de même largeur les uns à côté des ajutres. Bien entendu qu'entre chaque fil il y a un espace vide pour établir une séparation convenable entre les pièces d'étoffe et le jeu du mécanisme nécessaire à chacune. C'est donc simplement un métier à fonture ordinaire interrompue de place en place. Chacune de ces fontures est munie de deux poinçons, placés chacun en regard des lisières, l'un à la lisière ou rive de droite , et l'autre du côté opposé. Us sont destinés, à un moment donné, à se déplacer de la distance d'une maille , pour élargir ou rétrécir la pièce, suivant la direction du déplacement de ces poinçons. Le métier à six bas est , par conséquent , garni de douze poinçons semblables qui , comme les autres organes , doivent être commandés simultanément. Un mouvement continu de la part de la poulie motrice du métier , commandé à la main ou par un moteur quelconque , doit donc successivement réaliser les diverses fonctions qui concourent au travail complet^ et chacune d'elles doit s'exécuter six fois simultanément sur un métier à

970 LiyR£ 11. DU MÂtÊJklEL.

six bas. Rappelons que ces fonctions sont : r la distribution du fil ou alimentation du métier et le cueilldge ; 2"" le fonnage et l'abatage ; B"* la fermeture des becs des aiguilles par la presse ; 4P l'abaissement intermittent des poinçons et leur mouvement de translation ; S*^ actions correspondantes à celle du crochetage dans les métiers ordinaires , pour ramener les organes et leur commander à leurs positions initiales après leur fonctionnement.

Certaines de ces fonctions, comme celles dont les poinçons sont chargés, se décomposent pour s'exécuter en plusieurs temps. Elles ne se réalisent, en e£Fet, qu'à des intervalles déterminés. Il faut que les organes qui les exécutent embrayent et débrayent spontanément à des périodes variables du travail, et, de plus, que le point d'application de l'organe (du poinçon) se déplace suivant une certaine loi à déterminer d priori.

Ces conditions peuvent donner une idée de la complication du problème à réspudre, et de la précision que réclament la combinaison et l'exécution de toutes les pièces mécaniques qui concourent à la construction du métier qui les résout pratiquement. Ceux que nous avons vus fonctionner à TExposition ne paraissent réellement rien laisser à désirer.

La conception générale du système est facile à énoncer. D consiste dans un arbre principal sur lequel sont assemblées autant de cames que le métier doit réaliser de fonctions ou de mouvements principaux « Ces cames commandent les organes par des tiges et des leviers convenablement combinés pour établir les relations voulues. Nous avons compté une vingtaine de cames au moins^ dont une douzaine environ doivent avoir des tracés différents. Malgré les répétitions de ce genre de transmissions, l'un des moins avantageux sous le rapport de la dépense de la force, le métier est fort léger, comme nous l'avons dit, puisqu'un homme en peut faire fonctionner deux à la main. Gela tient aux conditions toutes particulières et primor-

MÊT18RS A MAILL&S. 2*71

diales du travail des entrelacements qui se produisent sur des fils sans tension et, par conséquent, sans éprouver de résistance sensible. Le cas dont il s'agit est peut-être celui où Tusage des cames a pu rendre les plus grands services.

Résttmé. — Si Ton considère le travail des tricots depuis leur origine jusqu'aujourd'hui, on peut le diviser, sous le rapport des moyens de production, en deux grandes phases : la première embrasse celle du tricotage à la tnain, et la seconde date du commencement des premières tentatives du travail automatique. Cette dernière est plus récente pour la bonneterie que pour les autres industries textiles ; elle né remonte pas à trente ans. Et malgré toute l'importance de l'invention du métier classique et de certains accessoires qui le complètent pour faire une infinité d'espèces de tricots usités antérieurement au dix*neuvième siècle, et dont nous avons fait une énumération succincte au commencement de ce chapitre^ les progrès réalisés dans la dernière période trentenaire sont de beaucpup plus considérables, et profitent plus aux masses que l'ensemble de ceux obtenus dans les trois siècles qui l'ont précédée. Pour se faire une idée nette des ressources de la bonneterie avant l'usage du travail automatique, l'on pourra consul-^ ter, après V Encyclopédie de Diderot et de Dalembert, déjft citée, V Art de tricoter^ deNetto et Lehman, Leipzig, 1802. Cependant, considérés individuellement, les artisans mécaniciens d'autrefois avaient en général autant d'habileté de main et une aussi grande somme de conception que ceux d'aujourd'hui ; mais ils n'avaient pas les mômes connaissances à leur disposi*^ tion. Ce fait n'ayant pas besoin de démonstration, nous nous bornerons à en faire ressortir les conséquences par quelques exemples pris dans le sujet qui nous occupe.

La transformation du système rectiligne en circulaire, qui a été le point de départ d'une série de progrès dans la production de la bonneterie en général, et des bas à bon marché en partie

culier, repose sur une idée ingénieuse qui n'avait pas besoin, en apparence, du concours de connaissances spéciales, si l'on n'envisage que le principe du métier nouveau. Mais son application a été en quelque sorte insignifiante de 18iS à 1841, à cause des difficultés que présentait l'emploi de roues mailleuses à dents fixes. Ce nest que lorsqu'un habile mécanicien, familiarisé avec les tracés géométriques, a eu l'idée, facile à concevoir, d'une roue mailleuse à dents mobiles, mais difficile à exécuter sans les connaissances relatives aux propriétés des courbes et des cames, est parvenu à réaliser sa conception, que l'application des métiers circulaires a pris une extension remarquable. Des mailleuses à dents mobiles ont été étudiées sous toutes leurs formes, depuis lors, parles constructeurs les plus compétents, qui, grâce à leurs connaissances théoriques, sont arrivés aux diverses mailleuses à tronc de cône, citées précédemment, aussi remarquables par leur conception rationnelle que par leur parfaite exécution et la possibilité de leur application à toutes espèces de substances textiles.

Une fois le métier circulaire réhabilité, lancé dans la pratique et compris dans tous ses détails, il a été simplifié au point de ne renfermer que les organes du métier rectiligne classique disposé circulairement, fonture et platines, auxquels on s'est borné à donner les mouvements voulus parla rotation d'un chemin de fer. Cette transformation, comme la précédente, s'est fait jour sous diverses formes modifiées. Mais si l'on compare la disposition et l'action des mêmes organes dans l'ancien et les nouveaux systèmes, on remarquera bientôt que chacun des éléments a subi une modification telle, que le métier est devenu apte à des résultats impossibles sans les changements qui sont les conséquences d'une étude rationnelle. Les aiguilles ont été améliorées dans l'exécution , les platines ont été raccourcies, afin de leur donner moins d'épaisseur pour atteindre des réductions plus élevées et la rigidité nécessaire à

Taccélération de leur mouvement. On a changé dans le même but le placement du point d'appui autour duquel chacune d'elles opère son basculement dans le système horizontal. Le double bec est venu remplacer le bec unique, afin de généraliser l'application et de pouvoir travailler indistinctement toute espèce de fil surlemênrô métier. Et à peine le métier à crochets a-t-il reçu ses premières applications, que la théorie générale indique des directions nouvelles dans lesquelles des essais intéressants permettent d'espérer des résultats plus favorables encore.

Si des tricots unis, dont nous nous sommes principalement occupé, nous passons aux façonnés, produits en si grande quantité et à si bon marché aujourd'hui, nous rencontrerons des applications de calculs géométriques d'un ordre spécial.

Rien de plus facile que d'arriver, sur le métier rectiligne, à produire certains genres de figures, les aiguilles étant là en lignes droites et en nombre indéterminé. Il suffit de substituer à la presse unie une presse à encoches correspondant à certaines aiguilles de la fonture. Par suite de cette disposition, un certain nombre de becs, n'étant plus pressés, resteront ouverts, et V aménage de la rangée de mailles précédente, reculée en arrière , fera entrer sous ces crochets ouvers les mailles correspondantes au lieu de les faire passer par-dessus et de les abattre. Les aiguilles non pressées seront, par conséquent, chargées de deux mailles (ou plus, si l'on en fait plusieurs rangées de même)* Ces mailles doubles ou multiples étant abattues, forment sur le tricot les points saillants désignés sous le nom de guilloché, La combinaison, pour obtenir un effet déterminé à l'avancé, a lieu, comme nous l'avons déjà indiqué, en faisant glisser la press^ à encoches de droite à gauche ou de gauche à droite pour obtenir des mailles doubles sur diverses aiguilles de chaque rangée.

ALGAN. '^ Arts textiles. 18

274 LIYI^K }l. DP MATÉBIfL.

§ f 6» — Tricots clrfala||*es façonnés*

Mais le travail des métiers rpctilignes étant, jusqu'à ces derniers tciîips, le plus lept et le plps coûteux, la prodiiction de leurs tricots fagopués est par conséquent très-chère. On a donc dfl songer à obtenir un perfectionnement, et on y est arrivé presque sans frais sur les métiers circulaires en substituant aux presses k guijlocber An système rectiligne des roues à encoches précédemment dpcrjtps, sous lesquelles passent les aiguilles établies sur le ^\ème principe, et produisant sur les métiers circulaires des résultats identiques à ceux que donne le système rectiligne ^ tricots façonnés.

Ces roues sont connues, dans 1^ spécialité, sous le nom de rôties chaineu^es ou roues-presses. I) y a autant de ces roues chaineuses sur nx\ fflétier circulaire que de chutes et, par conséquent, que de roueg mailleuses o^-dinairps. Si la circonférence de la roue-pressp est unie qu divisée en petites dpnts en rapport avec le nombre des î^iguilles de la circonférence , tous les becs sont paresses : il se produit du tricot uni. Si la roue est taillée d'encqches, 4e feçQp qu'il n'y en ait pas en regard de certaines aiguillesi, qelles-ci produiront les mailles doubles d'un dessin (jyi ■sera éçru, damassé ou de couleur, suivant que les Qls supplémentaires d^s çh^îneuses et ceux travaillés par 1^ n^aiUQiise du fond seront de même nuance ou en différeront. C'est donc par le moyen de ces rovies-presses accompagnant chaque roue mailleuse et en sachant combiner les eflets entre eux, que l'on parvient à réaliser sur les tricots des dessins déterminés à priori, d'après une mise en carte analogue à celle dpnt les dessinateurs se servent pour la f^fbrication des étoffes façonnées en général.

Si le principe sur lequel repose l'obtention de ces résultats paraît simple , sa réalisation précise et directe dans la pratique nécessite des connaissances spéciales.

îfl^TIERS A MÂlLLpS, 27S;

Le problème cpnsisfe, en effet, à combiner le nombre des dents et Içf distribution de$ encoches de la rom-presse avec le nombre invariable des aiguilles du métier , pour pradpire un dessin donné.

Sf, p^r exemple, on désigne le nombre des aigui)les du mé? lier par M et le nonabre de^ 4^nts de la roue par R, il-esj; évicîpnt que, si R divisait exactement; M, les mêmes encoches de la rouQ seraient toujours en rapport des mêmes aiguilles à cbagije toiji? du ptiétier. En trayaillant avec uqe seule roue-presse et une seule mailleuse, les mêrpes aiguilles se chargeraient de plus en plus de mailles non abattues, ce qui rendrait le tricot împpssible. Mais av^c (Jeu^ mailleuses, dont Tune est suivie d'une roup à pncoches et Tautre d'une roue d'uni, la roue 4'u|ii faisan j; al^attre k chaque tour les mailles doubles formées par la rque à encoches, il se produit du tricot rayé en lopg. Lorsqu'ils'agit d'eii^ecuter de^. dessins varijés, des figurps déterminées comme des losanges, deg fleurs, etc. , il faut nécessairement que la ou les roues destinées h former le dessin soient diviséps en plusieurs séries de dpnts, dput Tenseml^le R divine M 4= une de ces séries , de telle sorte qu'à chaque tour du métier la roue se déplace sur Jes aiguilles (}p. Tune de ces séries, spit pn vivant, soit pn arrière.

Par ce moyen, la première série de k roue commence le dessin en un point donné de la circonférence du métier ; au second tour, la deuxième série §p place sur la première du premier tour; an troisième tour, la troisième série, et aipsi de suite.

Pour déterminer R et ?es sérieg, on cherche d'abord les diviseurs de M. On prend ppur basp d'un rectangle l'un de ces diviseur^, et pour hauteur up diviseur du second facteur, a(ugménté ou diminué d'une unité : on aura donc :

a==:le nombre des séries

n diviseur de 6 ± 1 •

Le nombre R est limité par le diamètre de la roue, qui varie en général de 0,08 à 0",20 , selon la place que laissent sur le métier les divers accessoires dont il est garni.

R étant déterminé, on trace le rectangle, sur le papier gua- . drille et on pointillé sur ce rectangle la figure à produire. Lés lignes horizontales des petits carreaux représentent les rangées d'uni, les intervalles de ces lignes les rangées de guilloché, et les points du dessin les encoches de la roue, les mailles doubles. Les carreaux non pointés indiquent les dents de la roue qui doivent presser ; ces dents peuvent être désignés par le signe +, et les encoches par le. signe — .

Reste à transporter ce tracé sur la circonférence de la roue, uniformément divisée au préalable en R dents +. La roue étant posée horizontalement sur une table, la douille en l'air, on marque toutes les dents qui doivent être creusées en encoche , en tournant de gauche à droite, sur la partie antérieure du limbe, en comptant les rangées du rectangle, de gauche à droite, en commençant par le haut et en descendant, si le signe de ô ± 1 de la formule de la roue est + ; en commençant par le bas et en remontant, si le signe est — .

Exemple de calcul d'un dessin à deux mailleuses :

M=820; a=20 ; k=U ; R =^7'=^^^7^^ =200=20XiO.

Le rectangle est, par conséquent, représenté par 20 sur 10

La théorie complétée des dessins de tricot se complique avec certain nombre, soit premier,soit peu divisibles, du nombredes mailleuses employées, des exigences de certains dessins spéciaux pour lesquels il faut des nombres choisis suivant des conditions données à l'avance, etc.

On voit que le sujet peut offrir des applications intéressantes ^e la théorie des nombres. Nous ne nous sommes arrêté aux considérations qui précèdent que pour démontrer l'une des applications peut-être les plus ingénieuses et les moins connues

des mathématiques à Tindustrie. C'est, en eSet, en procédant de cette façon que Ton est, parvenu à produire des tricots façonnés à un prix incroyablement bas , et à multiplier considérablement leurs usages. Les étoffes pour chaussons de Strasbourg, pour camisoles, gilets d'hommes, pour jupons, etc., avec les dessins les plus variés, démontrent la fécondité et les avantages de la méthode que nous venons d/indiquer.

C'est surtout la maison Enunanuel Buxtorf, Tune des plus estimée de Troyes, qui s'est principalement occupée de la solution mathématique des questions dont nous venons de dire quelques mots. Nous devons à l'obligeance du chef de cette maison, à M. Buxtorf, une collection d'échantillons des plus remarquables, produits par les roues chaîneuses de son invention, et à M. Cotel, un calculateur aussi ingénieux que modeste, une note dont nous avons extrait l'exemple ci-dessus. Nous regrettons vivement de ne pouvoir l'étendre; mais il faudrait joindre des échantillons exécutés d'après les diverses solutions , afin de les rendre plus claires, ce qui nous entraînerait au delà des limites tracées à cet ouvrage.

§ t 'If. ~< Entrelaeements spéelaax mix trIeoCs fentrés*

Nous avons indiqué précédemment la draperie tricotée au nombre des spécialités qui constituent la bonneterie en général. Ces sortes d'articles, .feutrés après le tricotage, donnent un tissu chaud et élastique, réunissant, par conséquent, deux propriétés recherchées pour certains vêtements portés dans la saison rigoureuse. Il y a, pour les tricots de ce genre, des conditions spéciales à remplir : les brides des mailles doivent être plus traî-nantesj moins tendues , de façon à ce que l'action du foulage s'exerce sur de petites duites pouvant fournir une quantité de matièrQ suffisante à l'action du retrait du tissu. On tricote

alors moins serré. A cet effet , au lieu de fournir le fil de laine à chaque aiguille , fcomme cela a lieu avec les mailleuses ordinaires pour faire des tricots Unis, l'alimentation par lès becs n'a lieu que de deux en deux, de trois en ti^ois, ou de quatre en quatre aiguilles.

Mais cotnme 11 faut toujours que toutes les aiguilles de la fonture soient également fournies, il s'ensuit que, pour former ce qu'on homme un système^ il faut deux mailleuses dans le premier cas, trois dans le second et quatre dans le troisième.

Il résulte de ce tricotage pat* système de mailleuses un article dont les entrelacements forment plus oli liioins de brides, dont la réunion de ces brides facilite sîiigulièrëment le foulage. On voit, èti effet, qiië des tricots de ce genre se composent d'un ensemble d'entrelacements dont les points de tension des fils supplémentaires sont placés à des distances plus éloignées que dans le tricot ordinaire, oîi le cueillage a lieii sans modification.

Ce système de travail pernlet, de plus, de modifier les apparences de l'étoÔe; il siiffit, à cet effet, de fkire travailler chaque mailleuse Braconnier (nom de l'inventeur du système) avec un fil d'une couleur différente pour obtenir des rayures plus ou moins compliquées en raison du nombre de mailleuses en travail simultanément. Mais la fonction essentielle des roues dites chaîneuses^ et qui devraient se nommer trameuseSj consiste à fonfuit Un fli ttansvèï'sal supplémentaire, destiné à rentrer aux apptêts ; la trame étant l'élétnent principal sur lequel agît l'action du foulage dans les tissus feutrés en général.

Une chaîneuse, pouf nous servir du nom consacré, ne s'emploie donc jamais seule, mais suit toujours une mailleuse quelconque ; sa fonction est d'intercaler au tricot fkit par la mailleuse le fil supplémentaire dont il vient d'être question. Ce fil, plus particulièrement employé en vue du feutrage, est ordinairement le plus gros, lé plus moelleux. Il est destiné à garnir l'envers du dUvet (JUe les 3i{)prêts saurarit mettre en évidence.

J^ÉTlEàS À MAILLES. 279

La ciiâînëuse là plus ordinaire est Une petite lûailleuse de

60 dents, par exemple, divisée : H H — oUH !-■=—

— ou H 1 h, etc. Vont obtenir des effets

plus compliqués, il faut avoir recours à la chalhëiise-fantaisie d*un plus grand diamètre. La méthode la plus précise et là pliis protnpte est, sans contredit, celle de M. Cotelle, précédemment décrite, et employée pour la première fois dans les métiers de M. Buxtorf.

§ 18. — Hailleuse spéciale pour fol^e des tricots foçonnës

à JburB.

Celte sorte de mailleuse est plus particulièrement connue le nom de mailleuse à presse. Elle consiste, en effet, dans une mailleuse Jacquin, grand modèle, divisée en partie en dents mobiles, comme une mailleuse ordinaire, et en partie en dents de roue de presse ; elle fournit, par conséquent, le fil à certaines aiguilles, et presse lès becs des autres. Il faut donc, pour constituer un système otl Un àbatagë, deux inaillexlses divisées à l'opposé l'une de l'autre , la seconde fournissant du fil aux aiguilles qui n'en ont pas reçu de la première , et pressant , au contraire, lès aiguilles auxquelles la première a fourni de la maille.

Cette mailleuse peut remplacer avec avantage la mailleuse Braconnier; elle ddtiiie dès maillés plus allongées, pltis souples, plus propres au foulage. Elle est surtout en usage avec avantage pour les articles dits chaussons de Strasbourg.

§ 19. — Roue à excentrique à dessins isolés.

M. Buxtorf, inventeur de la mailleuse précédente, a également imaginé celle-ci ; son application remonte au mois de février 1860. Elle permet de faire une batidë de dessin en un

seul endroit de la circonférence du métier, quel que soit le diamètre de ce dernier. Un pareil résultat exigerait des roues à dessfns de grandeur impossible par les moyens ordinaires, tandis que l'inventeur y arrive par une roue de dimension ordinaire pour laquelle le nombre R est toujours un diviseur de M. Elle porte sur la circonférence des dents mobiles qui, lorsqu'elles rentrent vers le centre, font Toffice d'encoches. Un excentrique, enfermé dans une boîte adaptée à cette roue, fait rentrer les dents mobiles et les ramène ensuite à leur place. La boîte qui porte cet excentrique, est dentée et reçoit le mouvement d'un pignon sur l'arbre duquel est une conductrice qui engrène avec les aiguilles ; le mouvement est tel, que l'excentrique en question ne fait qu'un tour pour un tour du métier, et, par conséquent, ne peut agir utilement qu'une fois sur la circonférence des aiguilles. Cette roue s'emploie surtout pour simuler de la lisière sur le drap-tricot. On pourrait obtenir d'autres effets, déterminer, par exemple, une seule bande oblique qui tournerait en spirale autour du tricot en modifiant le rapport du nombre des dents du pignon et de la boîte.

§ ftO, — Roues jumelles pour dessins espacés.

Certains effets façonnés, des losanges très-espaces les uns des autres, par exemple, imitant des impressions ou des applications sur tricot, seraient impraticables par les moyens ordinaires en ce sens qu'ils exigeraient des roues de diamètres considérablement plus grands que celui du métier sur lequel elles sont . adaptées. La difficulté a été tournée au moyen de l'emploi de deux roues R et R' de diamètres différents agissant en même temps sur lès mêmes aiguilles, R divisant M H- 1 , R' divisant R M — 1 ; de sorte qu'à chaque tour du métier chacune de ces roues chevale d'une aiguille, l'une en avant et l'autre en arrière.

Si chacune de ces roues travaillait seule avec des encoches à guillocher, elle produirait des raies obliques, Tune dans un sens, l'autre dans un sens opposé. Mais les deux travaillant ensemble, pressant, comme nous l'avons dit, les mêmes aiguilles en même temps, et tournant à des vitesses angulaires difiFérentes, ne peuvent guillocher que lorsqu'une encoche de Tune coïncide avec une encoche de l'autre, ce qui n^arrive qu'à des périodes plus ou moins éloignées, et aux points déterminés pour réaliser les effets en vue desquels le mécanisme a été combiné.

Ordinairement, l'une de ces roues est encochée sans interruption dans toute une moitié de sa circonférence ; l'autre a toute sa moitié sans encoches, tandis que sa seconde demi-circonférence est divisée H ! . On arrive également, de

cette façon, à certains dessins imitant des petits façonnés, comme les piqués, par exemple.

Nous croyons en avoir dit assez pour démontrer les divers aspects intéressants que présente cette spécialité des machines à faire toute espèce de tricots. Nous terminerons par quelques considérations générales.

Conditions spéciales et additionnelles à réaliser. — L'avantage principal du système circulaire consistant dans l'économie de la production, il faut, par conséquent, pouvoir imprimer aux machines une vitesse aussi grande que possible. La première condition pour atteindre ce but est un fonctionnement parfait de chacun des organes, aiguilles, platines, ondes ou roues mailleuses, et une précision mathématique dans leurs combinaisons et assemblage ; aussi l'exécution de chacun de ces éléments a-t-elle été l'objet de recherches très-sérieuses j on a non-seulement étudié les formes les plus convenables à donner aux parties pour arriver plus facilement au but, mais les moyens d'exécution, la trempe et le recuit dç pièces, aussi délicates que les aiguilles et les platines, ont été sensiblement perfectionnés.

En outre de ces soins indispensables en tous cas et en tous temps.

282 LlVHfî II. DÙ ^ÂTÉHÎEL.

îl a fallu, depuis que les métiers soiit mus rapidement, automatiquement et plUsieUts par lé même moteur, mutiîf chacun d'eux d'un débrayage; afltl d'opérer l'arrêt spontané, lorsqu'un âl vient à rompre o(l si un accident se présente *. Ce mécanisme débrayeut" doit de plus être combiné avec un compteur, afin que le travail soit arrêté lorsque le manchon a atteint la longueur déterminée à l'avance. Il faut enfin que lé mode d'enfoulenient du tissu fait se régularise, pour que la tension ne varie pas avec l'accroissèmeiit de grosseur du rouleau récepteur, sans quoi l'action sur les aiguilles varierait et produirait un résultat îrrégulièr : les métiers doivent donc être niunîs d'un régulateur convenable.

Quoique ces divers mécanismes, importants au point de vue dd la bonne marche d'un atelier, puissent être considérés comme accessoires, ils sont d'une grande utilité pratique. La description détaillée de ces mécanismes accessoires ne peut troiivët sa placé dans cette reviie; nous devons, par conséquent, tious borner à les inentionner, pour donner une idée à peu près complète de la situation réelle des progrès dans les diverses parties et spécialités embrassées par l'industrie de la bohnetérie, dont l'outillage est le moins connu.

La figure Y (pi. XX), qui donne l'entrelacement caractéristique! d'un tulle uni le plus compliqué dans sa maille, montre les points d'entre-croisements oîi les fils se Rencontrent tordus en partie les tins sur les autres. Les mailles se trouvent ainsi circonscrites dèins des espaces limités par des contours en quelque sorte inextensibles. De là le tiom A' étoffes à mailles fixes pour ce genre d'articles, de môme que celui de tissu à mailles

* MM. Radiguet et Lesenne ont fait fonctionner à l'Exposition un métier avec un débrayage déterminé par rélectricité.

i^iÊTiEHs A mâIlles. 283

éitxsHqites convietit parfaitement aii genre tricot (flg. 40 et il pi. XX).

Les divers genres de métiers à tulles ont reçu de nombl-eiises modifications depi^is Foriginè de leur emploi pratique en France quiremotltôà 1817; ils Jjeuvènt néatimbins èti-e classés en deux types fondamerltaUx : lès métiers à exécuter le tutlë à la chaîne et leslâétiers à faire le tuîle bobin. Les premiers ont une analogie avec les métiers à tricots, par certains organes Qu'ils leur ont enlpt*untés, tels que des plutinettes ou t)etites platinés, guidésfils chargés de diriger ceux-ci dans leurs mouvements par suite de Tactiori simultanée appliquée à un hombre quelcoiique de ces petits guides. Pour réaliser le tiille de chaîne, au lieu du rebouclementd'un seul fil sur lui-même, comme dans le tricot, c'est une seule série de ôls qui, par des mouvements successifs de translation dirigés en sens opposés, viennent s'eiitrelàcèr. Le métiet" à tulle bobin diffèl*e du précédent en ce sens que les mailles sont formées par deux séries de fils, par une chaîne et une trame. Seulement, les entrelacements des deux séries, au lieu dé se pratiquer cofnme pour les étoffes à fils serrés, par des croisements rectclngttlâîres, au tnoyeti d'un seul 6l transversal avec toute la série des fils longitudinaux., se réalisefit fil à fil et sotis dés angles béâùctiUp moifls ouverts, c'est-à-dire (jùe chaque fil d'uilè série se tot*d autour du fil correspondant de l'autre.

Chacun de ces deux systèmes principaux de tnétiers a reçu des modifications impôHantes de détailè qui ont étendu leurs applications, simplifié leur fonctionnement, et auginenté leur production. Quant au môyéli dé faire les tulles façonnés dans leurs nombreuses variétés, on y arrive par la combinaison du système Jacquard à l'uti dû à l'autre de ces systèmes. Par ce côté donc encore les métiers à tulles diffèrent de ceux du tricot. Pour ceiix-ci, il faut, eh effet, employer les moyens spéciaux dont nous avons déjà parlé, tandis que pour façonner les articles à mailles fixes, les moyens sont ceux appliqués aux

284 L1VR£ II. DU MAl-ÉRIEL.

tissus ordinaires à fils serrés. Ces métiers travaillent également les substances de diverses natures, le coton, la laine, la soie, etc. Avec les fils de coton, on réalise des articles imitant les dentelles dites cluny^ guipures et valenciennes. Avec la soie, on fait les blondes, les dentelles, encore des guipures et des imitations diverses en articles blancs et noirs. Des châles et des mantelets sont exécutés en laine et en fils de yack. Calais, Saint-Pierreles-Calais, Lyon, Valenciennes, Saint-Quentin et leurs environs sont les principaux sièges de cette industrie en France. En Angleterre^ c'est Nottingham.

L'importance de la production tullière française peut être évaluée à environ 100 millions de francs, obtenue sur 30,000 métiers à peu près et avec le concours de 200,000 personnes. Malgré Tiraportance de cette industrie, et l'intérêt particulier que présentent les métiers à tulle, l'Exposition de 1 867 n'en contenait pas un seul. Il eût cependant été fort curieux de voir fonctionner avec une précision mathématique ces milliers de fils sur des métiers perfectionnés, dont le prix atteint de IS à 20,000 francs et qui réalisent des produits rivalisant de beauté avec les blondes blanches exécutées à la main par la plus habile dentellière.

Malgré leur absence de l'Exposition, nous ne pouvons passer ces intéressantes machines sous silence. Nous allons tâcher, en donnant la'disposition élémentaire du métier à tulle bobîn, de faire comprendre les principes des modifications et additions qu'il a reçues.

La figure A (pi.' XXV) est une coupe verticale, et la figure B la vue de face en élévation d'une partie du métier. Les deux figures n'ont pour t^ut que d'indiquer la disposition du fils et les organes fondamentaux destinés à les faire mouvoir. Elles ne donnent pas les transmissions nécessaires pour les commander. Les mêmes lettres indiquent les mêmes organes et parties dans

! les deux figures.

C est Tensouple ou cylindre sur lequel sont disposés les fils a 6 de la chaîne. Ces fils sont en vergés sur des baguettes d a\ pour se diriger dans des guides i i, pratiquées dans des platinéttes isolées comme dans les métiers à tulle de chaîne ou dans des entailles de règles longitudinales, dites barres ou fines barres, comme dans les métiers à bobines ou navettes, exécutés avec lés derniers perfectionnements.

Ces fils de la chaîne continuent ensuite à se diriger verticalement pour aller s'enrouler à l'état de tissu sur l'ensouple supérieur D. Les entrelacements ont lieu entre les fils de la chaîne b i, dont il vient d'être question, et une série de fils de trame, contenus dans des navettes isolées G G, disposées dans chaque intervalle compris entre deux fils de chaînes successifs. Il y a, par conséquent, autant de navettes et de fils de trame que de fils de chaîne moins un.

Dans les plus grands métiers, ces navettes ont une épaisseur ne dépassant pas celle d'une pièce de cinq francs en argent. La navette est une simple rondelle à gorge ; c'est autour de celle-ci que le fil est enroulé jusqu'au bord. Ainsi remplie, elle vient se placer dans une plaque circulaire concentrique, ou cadre creux, ouvert par un petit trou en un point de la circonférence, de façon que cette navette, ainsi mise en place, présente ce trou à la partie supérieure, pour livrer passage au fil de la bobine. Ces bobines elles-mêmes sont placées sur des espèces de coulisses courbes ou chariots kk^ sur lesquels les bobines peuvent prendre un double mouvement, l'un parallèle à la direction des barres, et l'autre perpendiculaire à cette même direction . De cette façon, les bobines peuvent passer de l'un de ces coursiers sur l'autre, c'est-à-dire qu'arrivée au point le plus bas de Tun de ces guides courbes, la navette peut remonter sur celui qui lui fait vis-à-vis^ et diriger son fil de la droite sur la gauche du fil de gauche correspondant, puis revenir à sa position initiale. Mais, si avant de revenir sur elle-même, on im-

prime un léger mouvement de translation au fils de chaîne, il s'ensuivra que la trame qui a passé d'un coté du fil de la chaîne, auquel il est fixé dans le preipier mouvement, ou en allant, passera de l'autre de ce même fil dar^s le retour de la pavettp, et de là un premier entrelacement entre chacun des fils de la chaîne et des fils de la trame. C'est par une série liipitée de mouvements, variant avec le genre de inailles à faire, et par le concours d'un nombre de fils déterminé (jue chacun des réseaux est réalisé * .

3ans entrer dans uqe description tppp fiétaillée concer^ nant tous les mécanismes du métier, et ppur laquelle il faudrait de trop nombreuses figures, nous pensops pouvoir f^ire saisir le principe fondamental de cp travail par une analyse succincte et le secours des deux figures élémentaii'es A et B. Supposons qu'on agisse seulement sur |e uombrp ^^ fils nécessaires à l'exécutiop d'une maille. Soiept (Jonp \}ni\, fils Rendus verticalement et envergés pa^'allèleipen^ entre eu^ ep deux parties, huit navettes placées d'un côté de l^ phaîne sur une même ligne, et sur des guides de n^anière à ce que cliaqup navette se trouve entre deux fils de chaîne, et qu'eljes puissent être dirigées et guidées toutes par un levier-guide, dit poi^seur. Alors on imprime un faible mouvement de translation à la barre dans laquelle passent les huit fils, ils obliqueront \q\]S }es huit simultanément, et il s'epsuivra qup les pavpttes et leurs fils cie trame se trouveront placés du cô|;é opposé à celui où ils se trouvaient avant ce mouvement. C'est à cet instant que §ept navettes. s 'avancent parallèlemept à elles-même?, c'e^t-à-dire à gauche des fils de chaîne, pour revenir h leur droite et fqrmer ainsi un premier entrelacement entre la moitié des fils dp la chaîne et une séyie correspondante de trapie. Puis on opère identiquement les

^ Voir, pour les détails de Tensemble des mouvement^, VEssai surTin^ dtistrie des matières textiles.

MÉTIEHS A MAILJ.es. ' ^37

mêm^s mouvements et entrelacements sur 1? seconde partie envergée. Il est bien entendu qu'après chaque rangée d'entrelacement 1^ chaîpé avance d'une quantité égale à celle qui sépare les points oîi les fils s'entre-croisent. Ce déplacement des Qls correspond à un dixièipe environ du (Ji^mètre de l'enspuple de chaîne. Le nombre de mouvements nécessaire à la , formation d'uqe ipaille est proportionnel à celiji des con^ tournements des fils d'une série autour des fil3 de l'autre pour confectionner la maille, et la quantité de mailles produites simultanépient est égale au nombre des fils de la chaîqe divisé par celui nécessaire à chacupe d'elles. Si, par exemn pie, 1^ phaîne se compose de trois mille fils, on réaliser^ siii^ql?

tanément les mouvenients qui concourent à -^= 373 mailles.

Les peignes L, L' composés de deux barres de pointes égales à celui des mailles, ont pour but de s'introduire entre les parties tordues pour les ouvrir et former les mailles à mesure que le tissu s'enroule.

Les perfectionnements réalisés successivement dans les métiers à tulle ont eu pour but de diminuer, autant que possible, le nombre des mouvements et de simplifier les mécanismes de transmission.

Dans l'état aptuel ç[ps pboses, avec Iqs pxétiers les plifs pom^ plets qui exéputen]; des articlps Jp^itant les véritables dentejleg dites vakncienms^ pu fait usagQ de trois séries de fils, dopt la direption et les entrelacements opt lieu Iqngitpdipalep^enj; dapp un sens à peu près vertical. Jjps fils de Tune des catégories sopt disposés dans les payettes circulaires ; les deux autres, composées d'ordinaire de fils de ppesses différentes, poncourent, l'une au réseau du fond et à la partie façonnée, et l'autre à i'encadrage des n^otifs pu sujets ; les fils de cpt^e 4erni^re série, étapt les plus gros, forment un relief qui limite et circonscrit les figures.

C'est par l'entrelacement combiné de ces trois genres de fils qu'on parvient à produire les effets façonnés les plus variés. Les torsions simples, résultant de l'entre-croîsement d'un ou deux tours entre les fils des navettes et les fils fins montants, produisent les mailles du fond et du façonné. Les mêmes eflfets de torsion ont lieu sur les gros fils pouvant se mouvoir d'une façon indépendante, afin de ne les faire concourir qu'à certaines parties du tissu, et principalement aux contours des effets façonnés. Enfin les fils fins et gros sont commandés par l'entremise de barres fines qui les partent au moyen de crochets du mécanisme Jacquart, invariable dans son principe et ses résultats. La disposition des transmissions pour mettre ses organes en relation avec les fils est seule modifiée pour être appropriée au métier à tulle, dont les organes et le mode d'action diffèrent de ceux du métier à tisser ordinaire pour produire les étoffes à fils serrés.

Avec des métiers à tulle, disposés comme nous venons de l'indiquer, on peut obtenir non- seulement un nombre de dessins en raison des combinaisons de mouvements possibles des fils de la chaîne montés isolément, mais encore des mailles du fond des ^figures variées, par suite des changements de direction qu'on peut imprimer aux fines barres guide-fils. Si, en ef^t, les transmissions permettent de donner à ces barres des mouvements en sens opposés, ce qui est toujours possible, il en résultera des mailles avec des torsions dirigées, en sens contraire, c'est-à-dire que l'enroulement des fils de la chaîne sur la trame, après avoir été réalisé de gauche à droite, pourra l'être de droite à gauche. On obtient ainsi des croisures enchevêtrées imitant avec plus d'exactitude le travail de la dentelle à la main. Avec les éléments précédemment indiqués, il n'est d'ailleurs aucune espèce de dessins que le métier, muni du mécanisme Jacquart, ne puisse exécuter si la mise en carte a été intelligemment faite.

Les tulles de toutes espèces sont toujours des tissus à réseaux formés par le système d'entrelacements dont nous avons cherché à donner une idée. Quoique cette étoffe soit produite au moyen de deux séries de fils, au moins dans les tulles bobins, ceux contenus dans les navettes n'ont d'autre but que de concourir aux contours des mailles; mais jusqu'ici il n'existait aucune étoffe réticulaire ayant une trame transversale d'une lisière à l'autre du tissu. MM. Rebière, PouUy et Destombes ont eu l'idée de créer un article de ce genre, au moyen d'une addition de leur invention, appliquée aux métiers ordinaires à faire le tulle. Leur système nous paraissant intéressant et pouvant contribuer à la fabrication des articles nouveaux, nous pensons devoir le faire connaître.

§ tt. — Système remplissant, pour les métiers à tulle» la même fonetion que la navette des métiers à tisser.

Cette application ne change rien aux nombreux mouvements ordinaires des métiers et de leurs jacquarts; la passe des fils des fines barres et des barres à gros fils reste la même ; la jacquart les commande de la même manière. Le travail des mises en carte n'est ni perfectionné ni modifié. En un mot, toutes les pièces constitutives conservent leurs mondes mouvements et leurs mêmes fonctions, de sorte que le nouveau nïécanisnie de navette n'est qu'une annjsxe au métier à tulle le plus complet.

Avant de décrire cette application, rappelons sommairement les passages des fils des métiers à tulle.

Le tissu tuilier se compose d'un réseau à mailles, auquel on ajoute à volonté la broderie.

Le réseau est formé : 1° par des fils de bobines montés dans des chariots, auxquels on imprime un mouvement circulaire

ALCàN. — Arts textiles. i9

alternatif transversal ; ils ont pour fonction de se tordre avec les fils du réseau et d'attacher les fils de la brpderie; 2° par des fils passant dans des fines barres métalliques ; ces fils ont un trajet alternatif longitudinal, opéré par la jacquart, ne dépassant pas quatre millimètres dans la largeur du tissu. Lorsqu'ils sont présentés tfi^ntôt à droite, tantôt à gauche de un, deux ou trois cliariots, ils produisent soit la régularité du tissu, soit des variétés de réseaux qui forment la base des dessins.

La broderie complétant le dessin est produite par des fils à contourner et par des fils de guimpes formant le tissu mat ; ces deux espèces de fils sont montés sur des barres à gros fils pouvant, par l'intermédiaire de la jacquart, prendre le mouvement rectiligne longitudinal.

C'est à ces organes que les inventeurs ont ajouté un moyen donnant la possibilité de tramer tous les réseaux et tous les tissus mats du domaine public de l'industrie tuUière sur la largeur des métiers à tulles de moyenne grandeur.

Le mécanisme nouveau consiste en un ou plusieurs châssis placés en dessous du travail du métier, Ces châssis prennent un mouvement rectiligne alternatif horizontal, égal à la largeur de l'étoffe à tramer.

Chacun de ces châssis comporte autant de navettes à guide mobile qu'il y a de laizes d'étoffe dans le métier. A chaque extrémité de la course, le guide mobile reçoit un mouvement vertical ou oblique alternatif pour monter son fil au-dessus de la prise des pointes (ou peigne du tissu) ; à sa descente, ce guide mobile traverse rapidement deux centimètres en dessous du chariot, pour se présenter au-dessus de la prise des pointes de la laize ou du métier. A chaque séparation de laizes, on enlève quelques pointes du peigne avec les chariots correspondants, de telle sorte que le guide-navette, n'ayant aucun contact avec les barres et les chariots du métier, peut être d'une très-grande grosseur et passer dans le tissu, malgré les nœuds

non ço^pés ras et toutes les irrégularités d'un fll quelconque.

Les mouvements horizontaux alternalifs, verticaux ou obliques alternatifs, s'opèrent pendant le dégagement des chariots du centre du métier, alors que la jacquart prépare les divers croi^* sements du tissu.

Dans les métiers à tulle, où il y a deux barres de pointes LL' (fig. A), chacune d'elles ne ramène les croisements du tissu alternativement qu'après deux révolutions du métier. Ici la navette à guide mobile, après avoir présenté son fil tout près de la naissance du tissu, au moment oîi sa barre de pointes correspondante y arrive, redescend immédiatement au-dessous des chariots pour les tarverser, même lorsqu'ils sont dans le milieu du fossé ou ligne de séparation des chariots, et remonte le fil de l'autre côté de Tétoffe, tout près du tissu, sans s'y arrêter.

Ces trois mouvements, descendant, horizontal et ascensionnel, s'opèrent pendant le temps de deux révolutions du métier.

Selon que l'on désire placer un, deux ou plusieurs châssis, on doit éloigner en dessous plus ou moins du mouvement des combs-barres et des lime-barres (ou supports des chariots) et Ton dispose les rouleaux de chaîne ainsi que les rouleaux des barres indépendantes d'après ces hauteurs.

Ce mécanisme est représenté planche XXV.

La came E (fig. i), montée sur un arbre qui fait quatre révolutions pendant que le métier en fait une, communique le mouvement alternatif au grand levier L par l'intermédiaire de deux leviers //, articulés aux bielles articulées hh!, lesquelles obéissent à la jacquart au moyen du tirant T.

Le levier L transmet le mouvement alternatif à la bielle B et, par suite, au châssis c c' ; ce châssis glisse sur des supports s s et sur la tringle T' T'. Pour employer plusieurs châssis, on doit les fabriquer en fer plat, roulant sur des poulies de grand diamètre que l'on fixe sur les bâtis du métier ou de la jacquart ; les deux appuis varient selon la structure des bâtis.

292 LIVRE il. DU MATÉRIEL.

La navette à guide mobile, principal objet du nouveau mécanisme, se compose (flg. 1 et 2, et les vues de détail fig. 2 et 3, pi. XXV) d'un manchon D, se fixant à volonté sur les châssis c ' c; à ce manchon est suspendu en dessous un bobineau F ; au-dessus, deux petites colonnes c"c''' sont aussi fixées verticalement. L'entretoise e est percée dans son milieu pour laisser opérer un mouvement à la tige 1 1\ cette entretoise e glisse dans les deux colonnes c" c''\ elle reçoit dans son milieu la tige verticale 1 1 et le galet G à axe horizontal. Ce galet roule sur la tringle V V parallèlement disposée au châssis cc\ Lorsque le système arrive à rextrémité de la course assignée, le galet ou roulette monte dans les arcs de cercle A. Mais, dans la plupart des cas, il est préférable de se servir du mentonnet M, pour imprimer un mouvement subit vertical à la tige// (voir fig. 2). Ce mentonnet reçoit son mouvement du levier équerre L par la came excentrique E'; cette came est fixée à volonté sur l'un des arbres du métier. L'œillet o de la tige mobile tt distribue le fil du bobineau F et le fil du bobineau fixe F'^ les deux roulettes H H règlent l'équilibre du fil avec le tissu, et la tension est ramenée par le tendeur I pendant les mouvements horizontaux alternatifs du guide mobile.

Ce tendeur peut se mouvoir de Y en Y (voir fig. 5) entre les bobineaux F et F' et l'œillet o; les fils sont dirigés par d/autres œillets, si cela est nécessaire pour leur dégagement des pièces du métier.

On voit, d'après cette description et la disposition (fig. 2), que le nouveau système dit navette à guide mobile ne gêne en rien le mouvement des pièces du métier qu'il perfectionne.

En passant très en dessous du métier, là où dans certains cas près de dix mille fils se trouvent réunis, la tige mobile change subitement son mouvement horizontal en mouvement vertical pour aller présenter à la naissance du tissage le fil ou les fils fournis, soit par le bobineau F qui l'accompagne, soit par le

bobineau immobile F, car rœillet o est disposé pour recevoir en même temps les deux fils et chacun d'eux peut être plusieurs fois plus gros que ceux employés jusqu'ici dans les machines à tulles. On dispose le guide pour le faire arrêter et opérer le mouvement ascensionnel, soit à l'extrémité du métier, soit à l'endroit assigné par la jacquart.

Les premières applications faites du mécanisme de navette à guide mobile ont été utilisées à de nouveaux genres de passementerie sur tulle avec galons et effilés de longueurs indéterminées.

Cet article résulte du fait de l'intervention sur toute largeur voulue du fil de trame horizontal entrelacé et incorporé mécaniquement dans le tulle et le broché ordinaire par l'action de la navette à guide mobile. Le fil de trame fait avec le tulle le corps du galon ou ruban de passementerie, et son prolongement libre fournit les effilés.

Une série d'échantillons divers que nous avons entre les mains provenant du métier nouveau, démontre la fécondité des applications du système. Il forme en quelque sorte le trait d'union entre les métiers à faire les tissus à mailles et les étoÉTes à fils serrés; il étend, par conséquent, d'une manière rationnelle le domaine des moyens de l'art du tissage en général. L'industrie ne saurait manquer d'en profiter.

§ tS. — Matériel des apprêts.

Les apprêts destinés à donner à certains tissus un caractère propre et à toutes les étoffes une apparence aussi avantageuse que la nature de la matière le comporte, ont, par cela même, une grande importance dans la fabrication. Ils varient suivant qu'ils doivent être appliqués à une matière animale ou à une matière végétale ou bien encore à une combinaison de ces sub-

Stances. Quelque soit le genre envisagé, les moyens de Tapprêteur comprennent à la fois Toutillage et la méthode à suivre dans la succession des opérations, c'est-à-dire le matériel et les procédés. L'outillage a peu varié. La plupart des progrès sont plutôt le résultat des modifications apportées aux manipulations qu'aux machines elles-mêmes.

Les tissus qui n'ont pas besoin d'apprêts ou dont les apprêts sont peu nombreux, se bornent aux belles soieries. Descendues du métier à tisser, c'est à peine si elles reçoivent une faible pression pour être terminées. Plus les qualités sont naturellement belles, moins elles sont apprêtées. Les articles en soie ordinaire seulement reçoivent quelques apprêts gommeux à l'envers ; et les moires sont traitées par une espèce d'impression à sec, ou par l'action d'un frottement entre les surfaces de l'étoffe sous l'influence d'un mouvement de roulement. Nous n'avons pas à nous arrêter à ce genre d'apprêt classique que nous avons décrit ailleurs et qui est en général fort simple. Mais il n'en est pas de même de tous les articles textile^, pour lesquels les apprêts sont plus ou moins multipliés et variés en raison de la nature de la. substance, et suivant que le produit doit plus ou moins différer d'aspect avec celui de la substance qui le compose. Aussi chaque nature et presque chaque genre de tissu reçoit-il un mode de traitement qui lui est propre. Gomme la spécialité des-apprêts comprend des méthodes de plus en plus rationnelles à mesure que le progrès se réalise, il est intéressant d'indiquer au moins sommairement les divers apprêts en présence et de fixer la marche la plus généralement suivie dans chaque spécialité.

§ 94.^ Apprêts des eotomuules.

Les cotonnades, sous le rapport de leurs apprêts, peuvent se ranger eq, tissus ras et lisses et en tissus duveteux : ceux-ci

comprennent les articles tirés à poil^ tels que les velvets, les velvetinesj les moleskines ^ les finettes et les articles dont le duvet est formé par le coupage en pièces, ou la section des boudes elécutées au tissage, tels que les velours coupés en général.

Les premiers doivent conserver l'apparence la plus avantageuse à chaque sorte d'articles des belles tôîles unies, qu'elles soient mates, brillantes, à grains, carteuses ou souples.

Chacun de ces genres a son mode d'apprêt, dont nous allons indiquer les opérations dans l'ordre où elles sont en général appliquées»

§ t5. •— Apprêts des eotonnades à surfaces untes, lisses»

ou à, grains.

Les étoffes de ce genre variant de qualité et de finesse, les apprêts doivent en être modifiés» Ils comprennent, en général, les opérations suivantes :

1° Les traitements d'épuration consistant dans des dégorgeages et des lavages à l'eau pure ou alcaline.

2° Les grillages ou flambages particulièrement appliqués aux articles lisses, unis, destinés à être imprimés.

3** Le lustrage ou empesage ^ dont le mode d'application varie. Il se fait d'abord par une machine à foularder, c'est le cas des tissus ordinaires ; les mousselines , les organdies, les tarlatanes, etc., sont, au contraire, séchées et tendues à la rame, après avoir été imprégnées du liquide apprêteur.

4° Le moirage^ toujours réalisé par l'action du cylindre gaufré, est une efepède d'impt'essîott qui n'est appliquée qu'à des articles spéciaux.

5° Le maillage ou battelage est également une opération exceptionnelle qui a pour but de donner à certaines cotonnades l'apparence des toiles fines en lin ; le résultat est obtenu par

raction de pilons venant choquer le tissu fortement enroulé autour d'un cylindre tournant.

6° Le brunissage^ pour donner du brillant à des parties recevant des teintures métalliques , est surtout appliqué à des étoffes communes spécialement employées pour doublures.

7° Le laminage est un des moyens par lesquels on finit les toiles huilées après un complet lavage pour leur donner la transparence exigée pour les toiles à calquer.

§ f 6. — Apprêts des Telirets. velYetliies el moleskines en eoton.

Ce traitement comprend généralement les opérations suivantes :

1° Un garnissage ou tirajge à poil : c'est une espèce de grattage de la surface par des chardons naturels ou métalliques formés par des espèces de rubans de cardes. Cette opération a pour but de fournir et développer la partie duveteuse dont l'étoffe doit être garnie.

2° Letondage^ pour égaliser le duvet précédemment formé.

3"* Un deuxième garnissage fait comme la première fois.

4° Une épuration du produit par un lavage et un dégorgeage.

5*" Un blanchiment.

6° La teinture.

V Un apprêt gommeux pour donner de la main.

8* Un cassage ou assouplissage par le passage Hu produit sur des plaques chauffées.

§ t*?. — Apprêts du Telonrs de eoton.

V La coupe, sur table.

2° Le sertissage ou réparation des avaries et défauts. 3® La teinture.

4"* Le dégorgeage et Tépuration.

S*" Un brossage énergique à la machine.

6® Un grillage au flambage à Tendroit.

7** Un deuxième brossage. fi° Un humectage pour assouplir la pièce.

9" Un second grillage.

10*^ Un troisième brossage.

il® Un blanchissage si l'article est destiné à rester en blanc ou à recevoir des nuances claires.

12® Quatrième brossage.

IS** Un apprêt à la gomme.

14® Un garnissage slux chardons métalliques.

15® Le soupinage ou espèce de lustrage ou de lissage à la cire.

§ 98. •*- Apprêts des tissas de chanvre et de Ifat.

1® Lavage.

2® Séchage.

3* Tonddge, parfois.

4" Gommage.

5® Calandrage.^

6* Moirage de certains articles.

§ s 9. — Apprêts des mérinos et des lalnmges rns en général.

1® Dépliage. Pour faire disparaître les traces des plis. 2" Grillage. Divers systèmes.

3"* Bruissage ou bouillage^ dans le but de donner un caractère spécial et durable à l'apparence Souple de l'article. 4* Dégraissage.

5* Noppage ou réparation des accidents. .

6^ Teinture.

â98 LIVRE il. Dt IIATÉAIEL.

7** Etendage et séchage.

8° Tondage.

9° Arrosage et cyttndrage à chaud pour déterminer le brillant.

10'' Pliage. -

§ SO. — Apprêta spéelav» dea ehAles françsls.

1\ Epinectage. Pour enlever mécaniquement lé^ corps étrangers et les impuretés.

2® Epurage et ravivage des couleurs paf Uti lavage à Feau tiède.

S*" Equarrissage ou dressage par une tension de la pièce sur une table métallique bombée chauffée à l'intérieur.

4° Découpage. Pour enlever les brides de Tenvers.

8° fondage à l'endroit pour faire disparaître le duvet.

6** Encartage, pressage à l'envers et détermination du grain à l'endroit.

Mais de tous les apprêts, ce sont ceux des lainages drapés qui sont les plus, compliqués et les plus nombreux ; ils comprennent en moyenne une trentaine de manipulations indiquées dans le tableau suivant.

§31. — Apprêts de la draperie et des lainai^eé drapés

en général.

1° Dégraissage y lavage et séchdge.

2** Epinectage ou enlevage de* corps étfangefâ.

3° Rentrayage. Réparation des âdcidentà et des défauts.

4** Marquage. Par une broderie.

§"* Foulage.

6° Dégorgeage ou épuration à Teau pure.

ï* Lainage ou garnissage humide.

%"" Séchage.

9** Tondage.

10* 2* lainage.

11*» Séchage.

12" 2" tondage.

lâ° Vaporisation.

14° Battage. S11 y a lieu.

1S° Ratinage. là.

16° 3* lainage.

17° Séchage.

18° 3° tondage.

19° Pressage à chaud. Lustrage.

20° Passage à la vapeur libre ^ ou fixage d'apprêt indestructible.

21° 4* Lainage.

22° Séchage.

23° 4° tondage. •

24° 2** {tressage à chaud.

25° 2* apprêt indestructible.

26° S° lainage^ dit gitage.

27° Bornage^ oii séchage soUë la tensiôtî Voulue.

28° 5* tonrfayè dêfiriitif.

29° Nouvel épinectage .

30° Rentrayage.

31* Pressage à chaUd.

32" Décatissage à la vapév/t* libre.

SS** Pressage énergique à froid.

34'' Emballage.

Un coup d'œil sUr ces tableaux suffit pour démontrer que les appareils principaux restent à peu près les mêmes pour les apprêts des tissus de diverses natures. Lés lainages drapés font exception. Ils nécessitent des opérations et des moyens {)artî*

culîers, surtout pour le feutrage et le foulage ; mais ils comprennent en même temps la plupart des machines employées pour les apprêts des autres articles. Les garnisseuses et les laineuses, les tondeuses, les calandres et les presses se retou- , vent également dans les différents outillages des apprêts ; mais leur application n'a pas toujours lieu d'une manière identique. Ce matériel est d'ailleurs resté sans changement, sauf quelques modifications apportées aux appareils à gazer et aux machines appliquées aux apprêts de la draperie. Ces dernières sont les plus originales et les plus nombreuses. Nous ne pourrions cependant insister particulièrement sui; cette matière, sans revenir sur les points déjà étudiés en détail dans nos précédentes publications. Nos appréciations actuelles ne portent donc spécialement que sur les perfectionnements les plus récents du matériel à apprêter ; nous les présenterons d'une façon indépendante des diverses applications dont le même appareil peut être susceptible.

§ s s. — Maehlnes * épnrer» ft dégraisser et & laver.

Ces sortes d'appareils, en général fort simples, diffèrent cependant suivant leur destination. Ce sont des cylindres à pression, lorsqu'il s'agit du dégraissage des étoffes de laine, des clapots de tous systèmes pour les cotonnades, et des machines spéciales pour le traitement des fils en éche veaux. M. Tulpin aîné, de Rouen, l'un des constructeurs qui s'est occupé avec le plus de succès de ce genre de machines, en avait plusieurs à l'Exposition qui ont été fort remarquées. On voit qAe cet industriel s'est parfaitement pénétré de toutes les conditions à remplir dans ces sortes d'opérations. Nous aurons d'ailleurs à revenir plus loin sur certaines machines exposées par le même constructeur.

Quant aux appareils à dégraisser surtout les lainages, ils n'ont rien offert de particulier. Ils conservent avec raison leur disposition bien connue. Les opérations auxquelles ils servent sont néanmoins plus ou moins délicates, suivant que les impuretés dont le tissu est souillé s'y trouvent combinées naturellement par suite de Tétat de la matière première, comme dans les cotonnades, la toilerie et les soieries écrues, ou accidentellement, comme dans les tissus de laine oîi le fil est imprégné d'un liquide gras. Le blanchiment et le décreusage des toiles, cotonnades et soieries constituent des spécialités qui rentrent dans le domaine de la chimie.' Le dégraissage des draperies et répentissage pour l'extraction des corps étrangers sont des opérations plus mécaniques que chimiques. Les machines à épentir, distinguées déjà en 1855, se sont répandues depuis lors au grand profit de Tindustrie ; le type perfectionné de ces appareils figurait dans l'exposition de MM. Schneider, Legrand, Martinot et C% de Seidan. Les procédés de dégraissage se sont également améliorés avec la propagation de Fensimage à l'oléine.

§ SS. -« Maehliies ft apprêter les tissas unis.

La section étrangère renfermait deux calandres parfaitement exécutées et d'une grande puissance. La dispositioi^ et le nombre des rouleaux, les uns métalliques, les autres en papier; varient en raison de leur destination et suivant que la machine doit lisser, étendre et régulariser les surfaces à finir et lustrer. Dans ce dernier cas, le nombre des organes et là pression augmentent, et les cylindres reçoivent parfois, outre le mouvement de. rotation autour de l'axe, un mouvement de va-et-vient dans le sens latéral. Tous les détails de ces engins sont établis avec une grande précision et permettent de les centrer facilement à mesure que les parties frottantes s'usent.

302 LIVRE II. Dy MàTliAlilL.

Dans la section française figuraient un^ machine h élargir et sécher les cotonnades et une machine à polir les soieries unies. La première, construite par M. E. Lacroix, de Rouen, se compose de deux séries de pinces réunies les unes aux autres par des chatnettes. Ces pinces solidaires glissent dans deux che* ipins en fonte parallèles dont Técartement est variable"" suivant la largeur des pièces, et s'ouvrent et se ferment automatiquement pour saisir Tétoffe et la tendre pendant son passage sur la mfichine. Celle-ci, munie d'un appareil séchepr à air chaud ou h vapeur, et servie par deux personnes, apprête de 600 à 700 mètres de cotonnade par heure,

§ S4. -*- Maehine A apprête» et ft pMx les soieries aiiies.

Dans le travail à la main des étoffes unies en soie, le tisse** rand passe en général le polissoir, un outil en os ou en ivoire sur le tissu à mesure qu'il est exécuté. Dans le tissage automatique, l'application d'un apprêt de ce genre n'est plus possible. On perdrait plus de temps à procéder de cette façon qu'on n'en gagne par l'accélération du travail au métier mécanique. M. Sallier a exposé une machine de son Invention dans le but de polir automatiquement toute la pièce lorsqu'elle est descendue du métier.

La machine de M. Sallier est représentée planche XXVI. La figure 1 est une coupe verticale de la machine dans le sens de la largeur, faite perpendiculairement à l'arbre moteur transversal de la machine. La figure 2 donne une élévation du côté opposé à celui des poulies motrices, et la figure 3 est en plan horizontal des figures précédentes.

Principe àe^la machine. —Des lames métalliques PP'P* montées sur des pièces rigides sont destinées à remplir les fonctions de polissoirs. Elles sont disposées à cet effet de la manière suivante : une seule de ces lames, celle du milieu de la ma-

chine, est droite, c'^st-à-dire perpendiculaire à la barri) transversale dans laquelle elles sont toutes fixées, tandis que les autres lames sont inclinées, celle d'un côté, de droite à gauche, et celle de Tautre dans la direction opposée, de gauche h, droite. C'est sur un ou deux systèmes semblables PjP'P", animes d'un mojivement particulier oscillatoire de translation latérale et de va-et-vient, que Tétoffe tendue convenablement passe pour se polir. Voici, d'ailleurs, la description d^s moyens qui impriment le mouvement des polissoirs, la tension au tissu, et qui le font cheminer régulièrement.

L'étoffe placée sur l'ensouple T se déroule sous une certaine tension à laquelle contribue le contre-poids A;, dans la direction de la flèche en passant embarrée sous les rouleaux tendeurs r, r, dont la position peut changer en manœuvrant une crémaillère agissant sur les pignons ce. On peut ainsi tendre plus pu moins la pièce. Et, comme les cordons ou lisières sont toujours plu3 fortes que le corps du tissu, on est obligé d'agir plui énergiquement sur ces parties des bords pour obtenir une action uniforme sur la pièce ; les galets D, D, d'une forme particulière, sont disposés, h cet effet, de chaque côté de la machine, et n'opèrent que sur les lisières. Ces espèces de cames D, D, pour déterminer l'étirage des cordons^ sont fixées sur une pièce placée dans une glissière G, Cette pièce peut se manœuvrer par l'arbre x et des transmissions 7^ placées à l'extrémité opposée de la manivelle à la main B.;dd, sont des baguettes en verre entre lesquelles passent les cames D. Une fois la pièce déroulée, il s'agit de la faire cheminer,. ainsi que les organes qui la doivent apprêter.

Transmission générale. — Le point de départ des divers mouvements est pris sur l'arbre moteur A, portant une poulie motrice dans laquelle on fait entrer un manchon d'embrayage B, lorsqu'on veut faire marcher, et on désembraye le manchon pour arrêter la machine.

Mouvements des polissoirs. — Les polissoîrs sont doués sfanultanément de trois genres de mouvements : 1* un mouvement de va-et-vient oscillant dans le sens de la marche, c'est-àdire dans la direction de la longueur de Tétoffe ; 2** un mouvement alternatif de va-et-vient de droite à gauche; 3** un mouvement semblable, mais opposé dans sa direction. Ces mouvements sont imprimés : le premier, par la manivelle M et sa bielle placées sur Tarbre A, et les deux autres par des excentriques e e, disposés également sur le même arbre, et dont les courbures des cames sont dirigées en sens opposés. Ces cames, présentées en détail (fig. 4), agissent sur les galets g fixés à la partie inférieure de la pièce N des polissoirs P P' P'^. La figure 3 montre en plan des pièces en fonte inclinées ii fi^ ^ qui servent de guide au mouvement des polissoirs, les galets-guides. Les flèches J, 2, 3 et 4 (fig. 3) indiquent d'ailleurs bien ej^actement les mouvements des polissoirs.

Commande du tissu. — Elle a lieu par la paire de roues d'angle c, c' placée Tune sur Varbrede transmission A, et l'autre sur l'arbre d'un cône vertical E portant une courroie allant de ce cône sur celui E' de l'arbre H', qui commande la transmission conique n n' ; cette dernière roue donne l'impulsion à l'arbre de l'ensouple S du tissu.

La commande des lisières est également prise sur cet arbre H mû par le cône E. Une roue conique, y placée sur l'arbre H, engrène avec un pignon y' càllé sur l'arbre y'^ de la transmission des excentriques tendeurs DD. Il suffit, par conséquent, de mettre l'arbre A en mouvement par l'embrayage du manchon B, pour que toutes les parties qui viennent d'être décrites fonctionnent dans les conditions convenables.

. MÉTIERS'AIMAILLES.M .^SOS'"^

§ 35. ~ Apiiareils à j^riller ou à flamber les tissus.

\ Le flambage constitue parfois une opération préparatoire des apprêts pour épurer complètement . l'étoffe en coton*, en laine, etc., avant de la soumettre à l'impression, et tantôt* cette action est pratiquée simultanément avec le tondage, ■> pour terr miner l'article. C'est le cas des tissus peluches gaufrés unis ou à dessins, etc. Dans tous les cas, le flambage a pour„but,de.débarrasser les produits du duvet fin formé par des fibrilles qui ne peuvent être atteintes par aucun des autres moyens ^dqnt l'art de l'apprêteur dispose. La pratique du flambage est déjà; ancienne ; nous avons décrit, dans nos précédents, ouvrages," plusieurs modes en usage à cet effet. Us consistent dans l'emploi de plaques ou de rouleaux en fer chauffés,* sur lesquels'la, pièce à traiter est passée, ou dans l'usage d'une :flamme,ob-l tenue par une lampe à alcool, ou enfin. par le passage du pro-j duit au-dessus d'un jet de gaz allumé. De ces trois moyens,Vla' pratique n'a conservé que le premier et le dernier: Elle a^re^ connu des inconvénients graves dans l'usage de- la.. lampe.>à" alcool. Celui du gaz hydrogène s'est vu jusqu'à ces derniers, temps souvent préférer le fer chaud. Nous avons indiqué ;ail-^ leurs les divers cas où l'un ou l'autre des systèines était plus particulièrement employé ; depuis quelques années* cepehdant,' depuis qu'on a eu l'idée de produire une flamme plus intense et plus pure que celle obtenuepar la combustion de. l'hydrogène pur en y mélangeant l'air atmosphérique, on est arrivé à des effets bien plus parfaits. Les reproches qu'on a fait à. l'ancien système de flambage au gaz de noircir les tissus teints ou impri-; mes en nuances délicates, et môme de les altérer dans leur cônstitution et leur solidité, n'ont plus déraison d'être. Là flamme du gaz, intelligemment appliquée, débarrasse les étoffes. unies

AhCAVi,-^ Arts textiles^ 20

306 UyR£ 11. DU HAI-ÉRIEL.

avec une grande perfection des moindres traces de du\et ; elle fouille dans toutes les parties façonnées d'un tissu velouté; elle atteint, par conséquent, les points les plus délicats qui ne pourraient être touchés par aucun autre moyen ; l'emploi du fer chaud est surtout impossible et inefficace dans ce dernier cas. Quant au prix de revient de l'opération, l'usage du gaz, avec les appareils nouveaux, est, en général, plus économique que celui des autres systèmes en présence.

§ SA. — Maehitte A double eflèt A flamber» par H. Tnlpln aîné.

Au nombre deè appareils les plus perfectionnés de ce genre, il est juste de citer celui exposé par M. Tulpin aîné, de Rouen. La combinaison ingénieuse de cette machine démontre de la part du constructeur une connaissance approfondie des besoins de l'industrie. Aussi l'appareil h griller de son invention est-il fort apprécié et très-répandu dans la pratique. Il est, en effet, appliqué aux tissus de coton écrus, blanchis ou imprimés de l'Alsace ; aux rouenneries façonnées, aux étoffes mélangées de Paris, Roubàix et Sainte-Marie; aux lainages ras de Reims aussi bien qu'à certains articles de Lyon. Il est combiné de façon à pouvoir traiter le tissu un plus ou moins grand nombre de fois à l'endroit et à l'envers, et d'atteindre le but aussi économiquement que possible. Nous donnons la disposition, d'ailleurs fort simple, de la machine qui a figuré à l'Exposition (Planche XXVII, fig. 1 et 2). Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties dans les deux figures. Les flèches donnent la direction de l'étoflfe à traiter. On voit qu'il y a différentes manières pour la passer à partir de son point de départ du côté de la traverse d'embarrage D.

Voici, d'ailleurs, la légende de l'ensemble fort simple de l'appareil.

A A' A", bâtis de la machine ;

ad nd^ entretoises en fonte reliant les deux côtés dé bâtis de la machine ;

BB, rouleaux d'appel faisant soixante évolutions par minute, développant 2 800 métrés. ;

GOGQGGGG, rouleaux-guides des tissus;

D, barre d'embarrage à l'entrée de la machine ;

EËEË, rouleaux de détour en fer ayant pour mission de pincer les flammes ;

FF, hottes recouvrant les flammes, disposées pour recevoir les produits de la combustion ;

G, tuyau d'évacuation des résultes de la combustion réunissant les hottes au grand ventilateur;

H, grand ventilateur ;

A, petit ventilateur pour envoyer l'air atmosphérique dans le tuyau où arrive le gaz, pour le mélanger avant la combustion ;

1 1, supports des hottes ;

J J, tuyaux généraux des gaz ;

jjy traverse en fonte supportant ces tuyaux ;

K KK K, tuyaux brûleurs partiels ;

L L, guides des traverses supportant les tuyaux généraux ;

MM, leviers à contre-poids servant à équilibrer le poids de l'appareil brûleur ;

mm, arbre sur lequel sont fixés ces leviers ;

NN, bagues d'arrêt auxquelles s'attachent les chaînes de suspension;

0, tournette d'appel des tissus ;

PP-P, poulies plates, et une à gorge, commandant le rou- ^ leau d'appel et la tournette ;

R R, supports des rouleaux-guides ;

T, cheminée d'appel.

Le constructeur a songé à disposer son appareil de manière à pouvoir régler le passage du tissu par rapport à la position

de la flamme la plus intense et la plus «efficace. Â cet effet, les galets métalliques mobiles E E sont établis dans des coussinets, munis de vis de rappel, qui permettent de les rapprocher plus ou moins en raison de l'épaisseur du, tissu à traiter. Ces écartements sont, en général, très-petits ; ils varient de 2 à 4 millimètres.

Comme les figures 1 et 2 sont à une échelle un peu petite, nous donnons, dans la figure 3, un détail indiquant la marche de la pièce lorsqu'on la grille deux fois d'un même côté. La figure 4 montre la disposition pour quatre flambages sur la même surface.

Quant au mouvement de la machine, à sa vitesse, nous avons indiqué précédemment une moyenne ; mais il est évident qiie le développement dans l'unité de temps doit être expérimenté-dans chaque cas particulier. •

La machine est également disposée pour que l'étoffe * à la sortie, après le grillage, puisse être passée dans l'eau, pour éviter les accidents de combustion qui pourraient avoir lieu si la pièce n'avait été rafraîchie de cette façon, ou par tout autre moyen analogue ou équivalent dans ses résultats.

§ s V. — Machine à tondre et ft flamber les étoffes simultanément^

par H. Charnelet.

Un des anciens et des plus habiles apprêteurs de Paris, .M. Charnelet, qui traite aussi bien les articles ras, unis, que les produits veloutés, les cotonnades, les lainages, les soieries, etc., a eu l'idée de combiner sur le même appareil l'action du tondage et du gazage. Il a fait figurer une machine de ce genre à l'Exposition. Le tissu apprêté passe, comme à l'ordinaire, sur les becs à gaz mélangé d*air. De là, il se rend sur une brosse circulaire chargée de relever le duvet de la surface pour en faciliter le tondage pratiqué au moyen du

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