PREMIÈRES FILAMENTEUSES
§ t. — Du coton.
Les événements récents qui ont modifié la production du coton dans sa principale source et les perturbations industrielles bien connues qui en ont été la conséquence ont fixé
l'attention d'une manière toute particulière sur les divers points qui intéressent cette précieuse njatière textile. L'intérêt et l'humanité firent explorer tous les points du globe, pour trouver des éléments susceptibles d'atténuer au moins les désastres du moment causés par la pénurie du coton et pour garantir l'avenir contre le retour des embarras calamiteux du passé.
Est-il nécessaire de rappeler qu'en moins de deux ans, de 1861 à' 1862^ l'alimentation des usines à coton de l'Europe avait été réduite de plus de moitié? Les arrivages, qui na« guère allaient atteindre un milliard de kilogrammes par an, avaient diminué de plus de 60 pour 100 pendant que les prix avaient quadruplé. Près d'un demi-million d'hommes, en Angleterre seulement, qui n'avaient pas d'autre moyen d'existence, se virent aussitôt sans autre ressource que la commisération publique, profondément touchée, il faut le rappeler, d'un sort aussi immérité que courageusement accepté. Les efforts généraux pour remédier à la situation ont été tels, qu'ils ont ramené les choses vers leur état normal en quelques années. L'alimentation ajctuelle de l'industrie occidentale en coton est presque ce qu'elle était en 1860. Et c'est bien plus au développement de la culture du cotonnier, dans des contrées sans importance relative avant la crise, qu'au retour de la paix en Amérique que le nouvel état de choses est dû.
Les chiffres du tableau suivant vont le démontrer :
Origines et quantités de coton consommé en Europe avant la guerre d'Amérique (i860}.
Etats-Unis en chiffres ronds 800,000^000 kilogrammes.
Indes anglaises 92,000,000 —
Egypte 28,000,000 —
Amérique centrale 10,000,000 —
Diverses autres contrées 6,000,000 —
936,000,000 kilogrammes.
RENSEIGNRMBNTS iSTATIbTIQUfiS. 319
Origines et quanlités de coton consommé en Europe en 1866.
Etats-Unis d'Amérique 31 0^000^000 kilogrammes.
Indes anglaises 270,000,000 —
Egypte 1 00,000. 000 —
Brésil 36,000,000 --
Contrées méditerranéennes, Alep,Smyrne,
Salanique et Italie 35,000,000 —
Chine, Japon et Cochinchine 8,000,000 —
Colonies françaises : le Sénégall, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la
Réunion et Taïti, ensemble 600,000 —
Algérie 900,000 —
Les Etats de TEquateur 1 0,000,000 —
Diverses autres contrées 10,000,000 * —
Ensemble .... 780,000,000 kilogramm.^.
Ainsi, pendant que les envois des Etats-Unis pour l'Europe décroissaient, ceux des Indes anglaises, de TEgypte et des autres contrées susmentionnées augmentaient avec une' rapidité d'autant plus remarquable, que certaines d'entre elles étaient à peine connues où avaient perdu toute importance sous le rapport de la production cotonnière. L'Italie, Malte, la Perse, l'Amérique centrale, le Brésil, les républiques de l'Equateur, la Chine et le Japon sont plus ou moins dans ce cas. Au point
^ Cette production insignifiante en apparence de l'Algérie a néanmoins une certaine importance, eu égard au coton qu*elle fournit ; c'est la qualité longue soie qui devient de plus en plus rare. L^Algérie est arrivée à livrer environ 5 à 6 pour 400 de la consommation française dans les cotons fins.
* On donne ordinairement les quantités de coton par balles; mais comme leur poids peut varier du simple au triple suivant leur provenance, nous avons préféré les convertir en kilogrammes. Ch grand écart entre les poids des balles tient à la plus ou moins grande facilité des voies de transport, à |
Texpérience et à Thabileté dans le travail de remballage. Les balles du Brésil ne dépassent guère 80 kilogrammes ; celles des Indes 72 kilogrammes ; en Egypte, elles atteignent au moins 220 kilogrammes ; aux Etats- Unis, près de 230 kilogrammes.
de vue delà production intérieure, on peut signaler l'Empire ottoman dont la culture languissante s'est relevée, dans ces dernières années, au point de voir sa production annuelle atteindre près de 96 millions de kilogrànimes. Jj'Italie, dont on ne s'occupait pas sous ce rapport, accuse, comme un commencement de développement, une production d'environ 8 millions de kilogrammes, dans ' la Galabre , la Sicile. et la Sardaigne. C'est peu encore ; mais l'impulsion est toute récente. L'île de Malte a déjà atteint une . production de . 3 ' millions de kilogrammes. Les envois de l'extrême Orient sont surtout remarquables. Ces contrées, auxquelles Tlnde fournissait naguère du coton, ont des facultés productrices telles, que les quantités qu'elles envoient, dès à présent, sont assez sérieuses pour indiquer qu'elles prendront désormais leur part dans l'approvisionnement des manufactures de l'Occident. Le Brésil, si admirablement placé pour produire les. principales belles espèces, s'est surtout fait remarquer dans le mouvement agricole du cotonnier de ces dernières années. Ses planteurs ont saisi avec empressement une. occasion favorable pour substituer la culture du cotonnier,, que les événements venaient" de rendre fructueuse, à celle de la canne, qui n'était plus rémunératrice. De là cet accroissement remarquable dans les, quantités fournies par cette contrée.
A côté de ces pays^ dont le concours est venu si puissamment contribuer à neutraliser les effets de la crise américaine, viennent s'en ranger d'autres pour l'avenir, qtfi offriront des ressources probablement plus puissantes encore. Les commencements d'expériences, faites en Australie, prouvent, en efifet,
l'excellence des conditions climatériques sous ce rapport. Viennent une population et des capitaux suffisants, qui ne sauraient faire défaut, et l'Australie pourra un jour arriver, pour Talimentation de nos fabriques de cotonnades, à ce qu'elle est déjà pour nos manufactures de lainages. - ^ .
Les phases si diverses par lesquelles la production du coton a passé en moins de sept ans deviennent très-saillantes paf les fluctuations de prix qui y correspondent. Nous en donnons les moyennes dans le tableau suivant :
§ s.— Variations des prix du eoton de tSIMI h iSIIV i.
lS701e
kilogramme.
Prix du m : 2',80.
Dernier cours. 1867. .. .
Prix du fil : 3',20.
Ainsi, sous le rapport du prix, comme sous celui des quantités, l'industrie cotonnière est presque revenue à son état normal. L'importance de son matériel actuel, généralement en fonction, peut se calculer d'après le nombre de broches monté dans chaque contrée; il est indiqué dans le tableau suivant :
§ s. ~ Nombre de broelies filant le eolon.
En Angleterre 34,000,000
Aux Etats-Unis 8,000,000
France 6,800,000 •
Zollverein 2,000,000
Autriche 1,600,000
Russie 1,600,000
Espagne ., .' 1,200,000
Suisse 1,200,000
Belgique 600,000
Italie 400,000
Divers autres pays • . 2,000,000
* Nous avons pris pour type le coton Louisiane de bonne qualité. Tune des plus estimées dans les cotons courants. Les cotons de Tlnde valent, en moyenne, moitié moins.
* La filature du coton est répartie en France de la manière sui-
ALCAN. «^ Arts textiles, 21
382 MVHP n. DP W4Tî5Rîl?If.
Ui^ supposant ca nombrp de broches ^u^fsi bien établi que ppssible, fonctionnant cQviHipment sans chômage et filant des nunjéros moyens de 30 h 40, la production anijuplle, par broche, peut être évaluée 4^6 l^^lPS^Wro^s• Le matériel das filatures ci-dessus transformerait, par conséquent, une quantité dQ 58 830000 Xi§~94i 600 OQP kilogrammes. Si on en soustrait les 8 millions de broches des Etats-Dnis, il reste une consommation de 813 millions de kilogrammes de fils produit par an en Europe, présentant un dixième en sus, ou 894 millions de coton brut, c'est-à-dire à peu près les quantités consommées avant la crise. La production moyenne des 6 800 Oûû broches comptées en France sarait, d'après les éléments ci -dessus, 6 800 000 X 16 =108 000 000 de kilogrammes, rppréseptant en moyenne 1188O0Q0O de coton en laine. Or, voipi, d'après Ips états officiels, les quantités de cotoq importée^ d^p^is iSPO jqsqu'en'l867*:
Cotofk t?aro4tit| en fra^cf.
LiinéM.
Quantités
en
kilogrammes.
Valeur
d*apièi l'estimation
douanière.
20a,ÛOQ,O0Q francs.
Remarque sur le tableau. — Si leâ quantités portées dans ce
vante : 3 200 000 broches dans les départements de TOuest ; 2 400 000 dans ceux de TEst ; 1 200 000 dans ceux du Nord.
Les plus gros numéros sont plus particulièrement filés dans la première de ces régions. Une partie de TEst, les Vosges, produit principalement des titres moyens. C'est dans FAlsace et le Nord qu'il y a le plus d'établissements produisant les fils fins.
RENSei6KCM9C9<TS STATISTIQUES. 323
Ubleau avaient été calculées sur les bases de^ cours donnés précédemment comme moyenne des pri}^, les valeurs Be seraient élevées h peu près d'un quart ; mais il faut se rapp^r que les prix se rapportent h des cotons des Ëtatt^-Unis, c'est- Mire à une faible partie seulement de rimportation, La masse des eotons, h partir de la crise, venait, on le sait, des Indes et d'autres contrées, où ils ont une valeur moindre, comme nous l'avons déj^ fait remarquer* Quoi qu'il en soit, le tableau fait ressortir l'étendue des perturbations subies par cette indus? trie. En deux ans, de 1860 à 1863, les quantités diminuent du tiers environ et le prix a presque doublé. Trois ans après, en 1863, le déficit n'est plus que d'un tiers, et Técart de prix reste un peu plus élevé encore.
En 1866, les poids sont revenus, quant à la matière brute, à ce qu'ils étaient avant la crise ; mais ceux des produits étaient moindres, attendu que les cotons actuellement transformés donnent plus de déchets que ceux de l'Amérique. On peut prévoir une perte moyenne de 1S à 18 pour 100, soit 18. Les 130 millions ne représentent, par Conséquent, que 98 mil* lions de kilogrammes de fils, tandis que les 133 millions de matières premières des Etats-Unis n'occasionnaient qu'un déchet de 10 pour iOO en 18S9, et donnaient donc 111 mil<« lions de kilogrammes de produits. Quant aux prix, l'écart était encore considérable, puisqu'il atteignait près du double de celui d'avant la crise ; il avait cependant notablement diminué et faisait pressentir la décroissance du cours moyen , in-diqué précédemment pour 1867.
Pendant la période comprise entre l'année 1860 et 1868, l'industrie cotonnière anglaise, beaucoup plus importante que la nôtre, fi été naturellement plus éprouvée. Les chiffres relatifs aux deux années dont nous venons de parler donneront une idée de cette situation chez nos voisins.
Le Royaume-Uni a consommé en coton dans ses manu*
factures, en 1860 , 443 millions de kilogrammes, valant 619 359820 francs; en 1863,300 millions de kilogrammes, s'élevant à 1 179 928 237 francs ; c'est-à-dire que, tout en employant plus du triple de la consommation de la France, dans ses années les plus prospères sous ce rapport, le Royaume- Uni avait encore un écart de plus d'un tiers, représentant un poids plus considérable que celui de la totalité transformée en France dans l'année où la filature s'était le plus développée. Quant aux prix, ils étaient à peu près les mêmes pour les diverses contrées manufacturières, si Ton prend les cours officiels pour élément de. comparaison.
Si, pour 1868, tout indique un retour vers un état plus normal quant aux quantités et aux prix, permettant d'espérer, dans un avenir plus ou moins prochain, un nouveau développement de l'industrie cotonnière, il n'est pas facile à l'heure qu'il est de dire quelles seront les contrées productrices qui profiteront le plus de la reprise. Les pays nouveaux resteront-ils en position de fournir le coton à des taux correspondants aux anciens prix ? Les Etats-Unis, au contraire, seront-ils encore une fois en état d'écraser leurs rivaux?
Ce sont là des questions dont la discussion nous entraînerait sur un terrain qui ne serait plus celui que nous nous sommes proposé de parcourir. Il est d'ailleurs douteux que la réponse à ces questions puisse être faite avec précision en ce moment, même parles gens les plus compétents en pareille matière. Cependant il est permis de supposer que les désastres causés par la crise américaine serviront désormais d'avertissement et auront pour résultat un développement favorable dans des contrées auxquelles il fallait un stimulant pour sortir de l'état d'infériorité oîi la force des choses les avaient amenés. Espérons aussi que l'Australie, dont le sol et le climat paraissent si propres à la culture cotonnière, trouvera moyen, dans un temps plus ou moins rapproché, d'ajouter un nouveau fleuron à là couronne que lui
a valu son activité commerciale, et sa situation climatérique privilégiée.
§ 4. — Du ehuBTre» da Ifai et du Jate.
Quoique ces deux importantes matières premières soient d'origine exotique, Ijst première nous venant de l'Asie, et la seconde ayant été cultivée et transformée il y a des milliers d'années en Egypte, presque tous les chanvres et les lins consommés aujourd'hui dans les manufactures de l'Occident sont produits sur les territoires de l'Europe. Les quantités venant du dehors ont moins d'importance encore que celle du coton récoltée en Europe. Presque tous les pays agricoles cultivent lé chanvre et le lin ; mais les plus importants sous ce rapport sont : la Russie, la France et l'Algérie, la Belgique, l'Irlande, l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas, etc. Au point de vue de l'approvisionnement, l'industrie linière et chanvrière de nos contrées se trouve, par conséquent, dans une condition toute différente de celle du coton ; cette circonstance d'avoir en quelque sorte à sa j)orte et sur son propre sol les matières qu'il faut aller chercher au loin dans d'autres cas, n'a cependant pas eu l'influence sur le développement industriel qu'on pourrait supposer à priori. Les principaux chiffres concernant ces industries vont venir à l'appui de cette considération. Faisons remarquer au préalable la différence de facilité pour établir la statistique exacte de l'approvisionnement des industries cotonnière, chanvrière et linière ; elle est toute en faveur de la première. Les documents douaniers donnent, pour le coton, des quantités aussi exactes que possible, dont on n'a plus qu'à estimer le déchet moyen, peu variable, avec une précision assez exacte pour pouvoir déterminer les rendements en produits. Pour le chanvre et le lin, il faut s'en rapporter souvent à des données incomplètes sur l'étendue de la culture de chaque contrée et supputer ensuite
326 urkË ii. Dt matérikl.
les rendements en tigesi et en filasses, qui peuvent varîef avec le sol, les années, les soins apportés à la culture, et la perfection des moyens appliqués aux traitements pour transformera matière brute ëd substatiCe fllablë. Ce rt*est ddhc que par approximation et en contrôlant les uns par les autres les rendements probables de ces plantes et ceux suivant leur état et le matériel employé à leur tratisformation, qu'on peut espérer arriver à se rendre compte de Timportatice relative des industries du chanvre et du litt dans les diverses contrées. C'est en effet en mettant à contribution les documents des différents pays manufacturiers que nous sommds arrivé aux chiffrés suivants.
On y remarquera les différences cotisidérables qui existent entre la quantité de chanvre et de lin produite en Europe et celle consommée par les filatures mécaniques. Celles-ci, malgré leur développement, ne transforment encore qu'une fraction de la nlatière récoltée.
Production du chanvre et du lin danê lei principales c&Mrêei d'Europe.
Filasses Filasses
Pays. de lin de chanvre
en kilogramAies. en kilogrammes.
Russie . . , i 9î,om/m \ 25|000,000
Grande-Bretagne. 53^000,000
France ......... 40,000,000 65,000,000
Autriche 61,000,000 67,000,000
Italie \ 3,800,000 65,^00,000
Belgique i 8,000,000 200,000 *
Prusse 25,000,000
Hollande 20,000,000
rfi.fc
* Cette quantité dé 421 500 000 kilogramtîies de filasse de Un peut être évaluée, en moyenne, à 1 fr. 90 c, et représente, par conséquent, une ôomrae de 781 850 000 francs.
* Si on estime la filasse de chanvre, en moyenne, à 93 centimes, les 342 700 000 kilogrammes repréSentetoiït une valeur de 316 851 000 francs.
La production totale en chanvre et lin représente, par conséquenti tine valeur âe 1098701 francs, en Eui'ope.; G'ë§t le lih surtout qui est employé 8 tsàtë dëè fils pdiir la fabrication des tissus. Le chanvre est, en grande partie, destiné au service de la marine à la fabrication des cordages de toute sorte ) une certaine quantité seUletHent est appliquée à la toilerie et à Isl transformation des fils à la main. En Angleteri'e, le nomtrë de broches mécaniques pour le chanvre est insignifiant : moins de trois mille dans les quinze cent mille comptés pour la Grande-Bretagne, tandis que t)ourle jute leur nombre atteint pr§s de centnjille. C'est peut-être en France où la quantité de chanvre filée pour la. confection des toiles est la plus importante, et cependant elle n'est qu'une fraction du lin utilisé au même emploi. Il est malheureusement difficile de donner les proportions exactes, surtout depuis que des améliorations dans les préparations facilitent les transformations automatiques du chanvre et permettent d'en faire de bons fils de trame pour une certaine catégorie de toile, et, entre autres, pour les gros articles ùtilises pour des sacs, des bâches, de la toile à voiles, etc. Aux ctànvre et lin produits eh Europe il faut ajouter une quantité importante déjà de jute venant de l'Inde, transformé par l'ontillage consacré au chanvre et au Un, a ce pomt qu'en France cette matière est filée dans les mêmes usines. En Angleterre, surtout à bundee, en Ecosse, l'importance de ce travail, signalée plus haut, lui a valu des usines spéciales considérables. Voici, d'ailleurs, la statistique du nombre de broches établies en Europe, d'après des renseignements divers aussi exacts que possible.
§ S. — Nombre de breehes pour la lllatare du lia » da ehanvre
et du ivte en Earope.
Royaume-Uni d'Angleterre i , 500,000 *
France 700,000
Autriche 326,000
Prusse * 175,000
Belgique • i 95,000
Russie 100,000
Saxe. . ' 21,000
Bavière 8,000
Wurtemberg 4,000
Divers autres pays 10,000
Ensemble 3,039,000
Pour arriver U déterminer exactement la consommation de filasse par ce nombre de broches, il faudrait la déterminer par le genre de fils produits ; le poids fabriqué étant en raison inverse des finesses, on ne peut donc raisonner que sur des approximations. En admettant le numéro 30, titrage de lin, comme représentant la moyenne des numéros, et la production généralement admise de cinq paquets par an et par broche pour ce numéro, on arrive à un rendement de 18 X S = 90 kilogrammes de fil par broche et par an, représentant, avec le déchet d'un cinquième environ, une consommation de 102 kilogrammes, et pour la totalité des broches 102 X 3 039 000 = 309 978 000 kilogrammes, soit, en nombre rond, 310000000 de kilogrammes. Or, nous avons trouvé une production de 411 SOO 000 kilogrammes de filasse de lin, à laquelle il faut ajouter 72 OOffOOO de kilogrammes de jute importés en Europe, ce qui donne un total de 483500 000 kilogrammes; c'est-à-dire déjà un excédant de 173500000 kilogrammes en lin et jute, sur les quantités transformées automatiquement.
* Sur ce nombre, il y a environ 100000 broches pour le jute, et 3000 pour le chanvre.
Si, à ces poids, on ajoute seulement la moitié du chanvre récollé, soit 170350000 kilogrammes destinés au filage, on arrive à un excédant de 343 830 000 kilogrammes, c'est-à-dire que les quantités encore ^lées à la main en Europe dépasseraient de près de 34 000 000 kilogrammes celle consommée dans les filatures automatiques.
Cette prépondérance du travail à la main sur celui des machines, dans cette spécialité, pouvant paraître exagérée, il est nécessaire d'indiquer quelques chiffres par lesquels on peut arriver à justifier son exactitude. Il est à faire remarquer à priori que le nombre des fileuses à la main reste considérable dans certaines contrées qui produisent le plus de lin, comme la Russie, TAutriche, l'Allemagne, l'Italie, etc. En Russie seulement, on compte encore une population de trois millions de femmes qui filent le lin au rouet, et environ cinq cent mille individus sont occupés au travail à la main du chanvre.
Quoique la Russie exporte pour une valeur de 136 millions de kilogrammes de chanvre et de lin, il lui en reste encore près de 200 millions de kilogrammes pour sa propre consommation, sur lesquels les neuf dixièmes au moins sont transformés à la main. Si partout ailleurs en Europe la proportion du travail des fileuses est moins dominante, elle y conserve cependant une place plus ou moins importante. C'est la seule substance filamenteuse • qui soit restée dans ce cas et pour laquelle le travail manuel peut lutter, dans une une certaine mesure, avec la filature automatique. Nous disons, dans une certaine mesure, car cette lutte n'est possible qu'à la condition que les fileuses soient réduites à un salaire de 20 à 25 centimes par jour. C'est là le gain que retirent actuellement de leur labeur . les nombreuses fileuses au rouet de la Russie. Elles ne sont pas mieux partagées dans la plupart des autres contrées oîi elles travaillent à la tâche, ou plutôt où elles sont payées en
330 LIVRE II. Dû MATÉRIEL.
ràisoti du poids et de la finesse des fils produits. Cette situation itidustrieUè est évidemnient anormale. Un prdgrès datis Id directîtttl sur laquelle ttdUsi ôTdns Insisté déjà (chàp. 1, p. 582) ne saurait mart(|uer d'amener, plus oU moins procbainenient, la filature du chantre et du lin dans les conditidns aUtotnatiques des autres substances en général. Bt aldtS il deviendra plus impoHaht que janiaiS de déveldpper \A dulture de ce textile, d'aviser ail riioj^eU d'utiliser la filasse d'une partie encore considérable de tiges qui ne sont produites aujourd'hui que pour èh retirer la gi-aine. La production Indigène étant dès à présent insuffisante aux pays manufacturier^ tels que l'Angleterre et la FfÉlhcë, là première a été obligée de chercher au dehors poUt alimenter ses fabriques, dani* ces dernières années, 1867000 quintaux de lin, 913000 quintaux de chantre et 1 691 000 quintaux de jute, sdit ensemble plus de 223 980 000 kilogrammes. Pendant ce temps, la France impor-
tait du dehors à peu près 90 millions de kilogrammes, Sàtôir, en nombre^ ronds î jute, 17 millions de kilogrammes j lin, SO millions de kilogrammes, et chantre, 25 millions dé kilogrammes. Il est à Jhemaî'qUer que, sdUf quelques petites quatitltés de ehanvre et de lin tensllit de FÉgypte et dd Midi, le sim-plus fourni h l'Angleterre et à la France vient de ses Voisins î d^ la Russie, de l'ïtàliej des pÉl^s-Bas, de la Belgique, etc., qui chaque jour font également de nouveaux progrès dans le développement de la filature mécanique. Ces pays augmentant, pat- conséquent, constamment la consommation des produits de leur propre 'sol, fourniront d'autant moins au dehors, s'ils ne développent parallèlement les moyens indiqués {iirécédemment pouï* augmenter la production. La hausse récente des lîng, résultant en partie de là crise cotottnière, a démontré tout ce que cette qUestiotf de l'approvisionnement présente d'important. Aussi Une société d'industriels de la localité la plus întéress(ée et la plus împortèinte en Ffattce, sous ce Hp-
port, de Lille, se préoccupe-t-elle, avec beailcôup de liaison et d'autorité, des questions qui se rattachent à ce sujet. Uii joufnàl Unlef qui ie publie sous Son pattonage est Tuiie des feuilles les plus utiles et les plus rècommandables, pour toutes les personnes désirant slnitieî* aux points principaux concernant Je mouvement cominercîal des* matières premières et des produits en etanvre, lin et jute. Il en sera probablement uft jdUr relativement h ratiprovisioiinement de ces substances , comme de celui de* laines, dont nous allons examiner la situation par rapport à l'alimentation des manufactures européennes.
§ A. — Des f Mites.
Origines et quantités produites annuellement. — Les quantités de laines récoltées en Europe deviennent de plus en plus insuffisantes en présence du développement croissant de sa consommation. Nous avons déjà fait remarquer ailleurs l'état stationnaire de la production de cette matière première sur notre continent, en indiquanfles contrées nouvelles qui, en peu d'années^ sont devenues les plus importantes pourvoyeuses des manufactures de l'Occident *.
Le mouvement commercial, dans cette direction^ continue à s'accentuer en progressant d'une façon remarquable. Sur les cinq cents exposants environ qui ont envoyé des laines au concours du Champ de Mars , un grand nombre appartenaient aux pays les plus éloignés. Le maintien et la fermeté des cours de ces matières, malgré le développement des productions de Sources nouvelles, prouvent surabondamment l'élévation constante de la fabrication des lainages en Europe. L'Australie, le Gap, la république de l'Equateur et l'Inde anglaise
^ Voir le Traité du travail des laines.
ont pris, en peu d'années, pour le commerce des laines, la position qu'avaient les Etats-Unis d'Amérique pour le coton avant leur grande guerre, et celle occupée aujourd'hui par la Chine, le Japon et les Indes pour l'alimentation des soies. Les industries textiles, aussi bien par leurs produits que par leurs matières premières, sont ainsi devenues l'une des plus puissantes sources d'échange entre les points les plus éloignés du globe. Ce mouvement, loin d'avoir atteint sa limite, ne fait que commencer. Si la sagesse des peuples peut avoir une grande influence sur son développement, celui-ci réagit à son tour sur la civilisation et, par conséquent, sur la paix du monde. Qu'on nous pardonne cette digression incidente, qui s'est en quelque sorte produite spontanément en présence du rôle joué par l'un des animaux les plus modestes, les plus doux et les plus utiles de la création dans cette grande question des relations internationales. Les dépouilles du mouton ont une importance plus grande et surtout plus universelle encore que celles du cotonnier, dont la rareté a causé tant de perturbations dans ces dernières années. Démontrons cette importance en revenant à notre sujet.
§ V. — Production approximative des laines en i86G.
Les quantités de laines en poids peuvent se chiffrer approximativement par l'importance des bêtes ovines de chaque contrée ; on les évalue conformément aux nombres indiqués dans le tableau suivant :
Nombre de moutons.
France. 30,000,000
Algérie i 0,000,000
Russie 54,000,000
Angleterre 26,376,000
Autriche (Les diverses parties de T) 27,000^,000
À reporter i 47,376,000
^ Nombre des moatone.
Report U7,376,00a
Prusse, ZoUverein 24,000,000
Empire ottoman (Les diverses contrées
del') 32,000,000
Australie 35,000,000
Cap '. 12,000,000
Nouvelle-Zélande. 1 5,000,000
Equateur, laines dites de (a Plata 30,000,000
Espagne 20,000,000
Italie 8,500,000
Belgique 3,000,000
Pays-Bas. 1,500,000
Portugal. 2,417,000
Ensemble 330,783,000
Remarque sur les chiffres du tableau, — Si on compare le nombre actuel des bêtes ovines tel qu'il est indiqué au tableau précédent, aux chiffres donnés jusqu'ici concernant lé même sujet, il ne sera pas difficile de reconnaître que, pendant que rélève du mouton décroît ou reste stationnaire en Europe, il se développe d'une façon prodigieuse dans les nouvelles contrées au delà de l'Océan. Ainsi, par exemple, le nombre des bêtes à laines diminue en Angleterre, en Espagne, en France même, si on ne compte pas l'Algérie, et il reste à peu près stationnaire dans les diverses parties de l'Allemagne. Le développement suit au contraire une progression énorme au Cap, en Australie et surtout dans la Plata. En sept ans, de 1860 à 1867, la production s'est élevée à peu près de 108 pour 100 pour la première de ces contrées, de près de 100 pour 100 pour la seconde, et de 268 pour la troisième.
Poids total de la laine représenté par les 330 783 000 moutons du tableau précédent. — Ce poids, à l'état brut tel que le , fournit la toison, est évidemment variable avec la taille du mouton, son sexe, la longueur et le tassé des fibres. Les grandes races à longues laines, telles que celles d'Ecosse, par exemple,
334 livhï; m. du ifAT^Bipi.,
fournisgênt davantage en poids que les petits moutons mérinos à laines fines et vrillées. Les toisons des béliers sont plus lourdes que celles des brebis de même espèce. Les toisons fines pèsent moins que les communes, celle d'un bélier mérinos pèsers^ 4 kilogrammes, et celle de la brebis 2, d'autres donnent 9^ kilogrammes dans le premier cas, et 6 dans le second. On peut, par conséquent, constater des écarts de 2 à 9 kilogrammes dans le rendement du poids brut, c'est-à-dire de la laine chargée des corps étrangers qu'elle renferme à Tétat naturel et ayant tout lavage. Mais cette proportion de matière dont la laine doit être débarrassée avant sa transformation varie à soq tour suivant la nature des laines et en raison de la finesse de ses brins, dans des rapports de 20 à 80 et 86 pour 100 de son poids, c'est-à-dir^ que 100 kilogrammes extra-fine, après avoir été épurée, ne pèseront plus que 15 à 20 kilogrammes, tandis que si h laine est trèS'^commune, elle pourra rendre de 7B à 80 pour 100, Le rendement de la plus grande masse de matière employée dans la fabrication des lainages est de 38 à 40 pour lOO. Les laines d'Australie, par exemple, lavées à fond, entièrement épurées, par conséquent, perdent de 60 h 62 pour 100 de leur poids brut. Pour celles du Cap, on estime cette perte de 68^ 70 pour 100. Les laines fin^s et extra-fines d'Allemagne tombent davantage ejicore ; la massa des laines moyennes un peu moins*
Les mêmes espèces de laines, rangées en raison de leur finesse et de leur valeur actuelle, et, par conséquent^ de leur déchet, peuvent se classer de la manière suivante ;
Les laines de Saxe et dé 8ilésie, «
— de Hongrie et dô Bohême,
— de France,
— de Prusse et d'Autriche,
— de Russie, -— d'Australie,
RENSEIGNEMENTS STATISHQUES. 33g
Las laines des divers États allemands,
— d'Espagne,
— d'Italie,
— de Turquie et des États barbaresques.
Les laines longues, lisses et brillantes d'Apgleterre et des Pays-Bas doivent être classées h part.
Chacune de ces sortes de laines pffre des variétés et plusieurs catégories de finesses, dont les prix diffèrent nécessairement»
Le commerce les range en masse dans cinq rangs princip^vu^ comprenant : *
Les laines surfines, dont le kilogramme lavé
à fond vaut, en moyenne, actuellement. . VÀÎr. le kilogamma.
Les laines fines 10 -^
— intermédiaires 7 50 —
— ordinaires 4 dO -^
* — communes 3 50 — !.
L'estimation exacte et vraie est donc extrêmement difficile ^ établir d'une manière absolue. Elle dépend, eu effet, comme ow vient de le voir, du rapport du rendement brut et net en poids, dp h finesse ou de h valeur des tqisons.
La pratique est arrivée, par des supputations approximatives, à établir des résultats par à peu près. Elle admet comme moyenne du poids d'une toison I'^îSS lavée à dos, correspondant, par conséquent, en Is^ine lavée k fondi l^j83 — Û,3S = i^,20. Si ce calcul est exact, les 330 783 ÛÛÛ moutons livreraient donc annuellement à la consommation 330 783 000 X i ,20 = 396 939 600 kilogrammes.
Pour estimer leur valeur, il faut de nouveau se livrer h des considérations hypothétiques pour déterminer la moyenne des prix. En supposant que la masse se compose de cinq cinquième^ formés chacun d'un poids égal du prix indiqué ci-dessus, on arriverait à un chiffre moyen de 7 fr. 42 c par kilogramme, qui paraît être l'expression de la vérité aux yeux des praticiens.
La masse des laines produites et consommée par Tindustrie s'élèverait, par conséquent» à une valeur de 396 939 600 X 7,42 = 2 984 291 832 fr., c'est-à-dire j)rès de trois milliards^ auxquels il y a à ajouter la valeur des autres fibres animales, tels qu'alpaga, mohair, cachemire, et les quantités considérables de déchets qui, pour l'Angleterre seule, représentaient 36 000 000 kilogrammes dans ces dernières années. Les tableaux ci-après concernant les consommations par contrées manufacturières comprennent la transformation des matières de ces diverses provenances. On peut arriver à ces évaluations par l'importance de l'outillage de chaque pays ; le filage des laines ayant heu presque partout aux machines, il suffit de calculer la production par broche, et d'établir leur nombre par contrée. Mais cette production est extrêmement variable, le recensement du nombre de machines n'ayant lieu que de loin en loin, et à des époques différentes dans les divers pays où on s'en occupe, n'offre pas ' une base bien précise. Celle qui repose sur les poids de laine indiqués dans les documents des douanes est souvent peu claire, attendu que les bureaux enregistrent des poids déclarés, mais n'ont pas à se préoccuper de l'état de pureté de la matière. Et comme elle 'arrive rarement lavée à fond, il s'ensuivrait- que si on se bornait à l'indication de poids plus ou moins bruts, les données seraient peu nettes, et surtout peu comparables entre elles pour les diverses contrées. Les valeurs restent, par conséquent, les éléments les moins sujets à confusion. Les sommes dépensées pour des poids déterminés donnent plus exactement l'idée de l'importance et de la qualité moyenne de la matièrs mise en œuvre. Mais ces sommes n'étant pas publiées avec la même précision que les poids, et ceux-ci constituant des points de comparaison plus clairs pour constater les importances relatives de la consommation, nous reproduisons, de préférence, les poids transformés par chaque contrée.
Quantités de laines consommées dans les diverses contrées manufacturières^
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