‹ Fabrication des étoffes: Études sur les arts textiles à l'ExpositionChapitre 34 sur 49 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

§ f . ^ BlTtsioii des mafériels par spécialités

et assortiifUMits»

Pour exécuter ftutomatiqueinent Tensemble des produit^ pientîonnés dans aet ouvrage, il est nécessaire d-avoir recours à des outillages apprc^riés en même temps aux diverses natures des substances à transformer et aux états plus ou moins com-r plets des produits auxquels ils concourent. Chacune des matières peut y en effet, donner lieu l"" à des fils simples résultant de la filature proprement dite ; 2"^ à des fils doubles, triples, etc., réunis et fixés ensemble par une torsion d'une intensité variable, exécutés par des établissements spéciaux désignés sous les noms de fiUeries, de mouUnages ou de retordages ; 3^ enfin à des étoffes diverses réalisées par Tentrelacement des fils au tissage. Les premiers produits et une partie des seconds sont toujours l'objet de transactions entre une classe spéciale de producteurs et de consommateurs : entre les fabricants qui les exécutent et ceux qui doivent leur donner une forme nouvelle, celle d'étoffes. Les articles de la seconde catégorie qui ne sont pas utilisés au tissage sont employés comme fils à coudre, à broder, à passementer et à ornementer. Enfin, les tissus, dans leurs innombrables. variétés, après avoir été teiuts, imprimés et apprêtés, passent directement aux consommateurs.

La transformation des fils en étoffes comprend elle-même plusieurs spécialités mentionnées aux chapitres V et VL Nous suivrons pour l'indication de la composition des assortiments,

tant des filatures que des tissages et des apprêts, Tordre méthodique observé dans le courant de cet ouvrage.

§ 9. — GompiMdsoB prélfanlnaire eatre les BioyeBS en nsac® dans le filage à la main et la fllatnre antoaiatiqne.

L'outillage primitif déjà mentionné dont se sert l'ouvrière pour exécuter un fil est invariable, et reste, à très-peu de chose près, le même pour filer toutes les natures de substances. La fileuse peut transformer le coton, le lin, le chanvre, les laines, la bourre de soie, etc., sur le même rouet. Il serait, au contraire, impossible de se servir des machines transformant l'une de ces substances- à la filature de l'une quelconque des autres.

Quoique les principes fondamentaux sur lesquels reposent les moyens du travail automatique de la filature en général soient immuables, l'application de ces principes nécessite des modifications importantes dans les moyens, en raison de la différence des caractères des matières premières. C'est pour avoir trop longtemps ignoré ou méconnu ces nécessités, pour avoir négligé en quelque sorte l'étude de la constitution des fibres élémentaires, et les avoir voulu soumettre à des traitements identiques, que l'industrie a plus ou moins tâtonné au début des tentatives faites pour arriver à la filature automatique de certaines substances.

En effet, à peine la filature mécanique du coton avait-elle réussi, qu'on s'est vainement efforcé de faire servir les mêmes machines, sauf les dimensions, au travail des laines et du lin. Mais ce n'est qu'à partir du moment où l'on s'est fait une idée nette de la différence de constitution de ces substances et des modifications exigées par ces différences dans les moyens, que la voie du progrès a été ouverte. Et si cette partie des connaissances était plus répandue et appréciée, le progrès serait

plus complet dans certaines directions. Nous nous rappelons rétat dans lequel se trouve encore la filature du chanvre, du lin et du jute, en faisant cette réflexion. Cependant, ces matières ne sont pas plus rebelles aux transformations que la pliipart des autres^ au contraire. La fileuse produisait déjà des fils très-remarquables en lin, lorsque le travail des autres substances était encore dans l'enfance, et le rouet fournit toujours de ces mêmes fils, ne laissant rien à désirer sous le rapport des qualités. Leur finesse est telle, que c'est à peine si les machines les plus parfaites peuvent atteindre au tiers du titre réalisé par le filage à la main.

Il est à remarquer que cette supériorité en faveur des résultats de la fileuse sur ceux des machines se présente surtout pour le chanvre et le lin, c'est-à-dire pour des substances dont les fibres sont divisibles à l'infini et dont les doigts opèrent simultanément le filage et la désagrégation aussi complète que de besoin. Pour des matières comme le coton, la laine, etc., dont chaque filament est un organe défini, le rôle des machines et des doigts reste le même ; il se borne à faire glisser et à tordre simultanément les faisceaux de fibres, et alors la supériorité est du côté des moyens mécaniques agissant avec une précision mathématique. Mais lorsqu'il s'agit de joindre la désagrégation aux actions d'étirage et de torsion, l'effet des machines se trouve naturellement limité par le degré de division et d'affinage préalable. Les doigts, au contraire, ont la faculté de continuer la désagrégation jusqu'à la dernière période des transformations et aussi loin que la nature de la matière le compoi*te. L'affinage, incomplet de la filasse a donc pour première conséquence de maintenir les résultats de la filature automatique en deçà de ceux de la main ; il est, en outre, la cause de la disproportion entre les prix des machines à filer le chanvre et le lin et ceux des outillages des autres filatures mécaniques. L'écart considérable indiqué plus loin provient en effet de la force et du

374 LtVRE II. Dt7 BlÂTÉRlÊti.

poids de matières iildispensables à ces machinbs^ qui, au lieu de se borner à faire glisser et à tordre des fibres, ont, en oUtre^ besoin de les broyer et dé les ébrasër en quelque sorte, t)our eii obtenir le résultat Voulu. Les diverses anomalies remarquées dans la transformation de toutes les substances analogues au chanvre^ au lin, âù jute, etci, disparaîtront sans doute comme par enchantement lorsqu'on sera bien péhétré de leUts causes et du remède consistant datis un rouissage rationnel et parfait qui tie peut plus se faire longtemps attendre. L'expérimentation sérieuse des divers systèmes proposés amènerait infailliblement une solution qui aurait la plus heureuse influence feur Tavenîr de Tindustriè linière et ichanvrière également si éprouvée en ce moment.

Ouol qu'il eh soit, indiquons les machines, les moyens et les séries d'opérations, telles qu'on les pratii^llfe gënértilement, pour trànsformfet : l"* là matière brute, fournie ^àr Vi. nature, à l'état de filasses et de fibtes propres à être soùnilseé aux usines à filer, avec là comparaison des frâiè d'ëpuràtibh et lés pro- J)ortions dé déchets ; 2* pour ahienét iéfe inatifetiBS J^femières épurées à l'état de fils.

§ s. — Divers Etats dans lesquels les prineipales substances filanieniétisës sébt iTéli^iklek pair ïà kàlUi^, élt frais îe leur épiàratioià.

Le coton, comme lious l'avons vu, est contenu dans une gousse, cosse oU noix; et contient la graiiie; La partie filamenteuse utilisable représente de un tiers à un quart du poids brut du fruit arrivé à son état de maturité^ prêt à être récdté. Le volume et la forme isous lesquels lés capsules dû cotoniiier se présentent sont plus ou inoins variables ; dans les pays cotonniers par excellence^ tels que les États-Unis^ l'Egypte, l'Algérie, etc;^ le fruit d'iito grosseur «rasiblé s'alivre spontaùémetit,

MATifttttt i!t PHAIA alNÉBACX. 378

là impp^ filhmëtitëUâè Ke dilate^ il stiffii de là â&isit avec les doigts pour la sé|)Siir6l* de Ift goudflè, qîii ]*e«te alors attachée à rarbrè. banâ leé paj^â moing favorables à la maturité du produit du eotoiiniei*, la cdsse s'ouvre à peitië ou pas du tout* Le Lêvatitj le sud dé lltalië^ la Ghitie, le Japon, certaities contrées des Itidëâ briêhtalei} ete.$ soht dans be easi Au lieu de proeédet pai* Tehlevage des fibres sut* Tei^bre^ oh lïOUpe les gousses, on les emmagasine et on en ettrait ultérieurement leis flbi^es^ etitnmë m l'a indiqué chapitre P^ § 1 1

Dans les deux eas$ le coton se trouve mélangé plus ou mëint) intimement à sa graine, dont il faut le débarrasser pour le i'ettdl-e prOj^re à la fabrication i

Le traitement du (setoU brùt eomprend par Conséquent s 1® l'égoussage avant ou après la récolte du fruit : le mode d'agir actuel et les progrès prochains à espérer dans cette direction ont été décrits (chapi P') ; 2* l'égrenage avec les machines appropriées au genre de coton traité ; 3° eniîn, le pressage et l'ënsacha^i

Les dépenses pour les diverses préparations et manipulations varient avec les fluotuatior)à de la valeur de la main-d'œuvre» avec l'espèce et l'état du coton. L'égoussage coûte moins dans les climats oti les gousses s'ouvrent sufâsamment poUr que l'enlevage de lé houppe s'erilève à la cueillette, que dans ceux où il faut couper le fruit plus ou moins fermé.

Le prii de l'égreiie^e change également avec la variété de la fibre» Le coton coUHe soie^ pouvant être passé au mw gim^j^ coûte moins 6 séparer de sa semence que les fibres longues trai-* tées au mao^rthf . Mais nous pensons ne pas être éloigné de la vérité en admettant^ comme làoyënne des frais, SO centimes par kilogramme ^our amener le coton du champ de la récolte au port d'embarquement»

L'épuration du ckanvf^ ^t du lin comprend : l"" lé rouissage | 2''lé teillage^ Nous ne comptons pas l'égrenage^ plus que

compensé par la récolte des graines, généralement plus recherchées que la substance filamenteuse elle-même.

Ces deux opérations, pour amener les tiges à l'état de filasse, sont exécutées dans des conditions plus ou moins perfectionnées, et à des prix variables. On peut admettre que le rouissage campagnard exécuté avec le plus de soin, tel qu'on le pratique dans les Flandres, sur les bords de la Lys, revient, en moyenne, de 6 à 8 francs les iOO kilogrammes de tiges, et le teillage automatique à 20 francs les 100 kilogrammes de filasse, correspondant de 14 à 16 pour 100 de la masse, c'est-à-dire que 100 en poids après la récolte rendent en moyenne IS après rouissage et espadage. Donc^ on a fait une dépense en moyenne de 8 francs pour le rouissage de 15 kilogrammes, soit :

Car kilogramme de filasse 0^466

Plus pour teillage 0,070

Ensemble une dépense de 0',536

c'est-à-dire une dépense d'épuration à peu près égale à celle nécessitée pour arriver à épurer le coton, qui paraît en apparence plus naturellement propre à être livré à la filature.

Et cependant il y a dans les premières épurations du chanvre et du lin en général, comme dans certaines espèces de coton, des progrès prochains à espérer. Il n'est peut-être même pas impossible que, dans un temps plus ou moins rapproché, la graine du cotonnier soit plus généralement utilisée, et arrive à jouer dans la consommation le rôle important de la graine du lin et du chènevis. L'extension de cette utilisation aurait une influence marquée sur les cours des cotons.

Dépenses pour réputation des laines. — Les progrès récents apportés dans le dégraissage et l'épuration complète des laines sont tels, qu'il en coûte environ 25 centimes par kilogranmie pour épurer complètement cette substance, c'est-à-dire moitié moins que la dépense pour la préparation correspondante des

matières végétales. Les frais du dégraissage des toisons diminueront cependant encore, à mesure que les déchets résultant du corps gras naturel et des ingrédients nécessités pour son enlevage seront plus généralement utilisés.

Quant à l'épuration ou au décreusage de la soie à fil continu, elle a un caractère spéciial ; on doit la considérer plutôt comme un apprêt que comme un traitement préliminaire indispensable pour mettre ces fils en OBuvre. Certains articles étant en efiet tisses avec des grèges. Cependant, la grande masse des articles doit subir le dégommage, dont les déchets, si riches en éléments utilisables, sont néanmoins encore sans application sérieuse. On est plus sensible à cette perte actuellement qu'à répoque où la soie est à des prix normaux.

Ainsi donc, malgré les progrès constants et plus ou moins importants, il reste des éléments économiques à introduire dans les préparations premières même des quatre substances fondamentales. Quant aux matières secondaires plus récemment introduites dans les industries textiles, elles présentent des obstacles et des insuffisances de préparation qui varient avec leur nature, le jute, par exemple, quoique transformé à la filature par des procédés à peu près identiques à ceux du chanvre et du lin, diffère cependant de ces textiles par ses caractères. On ne peut le désagréger par les moyens appliqués aux filasses classiques. Il a une rudesse spéciale due à une espèce de parenchyme d'une dureté particulière, que le rouissage ne détruit pas, et dont on ne se rend maître jusqu'ici que par la lubréfaction au moyen d'un liquide gras et surtout de l'huile de poisson. On arrive de cette façon à utiliser seulement les meilleures sortes, et les parties les plus flexibles de la plante, le corps et la tête, les pieds ou les fragments de l'une des extrémités, doivent en être séparées et rejetées comme inemployables aux transfonnations ; de là des déchets assez considérables et une augmentation de prix de la masse. C'est ce caractère natu-

378 uTU II. D0 UATiadaLi

Tel db jute) dont les propriétés oot plus d'analogie avec le c»in, dont il rem|dif parfois l'usage^ qu'aveo des mâtitoes filamoDteuses proprement dites^ qui liniite le nombre des variétés des produits de ce chanvre de l'Indei Une étude plus approfondie de la constitution dé cette substatice déterminera probablement une améliortition dans la pjré|)aratidn et un développement dans ses a|)pIiGations.

Le peu d'emploi fkit jusqu'ici 'de Tortie blaftiche^ cAtita^ra^, paraît plutôt résulter d'une question de prix que d'une difficulté de l'application des traitements techniques. Ceux-ci ont Une grande analogie avec les modes dé rouissage les plus avancés. On obtient ainsi dés fibres d'une grande fitiésse et d'une blancheur remarquable avant leur filage. Aprèg cette opération ) le produit a une apparence qui pattidpe du coton et du lih. Cette matière^ tant de fois essayée^ parait surtout propre à être mélangée aux substances filamenteuses fondamentales. Quelques ihodifications aUx assortiments en Usage permettront un jour de l'utiliser convenablement. Peut»*étt'e mênle la modification que doit amener ube désagrégation plus complète du lin^ profitera-t-dlb paiement à la filasse bien préparée du ehina-grass.

g 4ft -& fci(iÂi^»rSàlsokl Hël b^ël^libiiii 4ttl îràiksfbnnelii

Le but de la filature t^ste constant et indépendant de la nature et des caractères des matières premièreSi Lé piisblètne à résoudk^ est celui-4[;i ; une massé irrégulîèrë de fibres de filaments ou dé briUs de volumes variables de quelques millimètres à quelques cerititnëilres de lohguéur, et de i/6 à 1/iSO de millimètres de grosseur étant donnée, en faire un /?/, c'est-à-dire un c^lindrt fieûdbk ^um grande témuité^ ut me iofifftteur indéfinie^ étvm smimi igak sur Ibtilte sa longueur el tfnm ho-

MAl'ÉRIELS ET FRAIS GÉNÉRAUX. 379

mofinéité parfrtite. La matière^, (sonvenablemeiit éfibréé^ de ^ :. façon h donner à la surface des briii^ toute la netteté qiie leur X-- nature coitiporté et à faciliter leur glissement, peut subir dii*eG- £ ' tettaent les transforiliatiohs destihées à Tamener à Tétdt de fil. ':j L'échelonnement régulier et la torsion qui constituent toujours 1 ' les moyenë fondamentaux sont modifiés en raison des caractères de la substance à traiter. Si les doigts interviennent •^ directement dans le travail, ils changent d'allure avec le chàngement de matière ; s'ils sont reitiplaoés par les moyens automati(|ues, il faut un nombre dé séri^ de tiiachiiies ou dassortiments proportionnel à celui des substances de natures :^ différente^ et des catégories de VolUmeâ tranchés t[u'ëlles offrent.

La division de Tblitillagé s'établit, par conséqueiit, aussi bien en raison de là longueur et de la fiiiesse des filaments que de la V différence de leur constitution intime.

Dfe là^ des matériels spéciaux propres à la filature des fibres i courtes et longues de chaque substance. Pour certaines d'entre ^ elles; comme pour la laine^ par exemple^ il y ^ trois assortiments fondamentaux et des combinaisons entre ceux-ci qui constituent des modifications des premières.

On est ainsi arrivé à former au moins douze assortiments principaux, SâWlr I

Trois qui, sous le rapport de leur analogie, peuvent se résumer à deux pour le coton, l'un pour les numéros ordinaires et intermédiaires^ et l'&utre pour les finesses élevées produites avec des filaments longue soie ;

Deux pour le lin^ l'un pour les fibres longues et l'autre pour les étoupes ;

Un pour le chanvre^ le jute, dont les étoupes peuvent être travaillées sur les imachities à filer celles du lin ;

Trois fondamentaux pour la laine et les fibres animales, comprenant un assortiment pour laiatne Vrillée eourte, un pour

380 LIVRE II. BU MÀTÉRIEt.

la laine fine lisse mérinos, et un troisième pour la laine longue d'Angleterre et des Pays-Bas ;

Deux matériels accessoires, l'un dit pour/î/ mixte ou cardé peigné dont les premières machines, des préparations sont celles de la laine vrillée, et les appareils préparatoires finisseurs, ceux de la laine mérinos. Enfin, un dernier assortiment différant du premier par la substitution d'un moyen de feutrage au métier à filer ;

Deux assortiments pour filer les déchets et bourres de soie de toutes espèces, l'un destiné aux filaments courts et l'autre aux longs.

Ces douze catégories distinctes, nécessitées par la filature des diverses substances, réclament parfois des modifications ou des additions qui compliquent encore l'ensemble des moyens. Le domaine technique va ainsi chaque jour en se développant, et les connaissances exigées pour son exploitation avantageuse ont plus que jamais besoin d'être basées sur une bonne méthode et éclairées par une théorie exacte et rationnelle.

Énumérons les machines qui constituent un assortiment de chaque type et leur prix.

§ s. — Assortiments pour filer le eoton.

Il résulte des calculs que nous avons donnés ailleurs * pour trois assortiments, l'un pour 'filer les plus bas numéros jusqu'au numéro 20, le second pour filer du numéro 20 au numéro 70, et le troisième du numéro 70 au numéro 300, que le nombre des machines reste à peu près le même dans les différents cas. Si les cotons bas exigent plus de passages aux préparations premières que le duvet de belle qualité, celui-ci, destiné aux

^ 2Vat(é dtf la filature du eoUm^ chap. xxxil.

lu ^

MATÉRIELS ET FRAIS GÉNÉRAUX. 38 i

produits fins^ réclame des traitements plus soignés et plus multipliés à une période plus avancée du travail.

Le nombre des opérations subies par la matière, de la pre* mière machine au métier à filer, est en moyenne de quatorze.

La dépense, calculée par broche,'ne présente un écart sensible qu'entre le second et les deux autres assortiments dont les prix sont à peu près les mêmes. Ces prix par broche, y compris bien entendu le matériel nécessaire pour préparer la substance qu'elle doit filer, sont les suivants :

Prix par broche pour rassortiment des produits les plus communs 15',66<'

Prix par broche pour rassortiment des produits intermédiaires 1 1 ^90

Prix par broche pour rassortiment des numéros élevés. 14 ,53

Pour les comparaisons que nous cherchons à établir, nous pouvons prendre la moyenne de ces trois nombres et estimer, par conséquent, le prix de la broche à coton comme valant 14 fr. 03c. •

Quelles sont les dépenses de toutes sortes correspondant à la mise en activité de cet organe et quel travail peut-il faire ? Nous puiserons également les réponses à ces questions, dans le chapitre XXXII du Traité précité ; nous y trouvons qu'une broche demande pour intérêt -amortissement, force motrice, chauffage, éclairage et salaire, ensemble par an, une somme de 14 francs.

Quant à la production correspondant à cette dépense constante, elle varie en poids et en longueur eh raison inverse des finesses et suivant une certaine loi.

On trouve, d'après les formules à ce sujet, que si on produit du numéro du fil le plus courant, du numéro 26, chaîne pour calicot, par exemple, la broche fournira en moyenne 18 kilogrammes, par conséquent, une longueur de 18x32 000 = 936 000 mètres, et si la même broche file du numéro 120,

38S MVBP II. PU MiTIÊIlIPf..

elle ren4P9 3 Jdlogrammea seulement, et une longueur de 2 X 240 000 == 430 QOO mètFes, Cette différence de rendement en longueur résulte, pour chaque espèce, dp fils de la différence de tprsipn, qui augmente avec l'élévation des numéros, et en raisq^ (lirecte ^e leurs racines carrées S

Las mépies forpiules sont applicables au calcul de la pro-? ducjiiPYi des 01s quelconques dont les types de torsipns initiale^ seulement varient ayec l^ naturp, les caractères des substances et les genres de produits. Npus u'ayQns, par conséquent, à les signaler qu'une fois pour toutes.

§ 6. — AfiNMVllmeiits ponv lller le lin et les fllasses Tëfj^tales

en général.

Ces assortiments se composent de deux séries de inachines, l'une destinée à peigner et à filer les longs brins de la filassp, et l'autre à transformer les brins courts et brisés ; Tétoupe résultant de la préparation au peignage des fibres longues.

Ainsi, il y a donc une première différence entre le travail du coton et les filasses végétales j le coton esj; classé à l'avance et\ raison des caractères de son duvet, et Une partie donnée se travaille à fond et complètement, sauf une légère prpportîon de freinte. Pour le chapvre, le lin, etc., c'est aux premières préparations, et par l'opération même, que la matière première se trouve divisée en deux catégories, en brins peignés et en étoupes. Cette dernière est, en général, préparée aux cardes *.

Le nombre des opérations n'est pas non plus liB.méme poiir le coton et le lin ; pour le priemier^ nous en avons trouvé quatorze.

Pour les filasses plus longues de fibres qui peuvent, par con-

* Voir, à ce sujet, chap. XXVII, du Traité du travail du coton.

* Cependant on peut traiter également les étoupes au peignage ; nous avons vu des, produits exceUents de ce genre len Angleterre.

MATÉBIBL8 BT FRAIS GÉNÉRAUX. 383

séqueat, glisser et s'écbeloqner 4'une plus grande pnoportion | lu ^is, il faudra, toutes eboses égales^ un moins grand nombre de passages, U se borne, en général, à dix au maximum, y cpmprii la première e\ la dernière opération : Iq peignage et le filage.

Les opérations subies par la matière dans ses tiwnsfor*» mations, sont les suivantes, pour le long brin : 1" Le peignage ;

2'' L'étalage ou soudage des mèches pour lôs transformer en ruban continu;

3° Premier étirage ; 4** ppuîième étirage ; 5** Trqi^ièroe étirage j 6*" Premier passage aif banc ^ broches ; 7** Deuxième — —

8* Troisième -^ —

9« Filage ; iO** Dévidage.

£]n calculant le prix de revient d'un assortiment semblable, 011 arrive en moyenne h 60 francs la brpcbe avec ses accèssoif*es, p'est-à-dire à un prix quatre fois pli|s élevé que celpi 4<l la broche h filer le coton.

L'assortiment pomplémeqtaire pour filer les étoupes poûts plus cher encore; on l'évalue en moyenne h 80 francs Ifi l:)rophp. Qnanf; aux dépenses de toutes sortes nécessitées pour m^in? tenir la broche en activité, on les estime de 6g h 70 francs par an<. Cette somme comprend les fraie d'ensemble, correspondant à ceu^ di^è calculés pour le coton. Si donc on suppose une moyenne de 67 francs pour I4 dépense de l,a broche h lin, ^Ue nécessite, par conséquent, un peu plus du quintuple de frais occasionnés par le travai) du coton, b^sés 3ur l'organe pris pour unité.

Quant à 1^ production d'una broche pour un numéro donné,

pour le numéro 48, par exemple, qui fournit en moyenne^ par an, une longueur de 1 800 000 mètres du poids de 60 kilogrammes, correspondant du numéro 30 au kilogramme ou du numéro IS par 500 grammes du titrage métrique du cotoD, nous reviendrons plus loin sur les différences que présentent les résultats de transformation de ces deux substances.

§ V. — AssortimeiiCs pour filer la laine pelipiée.

La filature de la laine peignée à fibres courtes ou longues se divise, en général, en deux périodes de transformation, constituant deux spécialités : la première comprend le peignage automatique avec ses opérations préparatoires et finisseuses, la seconde embrasse les traitements qui concourent à la filature proprement dite. La première période du travail se compose de cinq ou six opérations successives. La dépense des moyens mécaniques nécessaires au traitement de la quantité dont chaque broche doit être alimentée peut être estimée, dans son ensemble, à 15 francs en moyenne. Le nombre des opérations de la filature proprement dite, h partir du peignage jusqu'après l'exécution du fil sur le métier, est de douze à quatorze, suivant le degré de finesse à produire et selon que le fil est livré en cannette ou en écheveaux. Le chiffre représenté par Toutillage pour le service d'une broche, y compris celle-ci, peut être estimé en moyenne à 20 francs .

Le prix total du matériel pour transformer la laine lisse mérinos en fil étant, par conséquent, pour Toutillage du peignage, de 15 francs, et pour la filature de 20 francs, s'élèvera ensemble à 35 francs.

On peut estimer les dépenses de toutes espèces, pour le peignage de la quantité nécessaire à l'alimentation d'une broche, à 7 fr. 50 c. par an, et celle de la filature d'une broche, à

2S francs : la dépense totale s'élève donc à 32 fr. 50 c. La production annuelle d'une broche, en supposant du numéro moyen de 70,000 mètres au kilogramme, sera de 13 kilogrammes, représentant, par conséquent, une longueur totale de 15 X 70,000 = 1,050,000 mètres de fils.

§ 8. — Assortiments pour filer la laine vrillée à brins eonrts.

Le matériel d une filature de laine cardée est l'un des plus simples. La matière ne subit que six à sept opérations, suivant les cas, pour être transformée en fils *.

La broche, avec ses accessoires, revient à 33 francs ; lès dépenses qu'elle nécessite s'élèvent, par an, à 26 francs. A cette dépense représentant les éléments ordinaires de toutes espèces de filatures automatiques, il faut ajouter un chiffre moyen de 4 francs d'huile par broche et par an, pour graisser la laine, afin de faciliter le travail des préparations et du filage. La somme totale à dépenser est, par conséquent, de 30 francs par an et par broche. Le rendement de cet organe en fil le plus courant de 18,000 mètres au kilogramme, sera de 25 kilogrammes, et, par conséquent, 18 X 25 = 450,000 mètres.

§ 9. — Assortiments pour filer les déehets de sole.

L'industrie est parvenue à utiliser un certain nombre de déchets de diverses origines. Les frisons^ les estras sont des espèces d'étoupes de soie ; les premières, produites au commencement, et les dernières, à la fin du filage ou dévidage des cocons. La galette est la bourre formée avec des cocons entiers

* Voir t. I, chap. xii, du Traité du travail des laines,

ALCàN. — Arts textiles, 52

386 LIVRE II. I)t HATÉRIËL.

ouverts par les papillons. Les bourres^ en général, sont des déchets de fils grèges ou moûlînés faits pendalit les diverses transformations du tavelage des doublages et des retordages. Les tirelles sont des restes provenant du travail du tiséage.

Le matériel nécessaire à la transformation de ces matières en fils dits de fantaisie, fleurets^ hourres^ etc., reste à peu près le même, et n'est modifié que dans certains détails concourant aux premières préparations avant le filage. La série des opérations et des transformations, tant sous le rapport du nombre que du but, a, d'ailleurs, une grande analogie avec celle de la laine peignée mérinos. On peut compter, en général, une douzaine d'opérations successives, pour faire passer les filaments soyeux de l'état brut à celui de fil.

Quant au prix du matériel industriel, on peut Téstîmer en moyenne à 42 francs la broche, et la totalité des dépenses par broche et par an à 28 francs.

La f^roduction annuelle par broche est en moyenne de 10 kilogrammes en numéro 33,000 mètres ou une longueur de 330,000 mètres.

Les dépenses nécessitées pour faire travailler normalement une broche, ne varient pas d'une manière sensible pour un même assortiment. Quel qiie soit d'ailleurs le titre du fll produit, la longueur et le poid? changent seulement conformément aux indications précitées. Il suffit, par conséquent, pour comparer autant que possible les frais réclamés par chaque nature de fil, de calculer la dépense pour une même unité du même titre. Prenons poUr base un fil fourbissant, par exemple, 30,000 mètres au kilogramme, et Comparons les frais pou^ chaque nature de substance.

MATÊtttiSLS ET PtlAlS GÉNÉRAUX.

Produelian et dépense par broche. pour des fils de 30^000 mètres

au kilogramme.

Wlfeùté

PfOdHetIttn

vtix

annaeUe

annaelle

des 30.000 mètres

par krodw.

]i«r broche.

an kiloghimne.

Coton . A i .

Laine peignée

Lirt.;

Laitiô tSLtûée . . • i .

Déchets de soie . . .

Les prix de revient indiqués dans ce tableau comprennent Tensemble des dépenses nécessitées par la matière brute, depuis son arrivée à Tusîne jusqu*à sa transformation en fil. Ils embrassent donc les frais de toutes sortes, depuis la première jusqu'à la dernière opération subie par la substance filamenteuse, pour répurer, l'ouvrir, la carder, la peigner, Tétirer et la filer. Les chiffres du tableau concernent, par conséquent, les matières différentes prises à des états correspondants pour les amener au même but. Les nombres de ce tableau font ressortir tout d'abord la facilité qu'offre la transformation du coton et le résultat des progrès réalisés dans cette direction. Ils démontrent que le lin est de toutes les substances la plus onéreuse à filer par la machine. Cette remarque acquiert une nouvelle force si oti considère que de tous les filaments c*est celui qui nécessite le moins de torsion pour être transformé en fil. Ainsi le degré de torsion au mètre d'un fil titrant 30,(i00 mètres au kilogramme est de 876 tours pour le coton , de 850 pour la laine peignée, de 1,500 pour la laine cardée, et seulement de 506 pour le lin.

Sous ce rapport encore, celui-ci demande le plus de frais, et les utilise le moins. Quoique la laine cardée réclame une torsion triple pai' unité de longueur, et une addition de 16 centimes et demi d'huile par kilogramme, pour faciliter le filage, son travail est moins onéreux cependant qiie celui du lin. Nous avons déjà insisté (livre î, .chap. i, § 2) sur

les causes à» la dépense anormale concernant le travail automatique de cette substance ; nous n'avons, par conséquent, pas à y revenir. Nous nous bornerons à faire remarquer qu'il en a été de même pendant un certain temps, pour la laine peignée. Jusqu'à ce qu'on ait été fixé sur les errements rationnels à suivre, les produits étaient irréguliers, limités de finesse et leurs transformations nécessitaient des frais disproportionnés. Depuis que les traitements d'épuration, de préparation et de peignage ont été raisonnes et basés sur les propriétés de la matière* première, toutes les transformations ont été singulièrement &cilitées. Aussi rindustriede la laine peignée, Tune des plus délicates, est-elle, à Theure qu'il est, Tune des plus en progrès.

Si cependant elle nécessite encore une dépense presque double de celle du coton, il ne faut pas perdre de vue que cela tient surtout à des conditions inhérentes au caractère de la matière, et à des dépenses indispensables dont le coton peut se passer. En effet, en dehors des moyens mécaniques, le travail de la laine peignée exige les frais d'un dégraissage, d'un séchage, une certaine proportion d'hiiile pour sa lubrifaction, et, enfin, un second traitement d'épuration avant ou après le peignage : toutes dépenses additionnelles inhérentes à la nature des brins et dont les filasses végétales n'ont pas besoin. Ce n'est pas parce que celles-ci sont naturellement rebelles à l'action du filage qu'elles nécessitent des machines plus lourdes, une dépense de force motrice plus considérable et un personnel plus nombreux que toutes les autres, mais uniquement, nous ne saurions trop le répéter, parce qu'elles ne sont ni assez désagrégées ni assez épurées. Ce que nous disons du lin est bien plus sensible encore pour la filasse du jute et du chanvre. Or, il a suffi de faire un pas dans cette direction, d'appliquer des moyens de division plus énergiques dans les transformations mêmes de la filature, pour obtenir avec le chanvre des produits

màtérieIiS et frais généraux. 389

que le lin seul donnait jusqu'ici *. Si donc une substance aussi dure que le chanvre a gagné considérablement par une division plus grande, une désagrégation plus complète, il ne saurait en être autrement lorsqu'on appliquera d'une manière générale le même principe au lin. Il en résultera une autre conséquence avantageuse ; la préparation au rouissage pourra donner des fibres suffisamment dégommées, pour élever la finesse des fils mécaniques limitée aujourd'hui même en Irlande (qui est la contrée la plus avancée sous ce rapport) à une longueur de 75,300 mètres au kilogramme, et pour se passer du crémage ou demi-blanchiment du fil, qui exige des manipulations, du temps et des frais notables. Quel que soit donc le point de vue sous lequel on envisage le progrès auquel nous faisons allusion et que nous appelons de tous nos vœux, il peut faire espérer une révolution salutaire dans l'industrie linière.

Il est une autre spécialité, la filature des déchets de soie, qui doit éveiller l'attention des chercheurs. Il y a certes de nombreux progrès réalisés et en voie de s'accomplir, cependant ces améliorations sont partielles, elles ne portent pas encore sur toutes les sortes de débris occasionnés par les diverses trans* formations industrielles de la matière soyeuse. On est parvenu à tirer un excellent parti deè meilleurs déchets, tels que les frisons, les bourres des grèges et du mouîinage ; mais leur filature coûte encore plus cher que celle de la laine peignée mérinos, avec laquelle elle a une grande analogie, ^car elle n'en diffère que par la suppression de certaines dépenses additionnelles, réclamées par le travail de la laine. D'un autre côté, il est vrai que la soie est parfois un peu plus rebelle aux machines, comme plus susceptible encore de s'électriser que la laine. Mais cet obstacle, avec les connaissances actuelles, ne peut plus être considéré que comme secondaire. Il n'en est pas de même

* Voir livr. II, chap. i, § 2.

390 LIYAIS II, DU MÀTtRIEl'.

des déchets provenant des dernières oouches deç cooons et des débris composés des fibres très-courteê, de toutes sortes d'origines, et surtout des filaments résultant de Teffiloçha^e des chiffons de soie. Ces dernières sul^stances forment une caté» gorie de matière première qui commence à peine à ôtre utilisée; elle est cependant destinée à devenir une source sérieuse d'alimentation pour les filatures de bourres, Les caractères de ces fibres sont plus susceptibles de donner un bon proc|uit qu'une grande partie des laines dites renaissance^ provenant souvent de chiffons déjèt usés et dont on est cependant parvenu à tirer un grand parti.

Les déchets de la soie, par leur résistance -et leqrs qualités, peuvent être assimilés aux blouses de laiqes et aux étoupes du lin. Celles-ci, convenablement transformée^,, sont susceptibles de fournir des produits aussi avaptageu^f q[ue ceux des fibres longues dont elles proviennent.

En résumé, la comparaison des dépenses faites pour obtenir automatiquement un même résultat permet d^ dire que la filature, du coton, sous le rapport économique, paraît biep près de son apogée, et qu'il est difficile de prévoir de nouveaux progrès dans la fat)rîcation de ses produits courants. L'industrie de la laine peignée la suit à grands pas ; l'écart entre la dépense des deux spécialités, s'explique par des sigétions inhérentes h la dernière et précédemment indiquées. Les autres substances, le lin et les dechet3.de soie surtout, ont des progrès sérieux à réaliser dans des voies suffisamment indiquées, La laine cardée qui, depuis quelques années, marche sur les traces des filatures les plqs avancées, peut néanmoins apporter encore certaines améliorations de détails , surtout dans les premières opérations et le filage, qui permettront de diminuer l'écart cousidérable remarqué entre cette spécialité et celle du coton.

Il existe bien d'autres genres de filatures précédemment mentionnées ; celles dites du cardé-peigné et du fil feiUr^^ et

IZJ

MATÉRIELS KX FRAIS GÉNÉRAUX. 39 i

des bnns longs; ppîfr les laines ; des éUmpçs végétales ^ du poil de chèvrç et du çachernire^ etc. Mais ce ne sont pas là des industries méresn Leiir pv|til)age est une combinaison ou une modification de peux 4qs précédentes, ayant- cependant leur importance. Certaines d'eptre elles prés^^tent des difficultés et nécessitent des cpqp^i^sances particulières, au point d'être plus ou moins avancées selQp les contrées où qx\ les considère. Ainsi, par exemple, |a Qlature de ^ laine Iqngue et du poil de chèvre sont plus avan^ cées €}^ Angleterre qu'en France, Nous sommes, au contraire, plus en prçgrès dans celles du cachemire, du pardé-peigné et du fil feutré que nos yoisins, Il est vrai de dire que la transformation dp poil de chèvre et surtout de la laine longue, sont des industries importantes en Angleterre, et que les trois dernières naentiopnées, qui lui manquent presque complètement, Qi)t peu d'importance cliez noijs. La filature du cachemire, sous le rapport ç}es quantité^ produites, y est stationnaire déplais plus de trente ans. La production du fil mixte, obtenu p^r l^ combinaison d'une partie de l'assortiment du cardé et du peigné, tend chî^qUe jour à disparaître devant le progrès du travail du cardé pur. La spécialité du fil feutré pouvant fournir un produit susceptible de créer des articles originaux, est encore à l'état d'essai, par lequel passe ordinairement toute invention, môme les plus utiles. Elle est plu^ ou moins appréciée : son sort est indécis pour le moment^ elle est dans la phase traversée par toute affaire nouvelle. En effet, lorsqu'une invention utile apparaît, il se fait autour d'elle un certain bruit ; on est frappé tout d'abord de son côté original et du service nouveau qu'elle est appelée à rendre, puis elle vient déranger quelques habitudes, froisser certains intérêts, et même nécessiter des efforts nouveaux pour vaincre quelques difficultés secondaires de détails. Alors les plus zélés se refroidissent, le silence.se fait pour quelque temps sur son compte, mais la réflexion, l'expérience et la nécessité aidant, elle est reprise après un surniimérariat plus ou

392 LIVRE II. nu MATÉRIEL.

moins long, et tient définitivement sa place dans la pratique. C'est là rhistoire de Tapplicatiori des nouveautés, même les plus heureuses. Pour le fil feutré, la situation industrielle est actuellement celle de la chenille en quelque sorte inerte, mais qui, comme elle, ne saurait manquer de muer bientôt. Nous ne prétendons pas que ce soit là une de ces inventions appelées à faire époque et révolution dans l'industrie, mais c'est une heureuse application nouvelle de l'une des propriétés les plus utiles et les plus curieuses delà laine. Ses résultats viendront fournir un élément de plus aux grandes spécialités qui constituent l'importance du travail des laines en général.

C'est parfois aussi pour avoir reculé devant quelques efforts et n'avoir pu supporter plus longtemps quelques charges, que notre industrie a vu lui échapper certaines spécialités; La filature du poil de chèvre, pratiquée pendant des années en Picardie, et qui manque presque complètement aujourd'hui en France, en est une preuve. Si elle avait pu résister un peu plus longtemps à la concurrence anglaise, elle aurait fini par subsister dans des conditions à peu près identiques dans les deux contrées. Mais la dernière venue, la plus inexpérimentée, la moins riche, celle de la France, n'a pu persister assez longtemps pour prendre le dessus ; elle a préféré céder le terrain, ne pouvant continuer la lutte plus longtemps, le nerf de la guerre lui manquant en présence de l'incertitude de l'avenir.

Il n'en est pas et n'en sera pas de même, espérons-le, de l'industrie de la laine peignée longue dans laquelle nos concurrents d'outre-Manche ont jusqu'ici certains avantages; nos industriels du Nord font des efforts intelligents dignes du succès. Il ne s'agit d'ailleurs plus que de réaliser certains résultats de détails. L'industrie anglaise est parvenue à tirer de ses laines longues un fil d'un caractère particulièrement séduisant et économique. Elle y emploie, avec un très-grand succès, le métier à filer du système continu, qui y est exclusivement en

usage. Ce système, encore tant discuté chez nous et même chez nos \6isins, lorsqu'il s'agit de son application dans la plupart des autres cas, est sans rival dans la spécialité dont il s'agit. Mais nous pensons que Ton se trompe en attribuant le degré dé supériorité des filateurs du Yorkshire seulement à leur grande expérience de l'application du métier dit continu. Us ont d'autres errements encore d'un grand poids qui méritent d'être signalés. Leur habitude, entre autres, de laisser en général reposer la préparation avant de la filer, pendant un temps plus ou moins long, parfois pendant plusieurs mois, a une grande influence sui* la facilité du travail et sur l'apparence du résultat. Cependant, pour ne pas laisser improductif pendant si longtemps les fonds que représente le repos de la matière en préparation, on hâte l'action en plaçant la substance préparée sur bobines, soit dans des caves disposées à cet effet, soit dans d'immenses placards spéciaux oh la matière à filer est lentement amenée à un état de moiteur convenable par l'intervention d'un filet de vapeur humide. Quoi qu'il en soit, il a été reconnu que la laine soumise à un certain degré d'humidité acquiert une ductilité et des propriétés spécialement avantageuses aux transformations et aux caractères recherchés darts le produit. L'efficacité de ce traitement préalable et l'expérience de la marche du métier continu sont telles, chez les Anglais, qu'une ouvrière suffît généralement à la surveillance de deux métiers en activité. Notre industrie n'en est pas encore généralement là dans la même spécialité, mais elle comprend qu'elle doit y arriver le plus rapidement possible ; elle fait des efibrts en conséquence. Une expérience plus coniplète des caractères techniques du métier continu et une application générale des connaissances précises, susceptibles de modifier avantageusement la substance dans sa transformation, devront contribuer à une réussite prochaine.

Ce qui frappe surtout le spécialiste observateur dans les cas

394 * UVAS II, DU MATÉaiKL.

oti, un desiderata Indystriel se présente, ce sont les services que peut rendre ce ^u'on qoinnie encore à tort la théorie^ et surtout • la possession ()es i^pyens différents appliqués ^ux diverses substances pour ep o|)tenir un produit de caractères Identiques, c'est-à-dire un fil. I^e travail automatique des substances (extiles, d^^ si riche en faits scientifiques^ quoique 4'une origine récente encore, n'est arrivé à en déduire ^es principes fpndamentaux et h en dégager des lois générales que par la comparaison des {noyens appliqués à chacune d'elles pour en obtenir un mé^ie Résultat. C'est encore en étudiant 1^ valeur de ces principes-pt l'observation plus ou moins rigoureuse des loi^ rationnelles, qu'il est possible de vaincre plus rapidement les difficultés de la nature de celles auxquelles nous venons de faire allusion, et qu'on est parvenu h en surmonter un grand nombre dans le passée depuis que l'obsery^tion et les méthodes exactes et re^isonnées sont venues se substituer aux moyens empiriques,

, Il n'y a pas une spécialité et un progrès sérieu^^ qui ne nous offre une preuve de ce fait depuis près d'un demi-siècle. Aussi les art§ textiles commencerit-îls k être l'objet de travaux scientifiques dignes d'être remarqués. L'Exposition dernière peut même être exceptionnellement signalée squs qe rapport. Les ouvrages spéciaux de plusieurs auteurs^ mentionnés dans le rapport officiel sur le concours de 1867^ montrent, pour la première fois^, un certain nombre de traités devenus nécessaires au progrès. Leur importance grandira à mesure qu'on sera mieux pénétré des services que ces sortes de publications sont appelées a rendre ; il ne leur faut à cet effet qu'un peu plus de popularité.

MÂTÉBIÇLS 1^ FiUIS 6£N£flAUX. 395

§ iO. «- Btal comparatif des dépenses dn Bi»téHel et des frais s^néf^pK dp tlssacf^

Tissage uni. — Les considérations présentées préoédeDiment

(liv. II, chap. v) sur le tissage en général font pressentir à

priori qu'il n'y a dans les métiers à travailler les étoffes unies aucune différence essentielle ; leurs organes restent les mêmes, quels que soient d'ailleurs la nature des fils et môme le mode d'action. Les métiers mécaniques ne se distinguent de ceux manœuvres à la main que par certains détails ^ccqssoires, et par les transmissions de mouvements. Si cependant les prix des machines pour transformer les fils en toile varient, cela tient uniquement à une différence de poids et de force nécessitée par les diverses substances à tisser. Le tableau suivaiît des prix des métiers d'une môme largeur appliqués au tissage des matières principales donnera une idée des rapports de force et de poids dans les divers cas. *

Prix d'un métip' <mtQmqHque complet <U i mètre de largeur, avec ses accessoires, tels que casse-trame, régulateur, frein, tfmplet mécanique^ peigne à ressort, etc.

Fpur les cQ^nnades ordinaires .,,..•., %&{}f

Pour les cotonnades fortes • • < « ^ 265

Pour la soie .....' ^ 280

Pour la laine • 320

Pour la toile, suivant la force de 450 à 600

Pour la toile à voile ^ , . , 800

Pour un métier complet à, mailles, pour faire des

tissus spéciaux 770

Ces prix, concfa*aapVles, métiers k foire les unis les plus sim? ples et les armures fondapi^ntal^s, varient nécessairement en raison des large^r8 dep initiera ^t des étoffes k exécuter. Pour ceux ^ pJugiewrs p«^v§ttes, pjw^ oompUqués, par cpiiséquçnt, les

mêmes largeurs se payent plus cher, leur tarif varie un peu, suivant le degré de perfectionnement de ce genre de machines, qui commence à se généraliser.

Voici d'abord les prix pour les métiers les plus simples à tisser les unis sur diverses largeurs admises couramment dans Findustrie des lainages ras.

Prix des métiers en raison des diverses dimensions,

l^ie ' 485^

Les âls destinés à être tissés automatiquement doivent être préparés mécaniquement au préalable. Chaque assortiment de métiers à tisser nécessite, par conséquent,' des appareils à bobiner, à ourdir, à encoller, à mouiller les trames, fonctionnant automatiquement comme les métiers. On peut évaluer la dépense de ce chef, dans un atelier de tissage, à une somme égale à la moitié dç celle de la valeur des métiers.

Si, par exemple, on a dépensé 350,000 francs pour cent métiers à tisser, il faudra compter sur une dépense totale de 475,000 francs, les accessoires complémentaires dont il vient d'être question s'élevant, dans ce cas, à 175,000 francs. , Il y aura de plus à ajouter une certaine somme pour l'achat des pièces de rechange, telles que navettes, taquets, harnais, peignes, bobines, etc. Ce chifiFre est variable en raison du mode de tissage, du plus ou moins de résistance des fils, du genre d'articles et surtout de la qualité des matières employées dans la confection des diverses parties du métier. Les navettes se vendent à la douzaine et valent, en moyenne, lorsqu'elles sont

en buis, pour métiers ordinaires, de IS à 20 francs la douzaine. Les peignes sont tarifés en raison de leur réduction , de 80 centimes à 1 franc par vingt dents; les harnais, sur le nonabre des mailles et la nature de la substance dont elles sont faites, car elles sont plus chères en laine retorse qu'en coton. Il y a une différence de 75 centimes par huit cents mailles en faveur des prenûères.

Les taquets sont achetés au poids et suivant l'espèce de matière, si c'est du cuir ordinaire ou du buffle.

Ces dernières pièces, entrant dans la catégorie des articles de rechange, sont comprises au nombre dies éléments dont le remplacement constitue les frais d'entretien et les dépenses générales du tissage. -

Le tissage automatique est moins avancé jusqu'ici dans ses applications que la filature. Au point de vue de l'exécution mécanique de ce travail, il n'y a pas plus de difficulté pour l'une que pour l'autre de ces opérations. Si donc le tissage mécanique n'a pas encore aussi généralement remplacé la main que la filature, cela tient à des conditions spéciales d'exploitation, à la moindre différence entre les deux sortes d'outillage mécanique, et à des écarts bien moindres dans les résultats économiques entre les deux manières de procéder. Un ouvrier tisseur à la main ne produira, il est vrai, en moyenne qu'un tiers à un quart du produit qu'il pourra obtenir en dirigeant des métiers mécaniques ; mais cette différence se trouve en partie compensée par celle des frais généraux, insignifiants pour le travailleur isolé, si on les compare à ceux de l'usinier. De plus, dans une foule de cas, celui-ci trouve avantageux de s'en affranchir complètement eu faisant travailler à façon sur des métiers appartenant à l'ouvrier lui-même. La même combinaison n'est pas impossible pour la filature, mais la production au rouet serait trop insignifiante pour pouvoir constituer une industrie sérieuse dans les pays manufacturiers* Nous

398 LtvhE n. hv MATÊftitet.

avons, d*ailleurô, déjà vu que là concurrence économique des machines est telle, que les filëuses à k main ne peuvent plus compter que sur des salaires insignifiants. Le tissage à bras luimême, quoique son existence soit encore possible dans certaines localités et pour certains articles, est chaque joui* plus menacé. Naguère encore le travail automatique n*était t)râtiqué en grand que pour les cotonnades; il se propage actuellement d'une façon continue dans toutes les autres spéclaUtés. tl est appliqué dans des proportions diverses au tissage de la toile, des lainages ras, de la draperie, et même à Certains articles en soie.

Pour les calicots, les mérinos et les objets foulés, les résultats, feans être également économiques, sont cependant assez courants dès à présent pour pouvoir en faire la comparaison. Cette comparaison peut s'établir en calculant, dans chaque cas, le rapport moyen entre le travail théorique et le travail effectif d*urt métier. On sait que le premier est celui que fournirait le hiétler, s'il marchait à sa vitesse norhaâle sans être arrêté pour aucune cause quelconque* le second cohsîste dans le travail réel obtenu.

Supposons, par exemple, Un métier pouvatit frapper 200 courses de trame ou duites à la minute, appliqué à une Idlle d'un mètre de largeur, avecî 30 duites au centimètre, ou

3 000 au mètre; il faudrait théorfquement -^ ou 13 minutes pour faire un mètre, et en 4 2 heures ou 720 minutes, il tisserait q|=±â48 mètres de tissu. Mais^ par suite des temps d'ar^

rét occasionnés pour charigef la navette quand la trame est épuisée, pour rattacher les fils qui t)euvent se casser, soit dans la chaîne, soit dans la traine, soit par tout autre accident ou bause d'arrêt, la production réelle est toujours moindre. Le rapport etttre le rendement vrai et le rendement calculé est variable, toutes choses égales^ , avec là résistance et Télasticité des fils ; il est, pour les cotonnades écrues ordinaires, de 70 pour 100,

MATÉRlIltS fit Hkl» GÉNÉRAUX. 3^

c'est-à-dire qil*au Uëu des 48 mètres, m métier serait estihié marcher très-convenablement s'il rendait 33«,60, èti supiiosatlt la \itesse et les éléments indiqués précédemment.

bans l'industrie de la laine ^asè des mérinos et auttéâ, le meilleur rapport atteint jusqu'ici est de 60 pour lOO. Tolites les localités n'y sont pas encore arrivées. Dans le tissage de la laine cardée pour draperie, le rendement est considéré convenable s'il est de 50 pour 100^ Dans les articles mélangés avec chaîné en fils de coton doublés et retôrfluë, tels que \éi articles alpagasy Orléans, en général, le coefficient de rendement peut plus facilement s'élever ^ à cause de la résistance et de l'élasticité partictlliferes de la chaîne. Mais comme, d'autre part, on augmente, ëti général, la vitesse de ces métiers précisément eii raison de la fatigue que te» matières peuvent supporter, le rap* port de 80 pour 100 peut encore être considéré comme conve»* nable.

Il va de soi que les vitesses sur lesquelles nous venons de raisonner varient avec la qualité des fils de la chaîne et surtout en raison inverse des dimensions de l'étofle à tisser. PlusceÛe-cî sera large et plus il faudra de temps à la navette pour y étaler son fil. Cela explique comment des métiers anglais, d'une largeur de 80 centimètres à 1 mètre, travaillant à l'Exposition avec une chaîne coton en fils retordus, pouvaient battre jusqu'à près de 400 coups, chasser près de 320 mètres de fils à la minute, et faire par jour jusqu'à 60 mètres d'étoffe, à une réduction de 12 à 16 duites au quart de pouce, tandis que des métiers tissant de 2**,78 à 3 mètres de largeur, avec de la la laine cardée pour drap lisse^ font à peine 60 coups dans le même temps, correspondant, par conséquent, à une longueur maxîma de 60 X 3" = 18Ô mètres de fds. Il est vrai que les vitesses ci-dessus indiquées de 400 coups sont anormale; ; il ne serait pas ëage de les adopter d'une &^n courante* Le nom* bre de coups ,de battant pour ce genre de tissage né doit pié

dépasser 250. Pour les métiers tissant les articles en pure laine avec chaîne en fils simples, le nombre des coups de battant est bien moindre.

Voici, d'ailleurs, les vitesses concernant les métiers pour rarticle de Reims.

Tableau des irltesses des ntétierB A 4 aiareheB pour mérinos.

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