‹ Fabrique de romans: maison Alexandre Dumas et compagnieChapitre 7 sur 7 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

RÉSULTATS DC MERCANTILISUE LITTERAIRE. — LES JOCRXAUX , LE PUBLIC ET LES ÉDITEURS. — AVIDITÉ DE H. DUMAS. SES RELA- TIONS AVEC LA COMÉDIE FRANÇAISE. — NOTRE DERINIER MOT.

U est difficile d'assigner des bornes à la fécondité d'on écrivain, de supputer le nombre de lignes qu'il écrira dans un temps donné. Le roman surtout, ce genre frivole, a le droit de courir la poste et de semer à profit sion les volumes. Encore faut-il néanmoins mûrir un sujet , dresser un plan, rassembler tous les fils d'une intrigue , coordonner les diverses parties d'un ouvrage , ou bien on marche en aveugle, on finit par se trouver dans une impasse , on se heurte en chemin contre des obstacles infranchissables. Or, en tenant compte de ces préparatifs , en supposant qu'un auteur ne prenne que le repos absolument nécessaire , qu'il mange à la bâte, qu'il dorme peu, que l'inspiration chez lui soit constante, toutes choses impossibles; dans cette hypothèse, l'écrivain le plus habile produira peut être quinze volumes par an quinze volumes, comprenezvous, monsieur Dumas? Encore, n'écrira t-il pas pour la gloire, encore lui défendons-nous de châtier son style et de trouver une minute pour jeter le moindre coup-d'œil sur ses épreuves. Demanda plutôt à ceux qui travaillent seuls; interniez nos romanciers les plus féconds, Georges Sand , Balzac, Eugène Sue , Frédéric Soulié ; tous vous répondront que notre chiffre est impossible et qu'il ne leur est jamais arrivé de l'atteindre.

Vous avez publié trentz-six volumes dans le cours de l'année 18/Î&, monsieur Dumas , et, pour l'année 1845, vous en annoncez le double.

Eh bien, nous allons faire le simple calcul que voici :

Le plus habile copiste, écrivant douze heures par jour,- obtient à peine 5,900 lettres à l'heure, ce qui lui donne, sa journée finie, &6,800 lettres, ou 60 pages ordinaires de roman. Donc il pourra copier cinq volumes inoctavo par mois et soixante par an, mais à condition qu'il ne s'arrêtera pas une heure et ne perdra pas une seconde.

Or, vous êtes un expéditionnaire de premier mérite, monsieur Dumas.

Du 1" janvier au 31 décembre , vous travaillez régulièrement douze heures par jour, vous dormez peu, vous mangez à la hâte, vous ne consacrez pas une minute au plaisir, vous ne voyagez guère , on ne vous rencontre jamais dehors : en conséquence , si nous supposons que vos travaux dramatiques, la confection de vos pièces, votre courrier vis-à-vis des journaux et des théâtres, les visites importunes , quelques articles de circonstance, comme les lettres de la Démocratie, par exemple; en supposant , disons-nous , que tout cela ne vous enlève que la moitié juste de votre temps, nous comprenons encore que vous ayez pu recopier tbente volumes dans le cours de Tannée iSliU... mais trente seulement! les six autres ont dû Têtre par monsieur votre fils. Maintenant , si vous doublez vos publications pendant cette année de grâce, comment allez-vous faire ? Vous n'avez que deux moyens au choix : ne pas dormir, votre fils et vous; travailler Tun et l'autre vingt-quatre heures sans bouger de place, ou bien exercer vos fabricants à imiter aussi votre écriture. Il n'y a pas de milieu; car, si vous livrez à l'impression les manuscrits tels quels, tous les protes de la capitale auront bientôt entre lesmains des preuves terribles contre vous.

Oh ! faut-il que nous dévoilions ainsi la honte ! faut-il que nous détruisions jusqu'à la possibilité du doute !

A une époque où le brocanteur littéraire n'avait pas encore afiiché le cynisme que nous lui connaissons , M. de Lomenie, le jeune et spirituel auteur de la Galerie des contemporains illustres, disait de M. Dumas:

« II a fait des masses de romans, des feqilletoDS par centaines. Dans la seule année 1840, il a publié vingt-detus volumes in'%°, li a même écrit d'une main Thistoire qu'il feuilletait de Tautre, et Dieu sait quel historien c'est que M. Dumas ! Il a publié des /mpresnons de Voyage où Ton trouve tout, du drame, de l*élégie, de l'églogne, de Tidylle, de la politique, de la gastronomie, de la statistique, de la géographie, de l'histoire, de Tesprit enfin, tontexcepté de la vérité. Jamais écriyain ne se gaussa plus intrépidement de son lecteur, et jamais lecteur ne fut plus indulgent pour les gasconnades d'un écrivain. Cependant M. Dumas a tant abusé de la crédulité de ce bon publie que ce dernier commence h. se tenir en garde contre les découvertes du voyageur.

Quand M. Dumas n'est pas sur les chemins, ce qui est rare, il séjourne assez habituellement à Florence, où, sauf quelques voyages à Paris, il semble depuis quelques années avoir fait élection de domicile. C'est de là qu'il expédie on commande d'innombrables cargaisons de produits littéraires dont le débit n'est pas toujours heureux, carie Dumas baisse sensiblement sur la place. Atteint par cette déplorable contagion d'industrialisme» la lépre de Vépoque, M. Dumas, on peut et on doit le dire, semble voué corps et âme au culte du veau d*or. Sur l'affiche de quel théâtre, même le plus infime, dans queUe boutique, dans quelle entreprise d'épiceries littéraires n'a t*on pa^ vu figurer son nom ? Il est physiquement impossible que M. Dumas écrive ou dicte tout ce qui paraît signé de loi. C'est une chose triste à contempler que cette décadence d'un homme bien doué sous certains rapports, mais dépourvu de cette couscience de l'esprit qui s^appelle le goût, qui maintient la dignité chez l'écrivain, et dont le talent ne saurait résister longtemps encore an régime meurtrier de la littérature industrielle. »

Voilà comme on VOUS jugeait, il y a deux ans, monsieur Dumas. Aujourd'hui que vous avez fait d'immenses progrès, aujourd'hui que l'usine a doublé de valeur , M. de Lomenie saisira sans doute l'occasion qui se présente d'ajouter à votre biographie de nouveaux et plus curieux détails.

— so —

Nous avons sofiSsamment prouvé déjà combien est grande l'immoralité de celte exploitation de TinteUigence. Tous les hommes de cœur, toutes les personnes qui n'ont pas étouffe dans leur âme le sentiment du juste conviendront avec nous qu'il était nécessaire de la flétrir. Quant à ceux qui en douteraient encore, il suffira de leur développer brièvement les fatales conséquences du mercantilisme de la plume , pour les ranger à l'avis commun , pour les enrôler dans cette croisade que nous prêchons contre M. Dumas.

Et d'abord qu'il prenne fantaisie à un autre nom célèbre d'imiter la conduite de l'auteur de /ren?-^///; que M. Eugène Sue, par exemple, se dise à son tour : Assez de travail , ma renommée est à son plus haut période , exploitons-la. Je vais prendre aussi des ouvriers au mois, des écrivains a la journée; je vais monter une boutique et faire du commerce. Que M. Eugène Sue tienne ce langage, et, demain , la littérature française n'a plus que deux noms ; les journaux et la librairie se restreignent à deux signatures. Ceci est de la dernière évidence , puisque M. Dumas à lui seul envahit déjà presque tout le domaine de la publication.

Mais est-il dans l'intérêt de la littérature de se borner à un seul ou à deux auteurs ?

Sans parler de l'inévitable monotonie qui résulterait de ces noms éternellement répétés, où serait, nous le demandons, la justice d'une pareille mesure ?

' Quoi ! vous fermerez la barrière sur deux combattants ? Tous nos jeunes écrivains, vous les expulserez du tournoi? vous les empêcherez de se chauffera ce radieux soleil de la publicité qui fait éclore de si beaux fruits? vous écraserez sans remords de nobles talents en germe ? vous aurez le courage de mutiler tous ces anges de poésie, qui ne demandent que l'espace pour y déployer leurs ailes? non, ce serait du délire. Prenez le p|us absurde des réformateurs, choisissez le fervent prosélyte des plus niaises utopies , sondez le cerveau le plus étroit de l'hmnaine espèce, et vous ne trouverez nulle part cette idée siupide et monstrueuse tout ensemble du monopole appliqué à l'esprit et à l'intelligence.

Et pourtant , bien que le système soit impossible, le fait existe. Le mal devient de jour en jour plus incurable et la gangrène approche des régions du cœur. Si quelque hardi chirurgien ne tranche avec le scalpel un membre impur, le corps tout entier n'existera bientôt plus.

On verra le dix-neuvième siècle assister à la mort des lettres et suivre

leur convoi funèbre.

Oui, monsieur Dumas, oui, grand homme , vous tuez la littérature.

D'abord vous envahissez toutes Jes tribunes qui devaient rester ouvertes à d'autres talents que le vôtre. Vous rassemblez autour de vous des écrivassiei-s sans conscience qui' dépouillent la dignité de la plume , qui se cachent honteusement sous le voile de l'anonyme, et auxquels, dès lors, il importe peu de jeter au sein des masses le levain du mauvais goût , les

principes corrupteurs. Avec le secours de ces ouvriers ténébreux , vous manipulez un poison lent qui s'infiltre dans les veines du corps social ; vous mettez au pétrin Thistoire avec le mensonge et vous en faites un amalgame indigeste que vous donnez au peuple pour sa nourriture intellectuelle. En présence des générations naissantes , vous eàlevez à la vertu son prestige , vous frappez la morale en plein visage et vous chassez la pudeur comme une coureuse. Sur vos pages le vice à des allures aimables , la débauche est bonne ûlle et le crime excite la compassion plutôt que le mépris. Vous mettez à la mode enfin cette littérature galvauique et furibonde , qui remue les passions mauvaises , qui fouette le sang» qui ré* veille les organes apathiques des hommes blasés. Vous habillez le so<* phisme de couleurs éclatantes et vous l'envoyez chaque matin rendre visite à vos lecteurs pour leur former l'esprit et le jugement. Grâce à vous et aux cuisiniers qui manœuvrent sous vos ordres , le public refuse toute nourriture saine. Il n'aime plus que les ragoûts affreusement épicés. Le faux le séduit, l'extravagance le transporte ; il chevauche en croupe avec vous sur la mule' fantasque du caprice; il galope dans des régions perdues, sur des chemins impossibles. Qu'on essaie de le ramener sur la grande route du sens commun , il piquera sa mule et vous répondra par des ruades. Aujourd'hui les bons livres passent inaperçus , le beau style est dépouillé de ses charmes , le vrai paraît fade , le naturel ennuie. Qu'on élabore uù chef-d'œuvre, et Ton est sûr que la préférence sera donnée sans conteste au premier de vos feuilletons grotesque et menteur. Voilà, monsieur Dumas, ce qu'est devenue la littérature entre vos mains. Traiter avec vous la question d'art serait parfaitement inutile. Vous ne connaissez que deux choses , fabriquer et vendre ; fabriquer beaucoup pour vendre davantage. Vos ouvriers surtout se pénètrent de ce principe, et c'est la raison pour laquelle tous les cabinets de lecture sont empoisonnés de vos produits. L'homme qui signe ses œuvres écrira quatre volumes par an, tout au plus, et les soignera dans l'intérêt de son avenir et de son nom ; l'homme qui ne signe pas en brochera vingt et donnera sans gêne dans les écarts du mauvais goût et de l'absurde. Il faut pourtant établir une exception pour vous , monsieur Dumas : vous signez tout et ne soignez rien. Mais la question d'argent l'emporte à vos yeux sur une foule d'autres considérations. Pour vous il n'y a qu'une affaire essentielle : débiter votre pacotille et gagner deux cent mille trancs.

Et vous oserez vous défendre ? et vous oserez dire que nous ne marchons pas à la perte des lettres? Et vous prétendez au trône académique... vous! vous, monsieur Dumas ?

On vous admettra, nous aimons à le croire, au sein du nouveau conseil de prud'hommes, qui va s'établir pour veiller aux intérêts des négociants de la capitale ; mais à l'Académie, jamais !

Le plus infâme résultat de votre commerce est sans contredit l'obligation dans laquelle vous mettez nos jeunes écrivains de vendre au rabais

leurs ouvrages. Les cartoos des feuilles périodiques se trouvent encombrés de vos manuscrits ; il en résulte évidemment que le premier mot qui sort de la bouche d*un rédacteur en chef est un refus de lecture. On apporte une nouvelle ravissante, un feuilleton de choix, un roman plein d'intérêt ? — Daignez vous adresser ailleurs : nous avons six , douze, vingtquatre volumes (1) de M. Dumas.

Ailleurs, on vous fait une réponse analogue.

Partout il faut vous briser contre celte muraille de bronze. Le seul espoir qui vous reste est celui d'allécher la rédaction par l'appât du bon marché. Quelquefois on se laisse séduire ; mais le plus souvent on vous repousse avec dédain, car une proposition de vente au rabais déprécie votre œuvre. On vous repousse, car, dans un journal, la rédaction reste presque toujours étrangère à la propriété. Certes, il est parfaitement égalàceluiqu'on a chargé de l'examen des'œuvres littéraires de voir payer M. Dumas à raison de sept mille francs le volume et vous à raison de trois cents francs. C'est àdire, expliquons-nous : il aime beaucoup mieux que la caisse verse la grosse somme. Il ne Ura pas M. Dumas, on le prend de confiance ; tajidis qu'il serait obligé de vous lire... et pourquoi se créer de la besogne inutile?

Ainsi j vous en êtes pour une démarche humiliante , pour des propositions honteuses, pour des paroles qui déshonorent l'écrivain , qui le ravalent au niveau du commis-marchand, du courtier d'annonces, de toute la plèbe industrielle qui s'agite et tripote sur le pavé de la capitale.

Honte et dégoût !

M. Dumas va nous répondre, en montant sur le piédestal de son orgueil :

Vous êtes des marauds ! vous criez parce que vous avez faim. Vous êtes de plats jaloux qui ambitionnez ma gloire ; vous êtes des mendiants qui frapperez un jour à ma porte, afin de me demander l'aumône!

Non, monsieur Dumas.

Libre à vous de nous insulter , mais libre à nous de crier : justice ! libre à nous de provoquer le châtiment que méritent vos menées coupables. Le public est un juge impartial, un juge sévère. Il a pesé notre accusation, tous les témoignages yous accablent. L'écrivain vit de sa plume et n'a pas recours à celle des autres. L'écrivain ne se pose pas en despote et ne chasse pas ses frères de l'héritage commun. L'écrivain n'a pas recours à l'agiotage et à la brocante pour s'épargner des veilles, pour se donner du loisir, pour trancher du grand seigneur et s'entourer des folles joies du siècle. Oui , vous tuez la 4ittérature et vous perdez les jeunes écrivains ! Vous

(1) On sait que tout récemment M. Dtijdrrier, de la Presse^ a Tait avec M. Dumas ull traité par lequel celui-ci s'engage à Uyrer viogl-quatre volumes par an« sans préjudice à ses autres fournitures.

nous arrachez le pain de chaque jour, vous nous rendez incapables de travaux sérieux. La misère est là tout près de nous, pâle et sombre. Notre labeur du jour est escompté de la veille. Nous sommes beaucoup moins rétribués que le manœuvre , attendu que vous prenez à vous seul tout le budget littéraire. Jamais nous n'arriverons à cette médiocrité paisible, à ce calme d'une existence dégagée de tout embarras matériel , où seulement alors il est permis de travailler pour l'avenir et pour la gloire.

Et cependant il en est parmi nous qui ont fait leurs preuves. Il en est dont le talent est reconnu. Ceux-là vous les écrasez comme les autres; car, entre l'ouvrier le plus habile et les bras d'airain d'une mécanique anglaise, il n'y a pas de lutte possible. Le chêne aux rameaux ambitieux étouffe les jeunes arbres et les fait mourir par la privation de soleil.

Justice ! encore une fois justice !

Que M. Dumas travaille seul, qu'il se borne à ses propres ressources. Que chacun signe son œuvre et en réponde devant le public : voilà ce qui est juste, voilà ce qui doit être, voilà ce qui sera demain, si les journaux comprennent leur devoir, si la librairie veut se relever de sa chute.

Mais, objectera le journalisme, nos abonnés demandent des noms ; ils exigent avant tout la célébrité de la signature. Erreur !

Dans aucun cas les abonnés ne préfèrent une rapsodie signée dumas à une nouvelle intéressante signée de l'écrivain le plus obscur. Dites plutôt que le charlatanisme de l'annonce, à force de hurler sur votre quatrième page , finit par vous étourdir vous-même ; dites que vous embouchez le porte-voix de la réclame, afin de crier à toute la France des noms illustres. L'abonné se laisse prendre à cette glu , l'abonné foisonne dans vos bureaux , quitte à les déserter ensuite , quand il aperçoit le triste résultat de vos promesses. S'il vous voyait au contraire puiser, n'importe à quelle source, une littérature consciencieuse, il viendrait lentement, mais ne s'en irait plus. Le succès que vous ambitionnez serait durable et vous auriez de moins sur la conscience le remords d'avoir favorisé la piraterie littéraire. La presse vous a donné son sceptre pour régner sur le monde, et son flambeau pour éclairer les peuples. Ne laissez pas des industriels changer ce sceptre en caducée , ne souffrez pas que ce flambeau s'éteigne dans les ténébreux souterrains du mercantilisme.

Êtes-vous, au bout du compte, les commis de M. Yéron, les teneurs de livres de M. Dujarrier ?

Que ces messieurs deviennent les patrons d'un magasin de denrées coloniales ou les chefs d'une entreprise de roulage ; mais qu'ils ne spéculent sur rintelligence , qu'ils respectent le domaine de la pensée.

Tout ce que nous venons de dire au sujet des journaux s'applique également aux éditeurs.

Ils ont suivi Timpulsion commerciale, ils ont joué le public, et la librairie expire. Oh ! ne vous plaignez pas, nos maîtres ! il nous semblerait entendre un impru dent jockey déplorer le trépas d'une noble jument de race, qu'il

a stupidement éperonnée pour Tobliger à fournir une course impossible. Oui, la librairie se meurt, etsavez-vous pourquoi? nous allons tous rapprendre. Parce que d'une profession qui doit être avant tout intelligente , TOUS avez fait un commerce aveugle et matériel ; parce qu'il n'est pas un de vous qui ne déclame solennellement cet axiome ridicule : « un ÉDiTEtJR NE DOIT PAS SAVOIR LIRE ! ») parce que vous vous bornez à l'imposture de l'étiquette, sans goûter au contenu de la fiole ; parce que vous comptez sur la réputation du fabricant povir débiter des volumes trompeurs , des compilations odieuses, des romans frelatés ; parce que tout ce qui tient à la gloire des lettres vous intéresse médiocrement et que peu vous importe la honte de la plume, pourvu qu'au bout de cette honte se trouve une pile d'écus. Voilà pourquoi la littérature expire, voilà pourquoi cinq ou six noms tout au plus s'impriment et se vendent. Gomment le public aurait-il confiance aux soldats, quand les chefs se déshonorent? Et qui a provoqué ces lâches manœuvres des rois du talent? Vous! c'est votre avidité qui a fait naître la leur. Au lieu de les resserrer dans les limites du travail possible, vous les avez excités de l'éperon pour les faire galoper sur le terrain du vandalisme et de la piraterie. Courez^ courez toujours, nos maîtres ! vous finirez par tomber dans un abîme, et l'on placera cette inscription sur le lieu du sinistre : « Un éditeur ne doit pas savoir LIRE. »

M. Dmms va nous reprocher de Tabandonner, qu'il se rassure. L'avidité de messieurs les éditeurs nous ramène tout naturellement à la sienne. Cette longue et pénible histoire de notre littérature moderne peut se résumer par un seul mot, I'argent.

Croira-t- on que M. Dumas, en plein dix-neuvième siède , à la face de toute la France , ait osé non-seulement dire , mais écrire , mais publier, dans un journal, ces paroles :

H En travaillant pour le Théâtre Français pendant un an et demi, et en gagnant 79,000 francs, j'ai non pas perdu, mais manqué à gagner 137,000 francs. » {Démocratie Pacifique.)

Ah! le pauvre homme I Ah! riionnete écrivain ! jugez un peu : le voilà qui s'ingénie, dix-huit mois durant , à faire de l'art. Il veut alimenter la scène de Corneille , de Racine et de Molière ; il désire empêcher la ruine du premier théâtre du monde. Nouvel Atlas , il le porte sur ses ëpaules

robustes Pauvre homma! N'est-ce point un dévouement sublime? Allons,

soyons justes ! messieurs de la Comédie Française , vous auriez dû tomber-à deux genoux et baiser la trace précieuse de ce nouveau Messie, qui vous ouvrait une ère nouvelle de succès et de gloire. Or, de quelle façon M. Dumas a-t-il été récompensé de ce dévouement? quel prix a-t-il obtenu pour son inconcevable sacrifice ? sojxainte-dix-neuf mille francs en dixhuit mois, rien de plus, pas un centime avec pauvre homme! et comprenez bien toujours : pendant ces dix-huit mois, M. Dumas aurait pu

commmder soixante-sept volumes à ses manœuvres , les recopier de sa main (les volumes) et les vendre à raison de trois mille francs chaque, (c'est le plus bas prix de sa manufacture). Son chiffre habituel, deux cent MILLE FRANCS, eût été atteint du coup... pauvre homme ! Au lieu de cela, que palpe-t-il ? Vous le savez , hélas ! bien peu de chose ; et, si vous avez Tobligeance de faire une simple soustraction, vous reconnaîtrez sans peine qu'il a (' manqué à gagner 137,000 francs » et que si les sociétaires de la Comédie Française avaient la moindre délicatesse et la plus légère teinture des procédés commerciaux , ils s'empresseraient de combler ce malheureux déficit; car, après tout, messieurs, il faut vivre, et M. Dumas a de la famille... Pauvre homme !

Puisqu'il s'agit de délicatesse et de procédés , voyons un peu de quelle manière s'est conduit M. Dumas avec le thoatie de la rue Richelieu.

Le commencement de leurs relations date du 30 avril 1828, jour de la réception de Christine. Pour des motifs de convenance réciproque, Henri III, accueilli postérieurement, eut le premier les honneurs de la représentation, et M.Dumas,'comme on lésait, n'eut paslieuàe s'en plaindre. Restait Christine , et déjà l'on s'occupait activement de la mise en scène , quand un nommé M. Brault, dont les cartons de la Comédie Française possédaient une pièce , également reçue , vint à topjber dangereusement pialade. Son fils accourut au théâtre et déclara que le pauvre mori« bond n'avait qu'un rêve, qu'une pensée, qu'une espérance, la représentation de sa pièce. On espérait vivement qu'une bonne nouvelle à cet égard aurait, sur la santé de M. Brault, l'effet le plus salutaire. Mais les cinq actes de M. Dumas devaient passer d'abord : quel parti prendre , à quoi se résoudre? Plusieurs éx:rivains, parmi lesquels nous citerons M. Casimir Bonjour, se rendirent chez l'auteur de Henri III, pour lui exposer le fait, et lui insinuèrent que céder son tour serait une bonne œuvre. Alors M. Dumas de professer les sentiments les plus héroïques et l'abnégation la plus entière. — Comment donc ? il cédera son tour avec le plus grand plaisir; il s'associera de tout son pouvoir à cette bonne œuvre. En douter serait lui faire injure. Chacun est dans le ravissement , on élève aux nues M. Dumas... mais , le s oir même , il retirait Christine pour la porter à rodéon. — Première délicatesse.

Quelque temps après, la Comédie Française reçoit -^nfony. La pièce est montée sur le champ, les rôlss s'apprennent; tous les premiers sujets sont appelés à faire valoir le chef-d'œuvre, et l'on annonce la première représentation sous un délai de trois jours. iMais tout à coup la fatalité jette M. Dumas sur le passage du directeur de la Porte-ijaint-Martin. On lui offre

5,000 francs de prime; il les empoche avec allégresse et, prétextant le motif le plus absurde, il va reprendre Antony aux Français pour le porter

triomphalement au boulevart. — Deuxième délicatesse. Nous ne compterons plus.

Ces deux exemples doivent suffire et prouvent assez à nos lecteurs com-

bien messieurs les sociétaires sont blâmables de ne pas reconnaître des procédés aussi touchants par la remise intégrale du déficit en question.

Mais pourquoi , s'il vous plaît , M. Buloz , le commissaire royal actuel, a-t-il encouru la vengeance de M. Dumas? Pourquoi ce dernier, traînant son ennemi dans Tarène ouverte par la Démocratie pacifique, s'est-il amusé, pendant cinq n^oriels numéros, à le déchirer à belles dents ?

Mon Dieu, voici l'histoire : M. Buloz a refusé de demander au ministre de rintérieur une prime de cinq HILLE francs. Depuis l'aventure d'^^ntony, M. Dumas a contracté la douce habitude des primes.

Et, quand on les lui refuse, quand on essaie de brider son effrayant appétit, quand on a l'inso lente prétention de vouloir imposer des bornes à son avidité , M. Dumas s'indigne, M. Dumas trouve le fait incompréhensible, M. Dumas crie qu'on le dépouille.

C'est ainsi qu'on l'a vu jadis attaquer violemment M. Harel , qu'il comble aujourd'hui des éloges les plus flatteurs ; mais les vents ont changé.

C'est ainsi qu'en 1838, il essaya de trancher du Don Quichotte et de prendre la défense des tristes sociétaires que M. Védel faisait mourir de faim. Malheureusement, M. Védel ne tint pas compte de l'héroïsme déployé parce digne émule d'un fou chevaleresque. On éclaira le public dans une discussion calme et lumineuse. Des pièces du procès, que nous avons en ce moment sous les yeux , il résulte : 1*» que M. Dumas daigna gratifier la Comédie-Française d'une pièce intitulée Caligula (auteur M. Anicet ) ; 2^ qu'il octroya le droit de représenter son chef-d'œuvre aux conditions suivantes : Prime de cinq mille francs; engagement de mademoiselle Ida Ferrier, aujourd'hui madame Alexandre Dumas (/i,000fr.), reprise de Charles Fil , reprise d'Angèle\ 3° qu'on s'empressa de souscrire à toutes ces exigences et qu'une somme de 80,000 fr. fut dépensée pour monter dignement une pièce.. . qui eut la chute la plus retentissante ; /i° que M. Védel, voyant les recettes presque nulles, et désespéré de perdre 800 fr. par jour , retira le chef-d'œuvre de la scène, à la vingtième représentation ; 5° que M. Dumas , irrité de cette hévue ( le terme est pris dans une lettre qu'il écrivit à M. Védel), cria de toutes ses forces dans le feuilleton de la Presse qu'on ruinait le théâtre et qu'on laissait mourir de faim les sociétaires.

Il est de fait que Caligula n'avait pas tort.

Aujourd'hui ce n'est plus M. Védel que M. Dumas attaque, c'est M. Buloz, et la querelle de \%hk présente avec la querelle de 1838 une analogie singulière. Nous laisserons parler ici le Journal des artistes. Il racontera mieux que nous :

Le 21 avril 1843, sur la demande de M. Damas, fat signé par les membres da comité d^admloistratlon da Théâtre-Français, stipulant poar leur société et pour M. Alexandre Dumas, un traité qui contenait les conditions suiTantes :

1« M. Alexandre Dumas s'engage à présenter et à lire au Comité de la Gomédie-Franaise trois pièces de lui ; deux comédies et un drame, toutes en cinq actes;

^^ I« première pièce, inlUulée : ies Demoiselles de Saini-Cyr, comédie en cinq actes, qui a été lue et reçue le 20 avril 1843, donnera droil à M. Alexandre Dumas à une prime ferme de la somme de 5,000 fr. ;

S» La deaxième pièce (une comédie) sera lue le 1" aoùl prochain ;

4» La troisième pièce (un drame) sera lue en janvier 1844.

Ces deux derniers ouvrages n'auront droit qu*à une prime coii(it7ioitfi0;/e de 5,000 fr. pour cinq actes, c'est-à-dire dans le cas où la recette brute des vittgt premières représentations de chaque pièce dépasserait la somme de cinquante mille francs.

M. Dumas a satisfait, sans difGculté, à la première de ces trois clauses bien solidaires les unes des autres, on le conçoit; il y avait cinq mille francs à toucher quel que fût le saccès de la pièce. Mais quant aux deux autres, encore inexécmées, voici ce qui est arrivé : M. Dumas a bien présenté ei fait recevoir au théâtre la comédie qui devait être lue le !•' août 1843 ; maU cette pièce n'a pas été jouée, et n'a pas été jouée parce que M. Dumas n^a point voulu qu'elle le fût dans les termes du traité. Prouvons. Celle pièce, une Conspiration sous le Régent, était en répétition lorsqu'elle fut retenue à la censure. La censure ne demandait qae de médiocres changements pour rendro la pièce au Théâtre. Ces changements portaient sur le Régent, grand-père du roi, bassement aduU, et si bassement, que la censure craignait que la presse radicale et la presse légitimiste ne se crussent autorisées, par esprit de réaction, à publier des articles blessants pour le petit-fils. Si l'on en juge par les sentiments exprimés dans les lettres auxquelles on répond ici, ces changements faciles devaient peu coûter aux conviclioiis -politiques de M. Dumas. Mais M. Dumas se souvenait de l'accueil fait à Lorensine ei àu\ Demoiselles de Sainte Cyr, et les conditions attachées à la prime ne la garantissaient pas à l'auteur d'une Conspiration sous le Régent. Il jugea donc qu'il était plus sûrement profitable pour ses produits de se plaindre au ministre de rintérieur de la violence que Von voulait faire à ses affections dynastiques, du dommage qu'on lui causait s'il y restait fidèle, ce qu'il ferait, et finit par demander, comme fiche de consolation, la modique somme de siai mille francs. On lui en donna trois mille, et il se tut. Mais en abandonnant ainsi, pour quelque temps du moins, cette pièce à la censure, M. Dumas livrait les intérêts du Théâtre. Le Théâtre le ressentit vivement. — Premier grief de la Comédie-Française contre M. Dumas. Ce n'est pas tout. D'une pièce tirée déjà do Chevalier d*Harmenial, roman-feuilleton publié dans le Siècle, M. Dumas fit un autre roman, la Fille du Régent, qui parut dans le Commerce,

C'est là ce qui s'appelle posséder à fond la science de l'industrie littéraire. Il est impossible de mieux utiliser ses produits. M. Dumas ne se borna point à disposer simplement d'un bien qui ne lui appartenait plus ; il signa avec le journal le Commerctf un traité par lequel il s'obligeait à ne laisser jouer la pièce reçue au Théâtre-Français que quatre mois après la publication entière du roman qui en était sorti. M. Dumas s'engageait donc à ajourner les changements qui pouvaient rendre au Théâtre-Français une pièce d'ailleurs déflorée d'avance, et que le Théâtre-Français avait droit de réclamer sans délai? Peut-on manquer plus complètement à la foi jurée? En présence de ces procédés, le Théâtre n'était-il pas fondé à refuser de reprendre Christine qu'il avait promis de jouer en même temps qvkvne Conspiration sous le Régent ? Et pourtant croira-t-on que M. Dumas, après avoir si ouvertement, si... cavalièrement violé ses obligations envers la Comédie-Française, poursuivit la Comédie-Française de ses colères et de ses obsessions, pour gagner les béoéfices d'un traité verbal qu'il déchirait lui-même en blessant tous les intérêts du Théâtre. Mais le Théâtre tint bon malgré les remoLtrances de M. Buloz, que nous trouvons, nous, toujours trop faible pour M. Dumas, et Christine ne fut pas reprise. M. Dumas ne pardonna point au Comité le refus qu'il essuyait. Aussi les choses alléreotellesde mal en pis. Bien des fois, au Comité, il fut question de mettre M. Dumas en demeure de remplir l'engagement quMl avait pris de livrer un drame en cinq actes, le 1" janvier 1844, drame que M. Dumas doit encore au Théâtre-Français ; mais le Théâtre, comprenant mieux sa dignité, ne voulut pas user de rigueur. D'ailleurs M. Dumas n'avait-il pas menacé de venir lire, au lieu d'un drame de lui, un drame que l'on savait être de M. Dennery, les Neveus de Bassompierre, — c'est la pièce qu'il lient à la disposition du successeur de M. Boioz ; — vous le refuserez, ajoutait M. Dumas, et tout sera dit.

Cependant les quatre mois stipulés par le journal le Commerce étaient écoulés et le collaborateur de M. Dumas, dans la pièce retenue à la censure, — M. Dumas, on le sait, a beaucoup de collaborateurs, — M. Brunswick, ancien bijoutier, çt, depuis, acteur au théâtre des Variétés, s'ennnyant de ne rien toucher sur le produit indivis entre lui et M. Dumas, vint frapper à la porte de la Comédie-Française. 11 avait reçu de la censure la promesse que, les changements faits, la pièce serait rendue. Il dit donc qu'il s'engageait à faire faire par M. Dumas les changements demandés, si le Théâtre voulait s'obliger à jouer la pièce, à la fin de mars 1844. Le Comité fut assemblé jusqu'à trois fois

pour dénner la réponse, etjl faut bien 1« dire, les paroles prononeée* dans ces (rois iéaocesnireBt irès-dnreBpoarM. Dumas. On caractérisa énergiqnement sa conduite. H n'eut qu*an défenseur, el quel fut ce défenseur ? M. Baloz. C'est seolemftnt dans la deuxième ou la troisième séance qoe M. Bulca pat amener le comité m prendre rengagement sollicité par M. Brunswick ; mais cette concession ne perTit qu'à rendre M. Dumas pins eiigeanl* Il revint sur les conditions que M. Brunswick atait faites en son nom. Irrité de ce qnê le Théâtre if avait pas repris Chriitin", il dit i M. Brunswick qu'il voulait, ce sont ces propres paroles, que le Théâtre -Français s'humiliât, et ^ouH Christine avant tout autre pourpsrier. -^ Mais, répondit M Brunswick, en prenant ce parti vous cornpromettei mes iniéréts ? je sois votre collaborateur, et Je souffre dans mon f^roduit» '— Qu*à cela ne tienne, reprit M. Dumas, je vous mettrai de moitié dans denx autres eoUaborations qui compenseront largement cetlo perte. — Cela dit, cela fait. M. Brunswick livra les intérêts dn ThéAtre à M. Dumas, comme M. Dumas les avait livrés à la censure. Ce n'était pas li an procédé entièrement irréprochable. On le fit remarquer à M. Brnnswick quand il vint raconter le résultat de son intervention. — Que vouliez-vous que Je fisse ? <iit-ii; Dumas ne veut rien entendre, il est furieux contre le Théâtre : il n'y a qu'un moyen de le calmer, c^est de lui faire obtenir du, ministre de V Intérieur une prime de einq mille francu, — Voilà donc où l'on voulait en venir, dit-on à M. Brunswick; c'est là le jeu que jouait M. Dnmas : on s'en était douté. Alors M. Bnloz déclara saes hésiter et sans arriére-pensée 'que tont avait été épuis'>, qu'une démarche auprès de Al. Duehâtel serait inutile, qu'on n'en tenterait pas; qoe s'il y avait à se concilier avre M. Dumas, ce serait sar le terrain do Théâtre, et non sur le terrain du ministère de Tin* térîeur.

Cette conversation avait en lieu le matin ; le soir M. Brunswick revint au Théâtre avec l'ultimatum de M. Dumas. Cet ultimatum portait que le Théâtre s'engagerait à reprendre et à jouer Christine vingt-cinq fois dans re:-pace de quatre mots et dans le courant do rhiver, moyennant quoi M. Dumas exécuterait les changements que la censure exigeait pour rendre au Théâtre une Conspiration sous le Régent, et que, si Ton n'acceptait pas* renverrait. Cet ultimatum était dérisoire; le Théâtre-Français savait trop bien que Christine ferait à peine des recettes de trois à quatre cents francs. La proposition d'aban* donnor ainsi la saison la pins fructueuse ne pouvait pas même être diicuiée.

Tou^ fut rompu, et les menaces que M. Dumas avait fait porter indirectement par M. Brunswick s'exécutaient, huit jours &près,'dans la Démocratie pacifique.

Très bien ! Résumons un peu cette édifiante histoire.

D'un livre intitulé le Chevalier d'Harmental ( auteur, M. Auguste Maquet ), notre héros tire un épisode dont il fait la pièce reçue à la Comédie-Française , Une Conspiration sous le Régent ( auteur, M. Brunswick ). La mine était raisonnablement exploitée , Dieu merci ; mais tout à coup M. Dumas avise qu*un livre, déjà métamorphosé en pièce, peut, d'un seul coup de baguette, reprendre sa première forme, et nous assistons à la naissance de la Fille du Régent (auteur, M. Couailhac.)

Ainsi que le dit fort bien le Journal des artistes : « Il est impossible de mieux utiliser ses produits. »

Vous n'êtes pas sans vous être glissés, quelque soir, dans la petite salle Bonne-Nouvelle, où Philippe , le célèbre prestidigitateur, vous a presque rendu les croyances naïves de nos pères à l'endroit des sorciers. Ce Phi-lippe, il y a deux ou trois siècles, aurait évidemment fini par la hart ou le fagot. Lorsqu'il \ous a bien ébloui de ses prestiges et que votre cerveau tourbillonne dans le pays des chimères , il vous prie très poliment de lui prêter votre chapeau. — C'est un feutre perdu , n importe ! — Le magicien le pile dans un morbier, le coupe en cinq ou six tranches , verse par-dessus un liquide spiritueux , approche une lumière de ce gâchis et met le tout en flammes à la plus grande satisfaction des chapeliers présents.

Mais , ô miracle f après avoir jeté dans un moule cet affreux mélange dt morceaux ratatinés, Philippe en retire votre feutre mieux portant que jamais. Ce n*est pas tout. De la cavité médiocre de cette coiffure, il extrait une infinité prodigieuse d'objets de toute espèce : des fleurs à remplir la salle, des jouets d'enfants, des livres d'étrennes, des serins aux ailes d*or, des perruches au corsage d'émeraudes ; puis de nouvelles fleurs pour les dames qui en exigent, puis de nouveaux jouets pour les marmots qui en réclament ; puis enfin de gros pigeons pattns , qui sortent tout ébahis de cet étroit colombier. Seulement alors il est permis à votre feutre d'aller reprendre sa place habituelle.

Notre escamoteur littéraire, M. Dum^s, a voulu singer ce tour de Philippe. Jugez de la chose.

Il prie M. Maquet de lui prêter un livre en guise de chapeau. Ce livre, il le met an mortier , le coupe en cinq actes, verse par dessus l'esprit de M. Brunswick ( nous n'affirmons pas que cet esprit s'enflamme ), jette le tout dans un moule et en retire... un autre livre ! C'est moins bien réussi qu'au théâtre Bonne-Nouvellc. Mais voici la fin. De cette pièce , de ce roman, comme il vous plaira de l'appeler, M. Dumas veut extraire : 1® six mille francs de M. Duchâtel ; T une place de bibliothécaire au château de Fontainebleau , place devenue vacante par la mort de M. Casimir Delavigne ; 3^ cinq autres mille francs de prime.

Philippe tire surtout des fleurs, M. Dumas préfère les billets de banque. Philippe obtient constamment une entière réussite ^ nous verrons M. Dumas échouer dans sa tentative; mais ce n'est pas faute d'avoir bien combiné le tour. •— Écoutez.

Jadis , quand Sa Majesté le roi des Français, quand notre ancien protecteur, s'avisa de méconnaître les qualités brillantes dont la nature nous a doué pour être ministre , nous lui fîmes sentir le fouet de Juvénal et nous tonnâmes contre lui dans le transport d'une indignation sainte. Toutefois , en y réfléchissant depuis, nous nous sommes aperçus que notre colère était de l'ingratitude. Honte à ceux qui ne connaissent pas le repentir ! Prosternés à deux genoux dans les galeries de Versailles , nous avons demandé notre grâce et la croix. L'une et l'autre nous furent accordées , et nous le méritions bien. Mais il s'agit à présent d'exploiter ce retour de faveur. Louer directement le roi serait une maladresse ; on n'a pas oublié nos injures. £h ! parbleu , nous allons encenser son a!eul !

Aussitôt fait que dit

M. Brunswick a le mot d'ordre et l'on vous confectionne une apologie ' du Régent, si absurde et si grossièrement louan euse que la censure, laquelle cependant ne tremble guère en pareille occurrence, < craint que la presse radicale et la presse légitimiste ne se croient autorisées, par esprit de réaction, à publier des articles blessants pour le petit-fils. » Alors M. Dumas de se précipiter dans le cabinet du ministre et de crier à tue tête qu'on

fait violence à ses affections dynastiques. Il veut y rester fidèle et demande six mille francs pour prix de sa constance. On lui en donne trois mille, c'est peu de chose ; mais le Commerce complétera la somme et la Comédie-Française aurait tort de se plaindre.

En attendant nous devons être bien en cour.

Puisque ce pauvre Delavigne est mort , — Cher homme ! Dieu lui fasse paix ! une dangereuse concurrence de moins ! — puisque cette place de bibliothécaire est vacante , demandons-la pour notre héritier^ pour M. Alexandre Dumas fils , un gaillard solide , qui recopie les manuscrits avec une verve incroyable.

Ici, que nos lecteurs daignent parcourir ce passage d'une brochure qui a pris les devants sur la nôtre pour fustiger Tavidité de M. Dumas :

« On sait que M. Casimir Delayigne n^était point richie. Comme un autre il aurait pu faire du métier; mais il avait la faiblesse de se respecter dans ses œuvres. Le roi lui avait donné la place de bibliothécaire du château de Fontainebleau, véritable sinécure, qui permettait au poëte de consacrer tout son temps à ses occupations favorites. Casimir Delavigne étant mort, sa place devenait vacante. Il sera donc important d'arriver le premier. Pour cela, M. Dumas se rend au convoi du titulaire défunt et se place, par hasard, auprès de M. de Montalivet, avec lequel il tient même un des cordons do poêle. C'était le moyen de tenir aussi Toreille de M. Tiotendant, et M. Dumas lui demande sans plus de façon la place de celai qu'on mène au cimetière. M. deMontalivet fil observerau solliciteur que le moment était mal choisi , lui promettant au reste d'en causer avec lut plus tard. M. Dumas insista, déclarant qu'il ne sollicitait pas pour lui personnellement, mais pour son fils. Bref, il parait que M. l'intendant de la liste civile n'a pas trouvé que le génie du père devait être récompensé dans la personne de Tenfaot. On a refbsé net. indé irœ ! Nous ne dirons pas que nous tenons cette anecdote de M. de Monlalivet lui-même; cependant ceux qui voudraient la tenir de lui n'ont qu'à le prier de la leur raconter. »

Un refus !

Toute l'ancienne fureur de M. Dumas se réveille. Il va retrancher ces louanges absurdes , ces flagorneries que ne veut point accepter la censure ; il va quitter l'encensoir et reprendre son fer rouge.

Mais d'abord jouons la pièce.

Elle est déflorée d'avance ; elle est connue des lecteurs du Commerce et des habitués des cabinets de lecture ; on a mangé l'huître , il ne reste plus que les écailles... Eh! bon Dieu, la Comédie-Française est encore trçp heureuse ! M. Dumas a compromis les intérêts du théâtre ; il n'a pas rempli les conditions du traité, qu'importe? Il signe tout y vous le savez de reste, et rien ne l'engage. Au lieu que vous, M. Buloz ; au lieu que vous, messieurs les sociétaires, vous avez des sentiments honnêtes, une âme loyale ; vous observez les conventions verbales comme les conventions écrites. Allons, reprenez Christine I On la répète à VOdéon, je Vouhliais.... bah ! W^" Georges n'aura pas tous les admirateurs ! Jouez ensuite cette fameuse Conspiration sous le Régent, et versez-moi d'avance cinq mille francs de prime , cinq petits mille francs , Messeigneurs....

Arrière, mendiant ! Crois-tu que nous soyons obligés de te donner de l'or pour ces guenilles que tu as pendues à tous les crochets du journalisme et déchirées à tous les angles de la presse ?

Travaille, gagne un succès, touche un juste salaire ; mais ne viens pas ainsi demander Taumône à la porte d'un théâtre ! Où as-tu vu le génie descendre à ce degré d'opprobre ? Regarde les vrais littérateurs, prends Victor Hugo pour modèle, imite M. Scribe. On leur a parfois offert des primes, comme gage de réussite certaine, comme tribut anticipé d'admiration ; mais à aucune époque ils n'ont ainsi tranché du lazzprone, qui ne prie d'abord avec bassesse que pour menacer ensuite avec audace.

M. Buloz suivit l'exemple de M. l'Intendant de laListecivile et refusa net.

Alors on vit la Démocratie pacifique prêter sa croupe à M. Dumas, qui l'enfourcha d'un bond, pour courir ventre à terre sur le terrain du libelle. On sonna la charge contre le commissaire royal, contre les sociétaires du théâtre, contre l'administration des Beaux-Arts, contre le ministère, contre tout le monde. On essaya de lacérer les uns, de pourfendre les autres, et, tandis qu'on avait la lance au poing, rien n'était plus simple que de la diriger contre CQ petit' fils qui n'avait pas tenu compte des basses adulations prodiguées à son aïeul.

Oui, M. Dumas, qui, la veille, protestait encore de ses affections dynas^ tiques, prit de nouveau, prit à pleines mains la fange de l'ingratitude pour la jeter à son protecteur.

£t cela, parce qu'on n'avait point accueilli sa requête insensée; parce que, ce pain quotidien réservé pour le génie pauvre, on ne voulait pas le mettre sous la dent d'un homme qui mange deux cent mille francs, année courante, sans rien perdre de son monstrueux appétit; parce qu'une sinécure honorable, une pension déguisée sous l'apparence d'un emploi ne parut pas être due à un jeune homme de vingt ans, à un rhétoricien sans barbe, tout frais émoulu du collège.

Le roi, par L'organe de M. de Montalivet, refuse à M. Dumas fils la place de bibliothécaire d'une résidence royale, et M. Dumas père attaque le roi ,

M. Buloz refuse de demander 5,000 francs au ministère, à propos d'une pièce dont le succès est dorénavant plus que douteux ; de les demander pour un homme qui, depuis 18/^0, a reçu 27,000 francs sur le budget des lettres, savoir :

En 1840, 3,000 fr.

Et M. Dumas attaque M. Buloz, il déchire la Comédie-Française, il insulte le ministère, crie au vandalisme, et d'une question de rapine , à lui toute personnelle, prétend faire une question d'intérêt général.

Il se pose en vengeur des lettres , lui ? Dérision !

Parcourez de grâCQ les cinq numéros de la Démocratie Pacifique et

Vous entendrez M, Damas professer sans gêné, avec le {Jus franc cynisme, ses prindpes d'exploitation littéraire.

« Le côtéplaisAnt de la chose, — oons dit M. Lbpoitctin Saint -âlme, dans un feuiUe« ton ^leitt d'esprit , publié le 18 décembre dernier par le Go&saire- Satan, — c^est de \oir la Démocratie Pacifique, cet organe du progrès socialiste, cet organisaieur du travail, préler complaisamment ses colonnes ë cet intolérable abus de la fabrication littéraire. QmTotitdiro Saint-Simoii et Fourier? Que ya devenir la maxime fondamentale du Phalanstère : A chacun wlon sa capacité P Ah! digne jouraal , rendez-nous au plus yite le travail attrayant de votre prophète et ramenez-nous i la fraternité humanitaire et saini-simonienne ! Si c'est ainsi «fuerous entendez la justice distribnttve, l'honneur des lettres et la moralisation de Tespècc ; si vous trouvez bon qu'un écrivain vive aux éépens de tous, qu'un estomac littéraire ou dramatique absorbe la nourriture de la masse; si vous reconstruisez, en un mot, la tyrannie dans ce qu'elle a de plus odieux, puisqu'elle frappe sur l'inteUigence, comment voulez-vous que les peuples, qui altenden votre Messie , le cœur ouvert à l'espérance, ne conçoivent pas quelque soupçon sur votre nouvel évangile?

Sans aucun doute, M. Alexandre Dumas, en vous adressant cinq lettres consécutives contre M. Buloz . la Comédie-Française, etc., s'est donné à votre égard le mérite d'un procédé toudiant et généreux; car enfin, an prix de facture, ces lettres valent 2,800 francs comme un liard. Répétées par la Presse^eWei valent en outre s,SOO francs comme un auire liard, en toyt 5,000 francs, qui doivent être portés à votre avoir. Mais ce n'est pas une raison pour sacrifier vos principes, votre maxime et renier vos dieux. £b conscience , vous y perdriez quelque chose. Ce serait livrer Fourier et Saint-Simon au rabais et la maxime par-dessus le marché. Tenez, nous allons vous donner un bon conseil : demandez einq autres lettres à M. Dumas- et cinq autres réclames à la thressey puis, ces choses faites; rentrez prudemment dans vos principes, remettez vos dieux en place, regrettée votre maxime et continuez, comme si de rien n'était, votre petit bonhomme de chemin. Laissez là M. Boloz et la Comédie- Française, la direction des Beaux-Arts, le ministère et le public. II n'y a rien de commun fort heureusement entre vous, ces hommes et cens choses. Ydtre royaume n'est pas de ce monde.

Un peu plus loin, an sujet de la fameuse phrase : « J*ai manqué à gagner 137,000 fr. », M. Lepoitevin s'écrie :

J'ai manqué à gagner i37,O0O francs ! Comme ce mot peint Tëpoque ! M. Dumas ne l*à prononcé, nous en sommes convaincus, que pour nous donner une leçon de haute moralité. 11 s'est conduit comme les sages qui, pour faire passer une vérité trop crue, disent NOUS en parlant des vices auxquels le vulgaire est en proie. Salut à M. Dumas ! respect au grand homme! Vénération au sublime moraliste !

Il est impossible de se moquer plus agréablement du signataire des let^ très et de la feuille qui n'a pas rougi de lui prêter ses colonnes. A part l'odieux de la chose, il est certain que M. Dumas s'est comporté dans toute cette affaire comme un benêt d'écolier qui présente lui-même la férule dont on va lui caresser les doigts. Ses attaques contre le commissaire royal sont d'une indécence qui aurait sur-le-champ donné gain de cause à celui-ci, quand bien même il aurait eu les torts. M. Dumas injurie M. Buloz ; il

l'outrage, il le provoque, il lui jette à la ligure des expressions que

répudierait un crocheteur.

O monsieur Dumas , vous devriez pourtant avoir gardé le souvenir de la manière dont on accueille vos cartels !

Encore cette anecdote, et nous terminons ; car la besogne serait an-dessus de nos forces, s'il nous faMàit tout écrire.

C'était dans (^coulisses âe la Gomédie-Frafiçaise, le jour de la répéti-

tion générale d'une tragédie d'Alexandre Soumet. M. Buloz venait d'être nommé tout récemment commissaire-royal, et son autorité n'était pas encore affermie. Quant à M. Dumas, fort du succès de Henri III, il se posait triomphalement à celte époque en présence de tout le personnel du théâtre, et tranchait à la fois du matamore et du grand homme. Ces allures déplaisaient à M. Buloz , qui s'était déjà vu contrecarré plus d'une fois dans sa marche administrative. Or donc, la veille de la première représentation du Gladiateur j à minuit sonnant, M. Dumas fit irruption dans les coulisses. Il déclara que M"*" Doze était malade et que pai* conséq uent elle ne pourrait, le lendemain, remplir son rôle.

— Vous apportez- là, dit le commissaire royal , une nouvelle bien étrange et dont je dois mettre en doute la véracité.

— Pardonnez-moi , la chose est exacte.

— Je ne le pense pas, car j'ai vu, ce soir, M^® Doze ; elle m'a dit eltemême que je pouvais faire afficher.

M. Dumas pirouetta sur .ses talons et fît un geste passablement suspect d'impertinence. Il faut dire ici que, voulant appu3'er sa candidature académique d'une protection puissante, notre homme prenait les intérêts de l'auteur beaucoup plus que l'auteur lui-même.

— Bah ! s'écria-t-il, que M"" Doze soit malade ou non, la pièce ne peut être jouée demain.

— Pourquoi, je vous prie? demanda le directeur avec le plus grand calme.

— Parce qu'il est clair qu'où n'est paî^ en mesure , parce que j'assistais à la répétition générale, et que je me suis fort bien aperçu qu'on ne savait pas les rôles. Cela ne peut aller ainsi , vous dis-je ; on ne jouera pas demain la pièce, on ne la jouera pas !

Et M. Dumas proférait ces paroles avec l'accent impérieux d'un maître. Tous les spectateurs se regardaient avec surprise. Le commissaire royal sentit qu'il était perdu , s'il ne déployait toute soïi énergie pour combattre cet inqualifiable envahissement de ses droits. Il marcha donc à M. Dumas, et, le toisant avec dignité :

— Vous allez vous taire , monsieur , lui dit-il , ou je vous fais mettre à la porte par deux valets du théâtre !

M. Dumas pâlit d'abord, puis il devint pourpre; mais il garda le silence. Comprenant que la menace pouvait s'exécuter le mieux du monde , il ne jugea pas à propos d'en braver l'exécution. Plusieurs préparatifs indispensables réclamèrent , une demi-heuie encore , la présence du commissaire royal. M. Dumas, penaud et toujours silencieux, resta dans les coulisses, et, lorsque chacun se mit en devoir de partir, il quitta le théâtre avec M. Buloz et l'accompagna , pendant un assez long espace de chemin , sans lui adresser le plus léger reproche , sans lui souffler le moindre mot de l'aventure.

Le lendemain , la pièce fut jouée ; i>r** Doze jouissait d'une santé char-

mante, et le public trouva que les acteurs savaient assez bien leurs rôles ; seulement M. Dumas, après vingt-quatre heures de mûre et sérieuse réflexion , avisa qu'il pouvait bien avoir été insulté par M. Buloz et lui dépêcha M. Jules Lefebvre, porteur d'un cartel en bonne forme.

Le commissaire royal partit d*un éclat de rire olympien.

Chacun de nous en eût fait autant

Cet éclat de rire , avec un mouvement d*épaules très-significatif, renferme tout le dénouement de l'histoire. La gaîté si franche de M. Buioz calma sans doute le fougueux adversaire.

Enfin, nous allons vous dire adieu , monsieur Dumas.

Vous démasquer entièrement , vous présenter au public sous toutes vos faces, tel a été notre but en écrivant cette brochure.

Notre critique est amère et notre parole mordante ; mais ce n'est pas avec la modération et la douceur qu'il est possible de combattre un abus comme celui dont vous vous faites le patron. Nous vous avons montré débutant dans la carrière par l'apologie du plagiat. Nos lecteurs vous ont vu quitter la lice un instant pour y revenir ensuite avec le terrible renfort d'une ambition déçue. La fortune, qui vous échappait ailleurs, vous l'avez cherchée dans l'exploitation la plus honteuse, l'exploitation de la plume , notre désespoir à tous. Nous avons ouvert la porte de votre manufacture ; nous avons fait voir tous vos ouvriers , tous vos commis, tous ceux qui vous fabriquent la gloire; tous ceux dont les lâches travaux remplissent le coilre-fort, pourvoient à la dépense, enflent le budget. Votre avidité sans bornes n'est plus un mystère. Vous abreuvez d'outrages et vous calomniez ceux qui veulent la restreindre. Vous avez tenté de nous calomnier nousmêmes , nous qui sommes prêts à verser notre sang pour l'honneur de cette noble profession que nous avons choisie entre toutes. f C'est en face que nous vous parlons , répondez-nous en face. Quant à notre dernier mot, le voici :

Recourez , si bon vous semble , à un tribunal , nous vous y accompagnerons sans peur.

Nos attaques s'adressent uniquement à l'homme littéraire, au pirate qui nous dévalise. Il n'est pas de juges qui osent nous condamner pour avoir défendu les droits sacrés de tous contre l'envahissement immoral d'un seul. Il n'est pas de juges qui osent nous condamner, quand partout retentit ce cri d'alarme : '< Les lettres vont périr ! »

Cette condamnation serait une tache au front du dix-neuvième siècle. On ne proclamera jamais le triomphe Au matérialisme, la mort de l'intelligence.

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