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Fac-simile du sermon sur le jugement dernier de Bossuet. Plus le fac-simile de deux plans de

trois côtés. De plus, et dans un autre ordre d'idées, il n'existe pas la moindre incertitude sur l'attribution de ces fragments au sermon dont ils font partie. Ce n'est point comme pour l'exorde que nous étudions et au sujet duquel messieurs les éditeurs n'ont pu s'entendre pour le caser, puisque pour le sermon dujour de Ui Purification^ exorde, corps du sermon et conclusion ne forment qu'un tout indivisible.

Et pour prouver que c'est plutôt l'œuvre d'un calligraphe que d'un lettré, il nous suffit de signaler ce dont nous sommes témoin à la page 149. Le copiste a reproduit sans ♦beaucoup de changements dans cette autre conclusion la péroraison précédente, mais un mot du manuscrit restant pour lui illisible, il laisse un espace en blanc et plus tard Bossuet, relisant la copie, place dans l'espace vide et de sa grosse écriture le mot SIMÉON qui contraste si fort avec le reste de la page que les regards en sont frappés tout aussitôt.

(Il en est à peu près de même, sauf l'incident Siméon^ pour l'autre fragment qui se rencontre tome II p. 16, sermon sur la Charité fraternelle : belles marges, main de calligraphe, attribution certaine, etc..)

Mais poursuivons encore la comparaison de l'exorde du sermon de la Purification avec l'exorde qui fait l'objet de notre étude. Voici l'entête latin du sermon : • Postquam impleti sunt dies purgationis ejus secundum legem Moysi, tulerunt illum in Jérusalem ut sisterent cum Domino sicut scriptum est in lege Domini : Luc. II. 22. 23. » Une fois cette citation faite, Bossuet, ainsi qu'il est d'un usage constant parmi tous les prédicateurs sans exception, se gardera bien de reproduire deux fois exactement et intégralement cette mèmeformule.Quedans le cours d'un sermon Bossuet, ou tout autre prédicateur, répète parfoislespremiers mots de son épigraphe, nous le trouvons tout naturel, qu'il aille même jusqu'à la reproduire en entier, surtout si elle est courte, c'est encore admissible, mais il n'en arrivera jamais jusqu'à citer tout à la fois et l'épigraphe, et l'auteur, et le livre, et le chapitre, et les versets, tandis que dans l'exorde attribué à Bossuet, la même épigraphe tune videbunt etc., etc. Luc. 21. 27 reparait tout entière au commencement du sermon et au commencement de l'exorde qui vient à la suite du sermon ; et si Bossuet était réellement l'auteur de cet exorde, il est à croire qu'il n'aurait pas eu l'idée de transcrire deux fois intégralement la même épigraphe pour le même sermon. Les vénérables prêtres de Saint-Dizier ont été eux-mêmes tellement frappés de cette anomalie, que dans leur édition (remarquable assurément à tous les points de vue) ils ont supprimé la deuxième épigraphe dont une nouvelle apparition aurait stupéfait tous les lecteurs.

Si Texorde attribué à notre saint Augustin français (comme l'appelle le père Ventura) était écrit de la main de rabbéLedieu,son secrétaire, nous n'aurions pas la même hésitation pour l'attribuer au grand écrivain : aussi pour ne pas rester dans un doute coupable à cet égard et pour éclaii'er cette autre face de la question, nous avons prié de nous mettre sous les yeux des autographes de l'abbé Ledieu, salle des Manuscrits, et nous nous sommes convaincu, en comparant les deux écritures, qu'elles n'étaient pas le produit d'un travail émané de la même main (1). Au surplus l'abbé Ledieu avoue lui-même, ainsi qu'on peut le voir dans l'édition de Dom Deforis, qu'il n'arriva qu'une fois à Bossuet de lui dicter un sermon ; et il le lui dicta après l'avoir prononcé. Et non-seulement l'écriture de cette pièce en discussion n'est pas semblable à celle de l'abbé Ledieu, mais les caractères qui y sont tracés n'ont aucune analogie avec ceux employés dans les exordes et péroraisons que nous avons étudiés plus haut.

Prévenons une autre objection. Mais, nous dira-t-on, si ce n'est point la main de l'abbé Ledieu, son secrétaire, ne serait-ce point celle de son neveu M. l'abbé Bossuet, plus tard évêque' de Troyes ? En effet Dom Déforis, dans sa préface du tome IV p. 2, dit que Me' Tévêque de Troyes a transcrit plusieurs sermons de son oncle ; si nous y reconnaissons son écriture, il existerait assurément de fortes présomptions pour admettre que Bossuet aurait pu le lui dicter. Nous nous sommes donc empressé de consulter aux Manuscrits la Vie de Bossuet, évêque de Troyes, et nous avons vu (n® 11.431 vers la fin de ce volume manuscrit) deux lettres de lui dont l'écriture ne ressemble en rien au fragment qui est entre nos mains (2).

(i) Manuscrit FR nM2985.

(2) Cette écriture ne ressemble pas davantage à celle des sermons qui ne sont pas de la main de Tillustre Bossuet. Dom Déforis aurait-il été induit en erreur ?

Au sujet de cet homme de talent — de foi et de courage, car on sait que condamné à mort en 1793 il réclama de ses bourreaux, comme une faveur, d'être guillotiné le dernier de la fournée pour lui laisser la facilité d'exhorter à bien mourir les victimes qui avaient été condamnées à avoir la tête tranchée en même temps que lui, — au sujet de cet homme de talent qui mérite la reconnaissance de tous ceux qui de près ou de loin s'intéressent aux belles-lettres, nous serions assez tenté de croire, malgré un usage qui parait consacré par le temps, que son vrai nom est de Foris, en deux mots. En voici la raison : il existe à la salle des Manuscrits (Document sur les manuscrits de Bossuet F R. nouv. acq. ^1^ p. 32 à 36) un traité manuscrit, un acte S. S. P' passé entre lui et d'autres d'une part et le représentant du Roy d'autre part, daté de 1768, le t9 octobre, à 8 heures du matin ; son nom, il est vrai, est signé d'un seul mot, mais il a

Enfin que l'on veuille bien remarquer — et nous le disons avec insistance — que parmi les nombreux fragments de sermons de Bossuet que Ton possède à la Bibliothèque nationale, ce morceau est le seul sans attribution, le seul qu'un éditeur ne puisse relier avec certitude au corps dont il se trouve séparé : on voit une tète, mais on est en vain à la recherche du tronc depuis plus de cent ans.

Considérons encore ce fragment à un autre point de vue : nous y lisons cet accouplement étonnant de deux noms propres : t Alexandre fils de Philippu^ » . Vous est-il arrivé souvent de rencontrer cette terminaison latine sous la plume de Bossuet ? Nous ne le supposons pas ; et pour vous prouver que cet assemblage bizarre ne vient pas de lui, nous n'aurons recours qu'à des preuves intrinsèques. Et tout d'abord veuillez bien remarquer que l'Aigle de Meaux écrit comme nous tous Novatien (1), Héliogabale (2), Théodose (3), Sardanapale (4),

paraphé treize renvois en ne mettant que la lettre F avec son paraphe. Tout le monde sait que pour un renvoi on met la première lettre de son nom, ei non pas une lettre du .milieu» Quant à la signature d'un seul mol, la plupart des grands seigneurs et des hommes qui faisaient partie de la noblesse ne séparaient point encore la particule du nom patronymique ; mais dans un renvoi où il ne faut que la première lettre du nom il était tout naturel que de Foris apposât la lettre F^ la première de son nom de famille. Et ce ne saurait être le

résultat d'une inadvertance puisque la lettre F s'y trouve treize fois répétée

Nous profitons de cet a parte pour en glisser un autre. On a beaeoup écrit sur Bossuet ; il nous semble qu'il reste encore beaucoup à glaner en étudiant les manuscrits qu'il nous a laissés. Par exemple, quant aux dates données à ses sermons, qui nous assure qu'elles sont exactes, lorqu'il nous semble qu'aucun de ses sermons (excepté peut-être le nôtre) ne possède de millésime ? Et la seule date peut-être qui est certaine, celle de 1665 puisqu'elle est écrite de sa main, a été tronquée par tous ses éditeurs ? Nous n'oserions même pas affimer de prime abord — mais sous toutes réserves — que le sermon t. III p. 313 soit de Bossuet. Le lui aurait-on attribué parce qu'il y existe des corrections de sa main ? — mais n'y voit- on pas

également des corrections faites par une main étrangère au corps de l'écriture? Quel

est donc ce. . . . téméraire qui a osé corriger Bossuet ? '

(1 ) Sermon sur la Nativité de Notre Seigneur.

(2) Sermon sur l'Honneur du monde.

(3) Sermon sur les Rechutes.

(4) Sermon sur le Mélange des bons et des méchants.

Pythagore (1), Hérode (2), Pilate (3), Gaïphe (4), Origène (5), Arnobe (6), Aristote (7), Sénèque (8), Socrate (9), etc., etc., etc. Et non seulement il imite en cela tous les écrivains de son temps, mais qui plus est, on dirait que son oreille se révolte contre toute désinence latine ; et ce qui démontre qu'il ne se soumet qu'avec peine a cette terminaison en m, c'est qu'il ne l'emploie que lorsqu'elle lui parait tout à fait consacrée par un usage quotidien. Et sommes -nous même bien sûr, en nous exprimant de la sorte, de ne pas rester en dehors de la vérité ? Ne s'étend-il pas bien au-delà même des usages reçus en francisant les noms de l'ancienne Rome et de l'ancienne Grèce ? Parcourons quelques-uns de ses admirables écrits : Sermons, Oraisons funèbres, ou Discours sur l'histoire universelle.

Qui de nous aurait l'idée d'appeler Fabrice le consul Fabricius ? et cependant Fabrice est choisi par Bossuet de préférence à Fabricius (10). Pourcertains noms douteux au sujet de la prononciation, nous le voyons toujours pencher en faveur delaterminaison française. Les uns prononcent Anaxagoras,les autres Anaxagore. Soyez certain que Bossuet choisira cette dernière désinence. (11)11 en est de même pour l'illustre famille Lépidus à Rome. Le plus ordinairement on admet la terminaison en us. Pour lui, il écrit Lépide (12). Si quelqu'un de nous parlait de l'empereur Crispe (13) on serait probablement dérouté au premier abord ; c'est ainsi qu'il l'écrit, tandis que généralement et même toujours, on prononce Crispus, fils de Constantin. Nous en dirons autant de l'empereur Arcade pour Arcadius. Cet Arcade (14) n'éveille immédiatement en nous aucun souvenir

(1) Sermon sur THonneur et sur la Passion.

(2) Sermon-Panégyrique de saint Paul,

(3) Sermon sur la Vertu de la Croix de J. C.

(4) Sermon sur la Mort.

(5) Oraison funèbre de Michel Le Tellier.

(6) Sermon sur la Haine des hommes pour la vérité.

(7) Sermon pour la Circoncision de N. S.

(8) Sermon sur la Loi de Dieu.

(9) Oraison funèbre sur le Prince de Condé.

(iO) Discours sur FHistoire universelle, p. 50.

(11) Discours sur THistoire universelle, p. 57.

(12) Discours sur l'Histoire universelle, p. 69.

(13) Discours sur T Histoire universelle, p. 87.

(14) Discours sur THistoire universelle, p. 91.

classique. Et Titus ? Ce nom si connu de tout le monde et qui se trouve dans toutes les bouches et sous toutes les plumes, il n'hésite pas un seul instant à écrire : Tempereur Tite, et jusqu'à trois fois dans une même page (1). Connaissez-vous Fauste ? (2) Tel est le nom qu'il consacrera à l'impératrice Fausta. Il semblerait que son aversion pour conserver les terminaisons latines ne puisse pas aller plus loin : détrompez- vous. En parlant de la fameuse bataille d'Actium dont le nom est universel, il la baptise de bataille Actiaque (3).

Et l'on voudrait que cet illustre orateur qui montre une répugnance visible à latiniser les noms les plus connus et qui sont adoptés sans conteste, aille tout à coup, par une bizarrerie sans exemple et sans cause atténuante, latiniser un nom que l'usage a de tout temps francisé et écrire PMlippus au lieu de Philippe? La logique repousserait impitoyablement un tel système (4).

Voilà donc une série de preuves essentiellement probantes. Voici maintenant des preuves absolument péremptoires.

Veuillez -vous reporter avec nous à cette même salle de la Bibliothèque na. tionale, non plus pour lire le manuscrit du Discours sur C histoire universelle puisqu'il n'existe malheureusement pas, mais, ce qui revient au même, pour consulter la première édition de ce discours imprimé en 1681 c'est-à-dire sous les yeux de Bossuet et avec le manuscrit autographe qu'il a remis lui-même entre les mains de son éditeur. Là, du moins, nous nous assurerons s'il écrit Philippus. (Manuscrits FR n*> 12832) Qu'y trouvons nous ? l'^^ partie ch. VIII « Celle des rois de Macédoine commence à Philippe père d'Alexande le Grand » . Chapitre IX « . . . par les victoire du consul Flaminius, Philippe roy de Macédoine. ...» Et plus loin à la fin du même alinéa : t Où Persée inquiétoit ses voisins et ne vouloit plus s'en tenir aux conditions imposées au roy Philippe^ son père ». 3® partie ch. V : t Philippe roy de Macédoine également habile et vaillant. » Chap. VI : « Les Macédoniens si jaloux de conserver l'ancien ordre de leur milice formée par Philippe et par Alexandre, croyaient leur phalange invincible. » Même chapitre «... attendre qu'An ni bal fust vaincu pour désarmer Philippe roy de Macé-

(i) Sermon sur la Bonté et la rigueur de Dieu, p. 265, 266, 368, 270, et sur la Nécessité de faire pénitence, p. 235 (3 fois).

(2) Discours sur l'histoire universelle, p. 84.87.

(3) Discours sur l'histoire universelle, p. 69.

(4) Ne pouvons-nous pas encore opposer ses éditeurs à eux-mômes ? Tous, violant ouvertement les convenances qu'observait si bien Bossuet envers les autres, tous ont reculé devant ce mot de Philippus. Sentaient-ils que ce n'était pas de Bossuet ?

doine >. Enfin le hasard a voulu que Bossuet se soit servi exactement de la même partie de phrase que l'auteur inconnu du fragment anonyme, mais au lieu d'écrire « Alexandre fils de Philippus^ » il s'exprime en ces termes : « Alexandre fils de Philippe » S""^ partie ch. VIII. Il nous semble difficile, on le voit, d'atteindre l'évidence de plus près, or puisque nous n'avons pu rencontrer une seule fois le nom de Philippus, il est donc d'une impossibilité absolue que cet exorde, contenant ce nom de Philippus, inconnu à Bossuet, ait été dicté par ce puissant génie.

Quelqu'un nous adresserait- il par hasard cette autre objection : mais si Bossuet écrit Philippe et non Philippus, pourquoi en corrigeant Texorde n'a-t-il pas également apporté une correction à ce mot Philippusl La raison en est si simple et si naturelle que nous serions presque embarrassé pour la formuler. Pourquoi Bossuet n'a-t-il pas remplacé Philippus par Philippe ? C'est que chacun est libre pour les noms propres latins, dans une certaine mesure, de les franciser ou non comme bon lui semble, et Bossuet qui , personne n'en doute , connaissait les convenances au moins tout aussi bien qu'aucun de noxm et qui savait les observer, se serait bien gardé de paraître vouloir donner une leçon à celui qui lui faisait, après tout, l'honneur de le consulter. Et l'objection ne ferait que confirmer une fois de plus et plus évidemment encore la manière de Bossuet d'orthographier, pour son compte, le nom du roi de Maoédoine, car s'il l'avait corrigé, ce sérail une preuve constatant qu'il s'appropriait l' exorde comme ^ étant son œuvre personnelle, tandis qu'en n'y apportant aucun changement, il laissait ainsi à l'auteur anonyme la responsabilité de son Philippus.

Plus nous étudions ce manuscrit étrange avec la défiance toute naturelle qui s'est emparée de nous, plus il ik)us semble que depuis la première ligne jusqu'à la dernière — malgré quelques belles phrases et quelques belles pensées — plus il nous semble que nous n'y pouvons décauvrîr le cachet qui caractérise le génie de Bossuet. Voici la première phrase : t II y a cette différence parmi beaucoup d'autres, entre la gloire de J. C. et celle des grands du monde que la bassesse étant en ceux-ci du fond même de la nature et la gloire accidentelle et comme empruntée, leur élévation est suivie d'une chute inévitable qui n'a point de retour au lieu qu'en la personne, etc. ...» Ce début nous paraît loin d'être éloquent : le style est négligé, embarrassé, sans couleur. Passons à la dernière phrase : Prions la Vierge de nous obtenir la connaissance du mystère de sa gloire ...» Quelle vulgarité dans ces expressions nous obtenir la connaissance de. Quelle faiblesse de style ? Comparez cela avec la correction de Bossuet :

« Prions la Vierge de nous manifester le mystère de sa grandeur. » Quelle richesse et quelle ampleur I Comme cette seule variante apportée par Bossuet transforme quelques mots incolores, en une phrase pleine de force et d'éloquence !

Si ces preuves ne vous paraissaient point suffisantes, nous pourrions avoir recours à d'autres, nous ne dirons pas plus convaincantes, mais d'une tout autre nature, c'est-à-dire que nous produirions à vos regards des preuves pour ainsi dire matérielles. Le sermon de Bossuet est écrit sur neuf feuilles doubles (soit 18 feuillets ou 36 pages) dCan même format. Le premier et le dernier feuillet servant de couverture sont blancs, sauf la première page du premier feuillet qui contient renonciation du jour où le sermon a été prononcé. A chaque page '\\ existe une marge de quatre centimètres et demie environ et très régulièrement observée. A la fin du sermon nous trouvons une autre feuille moins haute que toutes les feuilles précédentes et sur le recto de laquelle Bossuet a inscrit de sa main des citations latines tirées des livres saints et se rapportant à divers passages de son travail. Le papier est semblable à celui du sermon. Ce sont des notes prises, comme il arrive à nous tous, sur le premier morceau de papier qui nous tombe sous la main et que nous glissons dans un manuscrit, parce que le contenu s'y rattache et le complète : tel est donc dans son intégrité le sermon sur le Jugement dernier.

Arrivons en maintenant à la description de la feuille attribuée à Bossuet. Non seulement l'écriture ne ressemble en rien ;\ la sienne, mais le papier luimême diffère essentiellement de celui qui a été employé par le grand écrivain. Quoiqu'il soit facile de voir que cette feuille a été rognée par le bas pour ne former qu'un seul et môme corps avec les feuilles du sermon lui-même, elle est encore d'un centimètre environ plus haute ; et pour l'ajuster tant bien que mal au sermon de Bossuet, on s'est vu obligé d'enlever le blanc du papie*' au bas de la page jusqu'à l'écriture elle-même, c'est-à-dire sans laisser la moindre parcelle blanche ; et dans le haut du verso de cette feuille qui commence par une correction de Bossuet, le sommet des lettres les plus élevées est tellement rapproché du sommet de la page, que l'extrémité des lettres a été coupée pour raccourcir la page par le haut comme elle l'avait été par labase. De plus, l'écriture part d'un bord de la pagepour aller jusqu'à l'autre bord, sans laisser l'apparence de la plus petite marge, tandis que toujours une belle marge existe dans tout le manuscrit autographe — marge que nous avons également vue figurer plus haut dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale corrigés par Bossuet.

En dernier lieu, voici un détail minime en apparence, mais, qui selon nous a une haute valeur comme témoignage. Cette feuille de papier attribuée à Bossuet conserve encore, malgré un si long espace de temps, l'indice parfaitement visible qu'elle a été autrefois pliée en quatre (ce qui n'existe pour aucun autre fragment) et si elle a été quatre fois repliée sur elle-même, n'est-ce pas la preuve certaine et matérielle qu'un ami de Bossuet la lui aura envoyée sous un pli scellé et cacheté pour être soumise à sa haute intelligence ?

Et voilà tout simplement pourquoi il a été impossible à tous les éditeurs de Bossuet de raccorder ces deux pages avec l'un de ses nombreux sermons.

Il nous semble donc de toute évidence que ce fragment dont le style nous paraît différer du style de Bossuet, et sur lequel nous voyonsavec étonnement un nom propre dont la terminaison latine est essentiellement opposée à sa manière d'écrire et de prononcer ; — il nous parait certain que ce morceau anonyme, et le seul de cette espèce, que depuis plus d'un siècle ses nombreux éditeurs n'ont pu coordonner avec certitude à l'un de ses sermons ; — il nous semble évident que ce papier qui ne nous oflFre ni la même écriture, ni les mêmes marges, ni les mêmes plis, qui n' a ni le même format, ni la même pâte, ni le même filigrane, ni les mêmes vergeures ; — il est donc enfin, disons-nous, de toute évidence que ce fragment a été ajouté après* coup, et qu'il est complètement étranger non seulement au manuscrit de ce sermon mais à tout autre sermon du célèbre orateur : aussi persistons-nous à tous les points de vue soit logiques, soit matériels, à rejeter impitoyablement des œuvres de Bossuet ce morceau anonyme et qui n'est nullement sorti de la plume de l'illustre auteur des Oraisons funèbres,

J.-E. Choussy.

P. S. Nous avons cru devoir donner à la suile du sermon de Bossuel le fac-similé de deux plans de sermons tracés par la main de deux grands sainls : saint Vincent de Paul et saint François de SaliBs. Nous sommes persuadé que la plupart des prêtres et des jeunes séminaristes verront avec plaisir comment ces hommes de Dieu s'y prenaient, pour jeter sur le papier le résultat du travail informe qui se faisait dans leur esprit, au fur et à mesure que leur mémoire leur fournissait des matériaux plus ou moins appropriés, selon eux, à la création de Tœuvre qu'ils avaient conçue et à laquelle ils voulaient donner le jour. (Ces deux derniers sermons sont également tirés de notre collection d^autographes.)

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