‹ Face à face ou Luttes mentales d'un catholique romain [microforme]Chapitre 23 sur 24 · RETIRE LITE TRE · texte numérisé non relu

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— Je fus bientôt porté à comprendre que si l’homme aime son père, sa mère, etc., mieux que le Christ, il n’est pas digne de lui. Conséquemment il me fallait trancher les liens terrestres qui me retenaient ; ne plus prendre conseil de la chair et du sang; faire violence à ma nature corrompue. Mais ma détermination allait mettre ma mère au désespoir. Je lui serais en opprobre: J’allais devenir un stigmate indélébile pour tous les miens. Assurément un criminel leur serait moins odieux, car ils me croiront perdu pour le temps et l'éternité.

J’hésitai longtemps avant de pouvoir vider cette coupe d’amertume ; ce n’est que lorsque je considérai que le Christ avait enduré pour moi une mort ignominieuse, dans de terribles souffrances, que je pris la résolution de ne plus le contrister par mon ingratitude, et que je me rendis à sa voix. Imitant le pélerin de Bunyan, je me bouchai les oreilles pour ne pas ouir les clameurs de ce monde ; et, dans mon for intérieur, je me réjouis de la victoire qui venait de m'’assurer la vie éternelle.

— Tu venais de renoncer au monde ; c'était tout le sacrifice que Dieu demandait de toi, n’est-ce pas, papa ? fit Jean.

— Tu te trompes, mon fils; il me restait encore à renoncer à moi-même pour être accepté. La suffisance, vois-tu, ou l'amour de soi, est le dernier et le plus grand obstacle à la vraie conversion.

Repos enfin. 231

L’égoïsme est la plus trompeuse des idolâtries, on ne peut trop s’en défier. Alexandre le Grand pleurait de ce que, après avoir conquis le monde, il ne pouvait plus étendre sa domination; hélas! il ignorait que le comble de la sagesse consiste à se soumettre soi-même. Le proverbe nous dit:

‘ Celui qui sait gouverner son esprit est plus puissant que celui qui prend une forteresse.”

Uu missionnaire raconte qu’un indien débuta par donner au Grand Maître sa couverture, ensuite son fusil, puis son chien ; enfin, ne trouvant plus rien à donner, il s’offrit lui-même. Moi aussi j'avais tout sacrifié, sauf moi-même. Et ce ne fût que le 19 mars 1854, dans la soirée, après deux longs mois de combats spirituels et de prières ferventes, que j'obtins la grâce d'être amené captif au pied de la croix, et que je pus dire avec le poëte :

Mon corps, mon cœur, mon âme Ne m’appartiennent plus ;

Ton amour les réclame, Ils sont à Toi, Jésus.”

‘ En Toi je me confie,

Je crois en ton grand nom, Au sang qui purifie,

Au céleste pardon ! ”

Consacre mon offrande, Mets ton sceau sur mon cœur; Le sceau que je demande, C’est ton Esprit, Seigneur.”

Comme fruit de mon invocation, mon esprit, en extase, se pénétra des paroles du Sauveur: “Je

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vous donne ma paix.” Certainement elles m'étaient spécialement adressées, car au désordre de la tourmente avait succédé un calme parfait. Mon âme était rassérénée ; mon cœur débordait d’allégresse ; je rendais gloire à mon Dieu, gloire à l’Agneau.

En ce moment je réalisais, dans toute sa plénitude, cette grande vérité, que le sang de Jésus purifie de tout péché. Je ne redoutais plus rien ; l'amour avait banni la crainte. J’aurais voulu pouvoir annoncer mon bonheur à l'univers entier. J’avais hâte d'aller porter la bonne nouvelle à mes chers parents, à tous mes amis.

— Je serais curieuse de savoir quel en fût l'effet sur eux tous, principalement sur votre mère, observa Nora.

— Ce serait trop long à vous raconter. Vous êtes maintenant au fait des incidents qui ont caractérisé ma réconciliation avec le Père céleste. En répondant à la première question de Luella, j'étais loin d'anticiper les complications auxquelles elle a donné lieu. Remercions le Seigneur de ce qu’elles ont tourné à notre avantage. Mettons-les à profit en continuant à rechercher la volonté de l'Eternel, telle qu’elle est révélée dans sa parole, et nous réaliserons ce qu’en dit l'écrivain sacré : ‘ Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante, qui augmente son éclat jusqu’à ce que le jour soit en sa perfection.” De notre fidélité dépendra notre félicité.

Repos enfin. 233

A ces paroles le Professeur se leva pour nous faire ses adieux ; il nous distribua à tous un cadeau qu’il accompagna de paroles bien senties, qui en rehaussèrent le prix. Nora ainsi que Mr. G.

reçurent une jolie Bible. En la leur présentant le Professeur leur dit :

— Souvenez-vous que cette Parole de vie a été écrite pour instruction de l'humanité dans tous les âges. A travers la lettre on peut distinguer la gloire infinie, et ne doutez pas que la religiou qui y est proclamée finira par triompher de ses rivales et les absorbera par la puissance dela vérité, car elle est la seule d’origine divine.

Qui pourrait émouvoir le cœur comme ce Livre des livres ? Saint Augustin céda son cœur, autrefois vagabond, à ses attraits. Il enrichit la mémoire, élève la raison, excite l'imagination, dirige le jugement, agite les affections pures, contrôle les passions, réveille la conscience, fortifie la volonté, allume le feu sacré de la foi, de l’espérance, et de la charité, purifie, anoblit, sanctifie l’homme. Il instruit, édifie, avertit, calme, encourage, comme aucun livre ne saurait le faire. Non-seulement il corrige, réforme, et améliore, mais il régénère ou crée de nouveau, ce qui outrepasse tout pouvoir humain. Il rend la vue à l’aveugle spirituel, donne la force au faible, étanche la soif de l’altéré, et rassasie l’affamé., On est sûr d’y trouver un conseil ou un exemple pour toutes les circonstances

critiques de la vie, un soulagement à tout chagrin et un baume pour chaque blessure.

Chaque nouvelle lecture amène de nouvelles découvertes de lumière et d'espérance, car ce trésor d'amour est intarissable, et nous sommes invités à y puiser pour le temps et l'éternité. C’est donc le livre par excellence, simple et divin, parlant au cœur et à l’âme; plein de bonté, de charité, de vérité, de tendresse et de lumière. Ses enseignements et ses exemples sont à la portée de tous: des savants, des ignorants, et même des enfants. On ne peut le lire sans être étonné, éclairé et attendri. Il console et inspire. Un de ses chapitres vaut mieux que tous les traités de philosophie et de morale. Son discours sur la montagne, prononcé en langue humaine devant le peuple, est ce qui s’est jamais le plus rapproché du ciel. Consultons-le toujours avec respect et admiration ne le quittant que pour lui dire comme je vous le dis, chers amis, au revoir.

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