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LE POISSON D'AVRIL

Un amant, qui par hasard n'avoit pu plaire à celle qu'il aimoit, ne laissa pas de gager contre elle qu'il lui donneroit le meilleur poisson d'avril du monde; elle, de son côté, ne voulant pas demeurer en arrière, gagea aussi contre lui qu'elle lui en fourniroit un bien plus beau. Ledit sieur fit donc faire une caisse en forme de poisson d'avril, mais assez grande pour qu'il pût se fourrer dedans. Effectivement, il s'en fit un étui, et on le transporta ainsi chez sa demoiselle, laquelle en conçut à l'instant de si grands soupçons, qu'elle se douta du contenu. Elle trouva justement sous sa main un autre de ses amans, qui lui plaisoit infiniment, et avec qui elle étoit en pourparler de noces ; c'est pourquoi elle s'assit avec lui sur la caisse énigmatique, et là, sans autre façon, elle reçut et accepta de lui toutes les promesses imaginables d'amour et de fidélité, à charge d'autant; le tout accompagné de railleries et plaisanteries à l'encontre de celui qui faisoit l'âme du prétendu poisson d'avril. On demande lequel des deux valoit le mieux.

208 Contes de Caylus.

On propose par imitation, à l'émulation des amateurs de vers, une nouvelle fabrique de sonnets qui n'ont point encore eu leurs semblables à la cour d'Apollon. Ami poëte ou versificateur, qui que vous soyez, si ce nouveau genre vous duit, vous pouvez, chemin faisant, perfectionner cette nouveauté.

Sonnet en rimes rentrantes.

Oublions un objet dont les charmes

puissans Eurent trop de pouvoir sur mon ame

asservie, Que la table, la chasse et les jeux

innocens Remplissent tour à tour mes désirs

et ma vie.

Que je suis foible encore ! et quels transports

je sens !

Je reprends à regret ma liberté

ravie.

Venez à mon secours, Dieu du vin,

j'y consens; Je ne puis boire, hélas ! qu'à l'ingrate

Sylvie.

Son image s'obstine à me suivre

en tous lieux, Même au fond de mon verre elle s'offre

à mes yeux, Et je sens à la fois deux ivresses

pour une.

Etrennes de la Saint-Jean. 2

Ne forçons point l'amour, et laissons

dans un cœur S'éteindre d'elle-même une flamme

importune.

Qui cherche à se guérir, irrite s du malheur.

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