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COCHER

HISTOIRE ET AVENTURE De Manivelle Godiche la coiffeuse.

omme j'étois un jour de l'après-dinée à attendre le chalant à la Mazarine, voilà que je vois qui vient à moi, une petite jeune demoiselle bien gentille, qui me demande : Mon ami, qu'est-ce que vous me prendrez pour me mener au Pont-Tournant ? — Mamzelle, ce lui fisje, vous êtes raisonnable. — Oh, point du tout, ce

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fit-elle, je veux faire marché. — Eh bien, vous me donnerez vingt-quatre sols, la pièce toute ronde. — Oui-dà, qu'il est gentil avec ses vingtquatre sols ! il n'y a qu'un pas. Je vous en donnerai douze : tenez, j'en mettrai quinze; si vous ne voulez pas, je prendrai une brouette. — Allons, Mamzelle, montez. Vous donnerez de quoi boire. — Oh, pour cela non, ne vous y attendez pas : c'est bien assez... Eh mais! dites donc, l'homme, tirez vos vitres, il fait tout plein de vent (il ne souffloit pas); cela me défriseroit ; et ma tante croiroit que j'ai été je ne sais où. — Je tire mes glaces de bois, et nous voilà partis.

Tout vis-à-vis des Théatins, v'ià-t-il pas qu'une glace tombe dans la coulisse de la portière, et j'entends : Cocher, cocher, relevez donc votre machine qui est tombée !

Pendant que je la relève, il passe par-là un petit monsieur, qui regarde dans ma voiture, et qui dit tout d'abord : Ha ! ha ! c'est Mamzelle Godiche ! eh, mon Dieu ! où allez-vous donc comme cela toute seule ? — Monsieur, je vais où je vais, ce n'est pas là vos affaires, réponditelle. — Ah ! pour cela, reprit-il, vous avez raison; mais vous sentez fort, Mademoiselle, qu'une demoiselle comme vous, qui va dans un fiacre l'après-midi, toute seule, ne va pas coëffer des dames à cette heure.

C'est ce qui vous trompe, Monsieur Galonnet, répliqua Godiche ; et cela est si vrai, que voilà un

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bonnet que je ne fais que de monter, pour le porter à une dame, pour aller au paradis de l'Opéra.

A la vérité, la petite futée tire de dedans sa robe un escoffion qui étoit dessous; et le monsieur, le voyant, tire une révérence en riant, et s'en va.

Pour cela, dit Mademoiselle Godiche, après qu'il fut parti, les hommes sont bien curieux ! aussi pourquoi votre chose ne ferme-t-elle pas bien? C'est le fils d'un tailleur de notre montée qui ne va pas manquer de l'aller dire partout. C'est la plus mauvaise langue du quartier, et ses bégueules de sœurs aussi : parce qu'on se met un peu plus proprement qu'eux tous, il semble qu'on soit une je ne sais qui. Il faut que je sois bien malheureuse de l'avoir rencontré là! Tenez, voilà vos quinze sols ; je ne veux plus aller dans votre vilain carrosse. Ah! mon Dieu ! qu'est-ce qu'on va dire ? Si ma tante sait cela, je suis perdue! Eh bien, vous voilà comme une bûche de bois, me dit-elle, à moi qui l'écoutois sans mot dire, allez donc où je vous ai dit; il en arrivera ce qui pourra : il faut bien que je porte ma coëffure, une fois; cette dame m'attend : dépêchez-vous donc.

Nous voilà allés. Nous arrivons au Pont- Tournant, où il n'y avoit non plus de dame à sa toilette que dans le creux de ma main. Mamzelle Godiche regarde à droite, à gauche, et tout partout. A la fin, elle me dit : Mon ami, vou-

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lez-vous que je reste dans votre carrosse, jusqu'à ce qu'un de mes cousins, qui doit me mener quelque part, quand j'aurai été chez cette dame, soit venu? Je vous donnerai quelque chose pour cela. — Volontiers, lui-dis-je, Mademoiselle, car j'avois pris de l'affection pour elle ; et puis j'étois bien aise de voir son cousin, que je me doutois bien qui ne l'étoit pas plus que moi.

Au bout d'un grand quart d'heure, je vois venir un grand jeune homme, qui vient dare, dare, du côté de la porte Saint-Honoré. Je le montre à Mamzelle Godiche : N'est-ce pas là votre cousin ? — Eh, oui vraiment ! appelez-le, car il ne sait pas que je suis en carrosse. — Je cours après le cousin, qui s'en alloit enfiler le chemin de Chaillot ; et je lui dis : Monsieur, il y a là Mamzelle votre cousine Godiche qui voudrait vous parler un mot. Aussitôt après m'avoir dit grand merci, il s'en court à mon carrosse, monte dedans, et voilà mes gens à chuchotter comme des pies-borgnesses, pendant long-temps. A la fin ils me disent que je les mène dans quelque bon cabaret de ma connoissance ; et que je serai bien content d'eux, si je veux les attendre pour les ramener à Paris, quand ils auront mangé une salade. En même temps le monsieur, pour me faire voir que c'est de bon franc jeu, me coule dans la main une roue de derrière, à compte.

Je leur proposai de les mener chez la veuve

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Trophée, à l'entrée du Cours ; mais ils trouvèrent que c'étoit trop près du soleil. Je leur parlai ensuite de la Glacière à Chaillot, ou de Madame Liard au Roule ; mais ils aimèrent mieux la Glacière, où je les débarquai en peu de temps.

Comme je me doutois bien du cousinage que c'étoit, je fis signe à la maîtresse, qui entend le jars, autant qu'il se puisse ; et elle les fit mettre dans un petit cabinet en bas sur le jardin.

Pour ce qui est de moi, je vous range mon carrosse ; et comme il y avoit bien des écots, j'ôte les coussins, que la maîtresse du cabaret va porter dans la chambre où étoit mon monde, afin que personne ne les prenne.

Au bout d'environ près de deux heures, Mamzelle Godiche eut envie de prendre Pair dans le jardin; son cousin y vint avec elle, et ils se mettent à regarder danser. Pendant ce temps-là, j'étois avec deux de mes amis de ma connoissance, dont il y en a un soldat des petits corps, et nous buvions une pinte de vin, en mangeant le reste d'une fricassée de poulets, que le cousin et la cousine m'avoient donnée dans le jardin, avec de la salade qui restoit, de façon que nous ne faisions pas si mauvaise chère.

Comme nous n'étions pas bien loin de la danse, je vis que Ton venoit prier Mamzelle Godiche pour un menuet ; ensuite elle prit son cousin, et ils se mettent à danser ensemble fort sentiment.

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Dans le temps qu'ils n'y prenoient pas garde, à cause de la danse, voilà M. Galonnet qui arrive avec deux autres et deux demoiselles. D'abord, une de ces demoiselles lui dit, comme ils passoient auprès de nous : Tiens, mon frère, la voilà qui danse avec son amant de l'Aulne. — Ah, la petite chienne, répond-il, je m'en suis bien douté ; quand j'aurai bu un coup, j'irai la prier à mon tour.

Ce qui fut dit fut fait : c"te pauvre Mamzelle Godiche devint toute blême, et M. de l'Aulne tout pâle, quand M. Galonnet la voulut prendre pour danser, bien poliment, le chapeau d'une main, et un gant blanc dans l'autre.

Je voyois bien qu'elle avoit envie de le refuser ; mais je vis bien aussi qu'elle n'osoit pas, parce qu'elle avoit dansé avec un autre, et que ça auroit pu faire du brui, comme M. Galonnet ne demandoit pas mieux, à sa mine, d'autant plus que cela ne se fait pas, parce que c'est un affront qu'on boit en plein cabaret.

Avec tout cela, elle danse ni plus ni moins que si elle avoit été bien aise. Et, pour faire voir à M. Galonnet qu'elle ne se soucioit guère de lui, elle reprit M. de l'Aulne, au lieu d'un de ceux qui étoient arrivés avec lui, qui étoient deux garçons tailleurs ; comme ça se pratique envers les nouveaux venus, qui n'ont pas encore dansé .

Les demoiselles qui étoient venues avec M. Galonnet, dont l'une, qui avoit le visage

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comme un verre à bière, étoit sa sœur, et l'autre étoit bancale, s'étoient mises à une table auprès de la nôtre. Et j'entendois que la grêlée disoit, en parlant de Mamzelle Godiche :^Pour cela, il faut que cette petite créature-là soit bien effrontée de venir toute seule avec son amant dans un cabaret; je n'y viendrois pas, moi, pour je ne sais pas quoi, devant tout le monde, comme elle fait. — Oh, dam', dit la bancale, c'est qu'elle est bien aise de faire voir sa belle robe de satin sur fil, qui, je crois, ne lui coûte guère. — Bon, répond l'autre, je parie que c'est ce nigaud de de l'Aulne qui aura volé cela chez son père. Il vouloit autrefois m'en conter; mais il a bien vu qu'il n'avoit pas affaire à une Godiche; en vérité, il convient bien à une petite souillon comme elle de porter une robe garnie avec un mantelet à coqueluchon. Je n'en porte pas, moi, et je suis pourtant fille d'un maître tailleur, qui est le principal locataire de notre maison ; et puis, avec ce que je gagne de ma couture, il ne tiendroit qu'à moi d'en avoir si je voulois; mais c'est qu'il n'y a que ces gens-là d'heureux. Mon cher père a bien envie de mettre tout ce train-là dehors; aussi-bien sa tante ne paye pas trop bien son terme. Oh mais! tiens, regarde donc, Gogo, dit-elle tout de suite, comme elle se déhanche en dansant ! ne diroiton pas une fille d'Opéra ?

Ah ! pour cela, dit l'autre, je serois bien fâchée de danser comme elle ; tu sais bien,

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Babet, la dernière fois que nous étions au Gros-Caillou : eh bien ! est-ce que je dansois avec des contorsions pareilles? et si pourtant je n'ai jamais appris. — Pour moi, dit Babet, défunt ma chère mère m'a fait apprendre, pendant plus de trois mois, par le maître de ballets de M. Colin, de la Foire, à qui Ton donnoit vraiment trente bons sols par mois, en arrière de mon cher père; on lui disoit que c'étoit un ami de mon frère qui nous montroit pour rien.

Ce monsieur-là nous faisoit entrer quelquefois, les fêtes et les dimanches, dans le jeu de M. Colin, qu'il ne nous en coûtoit rien, à ma sœur Gotton et à moi ; eh bien ! il y avoit là des filles qui dansoient tout comme Godiche, sur le théâtre. Fi! que c'est vilain pour une honnête fille ! aussi je regarde cela comme la boue de mes souliers. Va, va, n'aye pas peur que je la salue jamais la première.

Oh mais! dit Gogo, pendant que Babet reprenoit son vent, c'est que comme elle est un peu gentille, cela s'imagine. . — Qu'appelez-vous donc gentille, Mamzelle, reprit vitement Babet, au risque d'étouffer? Pardi! tu es encore une belle connoisseuse de chat ! Est-ce parce qu'elle a de grands yeux noirs? Oh ! c'est que tu n'as pas vu qu'on diroit qu'elle louche. Si je voulois mettre de la petite boîte, est-ce que je n'aurois pas de la couleur comme elle ? Tiens, Gogo, ne me parle pas de ces petits nez retroussés ; et puis elle se pince toujours la bouche, sans cela seroit-

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elle si petite ? Godiche n'est pas mal faite, faut tout dire ; mais elle n'est pas si grande que'moi. As-tu vu comme elle s'habille court ? — Oh ! voilà ce que je ne saurois souffrir, dit brusquement la bancale, rien n'est plus vilain. —Est-ce que tu ne vois pas que c'est pour faire voir ses fuseaux de jambes, reprit Babet, et un pied qu'on croiroit qu'elle va tomber à chaque bout de champ ?

Tout cela est vrai, dit Gogo, qui y alloit plus à la franquette; mais cela n'empêche pas que les messieurs ne lui fassent les yeux doux. Et puis elle a peut-être de l'esprit ? — Ah ! c'est là où je t'attends, avec ton esprit ; ce n'est qu'une étourdie, et sans quelques petits mots de broustilles, que ces vilains hommes aiment à entendre dire à une fille, elle seroit plus bête qu'un pot, qu'une cruche. Oh ! je t'assure qu'avec toute ma grêle, je ne me donnerais pas pour elle, ajouta Babet en se redressant dans son corps ; et puis tout de suite :- Mon Dieu ! peut-on être décolletée comme cela ? C'est pour faire voir sa belle carcasse ; je serais bien fâchée de me débrailler comme elle ; et si, sans vanité... Mais ne parlons plus de cette petite bégueule-là; j'aurais pourtant bien envie de lui dire son fait. Mamzelle Godiche, ayant dansé tout son bien aise, s'en alloit avec M. de l'Aulne dans leur chambre; mais il falloit passer par-devant Babet, qui, pour commencer la dispute qu'elle vouloit lui chercher, lui dit, en passant, et si pourtant

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elle ne vouloit pas la saluer la première : Bon jour, Mamzelle Godiche, comment vous portezvous ? — A votre service, Mamzelle Babet. . . vous voilà donc ici? — Vous voyez, Mamzelle, tout aussi bien que vous. — J'en suis bien aise... Cela me fait plaisir. — Vous avez là une robe d'un joli goût, dit la couturière. — Et la vôtre, répond la coè'ffeuse, elle me paroît bien choisie. N'estce pas de ces petites étoffes à cinquante sols? Pour moi, la mienne me coûte trois livres cinq sols, et à bien marchander encore. — Oh dam1 ! tout le monde ne peut pas en avoir de si belles que Mamzelle Godiche, dit Babet, en riant du bout des dents, comme Saint-Médard. — J'en fais faire une de taffetas ; si vous n'aviez pas eu tant d'ouvrage, Mamzelle Galonnet, je vous l'aurois donnée à faire. — Oh! je ne suis pas assez fameuse couturière pour une demoiselle comme vous. — Bon, vous voulez badiner; puisque je monte vos bonnets, vous pouvez bien faire mes robes. — Vous ne m'en avez guère monté, toujours. — Cela vous plaît à dire, à telles enseignes que vous m'en devez encore deux ou trois. — Moi, je vous dois des montures de bonnets ? Allez, allez, Mamzelle, songez plutôt à payer à mon cher père votre terme de sept livres dix sols. — Cela fera à-compte, Mamzelle, cela fera àcompte. — Vous feriez bien mieux de payer vos dettes, que de porter la robe garnie, et le mantelet... — Allez, Mamzelle, ce n'est pas à vos dépens. — Vraiment, si on ne vous en donnoit

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pas, où les prendriez vous ? Ce n'est pas à monter des bonnets qu'on gagne tant. — C'est que vous

n'avez pas assez de mérite pour en gagner. Je

serois bien fâchée de l'avoir comme vous bonne petite hardie ! — C'est vous qui êtes une effrontée !

Ma bourgeoise n'eut pas plus tôt lâché la parole, que Babet Galonnet, qui la trouva tout juste au bout de son bras, vous lui couvrit la joue d'une giroflée à cinq feuilles, qui claqua comme mon fouet.

Tout le monde qui étoit là, nous demeurons comme des statues ; il n'y eut que M. de l'Aulne qui dit à Babet : En vérité, mamzelle, ce que vous faites là ne se fait pas, et si ce n'étoit que vous êtes une fille, je vous ferois bien voir... — Que vous êtes sot, mon petit Monsieur, répondit la couturière : allez, allez, j'avertirai votre père que vous le volez pour dépenser votre argent avec des créatures.

Jusques-là, Mamzelle Godiche s'en étoit prise à ses yeux du soufflet de sa joue ; mais quand elle se vit # appeler créature, elle montra à la grêlée qu'elle avait la langue bien pendue ; elle se mit à vous lui dégoiser les dix-sept péchés mortels : en sorte que la couturasse se jette sur elle, lui arrache son morillon plus vite que le vent, et le trépigne aux pieds, dans de l'eau qui étoit par terre, en sorte qu'il n'étoit que de boue et de crachat.

Elle veut après lui sauter aux yeux, car je

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voyois bien qu'elle avoit envie de défigurer sa physionomie, qui n'étoit pas grêlée comme la sienne; mais M. de l'Aulne se fit égratigner à la place de sa cousine de vendange.

Pendant ce temps-là, le petit Galonnet et ses camarades avoient quitté une contredanse, pour venir voir ce que c'étoit; et comme il vit M. de l'Aulne qui tenoit sa sœur par les mains, pendant qu'elle lui donnoit des coups de souliers sur les guibons, il se mit dans la tête qu'il la battoit, en sorte que, pour l'en empêcher, les trois tailleurs se mettent à vous lui rabattre les coutures, pendant que Mamzelle Godiche faisoit des cris de Merlusine.

Oh dam1 ! quand je vis cela, je ne fus ni fou ni étourdi ; je dis à mes amis : Ne laissons pas sabouler mes bourgeois. Ils ne demandoient pas mieux ; par ainsi, nous tombons sur les mangeurs de prunes, que c'étoit comme une petite bénédiction.

Notre soldat avoit tiré sa guinderelle, l'autre étoit un rude cannier, et moi, avec mon fouet, nous donnions sur les tronches et les tirelires, pendant qu'ils se défendoient avec les tabourets du jardin. J'avois donné un fier coup du gros bout de mon fouet sur les apôtres, à un qui vouloit me prendre par les douillets ; mais je vous le plaque à plate terre, comme une grenouille, qui ne remuoit ni pied ni patte.

Enfin finale pourtant, on nous sépare à la fin,

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et qui eût l'œil poché au beurre noir, c'étoit pour son compte.

Pendant la batterie, mon bourgeois et ma bourgeoise étoient retournés dans leur chambre, où nous allons leur dire qu'ils ne craignent rien, parce que nous sommes bons pour tous les pique-poux.

Mamzelle Godiche pleuroit, comme si elle avoit perdu tous ses parens, et son cousin la consoloit. Il nous rit avaler plus de la moitié d'une bouteille à quinze, qui n'en valoit pas six, comme c'est la coutume.

Il n'y avoit pas moyen que Mamzelle Godiche put remettre son tortillon, qui n'étoit que de boue ; mais elle s'atintela bien proprement avec celui de cette dame du Pont-Tournant, en sorte qu'il n'y paroissoit pas.

Comme elle étoit toute honteuse, nous attendons que la cohue fût passée, et puis elle avoit peur de la grêlée, qui lui avoit dit qu'elle n'en étoit pas encore quitte, et que sa tante le sauroit, pas plus tard qu'à ce soir.

Sur les dix heures du soir, je mets mes chevaux et mes coussins, et nous allons grand train dans la rue des Cordeliers, où demeuroit Godiche. Mes camarades étoient à côté de moi; puis je ramène M. de l'Aulne à l'Apport- Paris, où il me donna encore un gros écu, et vingtquatre sols pour le rogome, que nous lavons chez M. de Capelain.

Il y a bien apparence que la tante de Mam-

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zelle Godiche lui aura chanté le te Deon raboteux ; mais il paroît qu'elle s'est fichée de ça ; car je l'ai vue, du-depuis, sur le pied françois, et je l'ai menée bien souvent avec des plumets galonnés.

Elle m1a bien reconnu depuis ce temps-là ; et j'avois toujours pourboire avec elle; car, quoiqu'elle fût avec des gens du haut style, elle n'en étoit pas plus fière envers mon égard.

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