PRÉFACE
M. GUILLAUME, au Public.
Monsieur le Public, vous^allei être bien étonné de ce qu'un homme de mon acabit prend la plume en main, pour vous faire participant de bien des drôleries qu il a vues sur le pavé de Paris, où il peut dire, sans vanité, qu'il a roulé autant qu'un homme du monde qu:il y ait.
Quoique je sois, à cette heure, un bon bourgeois d'auprès de Paris , .cela n'empêche pas que je ne me souvienne toujours bien que j'ai été cocher de place, après de remise; ensuite j'ai mené un petit-maître que j'ai planté là pour les chevaux d'une brave dame, qui ni a fait ce que je suis au jour d'aujourd'hui.
Dans ces quatre conditions-là, j ai vu bien des choses, comme je vous disois tout -à-V heure, ce qui fait que je me suis mis à rêver, en moi-même, comment je m'y prendrois pour coucher ça par écrit.
Je n'ai pas bien la plume en main, à cause du
4 Contes de Caylus.
fouet d'autrefois, qui me Va corrompue ; mais quand j'aurai écrit ce que j'ai envie d écrire, je le ferai récrire par un écrivain des Charniers , que je connais, du temps que j'étois à la Ferronnerie.
Je sais ce que je vas vous dire, pour en avoir vu plus de la moitié de mes propres yeux , moi qui vous parle, quand je menois l'équipage.
Les gens qui vont dans un fiacre, tout partout où ils veulent aller, ne prennent pas garde à lui; ça fait qu:on ne se cache pas de certaines choses qu'on ne feroit pas devant le monde.
Mais, comme il y a très-bien de ces affaires-là que je sais, je n'étois pas mal embarrassé par qui commencer , et puis ça auroit fait tout drès d abord un trop gros livre. Je me suis avisé, avec l'écrivain duquel je vous ai parlé, qu'il falloit, pour ne pas faire d'embarras, vous en couler quatre l'une après l'autre.
Premièrement, d'abord et d'un, je commencerai par l'histoire de Mainjelle Godiche, qui lui est arrivée dans le temps que j'étois à la rue Ma\arine, à la Glacière, à Chaillot, avec le fils d'un marchand de l'Apport-Paris.
Par après, je vous lâcherai F affaire de la femme de ce notaire avec un gros commis de la douane, à la foire Saint-Laurent, quand j'étois remisier.
Guillaume, cocher. <r
Pour ce qui est de la troisième, ce sera l'histoire de Monsieur le chevalier Brillantin, qui ne m'a jamais payé mes gages qu'à coups de plat d'épée, pendant que j ai mené sa diligence.
Et enfin finale, vous aurej celle de Madame Allant, ma bonne maîtresse, qui m'a laissé de quoi vire, avec Monsieur l'abbé Evrard, duquel elle vit son bec-jaune, comme vous le verrei vous-même à la fin du présent livre.
Par ainsi, ça f'ra quatre aventures d'amourettes. Si ceux-là vous plaisent à lire, je vous en détacherai encore d'autres, qui ne seront pas moins chenues.
HISTOIRE
DE