‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 1 sur 47 · ET LES ŒUVRES D E. C * Y L U S · texte numérisé non relu

ET LES ŒUVRES D E. C * Y L U S

n ssi Vidi avec l'accent de C^JBi. l\ pwe Jeiiur^. ■ * Il lanoace le Pire Ihith«ne, » ■*

B. if J. Bsbo^con'aT.

ADEMOISSLLE Qui-

naullj retirée du théâtre; donnait et présidait 'vers t^42^ un souper par se-

pensions qui lui étaUnt

accordées par le Roi et

par la Comédie-Française. Ce fût là l'origine de

cette aimable académie de gauloiserie, de cette

Sociécé du bout du banc, comme on la i

II Notice sur la Vie

où chacun payait comptant son tribut à la folie ^ aux mœurs légères^ à P esprit et souvent aux Muses; où Von donnait carrière à sa verçe^ en lançant des mots osés y excessifs et applaudis; où tout était badinage^ même dans les innocentes querelles qui se vidaient inter pocula. Les plus charmants écrivains de l'épo^ que se donnaient rendei-vous chei la divine Quinault^ cette Reine des Grâces ; on y rencontrait tour à tour DucloSy le Grand'Prieur de Vendôme ^ VAbbé de Voisenon^ Fagan^ Moncrif Crébillon fils^ Salley^ La Chaussée^ D^ Arménonville^ Marivaux^ de Mau~ repas ^ Pont de Veyle^ et même Voltaire^ qui ne fit qu'y paraître et s^ éclipsa devant Piron et Sainte^Foix qui ne lui étaient point sympathiques.

Le" Mécène de ce petit cercle^ nous dirions presque le fondateur^ était le Comte de Caylus^ philosophe original ^ artiste sincère ^ qui joignait à son petit mérite littéraire une science profonde^ un goût d'amateur éclairé^ un caractère simple et noble^ et surtout une libéralité de grand seigneur pour les talents indigents qu'il se plaisait à encourager par ses bienfaits délicatement déguisés. Tous les gens de lettres qui ^entouraient^ s^ estimaient heureux de vivre plutôt dans son amitié que sous son patronage^ etj s'il nous fallait parler des différentes manières de cet homme de qualité^ à la fois archéologue^ philologue^ antiquaire^ dessina-

et les Œuvres de Caylus. m

teur^ graveur et poly graphe ^ sinon stylliste^ nous ne

saurions arriver à la perfection^ à la grâce ^ au brio

que MM. Jules et Edmond de Concourt ont su

déployer dans une étude exquise sur ce Caylus *,

créateur de la littérature populaire du xvin« siècle :

1 La rue et son peuple^ — s'écrient ces deux char'-

mants écrivains^ — le peuple^ voilà le monde après

lequel court la pointe d' Anne^Claude-Philippe de

Tubieres de Grimoard de Pestels de Lévy^ Comte

de Caylus j conseiller d' honneur ^ né au Parlement de

Toulouse^ et sa plume aussi» La rue avec son bruit,

ses passants et son spectacle, ses costumes et ses

chansons, ses marchands et ses marchandes, et la

promenade des marchandises ; et le Noël assour^

dissant des métiers, et le vacarme et le mouvement de

Paris vendeur et hurleur; un monde ouvrier, le travail

qui va, le porteur d'eau portant ses larges seaux, le

petit commissionnaire avec son banc sous le bras, les

veilleuses, les petites laitières, les petites harengères,

les casseurs de pierre, les tonneliers, les rémouleurs,

les scieurs de bois, les savetiers et les montreurs de

lanterne magique; la porteuse de bois, et Fécosseuse

et le marchand de balais, et le marchand de peaux

de lapins. — Les Cris de Paris ! feuilles de papier

I Portraits intimes du xviii® siècle ^ Paris, ï8$8, t. II.

IV Notice sur la Vie

aujourd'hui jaunies ^ qui sont tout le reste et tout le souvenir y et tout Pécho de ce poste aboiement qui roulait chaque jour dans le Paris du xviii^ siècle^ ses éclats et son vacarme^ brouillant toutes les mélopées : Verjus! Vinaigre! — Mon bel œillet double! — Café ! Café ! — La liste des gagnants de la loterie ! — Des Ciseaux! Des Couteaux! — La Mort aux rats !

c Le comte de Caylus écoute et regarde tous les jours par sa fenêtre ^ ouj se promenant ^ par les rideaux des cabarets^ par les portes des fruitières^ par les portières des fiacres ^ par les trous de toile de ce grand spectacle : la vie de Paris, t Les drôleries qu'il a vues sur le pavé de Paris ^ • c'est l'annonce de /'histoire de M. Guillaume le cocher, et c'est l'œuvre de Caylus,

« Pendant que les lettres épient à la porte des salons^ les confessions galantes^ les scandales bien nés y Ise jolis romans ^ les mœurs du bel air^ le train de la modej le jargon du bon ton; pendant qu'elles sont tout occupées à peindre une société de convention^ d'apparence et de manière^ dont l'âme est une forme; pendant que le peuple est hors des lettres^ pendant que la critique juge que ■ les personnages du quartier de la Halle et de la place Maubert Trayant point d'existence dans la société^ leurs aven-

et les Œuvres de Caylus. v

tures ne sauraient nous attacher ^^ » M. de Caylus attable résolument aux tables de la Glacière^ à Chaillotj une veine neuve^ hardie^ rabelaisienne et légère. Il habille aux Halles la Comédie parisienne. Il montre des cœurs battant sous les petites robes de satin sur fiL II donne des histoires cossues et pleines de gorges chaudes. Il promène dans la grosse joie les Giroflées à cinq feuilles, et l'odeur des beignets, des hommes et des femmes qui vivent sans savoir vivre^ aiment sans orthographe et se battent avec les poings. Il les conte et les fait parler avec leur langue grasse et forte en gueule. Il se plaît ^ s'amuse et s'attarde aux scènes populaires^ aux avalanches de pains de Gonesse et âH aloyaux^ aux masques de pain d'épice^ aux danses et aux culbutes grotes^ quesj animant les foules d'individualités comiques qui braillent et gesticulent au premier plan^ semant les contes à pouffer et le plus salé de P esprit de la Reine de Navarre.

« Ces Fêtes roulantes, ces Etrennes de la Saint- Jean, et surtout cette délicieuse Histoire de M. Guillaume, cette lanterne magique des mœurs basses et libres j ce tableau mouvant et parlant était né comme de lui-même^ un applaudissement de mademoiselle Quinault Pavait dicté à Caylus. »

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