‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 13 sur 47 · HUITIÈME AVENTURE · texte numérisé non relu

HUITIÈME AVENTURE

Du Bal de la place Vendre.

Lettre d'uq CQUsin à son cpuain, <^ui éxoit en prpvîoco»

MONsiE.VR et. honoré cousin, ces lignes sont pour vous faire part des plaisirs que vous m'avez demandés, passés dans Pajis, à Poccasjon présente. Figurez-vous, quand je dirois plus de viqgt fo^s^ ce qui s'est passé aux noces de n,otre.çlière t^i:fte Jeapne Jouasse, dans la maison de M. It receveur des tailles, qui n'y étoit pa3; et si pourtant nous avions enjolivé le grand hangiir^ que tout le monde en étoit éton,né. Malgré ççla, ççla ii'^pproqhe pas de cent .piq.uesi 4^ çeux.d'icî. Il y en ^ut sept, faits ayec du bois et de la toile peinte exprès, sous 1^; figure de Bacchus, dç l'hiver, de treillages de pierre et autres figures, qui représentoient tout autre chQse, dont je ne vous ferai pas un ^9P /gwnd dé^il.; Il suffit que .tout le monde

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dansoit dedans, et on y étoit servi de toutes sortes de rafraîchissemens , de dindons, de mouton cuit, avec du vin rouge tant qu^on en vouloit ; ce qui fut si magnifique, qu'on n'entendoit presque pas les violons, tant on y rioit. Tout cela, sans compter un autre grand bal fermé, pour les personnes de la dernière considération, qui avoient le moyen d'être propreset où il y avoit beaucoup d'autres choses à manger, soit en pâtés. Jambons et friandises, qui a satisfait tous ceux qui en sont sortis.

Mais on voit souvent arriver, dans le public, des choses particulières. Voici ce qui est arrivé dans l'allée d'à côté de chez nous, qui est vrai comme vous êtes mon cousin :" c'est un nommé Jacques Beaurein, garçon brasseur, qui dit des drôleries depuis le matin jusqu'au soir, d'où vient que les filles du fauxbourg Saint- Marceau l'ont appelé le garçon embrasseur, étant fort facétieux de sa nature. Il est venu à épouser une apprentisse couturière, qu'il n'y a rien à redire contre elle, qu'une tache de vin sur l'œil gauche, qu'on ne voyoit pas du tout, en la regardant de l'autre côté. Il a voulu faire le mariage le jour des réjouissances, parce qu'il disoit que cela serviroit à ses noces, tout comme si c'étoit lui qui avoit . payé ; mais on voyoit bien que c'étoit une plaisanterie à l'ordinaire. . Le mariage s'étant fait , il proposa à la mariée de la mener au bal de l'Estrapade, qui s'en excusa sur je ne sais quoi qui lui faisoit

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mal. Quant à luî^ il passa la journée à se faire un déguisement en- diable, pour faire enrager toutes ses connoîssances ; car, quoiqu^il y en ait d^aucuns qui Taîent blâmé de ce déguisement, qui peut, par hasard, porter malheur, on peut dire quMI y a bien de l'esprit à avoir ridée de cette imagination. Si vous l'aviez vu, mon cher cousin, c'étoît à faire peur; il avoit mis une veste noire, où il avoit attaché je ne sais combien de coquilles d**huîtres; il avoit passé ses jambes dans les manches de sa redin-« gote rouge ; il s'étoit fait des moustaches noires comme un suisse; il avoit caché son nez avec une grosse écrevisse cuite ; sa perruque étoit de plumes de dindôh ; il avoit passé à son cou la chaîne d'un tourne-broche, et s'étoît fait une queue avec la crémaillère : enfin, on ne peut pas se mettre mieux, et faut avouer qu'il fait de ses doigts tout ce qu'il veut. Il partît de bonne heure, et laissa la mariée, qui geignoît, comme je vous disais tantôt; pour lui, il alla dans tous les baux, mangeant et buvant comme tous les diables, et faisant hoUy hou à tout le monde, comme ils font pour l'ordinaire, ce quî divertissoit beaucoup de gens.

A trois heures du matin, il entra à la place de Vendôme, où, après avoir bien réjoui l'assemblée, en dansant en furieux, comme on fait à l'Opéra, il s'alla asseoir contre un homme déguisé en masque de paysan, qui tenoit sur ses genoux un petit masque déguisé en Grand-

Turc ; cela fit qu'il les examinoit, et qu'il devina, au mouvement de leur contenance, qu'ils avoient voulu user de l'occasion d'un bal déguisé pour être tous deux en rendez-vous, d'autant plus qu'il les entendit dire des mots de françois, quoiqu'ils fussent déguisés en étrangers : il prit la balle au bond , et, par rapport à son déguisement, il leur cria avec sa grosse voix : Je m'en vais vous emporter tous les deux. Mais^ la barbe du Grand-Turc lui étant restée dans la main, voilà qu'il reconnoît sa femme. Comment diable, dit-il, c'est toi, Marianne? — Voyez, ce dit-elle, sans doute ; y a-t-il quatre heures que je cours les rues, pour chercher ce bon vaurien ; il a tant de hâte, qu'il oublie, à la maison, le plus principal de son déguisement. Tiens, voilà les cornes que je t'apporte. — En disant cela, elle en tira de dessous sa robe une belle paire, de bœuf, qu'il avoit laissées sur son lit, et qu'elle lui attacha elle-même sur la tête. Il ne savoit que dire, parce qu'il voyoit bien qu'il étoit dans son tort; mais M. La Rose, le sergent de milice qui étoit venu avec sa femme, tira de sa poche une carcasse de dindon et une bouteille de vin, qui fit changer la conversation. Le marié, pour n'être pas en reste, oiïrit aussi à sa femme un cervelas qu'il avoit attrapé ; mais elle remercia en lui disant qu'elle en avoit mangé tout son saoul.

C'est donc pour vous dire qu'il n'est pas possible qu'il n'arrive toujours quelque chose :

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étant avec toute la considération que j'ai. Monsieur mon très-honoré cousin, votre très-humble, etc.

NEUVIÈME AVENTURE De la place Vendôme.

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