‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 12 sur 47 · SEPTIÈME AVENTURE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME AVENTURE

lym prmc0 et (Tw^ frincessey arrinée à

un des Bals de la place Vendôme*

C E prince «t cette princesse4à étoiènt ppur- . tant mon cousin et ma cousine^ tel que vous me voyez; ils s^appeloîent, deleur nom! naturel, Monsieur et Madame Miche-en-bl©d, qui s'aimoient bien, et se battoiem toujours ; mais? de leur nom de déguisenient il n'en émit pas de inôme. Un ch'asse*marée m'a conté hier à Saint- Denis, en buvant à rArbalète, que mon cousin et ma cousine se lassant de coucher dans le même lit, où ils se mordoient toujours, sans, que cela aboutît à rien qu'au plaisir de se mordre, ils avolent résolu de se sauver en beau

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catimini, et d^aller au bal de bois de la place Dauphine, qui étoit le plus beau de tous, comme étant le plus voisin du cheval de bronze. La cousine eut d'abord la première volonté d'emprunter rhabit d'un garçon apothicaire de ses amis, qui avoit fait partie, tout seul, d'y venir pour s'y masquer ; mais elle fit réflexion que des embaucheurs pourroient bien la jeter dans un four, et, comme ow dit dans le peuple, l'obliger de s'enrôler, à force de lui ficher le tapin : cela fit qu'elle quitta cette imagination^ et qu'elle aima mieux se déguiser en princesse ; elle en trouva les facilités par le moyen de ses amis du quartier, comme la voisine Madame de Lorme (car c'est une madame, puisqu'elle est sage-femme reçue à Saint-Côme), qui lui prêta sa robe de damas, couleur de feuille morte ; la yeuve de l'Étoile, qui lui donna, en pleurant, le$ bas blancs de feu son mari, sergent aux gardes ; et le; compère Quillemet, qui lui fit présent,, pour une heure,, en riant, de la coëffure de sa défunte femme, qui étoit revendeuse à la toilette*

Le cousin Michê-en-bled, de son côté, qui trouvoit ses projets tout d'abord, et qui étoit aussi long à les exécuter que s'il les avoit trouvés bien tard, se détermina à se déguiser en prince ; et, pour y réussir, il trouva le moyen, par ses connoissances, d'emprunter l'habit d'un page.

Les voilà tous deux, sans faire semblant de

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rien, tout au beau milieu du bal : nous allons voir ce qui va leur en arriver, et comme quoi ils eurent chacun un pied de nez ; car le cousin Miche-en-bled, qui avoît de la présence d^esprit le lendemain de la veille, et la cousine, qui avoit de la sagesse une heure après qu^un homme l'avoit quittée, se trouvèrent là comme de cire, sans se reconnoître, quoiqu'ils se doutassent bien qu'il Y avoit queuque chose là-dessôus. Cependant Fanguille se mit sous roche comme d'ellemême; car M. Mîche-en-bled, qui, en voyant Madame Mîche-en-bled vêtue à la princesse, soupçonna bien vite que c'étoit une bonne bourgeoise, l'aborda avec honnêteté et civilité, et lui offrit, comme par manière de conversation, une saucisse qu'il portoit toujours ; Car il disoit fort joliment que les saucisses sont, comme les olives, bonnes quand elles sont pochetées. Madame Miche-en-bled jugea bien, par ces belles nlanières-Ià, que c'étoit quèuque gros seigneur, puisqu'il avoit une saucisse pour représenter en public, et répliqua, avec un grand savoirvivre, que, puisqu'il le vouloit absolument, elle en mangeroit le petit bout ; ce qui fit qu'on la tira. Elle crut devoir demander, comme par manière d'éloge, quel étoit son chaircuitier ; mais il répondit, pour la dépayser, qu'il apportôît la saucisse des pays étrangers, et là-dessus prit occasion de lui apprendre qu'il étoit prince, et de plus gentilhomme, et que son père avoit une charge de secrétaire du Roi. Là*'dessus la

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cousine Micfae«en-bled lui fit bien de petites avances d^amitié, ce qui lui fit d'abord soupçonner que ce pourroit bien être sa femme; car il connoissoit de quel bois elle se chauffoit; et il n'yavoitpas jusqu^à son frère, l'habillé de noir, qui n'en fit des gorges chaudes. De fil en aiguille, elle se mit aussi à deviser sur son état de princesse ; la conversation s'échauffa, et Madame Miche-en-bled encore davantage ; de façon que, petit à petit, le prince Miche-enbled en étoit bientôt venu à ses fins, parce qu'il l'avoit tirée à l'écart après avoir bu bputeilie; et la princesse lui avoit, à force de se faire prier, déclaré qu'elle en étoit amoureuse, parce qu'il étoit un homme de qualité. Mais il prit un scrupule au cousin; il crût qu'un brive gentilhomme,' quand il se faîisoît prince, "ne devoit pas avoir de familiarité avec une femme sans savoir son nom auparavant ; et 3 lui demanda le ^itril Elle dît qu'elle étoit princesse d'un autre pays que la Frahce; mais comme elle n'en étoit jamais sortie que pour aller à Marseille, et qu'elle étoit comme qui diroît utt peu prise de vin, elle dit qu'on la nommoît la princesfee *Frês-volontîers. Aussitôt le cousin Mîche-én-bled lui arracha poliment son masque de dessus son nez ; il ôta aussi le sien ; et, après avoir donné deux soufflets à' sa femmej i! la ramena, et la iconduîsit deux bouts de chemin, en lui donnant des coups de pied au clil. On ne sera pas' étonné qu'il là reconnût au

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nom de la princesse Très- volontiers, parce que c^étoit le nom q^u^on lui donnoit quand elle étoit fille, et dotit la mémoire de son, mari eut souvenance .mal à propos. C^est pour vous dire que tout le monde ne sait pas se déguiser, et que le pot s^enfuit toujours par quelque endroit

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