‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 5 sur 47 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

M. GUILLAUME, au Public.

MONSIEUR le Public, vous allei être bien étonné de ce qu'un homme de mon acabit prend la plume en main^ pour vous faire participant de bien des drôleries qu'il a vues sur le pavé de Parir, où il peut dire, sans vanité, qu'il a roulé autant qu^un homme du monde quHl y ait.

Quoique je sois, à cette heure, un bon bourgeois d'auprès de Paris, cela n'empêche pas que je ne me souvienne toujours bien que j*ai été cocher de place, après de remise; ensuite j'ai mené un petit-maître que fai planté là pour les chevaux d'une brave dame, qui m'a fait ce que je suis au jour d* aujourd'hui.

Dans ces quatre conditions-là, j'ai vu bien des choses, comme je vous disois tout-à-V heure, ce qui fait que je me suis mis à rêver, en moi-même, comment je m'y prendrois pour coucher ça par écrit.

Je n'ai pas bien la plume en main, à cause du

4 Contes de Caylus.

fouet d'autrefois y qui me Va corrompue; mais quand j'aurai écrit ce que fai envie d'écrire, Je le ferai récrire par un écrivain des Charmers^ que Je connais^ du temps que J'étois à la Ferronnerie,

Je sais ce que Je vas vous dire^ pour en avoir vu plus de la moitié de mes propres yeux ^ moi qui vous parle j quand Je menois l'équipage.

Les gens qui vont dans un fiacre ^ tout partout où ils veulent aller ^ ne prennent pas garde à lui ; ça fait qu^on ne se cache pas de certaines choses qu'on neferoit pas devant le monde.

Maisp comme il y a très-bien de ces affaires-4à que Je sais^ Je n'étois pas mal embarrassé par qui commencer^ et puis ça auroit fait tout dres d'abord un trop gros livre. Je me suis avisé ^ avec V écrivain duquel Je vous ai parlé^ qu'il falloit^ pour ne pas faire d'embarras, vous en couler quatre l'une après F autre.

Premièrement j d'abord et d'un^ Je commencerai par Vhistoire de Mamielle Godiche^ qui lui est arrivée dans le temps que J'étois à la rue Maiarine^ à la Glacière^ à Chaillot^ avec le fils d'un marchand de l'Apport-Paris.

Par après y Je vous lâcherai l'affaire de la femme de ce notaire avec un gros commis de la douane^ à la foire Saint-Laurent^ quand J'étois remisier.

Guillaume, cocher. j

Pour ce qui est de la troisiime, ce sera l'histoire de

Monsieur le chevalier Brillaniin, qui ne m'a Jamais

payé mes gages qu'à coups de plat d'épié^ pendant

que J'ai mené sa diligence.

El enfin finale, vous aurei celle de Madame Allaiitj ma bonne maîtresse, qui m'a laissé de quoi viçrej aiiec Monsieur l'abbé Evrard, duquel elle vit ion bec-Jaune^ comme vous le verrei vous-même à la fin du présent livre.

Par ainsi, ça f'ra quatre aventures d'amourettes. Si ceux'là vous plaisent à lire. Je vous en détacherai encore dautres, qui ne seront pas moins chenues.

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