Grimm, Correspondance littéraire, septembre
et les Œuvres de Caylus. xix
la Cour et de la bonne compagnie. Il est plus juste de penser que Caylus avait un grand amour d'indépendance et qu'il s'éloignait le plus possible de tout ce qui y sous un faux air de grandeur^ tenait à la serntude de la Cour; il avait l'extérieur froid et sec^ l'allure rustre et les manières dures ^ mais il rachetait cela par une bonhomie sans égale. Son plus grand luxe était son carrosse de remise : un jour s^ étant arrêté devant une boutique sur laquelle un peintre d^ enseignes peignait un saint François^ celui-ci le pritj en raison de son costume grossier^ pour un de ses cama^
rades et lui demanda son avis ; Caylus le lui donna ingénument j et il insinua dans ses observations un tel esprit de critique Juste et bienveillante^ que le peintre lui mit le pinceau en mcân^ en le priant de retoucher lui-même le tableau. Notre gentilhomme artiste monta à l'échelle^ etj en quelques coups de pinceau^ donna à l'enseigne tout le relief voulu. Le barbouilleur enchanté voulait entraîner son faux confrère au cabaret voisin^ lorsque la voiture du comte s'avança. En y montant^ Caylus tendit la main au peintre stupéfait : 9 Au revoir j camarade^ lui dit-il j ce sera pour la première fois que nous nous rencontrerons. » Naturelle^ ment bienfaisant^ Caylus s^amusait quelquefois^ lorsqu'il rencontrait un pauvre dont la figure annonçait la probité^ à lui donner un louis pour V aller changer^
XX Notice sur la Vie
et^ se cachant ensuite^ il jouissait de son embarras ^ lorsqu'à son retour celui-ci ne le trouvait plus * .
// était bien Juste que les artistes se montrassent reconnaissants envers un homme de qualité qui leur avait sacrifié la plus grande partie de son existence. L'Académie de peinture et de sculpture le reçut dans son sein en 1731 ^ et le comte de Caylus. par un retour digne de son amour pour les arts, fonda dans cette académie un prix annuel pour celui des élèves qui réussirait le mieux à caractériser une passion '.
Les lettres ne se montrèrent pas moins empressées d'accueillir un homme qui^ par ses travaux^ avait également bien mérité d'elles, L'Académie des inscriptions lui donna en 17^2 un poste honoraire ; il occupa la place laissée vacante par M. de Bercy. Dans cette compagnie y Caylus fonda un prix de ^00 livres^ dont l'usage était d'expliquer par les auteurs et par les monuments les usages des anciens peuples. On voit par ce sujet que le comte de Caylus ne perdait pas de
i. Voy. Biographie universelle à l'article, Caylus.
2. Dans sa Correspondance littéraire de décembre 1760. Grimm fait une longue dissertation sur ce prix d'expression d'une tête pour les élèves. C'est hâter la corruption du goût, à son avis, que d'inviter les élèves à exprimer la passion avant que d'avoir étudié les belles formes de la nature tranquille.
et les Œuvres de Caylus. xxi
vue son objet favori^ qui était la culture des arts et leur avancement j et que ses travaux littéraires se propO" saient principalement ce but.
f // ne paraîtrait pas de notre objet^ dit avec justesse l'éditeur des Œuvres badines de Caylus^ *^ auquel nous empruntons ces lignes ^ de donner un long détail des travaux littéraires d'un homme dont nous ne recueillons ici que les délassements. Sa mémoire^ qui sera chère aux sciences et aux artSj n'a pas besoin d'ailleurs du faible tribut d'hommages que nous nous permettrions de lui rendre. Nous nous contenterons donc d'indiquer les principaux ouvrages qui ont immortalisé son nom.
i Le premier et le plus important est son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises^ en sept volumes in-S^ (i7S^)» Ce monument y à jamais mémorable^ élevé aux arts par le comte de Caylus^ est le fruit de ses courses et des re^ cherches qui en ont été l'objet. On admire comment un seul homme * a été capable de concevoir un édifice aussi immense et encore plus comment il a pu l'exécuter. Nous citerons encore les Vies des peintres et des
I. Tome I'' des. (Cupres badines complètes du comte de Caylus, Petite préface de l'éditenr, de XVI pages.
a. Erreur.— L'abbé Barthélémy et d'autres érudits avaient aidé Caylus dans cet ouvrage.
XXII Notice sur la Vie
sculpteurs les plus fameux *. Apres avoir encouragé les artistes par ses bienfaits ^ les avoir animés par son exemple j il ne lui restait plus que de rendre lui-même hommage â leurs talents j en écrivant leurs vies et ce-lébrant leurs ouvrages,
« La vie privée du comte de Caylus n'offre point de curiosités dignes de piquer la curiosité de nos lec^ teurs ; nous sommes étonné seulement qu'il ait pu suf" fire à la quantité d'ouvrages qui est sortie de sa plume. Leur véracité r^est pas moins étonnante. Né pour le travail y ce frétait qu'avec une occupation que le comte de Caylus se délassait d'une autre occupation. Un travail sérieux^ une dissertation approfondie était suivie d'un conte enjoué^ d'une facétie ; ces derniers ouvrages n'étaient pour lui qu'un amusement. On en excepte néanmoins ses Romans et ses Contes orienttaux*^ dont les premiers étaient des traductions de l'italien et de V espagnol^ ^ et les derniers sont dus à
I. Ses Éloges de Lemoyne, de BoucKardon, de Mignard, ses études sur Michel Anguier, Thomas Régnauldin, Van Clève, Trémolliéres, Watteau. Voy. Mémoires inédits des membres de l'Académie de -peinture, Paris, Dumoulin, 2 vol. in-8°.
a. Contes orientaux et Nouveaux contes orientaux se trouvent réunis dans les Œuvres badines.
3. Romans de chevalerie : Tiran le Blanc, roman de chevalerie espagnole très estimé ; Le Çaloandre fidèle, traduit de l'italien de Giovanni- A mbrosio Marini.
et les Œuvres de Caylus. xxiii
la connaissance qu'il avait prise des langues orientale Sr pendant son séjour à Constantinople. »
Le comte de Caylus avait perdu sa mire en 2729 . // en éprouva un chagrin terrible^ auquel le temps seul et aussij avouons-le^ une certaine comtesse de Bolingbrokej belle-mère de sa mère^j purent faire diversion. Ce ne fut que quelques années plus tard qu'il connut iW^i* Quinault et qu'U devint assidu aux aprèsmidi de ses Dimanches. C'est là que nous retrouvons, notre Caylusy ce Caylus qui nous appartient par un bien petit côté, le Caylus de ces Messieurs, de /^Histoire de Guillaume^ des Aventures des Bals de bois et des Etrennes de la Saint- Jean et autres bagatelles curieuses^ rapsodies gauloises et graveleuses ^ historiettes poissardes qui évoquent les discours grouillants du peuple au XYiii* siècle. U artiste dans cette aimable société se plaisait à lancer la saillie forte en gueule y les quolibets douteux j les malices au gros sel^ qui excitaient la verve et le rire large des auditeurs. Dans le fameux recueil manuscrit du comte de Maurepas^ on retrouve toute la partie rimée par les joyeux con-
I. La mère du comte de Caylus était issue d'un premier mariage du marquis* de Villette de .Mursay avec Marie- Anne de Châteauneuf. La seconde femme du marquis^ M"*' de Marsilly, devenue veuve, épousa elle-même en secondes noces le comte de Boliiigbroke.
XXIV Notice sur la Vie
vives de iW^'« Quinault^ les gaudrioles^ les chansons ^ les épigrammeSy les pièces lestes , les médisances scandaleuses et les polissonneries qui se débitaient à la bonne franquette et à veste déboutonnée, Caylus fréquentait également le salon de iff"* Geoffrin^ dont iW"« d^Epinayj dans ses Mémoires, nous a permis d'apprécier le ton. Il se trouvait moins à Vaise dans ce cercle sentencieux ^ où Diderot prônait * et oit la philosophie avait élu domicile^ où les encyclopédistes /épanouissaient ; souvent cependant ^il savait captiver par un récit vif Vattention de toute Vassemblée^ mais il ne pouvait vaincre V antipathie que certains person^ nages j Marmontel entre autres ^ lui inspiraient^ et il conservait devant et devers eux un aspect glacé^ un air hautain qui tenait presque du mépris, Dans ses Mémoires*, Marmontel fait un curieux portrait de Caylus f rencontré par lui chei iW'"* Geoffrin,
I. Caylus détestait Diderot, à qui il ne pardonnait pas son travail sur la peinture à la cire. « Diderot, disait-il dans une lettre à Paciaudi, du 16 février i7<5j, je ne Testime point; mais je crois qu'il se porte bien, il y a de certains bougres qui ne meurent pas, tandis que pour le malheur des lettres de l'Europe d'honnêtes gens comme Milot meurent dans leur plus grande force. » Diderot, 4an8 son Salon de 176$» devait s'écrier par la suite, en apprenant le décès de Caylus: « La mort nous a délivrés du plus cruel des amateurs.
a. Mémoires de Marmontely livre VI.
et les Œuvres de Caylus. xxv
f Parmi les amateurs qui étaient de ces dîners^ dit-il^ d y en avait d'imbus cPasseï bonnes études. Avec ceux-ci je n^ étais pas en peine de varier la con^ versation^ ni de la ranimer lorsqu'elle languissait ; et ils me semblaient asseï contents de ma façon de causer avec eux. Un seul ne me marquait aucune bienveillancej et dans sa froide politesse je voyais de Véloignement; c^était le comte de Caylus,
f Je ne saurais dire lequel de nous deux avait pré' venu Vautre ; mais à peine avais-je connu le caractère du personnage^ que j^ avais eu pour lui autant d'avers sion qu'il en avait pour moi. Je ne me suis jamais donné le soin d'examiner en quoi j'avais pu lui déplaire^ mais je savais bien moi ce qui me déplaisait en lui. C'était l'importance qu'il se donnait pour le mérite le plus futile et le plus mince des talents; c'était la valeur qu'il attachait à ses recherches minutieuses et à ses babioles antiques ; c'était l'espèce de domination qu'il avait usurpée sur les artistes^ et dont il abusait en favorisant les talents médiocres qui lui faisaient la cour et en déprimant ceux quij plus Jiers de leurforce^ n'allaient pas briguer son appui. C'était enjin une vanité très-adroite et très-raffinée et un orgueil très ''âpre et très-impérieux pour les formes brutes et simples dont il savait l'envelopper. Souple et soyeux avec les gens en place^ de qui dépendaient les
XXVI Notice sur la Vie
artistes p il se donnait près de ceux-là un crédit dont ceuX'-ci redoutaient l'injluence. Il accostait les gens instruits^ se faisait composer par eux des mémoires sur les breloques que les brocanteurs lui vendaient^ faisait un magnifique recueil de ces fadaises^ qu'il donnait pour antiques^ proposait des prix sur Isis et Osiris^ pour a9oir Vair dHêtre lui-même initié dans leurs mystères^ et^ avec cette charlatanerie d'érudi^ tion^ il se fourrait dans les Académies sans savoir ni grec ni latin. Il avait tant ditj tant fait dire par ses preneurs qu^en architecture il était le restaurateur du style simple, des formes simples, du beau simple, que les ignorants le croyaient j etj par ses relations avec les Dilettanti^ il se faisait passer en Italie et dans toute V Europe pour V inspirateur des beaux-arts. J'avais donc pour lui cette espèce d'antipathie natU" relie que les hommes simples et vrais ont toujours pour les charlatans, >
Il fallait que Marmontel eût été violemment mal^^ mené par Caylus pour qu'il ait osé marquer ainsi de sa griffe rancunière le débonnaire Mécène des artistes. Le portrait qu'on vient de lire est tracé par un sentir ment atrabilaire^ il y a plus que de la mauvaise humeur et de la vanité blessée ; c^est une diatribe dietée par la colère ^ l' envie ^ l'impuissance et la honte acerbe d'un mépris subi longtemps et patiemment^
et les Œuvres de Caylus. xxvii
Le comte de Caylus possédait V estime des savants de toutes les nations; il entretenait une correspondance avec les principaux antiquaires et archéologues fureteurs de son temps; il était lié surtout avec Alfani de Naples^ Zanetti de Venise^ Bellotti et Natoîre de Rome^ Paciaudi de Parme ^j qui cherchaient tous à lui être agréable en dépistant les curiosités et les an* tiquités partout où elles se trouvaient. Vers 17^S il entrait en communion de sympathie intime avec F abbé Barthélémy^ qui lui adressait de Rome^ oà il avait suivi dans son ambassade M. le duc de Choiseul^ les plus intéressantes et les plus spirituelles missives •.
Dans le magnifique hôtel qu^il s'était fait con^ struire à Vangle des rues de Bourgogne et Saint- Dominique ^y il avait réunij comme dans un palais de
I. Les lettres de Paciaudi, bibliothécaire du duc de Parme et historiographe de Tordre de Malte, lettres adressées à Caylus, ont été publiées par A. Sérieys,cher Tardieu, en i8oa. i vol. in-^<*.
a. La Correspondance inédite de Caylus avec Paciaudi, Barthélémy et P, Mariette a été publiée en 1877, en a vol. in-8<», par M. Charles Nisard, de l'Institut. . 3. Le jardin qui dépendait de cet hôtel existe encore et porte le n9 109 de la rue Saint-Dominique ; M. Clément de Ris, dans son article sur Caylus {les Amateurs d'autrefois), nous apprend que cet hôtel, acheté par le docteur Corvisard, devint en iSao la propriété de M. le comte d*Haassonville et que la rampe de l'escalier porte encore
xxviii Notice sur la Vie
la science j une merveilleuse collection * d'objets égyptiens^ étrusques^ grecs^ romains et gaulois^ ainsi qu'une masse de documents précieux pour l'histoire des arts, t L'entrée de la maison^ dit Lebeau^ dans son Eloge, annonçait ^ancienne Egypte; on y était reçu par une belle statue égyptienne de cinq pieds cinq pouces de proportion. L^ escalier était tapissé de médaillons et de curiosités de la Chine et de P Amérique. Dans ^appartement des antiquités y on se voyait environné de dieuxj de prêtres^ de magistrats égyp^ tiensj étrusques^ g^^cs^ romains^ entre lesquels diverses figures gauloises semblaient honteuses de se montrer, •
Uâge n^ avait pu affaiblir ni les forces ni V activité étonnante de Caylus; il se mêlait à- toutes les entreprises (fartj et c'est grâce à lui et à son ami intime et parent M, de Maurepas que Bouchardon obtint FoU'
dans ses ornements de serrurerie le C initial du nom de Caylus.
I. Dans une lettre à Paciaudi de i7$8, Caylus écrit : « Je vons prie toujours de vous souvenir que je ne fais point un «cabinet, que, la vanité n'étant point mon objet, je ne me soucie point de morceaux d'apparat, et que des guenilles d'agathe, de pierre de bronze, de terre de vitre qui peuvent servir à retrouver un usage ou le passage d'un auteur sont l'objet de mes désirs. Je ne fais point un cabinet, je fais un cours d'antiquité, et je cherche les usages, ce qui les prouve, les pratique, ce qui les démontre. »
et les Œuvres de Caylus. xxix
vrage de la Fontaine de la rue de Grenelle^ la sta^ tue équestre du Roi et sa position de dessinateur à l'Académie des belles-lettres. Les études de Caylus étaient devenues sérieuses et réglées; il se perfectionnait dans ses connaissances en se livrant Journellement à des occupations opiniâtres sur les pierres gravées et le dessin ou à des écrits sur ses trouvailles et ses observations. Cependant la goutte le tyrannisait; dans une lettre à Paciaudidu 20 décembre 176 2 ^ il écrivait avec une aimable résignation de philosophie :
I Un peu plus tôt ou un peu plus tardj il faut s* en aller et retourner d^oû Von est venuj afin d'envisager le monde j comme AV^^ de U Enclos ^ qui disait en mourant à un de ses amis : Je ne laisse que des mou^ rants. •
Au commencement de 176^ le comte de Caylus fut atteint sérieusement ; un dépôt d'humeurs ^ fixé sur une de ses jambes y détruisit entièrement sa santé,
II supporta avec le' plus grand courage les opérations douloureuses qu'il eut à subir ^ il méprisait la douleur ^ et son tempérament vigoureux et robuste semblait vouloir défier la mort en secouant la souffrance; selon Grimmj il sortait dès qiiil pouvait se soutenir j et il ne pardonnait pas à ses amis de /informer de Vétat de sa santé, • La veille de sa mort il se promena encore dans son carrosse avec une fièvre épou-
XXX Notice sur la Vie
vantahle et ayant le transport au cerveau ; il rentra et se coucha pour mourir — le ^ septembre 176^,
Tant de résistance contre la maladie t^ avait d'autre but que dUchapper aux prêtres et aux secours de V Eglise *. Son curé^ M. Chapeau j étant venu le voir pendant que l'excès du mal le retenait chei lui mal^ gré luiy il lui dit : c Monsieur le curéj Je vous entends ; vous pouvei vous épargnei la peine de revenir; le temps est mauvais^ et je vous promets de ne pas sortir d'ici sans chapeau, t // lui a tenu parole; il a bien fallu que M, Chapeau vînt le chercher pour le transporter dans sa paroisse.
Le comte de CayluSj qui ne s'était Jamais marié ^ mourait sans laisser d'héritiers directs ; son frère cadet ^ le chevalier de Malte ^ chef d'escadron et gouverneur des Iles sous le Vent^ était mort également sans postérité. Il abandonna donc son cabinet au Roij
I. Le comte de Caylus, dit Grimm, avait une belle et franche aversion pour les prêtres et les médecins, et il est mort sans tomber entre les mains ni des uns ni des autres. Il avait.étéanciennement attaqué d'une maladie dangereuse; tous ses parents étaient autour de son lit et cherchaient à lui proposer les sacrements. « Je vois bien, leur dit le malade, que vous voulez me parler pour le bien de mon âme, — tout le mode se sentit soulagé à ces mots, — mais, con^ tinua-t-il, je vais vous dire mon secret, c'est que je n'en ai point. » — Et toutes ses parentes dévotes de reculer d'horreur et de se signer.
et les Œuvres de Caylus. xxxi
et institua pour son légataire universel un sien cou-
sin^ son plus proche parent^ le marquis Joseph
Robert de LigneraCj comte de Saint-Chamand^,
Caylus fat enterré en Véglise de Saint^Germain--
PAuxerrois^ dans ce fameux sarcophage de porphyre
antique* qu il avait acheté de son vivant et qu^ on peut
voir au Musée des antiques du Louvre^ dans la
salières Saisons^ où il fat placé après la Révolution.
Une plaque de marbre noir fixée dans V église contre
la muraille et au-^esous de son médaillon portait
cette inscription :
Hic jacec A. Cl. de Thubières
Cornes de Caylus Utriusque et litterarum Etartium Academiae socius Obiît die Y septembm Anao MDCCLXV i^tatis sus LXXIII
Dîderotj dans un distique plaisant et bien connu, fit cette épitaphe épigrammatique sur Caylus :
Ci-gît un antiquaire acariâtre et brusque :
Ah ! qu'il est bien logé dans cette cruche étrusque.
I. Le marquis de Lignerac reçut le titre de duc de Caylus, par brevet du 26 décembre 1770.
a. Clarac, dans sa Description des antiquités du Louvre, Paris, 1847, t. I, p. 39, fournit une description détaillée de ce sarcophage en forme d'urne arrondie.
xxxii Notice sur la Vie
Pour faire compensation au distique de Diderot nous citerons ce quatrain^ qui figure au bas d'un portrait de Caylus gravé par Cochin^ et que nous attribuons à P, Mariette :
Misanthrope par volupté, Il cultive les arts en philosophe aimable,
Et vit trop en homme estimable Pour n'être pas taxé d'originalité.
Nous avons bâti sobrement plutôt qu^écrit la bio^ graphie du comte de CayîuSj en coordonnant et soudant ensemble les quelques documents que nous avions réunis pour cette physionomie d^artiste^ dont le côté littéraire absolu estj nous devons en convenir ^ fugitif comme un profil perdu. C'est que Caylus^ sous quelque aspect qu'on puisse le présenter y reste toujours P antiquaire j le chercheur ^ le Mécène ; ses travaux littéraires ne sont que jeux de plume^ bagatelles amusantes qu'il couvre de son nom. C'est ainsi que^ suivant l'expression du naturaliste Daubenton ^ il mettait son esprit à la diète ^ en se délassant de ses travaux sérieux par des facéties pimentées et joyeuses ^ destinées à la société qui les lui inspirait. Son style est incorrect et rudej mais il ne manque pas
et les Œuvres de Caylus.. xxxiii
d'une certaine aisance ; il sait fixer V observation en donnant du relief au gras langage qu'il a étudié. C'est là le seul accent d'originalité qu'il ait su mettre en ses écrits.
Nous ne prétendons pas ^ dans cette notice^ analyser la manière de Caylus^ elle se comprend; c'est un genre de talent qui ne s'alambique pas : il plaît ou déplaît. Quoi qu^il en soit, il reste le langage populaire du XVIII* siècle^ et il vaut peut-être mieux l'étudier avec Caylus qu*en compagnie de Vadé^ qui^ en étant plus burlesque^ demeure évidemment moins réaliste.
Nous donnons ciraprès, par ordre chronologique^ la bibliographie détaillée de l'œupre de Caylus :
1730. — Recueil de textes de caractère et de CHARGE, dessinées par Léonard de Vinci, Fiarentinj et gravées^ par Aï. le C, de C, (le comte de Caylus), 5 vol. in-4*, frontispice et 60 sujets, tirés sur 32 ff.
(?) — Histoire de M. Guillaume, cocher.
(Paris.) S. L. N. D. i vol. in- 12 divisé en deux parties de xi-78 etvi-ioo pages, titre gravé représentant les instruments de la profession de cocher.
Coûtant d*Orville, dans le tome II des iHi?langes âtune grande lihUothèque^ p. 129, prétend
XXXIV Notice sur la Vie
que cet ouvrage est d'un ami du comte de Caylus plus jeune alors que lui. Peut-être a-t-ii voulu parler du comte de Maurepas; mais il reste avéré que l'Histoire de M. Guillaume appartient en propre à Caylus.
1736. — Le B ou LE J... F PUNI. Comédie en prose et en 3 actes, Paris, in-i8.
Comédie attribuée à Caylus , et à tort , croyons-nous; elle n'a pas été réimprimée dans ses Œuvres hadines complètes.
1737. — Histoire du vaillant chevaliiîr Ti- *
RAN LE Blanc, traduite de l'espagnol à Londres
(Paris), aux dépens de la compagnie. 2 vol.
in-i8.
Ce roman, prétendue traduction du catalan de J. Martorell avec un avertissement de Fréret, est presque entièrement de l'imagination du comte de Caylus. Il a été réimprimé à Londres , 1740, 2 vol. in-8% et en 1775, 3 vol. in-12. Il figure également dans les Œuvres hadines complêtes de l'auteur, tomes I et II.
1739. — Les Ecosseuses, ou les (Sues de Pâques.
Troyes (Paris), V" Oudot. i vol. in- 12.
Ce recueil de facéties, composé avec Vadé et la comtesse de Vérue, a été réimprimé, dans le format in-12 et sous la même rubrique, en 1745 et 1749 î ^^* éditeurs des OEuvres hadines l'ont inséré à la fin du tome X.
et les Œuvres de Caylus. xxxv
ij^, — Le Calo ANDRE FIDÈLE, traduit de
Pitalien d ' Ambrosio Marini . Amsterdam
(Paris). 3 vol. in-i2.
Cette traduction du Caloandro sconosciuto j dont la véritable édition originale date de 1641, a été réimprimée en 1760 et remplit les tomes III et IV des Œuvres compUtes de Caylus,
1741. — Féeries nouvelles (par le comte de Caylus). La Haye (Paris). 2 vol. in-8«.
Réimprimées dans les OEuvres hadines.
1742. — Les Soirées du bois de Boulogne, ou Nouvelles françoises et angloises. La Haye (Paris). 2 vol. in- 12.
Les Soirées du hois de Boulogne eurent un mo> ment de vogue et ont été rééditées plusieurs fois en quelques années, principalement dans la Bihliothéque amusante^ format Cazin, en 1782, 2 vol. Ce sont des histoires qui semblent un peu fades aujourd'hui; elles ont été insérées dans le tome V des OEuvres badines.
1742. — Les Etrennes de la Saint- Je an. Seconde édition, au livre bleu^ à Troyes, chez la ¥• Oudot.i vol. in- 12. Portrait de M. ou M"*Oudot, titre tiré en bleu.
La première édition de ces Etrennes a été donnée à Paris, S. D., sous la même rubrique, in-i2. — Il y a, dit Brunet, quelques exem-
XXXVI Notice sur la Vie
plaires de la deuxième édition en grand papier et deux imprimés sur vélin. Inséré dans le tome X des OEuvres badines,
1743. — HiSTOIRK DE M"* CrONEL, DITE FrÉTILLON
(M^^^ Clairon}^ écrite par elle-même, La Haye (Paris). 4 part, en i vol» in-i2.
Attribué au comte de Caylus et aussi à Gaillard de la Bataille. Nons penchons plutôt pour celui-ci. Cet ouvrage a été réimprimé souvent et même dans le format Cazin {Bibliothèque amusante^ 2 vol., 1782). Les Œuvres badines de Caylus ne le contiennent pas.
1743. — Contes orientaux, tirés des Mss de la
Bibliothèque du Roi (par de Caylus). La Haye (Paris). 2 vol. in-12, 8 figures non signées.^
Ce recueil a été réimprimé en 1747 et en 1780, Amsterdam et Paris, chez Mérigot, 2 vol. in- 12, avec les mêmes figures. Il y a des exemplair ^ res qui portent pour titre : Nouveaux Contes orientaux. Les OEuvres badines contiennent ces contes.
1744. — Le Loup galeux et la Jeune vieille, par M"* de V. Leyde. i vol. in-12.
Conte attribué à M"" de Villeneuve ; cependant il figure dans les OEuvres de Caylus.
1745. — Recueil de ces Messieurs. Amsterdam, chez les frères Westein. i vol. in-i6.
Attribué à Caylus, qui évidemment y a collaboré. Inséré dans ses OEuvres.
et les Œuvres de Caylus. xxxvii
1745. — Histoires nouvelles et Mémoires ramassés. A Londres (Paris), i vol. in-12.
Ces historiettes, prises dans le Mercure^ de M. l'abbé Buchet, sont réimprimées dans le tome VI des Œuvres complètes,
'745' — Recueil de ces Dames. A Bruxelles.
Aux dépens de la compagnie, i vol. m-12.
Ce recueil a pour auteur le satirique Chevrier; c'est par erreur qu'on le prête à Caylus, bien qu'il figure dans ses Œuvres badines. Nous ne le citons^ ici que pour mémoire.
1745. — Quelques aventures curieuses et
galantes des bals de bois, donnés a paris,
chez Guillaume Dindon, i vol. in-12.
Les Aventures des hais de hois ont été réimprimées dans le tome V des Œuvres complètes de Voisenonj bien que celui-ci y ait pris peu de part. Elles ont été insérées dans le tome X des Œuvres de Caylus.
1745. — Cinq contes de fées (par le comte de Caylus). Paris, i vol. in-12.
Insérés dans ses Œuvres badines.
1746. — Les Manteaux, /Ϋ^M«7. La Haye (Paris), I vol. in-8*>, avec un frontispice de Cochin fils, gravé par Fessard.
Il existe deux autres éditions, Londres et Paris^ Costard, 1775, in-i^. Les Manteaux présentent
XXXVIII Notice sur la Vie
une manière de dissertation bizarre. L'auteur a fait sur ce sujet les mêmes recherches que le Père Oudin a faites sur la barbe. Cet ouvrage est inséré dans le tome IV des Œuvres complètes de Caylus,
1 747. — Les Fêtes roulantes et les Regrets DES petites rues. Parls, i vol. in-12.
Ces facéties ont été imprimées à la fin des Œuvres complètes àe Voisenon; elles font également partie des Œuvres de Caylus^ tome X.
1747. -r- NocRiON, conte allobroge. Paris, i vol. in-i2.
Attribué au comte de Caylus, mais ne figure pas dans ses Œuvres, Ce conte a été souvent imprimé depuis dans tous les formats.
1748. — Le Pot-Pourri, ouvrage nouveau de ces Dames et de ces Messieurs. Amsterdam. Aux
dépens de la compagnie, i vol. in-12. Joli frontispice non signé.
Cet ouvrage est attribué à Caylus par Tabbé Duclos, tandis que d'autres bibliographes prétendent que Lefèvre de Troye en est l'auteur. C'est un recueil fait en collaboration; on y rencontre Voisenon, Caylus et O®. Inséré dans les Œuvres badines,
1748. — Mémoires de l'Académie des colporteurs. De Vimprim^rie ordinaire de l'Académie.
ce les Œuvres de Caylus. xxxix
I vol. in-i3. I frontispice et 8 gravures non signées.
Duclos^ Crébillon fils et Voisenon ont aidé Caylus dans cette burlesque dissertation, où le manège des colporteurs et les différentes intrigues de ceux qui font le commerce des livres défendus sont curieusement peints. Ces Mémoires sont insérés dans le tome X des Œuvres badines,
1752-1767. — Recueil d'antiquités égyptiennes, ÉTRUSQUES, GRECQUES, ROMAINES. Paris,
chez Tilliard. 7 vol. in-4®, 7 frontispices allégoriques, fleurons sur les titres et culs-de-lampe non signés, 825 planches d'antiquités.
Ouvrage précieux; le septième volume est un supplément posthume extrait des manuscrits de l'auteur, par M. de Bombarde. Le premier volume a été réimprimé, en 176 1, chez Dessaint et Saillant. On ajoute quelquefois à ce recueil un autre Recueil d^ antiquités j par la Sauvagère, in-4'».
1752. — Vies des premiers peintres du Roy.
Paris, 2 parties in-8<».
Les Vies de Coypel, de Mignard etdeLemoyne ont été écrites par Caylus.
1755. — Nouveaux sujets de peinture et de SCULPTURE. Paris, Duchéne, i vol. in-12. (Par le comte de Caylus.)
XL Notice sur la Vie
1755. — Mémoire sur la peinture a l'encaustique. Paris, I voU in-8®.
En collaboration avec Majaut. Le comte de Caylus avait lu ce mémoire, en novembre 1754, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Grimm, dans la Correspondance littéraire à la date du 15 novembre de cette même année, parle longuement du procédé encore secret du comte de Caylus.
^757- — Histoire i>b Joseph, accompagnée de 16 figures gravées d'après Rembrandt, par le comte de Caylus. i vol* in-fol.
1757. — Description d'un tableau représentant LE SACRIFICE d'Iphiôénie. Paris. i vol.
ia-i2.
1757. — Tableaux tirés de l'Iliade et de l'Odtsséê (V Homère et de l'Enéide de Virgile, avec des observations générales sur le costume. Paris, Tilliard. i vol. in-8°.
758. — Dissertation sur le Papyrus. Paris, 1758. i vol. in-4<>.
Imprimée également dans le Recueil de Mémoires de l'Académie des inscriptions,
1758. — Histoire d'Hercule le Thébain, tirée de différents auteurs (par le comte de Caylus). Paris, Tilliard. i vol. in-B^.
et les (Ruvres de Caylus. xli
1762. — Vie d'Edme Bouchardon, sculpteur du Roy (par de Caylus). Paris, i vol. in-12.
1774. — Les Confidences réciproques, ou Anecdotes de la société de la comtesse de B. Londres (Paris). I vol. in-12.
Ouvrage attribué par quelques bibliographes au comte de Caylus, mais qui n'a pas été réimprimé dans ses OEvvres,
1775. — Tout VIENT a point a qui peut attendre (ou Cadichon). La Haye, i vol. in-12.
Inséré dans les Œuvres badines complètes,
1781 . — Histoire d'une Comédienne qui a quitté
LE spectacle. Londres (Paris), i vol. in-i8.
Attribuée à Caylus, mais non insérée dans ses Œuvres, U Histoire d'une comédienne et Nocrion se trouvent imprimés dans la Bibliothèque amusante^ à la suite des Sonnettes (de Guiart de Servigné).
ij2j. — Œuvres badines complètes du comte DE Caylus, avec figures, à Amsterdam, et se trouve à Paris, chez Visse. 12 vol. in-8°. Un portrait par Cochin, gravé par Delaunay jeune, et 24 figures de Marillier, gravées par Baquoy, Borgnet, Dambrun, Fessard, de Ghendt, Girault l'aîné, Hubert, Le Vilain, Patas, etc.
Cette superbe édition des OEuvres badines^ di-
XLii Notice sur la Vie
rigée par Garnier, est divisée eu quatre parties : I® Romans de chevalerie; — 2® Historiettes^ Contes, Nouvelles, etc. ; — 3** Contes orientaux et Féeries; — 4° Facéties.
i8o2, — Lettres de Paciaudi au comte de Caylus, avec un appendice, des notes et un essai sur la Vie de cet antiquaire italien, par A. Sérieys, bibliothécaire du Prytanée militaire. Paris, Tardieu, i vol. in-8°.
1805. — Choix db peintures antiques, empruntées de l'ouvrage du comte de Caylus, accompagné d'explications par A. de Rode. Weimar^ Comptoir de V industrie. Grand in-fol.,fig. color.
Ce volume, selon Quérard, ne contient que les trois premiers cahiers de l'ouvrage et ne paraît pas avoir été achevé.
1805. — Les Souvenirs de M. le comte de Caylus, de ^Académie des inscriptions et belles-lettres. Imprimés sur les originaux inédits, pour faire suite aux Souvenirs de M"* de Caylus, sa mère, avec des lettres également inédites de cette comtesse ,à son fils, précédés d'une notice historique sur la vie et les ouvrages . de cet académicien. Paris, chez Hubert et C'% an XIII. I vol. in-8«.
Supercherie évidente de Sérieys, qui doit
et les Œuvres de Caylus. xliii
rester suspecte aux bibliographes. C'est une compilation mal fatte^ dont le titre est abusif, et qui est très dépourvue d'intérêt.
1837. — Mille et une Nuits, contes arabes. Traduits par A. Gallard et suivis des Nouveatjx CONTES DE Caylus «r de l'abbé Blanchet^ avec une introduction par J. Janin. In-8" (publié par livraisons).
1863. — Féeries nouvelles du comte de Caylus. Avignon (Chaillot, Vrayetde Surcy). i vol. in- 18.
1866. — La Chauve-souris du sentiment, comédie par l'auteur du B**. Berg-op-Zoom (Bruxelles^ Gay et fils), i vol. in-ï6o
La première édition de cette comédie, attribuée à Caylus, a été donnée in-8°, s. 1. n. d. (Paris, vers 1763), avec une jolie figure de Boucher. Le bibliophile Jacob l'attribue à CrébiUon fils. Nous ne pensons pas qu'elle soit de Caylus, à qui Ton attribue faussement de même le Bor.,, royalj réimprimé en 1872.
1874. — Mémoires et Réflexions du comte de Caylus, imprimés pour la première fois sur le manuscrit autographe, suivis deV Histoire de M. Guillaume^ cocher. Frontispice et facsimilé. Paris, P. Rouquette. i vol. in-12.
Edition publiée par Poulet-Malassis.
xiiv Notice sur la Vie
1877, — Correspondance inédite du comte de Caylits avec le Père Paciaudi^ théatin (1757- 1765), suivie de celle de V abbé Barthélémy et de P, Mariette avec le même^ publiées par M. Charles Nisard, de Tlnstitut. Imprimées y par autorisation du gouvernement^ à VImprimerie nationale. 2 vol. gr. in-8<*. Portraits.
Cette correspondance a été copiée sur Toriginal, à la Bibliothèque de Parme ; elle comprend 148 lettres du comte de Caylus^ qui traitent toutes d'archéologie, d'art et quelque peu de littérature.
En dehors de tous les ouvrages que nous venons de signaler y le comte de Caylus a encore publié un Recueil de pierres gravées du cabinet du Roi, gra-^ vées à Veau-forte sur ^06 planches^ dont une réim^ pression^ avec les explications de Basan^ porte pour titre : Recueil des 300 têtes. // est également hauteur du Numismata aurea Imperatorum Romanorum, publié chei Renouard^ in^foLj avec ^o pL — Les mémoires de ses travaux comme antiquaire sont imprimés dans le Recueil de l'Académie des inscript ions et belles-lettres de r/^j à 1770, Caylus a pris part à quelques comédies et parades^ telles que la Somnambule, le Porteur d'eau ou les Amours de
et les Œuvres de Caylus. xlv
la Ravâudeuse, Léandre et Nanetce, la Comédie impromptu, le Tempérament, etc. // a enfin laissé des manuscrits inédits sur l'ancienne chevalerie et de curieuses dissertations sur V antiquité.
Voltaire écrivait au roi de Prusse : t Comme vous ne Jugei pas de nos guerriers par Faventure de Lintjj vous ne Jugere^ pas aussi de tous nos beaux esprits par les Etremies de la Saint -Jean. • — Nous ne saurions en effet présenter les Facéties du comte de Caylus, que nous offrons aujourd'hui au public lettré^ comme une œuvre de haut ragoût littéraire ; on ne doit pas donner plus d'importance qu'il ne faut à ces aimables productions du loisir et de la gaieté^ qu'on nommait autrefois de i jolies polissonneries • ; c*est une suite d'aperçus sur les mœurs du peuple^ ses vices ^ ses ri" dicules et ses divertissements ; au milieu d^ œuvres de boudoir^ de romans coquets et parfumés^ nous avons cru devoir placer ces tableaux de guinguettes ^ de cabarets^ de fêtes publiques^ observés scrupuleusement par les joyeux écrivains de cette gaillarde république des lettres du xvm« siècle,
UHistoire de M. Guillaume est un modHepar-"
XLvi Notice sur Caylus.
fait en son genre; les Bals de bois donnent une idée générale des liesses populaires et contiennent^ en outre ^ une légère critique des fêtes données par la Ville^ lors du mariage du Dauphin en 1747; les Etrennes de la Saint-Jean tiennent à la manière poissarde^ à la langue grasse et burlesque^ qui fut fort à la mode vers le milieu du siècle dernier. Nous n'insisterons
pas sur la nature de ces œuvres^ dont nous donnons une édition a^ssi fidèlement incorrecte que possible. Nous avons suivi les textes originaux. Pouvions-nous mieux agir? Point ne le pensons; c'est affaire main-tenant aux linguistes de réformer et de compléter notre étude sobrement conçue et légèrement écrite.
Paris, 8 janvier 1879.
Octave UZANNE.
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