LE RETOUR DE MARCUAND 1S
elle-même qu'un dénigrement systématique s'eiïorce de lui enlever.
Car ces hommes ne sont pas isolés, parmi leurs contemporains. Ce qu'ils ont fait, d'autres l'ont fait, le feraient demain sur un signe. Marchand est acclamé parce qu'il représente l'énergie française.
Assurément, parmi les grands événements contemporains, il n'en est pas de plus considérable que la découverte et la mise en valeur de tout ce que les siècles passés avaient laissé de terres barbares à la surface du globe. La moitié du monde restait inconnue au monde. Sur les cartes, les étendues blanches, anonymes, improductives, égalaient presque la superficie des terres habitées et cultivées.
L'Afrique est aux portes de l'Europe, et l'Europe l'ignorait. Sauf un léger ourlet sur ks rives méditerranéennes, le continent noir opposait à la civilisation une masse impénétrable. Nous avions là, sous la main, un monde qui n'avait rencontré ni ses Christophe Colomb, ni ses Fernand Cortès.
Inviolée, elle cachait le mystère des origines sous le mystère des distances et de la barbarie.
En cinquante ans, tout s'est ouvert. Il n'est pas un enfant des écoles qui ne sache maintenant quelque chose des habitants de la forêt impénétrable qui couvre de son ombre éternelle l'Afrique équatoriale, et l'on pose, partout, les premiers rails des grandes lignes de pénétration qui, bientôt, inscriront leurs stations inattendues sur Baedeker international décuplé.
Je ne sais ce qu'il restera à faire à nos descendants, mais nous savons ce qui a été fait par nos contemporains et nous pouvons être (iers de ce qui appartient, en propre, à nos compatriotes.
190 LF, PARTAGE DE l'aFRIQUE
Trois grandes écoles se sont succédé dans les fastes de l'exploration africaine : Técole allemande, dont les noms les jilus illustres sont Barth, Schweinfurth, Nachtigall, Emin-Pacha; l'école anglaise, qui cite avec orgueil les Speke et les Grant, les Livingstone et les Stanley. Il serait être bien injuste de ne pas rappeler les noms de l'Italien Gasati, du Portugais Serba-Pinto et du Russe Junker. Et, enfin, l'école française.
Un fait incontestable c'est que, depuis la dernière expédition de Stanley, les Européens ont, en général, renoncé à celte rude carrière de l'exploration, et qu'ils ont laissé la glorieuse tradition passer tout entière aux mains des Français.
De telle façon que si nos compatriotes n'avaient pas persévéré, on en serait resté, devant le problème africain, au point où on en était, quand Stanley ramenait le peuple d'Emin à la côte de Zanzibar, retour qui était, en somme, un échec de la civilisation devant la barbarie.
Il semblait bien, alors, que le livre des grandes explorations africaines était fermé pour longtemps.
Ce sont les Français qui, depuis cette époque, ont poursuivi, seuls, la tâche entreprise. Pour employer une expression qui n'a jamais trouvé une meilleure occasion de se réhabiliter, seuls ils ont tnarché.
Enuméroos : Brazza découvre l'Ogoué, TAlima, la Sangha, toute la rive droite du Congo; Binger fait la jonction du Sénégal et de la côte d'Ivoire; Tripier traverse l'Afrique de l'Est à l'Ouest, sans aide, sans ressources, la canne à la main; Monteil réunit le Sénégal à la Tripolitaine par le lac Tchad; Mizon entreprend la magnifique exploration qui va des embouchures du Niger aux embouchures du Congo; sa rencontre avec Brazza, qui remonte le cours de la Sangha, est un fait