‹ Facteurs Dont Dependent La Masse, La Forme Et La Composition Chimique Quantitative De L'encéphale Chez Les OiseauxChapitre 2 sur 21 · A MON PÈRE · texte numérisé non relu

A MON PÈRE

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Introduction

Il y a peu de questions plus embrouillée, plus confuse et qui ait donné lieu et donne encore lieu à des aflirmations plus contradictoires, que celle des relations existant entre le poids du cerveau (hémisphères proprement dits) et le degré de l'intelligence. Ce n’est point que les chiffres manquent. Les documents statistiques, relatifs à l'homme en particulier, recueillis par les anthropologistes, sont même assez considérables ; mais ils ne s’en dégage, à les consulter attentivement, qu'une impression extrêmement confuse. En fait, le tort de ia plupart de ceux qui se sont attachés à la solution de ce captivant problème, a été de l’aborder d'emblée dans sa plus grande complexité, sans se rendre suffisamment compte que sa solution comporte la solution préalable de plusieurs autres problèmes dont ils n’ont pas toujours compris le sens et la portée.

Deux facteurs, on le sait, interviennent dans le poids encéphalique : l’un psychique, l’autre somatique ; comment faire la part du premier si l’on ne connaît celle de l’autre ? Et quelle précision pouvaient bien avoir les recherches des psychologues sur les relations de l’intelligence et de la masse cérébrale dans l'ignorance où ils

étaient de la loi suivant laquelle croissait cette masse en fonction du poids corporel.

Nous verrons quels efforts ont été faits pour trouver une expression satisfaisante de cette double relation el comment la formule de Dubois (de la Haye), E — © S 0,56 où Z désigne le poids encéphalique, S la masse corporelle etcun « coefficient de céphalisation » représentatif de l'intelligence d’une famille naturelle et constant pour les animaux de cette famille, l'exprime d’une façon toute empirique, nous en convenons, mais suffisamment rigoureuse.

Un fait sur lequel nous ne saurions trop attirer l’attention, c’est qu'antérieurement à Dubois, les investigations des anthropologistes avaient porté presque exclusivement sur l’homme.

Nous aurons toutefois l’occasion de rappeler plus loin des recñerches moins étroitement limitées; celles de Brandt, de Snell et de Fübringer, portèrent sur d'assez nombreuses espèces animales. Les préoccupations de ces auteurs étaient d’ailleurs beaucoup plus physiologiques que psychologiques. Brandt, en particulier, eut cette idée qu'il devait exister une relation entre le développement des centres nerveux et l'intensité des échanges; mais l’objet des recherches des anthropologistes proprement dits, plus ambitieux et plus imprécis, fut l’homme. Ce n'élait rien moins que les variations et les inégalités individuelles de l'intelligence humaine, mieux encore d'hommes de même race, dont ils espéraient saisir l'expression dans le poids et la forme encéphaliques. L'on sait leurs mécomptes. La solution d’un tel problème doit être reléguée dans un avenir lointain; mais c’est déjà un résultat qui n’est certes pas à dédaigner, de pouvoir caractériser approximativement, par un coefficient, le degré d'évolution psychique d’une espèee

animale, abstraction faite des variations individuelles, qu'on suppose écartées par des moyennes suffisamment étendues.

Les investigations de Dubois ont porté sur les mammifères. L'expression générale du poids encéphalique, E = c S 056 est-elle générale ? Ou ne vaut-elle, du moins avec celte valeur particulière 0,56 de l’exposant de relation, que pour les mammifères seulement ?

C'est pour répondre à cette question que, sur les conseils de mon maître, M. Lapicque, je me suis adressé à un groupe naturel tout différent, aux oiseaux.

Les conditions de comparaison dans lesquelles je me suis placé étaient absolument semblables à celles choisies par Dubois; c'est-à-dire que j'ai comparé entre eux des oiseaux d'espèces distinctes, appartenant à un même ordre naturel et supposés également évolués, abstraction faite des variations individuelles qui s’effacent par l'emploi de moyennes suffisamment étendues. Les résullats auxquels je suis parvenu, ne laissent, comme nous le verrons, aucun doute sur la légitimité d’une généralisation de la formule de Dubois.

Cette formule exprime cette vérité fondamentale que deux facteurs déterminent le poids encéphalique : la taille de l’animal et le coefficient de céphalisation. À la supériorité de la taille correspond une supériorité pondérale de l'encéphale et à la supériorité psychique et fonctionnelle également.

Seulement, d'après la conception de Dubois, ces deux sortes de développement pondéral (développement somatique et développement psychique et fonctionnel) se réalisent par des procédés histologiques différents : le premier (développement somatique) par l'allongement des fibres blanches conductrices à l’intérieur de l’encéphalo, et peut-être aussi, c'est l’avis de Dubois, mais qui

nous paraît contestable, par l'épaississement des gaines de myéline. Le second (développement psychique et fonctionnel), par l'extension et la multiplicité des éléments d'association (éléments cellulaires avec leurs dentrites). Quant au développement de la névroglie, nous ne savons rien ; est-ilindépendant des deux autres développements ; suit-il au contraire l’un ou l’autre, et plus probablement le second, Dubois n’en parle point, et nous n’en pouvons rien dire.

Quoi qu'il en soit, si l'hypothèse de Dubois est exacte, chez des encéphales, ou pour préciser davantage la question, chez des cerveaux d'animaux différents, soit par la taille, soit par le coefficient de céphalisation, l’unité de poids de substance cérébrale doit difiérer par sa composition chimique.

Cette différence ne sera qu’une expression grossière ef imprécise, nous l’avouons, des différences supposées dans la structure histologique ; mais sa valeur documentaire sera déjà extrêmement précieuse; ellenous permettra de rejeter d'emblée, ou au contraire de considérer comme possible et acceptable, la conception qui conduisit Dubois à formuler l'expression du poids encéphalique.

Nous verrons que les résultats obtenus par nos devanciers, et ceux que nous avons obtenus nous-mêmes, sont favorables à cette conception; c’est par l'allongement des éléments blancs, ainsi que le révèle la plus forte proportion des matières grasses constitutives de la myéline qui les enveloppe, que l’encéphale ou le cerveau croît avec la taille ; et c’est avec des éléments albuminoïdes correspondant à de la névroglie et à des corps cellulaires avec leur plexus, que le cerveau croît avec c, ainsi qu’en témoignent les pour cent d'azote que nous avons enregistrés.

Ce deuxième ordre de résutaits demande évidemment

à être précisé. Au dosage brutal de l'azote, devra être substitué celui de substances susceptibles de nous mieux renseigner sur la structure histologique du cerveau et les relations existant entre la complexité de cette structure et les valeurs du coefficient hémisphérique.

De telles recherches ne tarderont pas être entreprises.

Nos recherches ont été faites sous l'inspiration de notre maître, M. Lapicque ; nous comptons les poursuivre avec lui et sous ses auspices.

Qu'il nous soit permis de lui offrir ici l'hommage de notre profonde gratitude pour tout ce que nous lui devons intellectuellement.

Qu'ils nous soitégalement permis d'adresser à Monsieur le Professeur Dastre, notre maître, l'expression de notre bien vive reconnaissance pour l'intérêt qu'il a bien voulu porter, non seulement à ces recherches, mais à celles d'autre nature que nous avons entreprises dans son laboratoire.

Aie) DAS:

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