FACTEUTS DONT DÉPENDENT LA MASSE, LA FORMÉ
tivement plus élevé, ou si l'on préfère, les petits animaux possèdent par rapport au poids de leur corps plus d'encéphale que les animaux appartenant au même groupe systématique, mais qui ont le corps plus grand.» C'esten cherchantl'explication de ce fait assez anciennement connu, puisque Cuvier pouvait déjà dire que «toutes choses égales les petits animaux possèdent proportionnellement les plus gros encéphales » que Dubois fut amené à formuler algébriquement dans le poids de l’encéphale total l'influence du facteur somatique.
Déjà Brandt (1) avait proposé une explication toute physiologique de la supériorité encéphalique des petits animaux. Chez ceux-ci, en égard à la surface de leur corps, la perte de calorique et par conséquent l'échange des matières est plus intense, la circulation et la respiration sont plus actives; les procès physiologiques qui tous sont sous la dépendance du système nerveux central, doivent avoir par conséquent des centres d'autant plus développés. Les petits animaux ayant des procès physiologiques plus actifs, devraient donc posséder des centres nerveux plus développés, car la surface extérieure de l'animal est, en même temps, sa surface sensitive, et celieci est relativement plus grande chez les petits animaux. »
Brandt voyait en somme dans le développement de l’encéphale en fonction de la surface corporelle une raison toute physiologique.
Sa démonstration est, si je puis dire, en deux temps :
1° L'intensité des échanges est fonction directe du développement relatif de la surface corporelle, et cette surface relative est plus développée chez les petits animaux pour cette raison bien simple qu'en assimilant deux animaux de même forme, mais très inégaux par leur poids et leur volume à deux polyèdres semblables, les surfaces croissent comme les carrés et les volumes ou les masses comme les cubes des dimensions homologues. En un mot, la surface croit moins vite que la masse.
2° À ces échanges plus intenses qui sont, ainsi que Brandt TE
(1) Brandt, Bulletin de la Société HER des naturalistes de Moscou, 1867, 1X4, 2, p. 525-543,
l'admet sans discussion, sous la dépendance de l'encéphale doit correspondre un développement relatif prépondérant de celui-ci.
Cette manière de voir fut celle de Snell (1) et de Fürbriuner (2).
Dubois est également parti de ce point de vue que le facteur somatique dont dépend en partie le développement de l'encéphale était, non pas la masse du corps (comme dans la conception de Manouvrier), mais la surface.
Seulement, au lieu d'envisager cette relation, ainsi que l'avaient fait Brandt, Snell et Fürbriuner, à un point de vue purement physiologique (l'étendue de la surface relative du corps n'étant aux yeux de ces auteurs que la mesure de l'intensité des échanges), il l'envisagea, lui, en anatomiste et en histologiste. Ce fut là sa réelle originalité ; et c'est à ce parti pris très heureux que nous devons la plus pénétrante analyse à coup sûr, qu'on ait faite encore de la loi de croissance du poids encéphalique.
Nous ferons d'importants emprunts au long mémoire qu'il fit paraitre sur cette question dans le Bulletin de la Société d'Anthropologie (tome 8, fase. 4-1897). Nous avions essayé de le résumer en le synthétisant, mais la crainte de défigurer une pensée assez complexe exprimée en une langue qui n’est pas la langue maternelle de l’auteur, nous a fait préférer la transcription intégrale des traits saillants et vraiment essentiels de sa démonstration.
D'après nos connaissances actuelles, dit Dubois, sur la structure du système nerveux, il faut admettre que les poids encéphaliques de deux animaux comparables, c'est-à-dire semblables comme forme, également évolués organiquement et psychiquement, mais très différents par la taille, Seront en proportion du nombre des fibres nerveuses sensitives parvenant à l'encéphale. L'on ne peut d’ailleurs pas rapprocher directement la grandeur de l& surface du corps de celle de la
(4) Arch. für Psychiotrie 1891, B D 23, p. 436. (2) Untersuchungen zûr Morphologie und systematik der Vôgel, 1888, p. 1.639,
surface perceptive des sens et du nombre des fibres sensitives, même chez des animaux qui ne diffèrent que par !a taille, et qui ont la même organisation.
Ce rapport est plus compliqué du fait que, à mesure que le corps est plus petit, le nombre des fibres sensitives nerveuses augmente relativement. « Une partie des surfaces perceptives des organes des sens devient relativement plus étendue, dans une autre partie de ces surfaces les terminaisons des fibres nerveuses sensitives deviennent plus denses ». Or, c’est seulement dans le nombre de ces fibres qu'on a à chercher la mesure de l'encéphale chez des animaux également évolués.
« Mais si l'on compare entre eux deux animaux de même taille, avec des surfaces perceptives des sens à peu près de même étendue, et un nombre de fibres nerveuses sensitives à peu près égal, mais inégalement évolués, organiquement et psychiquement, aura le cerveau le plus lourd, celui chez lequel les parlies centrales d’arcs réflexes dont.l'encéphale se compose auront atteint la plus haute complexité ».
Il faut pour bien comprendre cette seconde proposition rappeler avec Dubois certaines notions relatives à l’organisation du système nerveux central. Ces notions paraïtront peutêtre un peu vieillies aux partisans des doctrines histologiques récentes. Mais les faits anatomiques invoqués par Dubois n'ont jamais cessé d'être vrais. Peu importe pour l’objet qu'il se propose que, à sa conception topographique du système nerveux on en puisse opposer une autre dont la légitimité n'est d'ailleurs pas certaine.
« Les recherches d'anatomie comparée et d'embryologie, nous dit-il, nous ont révélé que le système nerveux est formé primitivement d'unités se succédant sous forme de segments. À la suite de ce fait, les nerfs sensitifs de chaque partie du corps pénètrent aussi dans la moelle épinière des mammifères près du point où sortent les nerfs qui commandent les mouvements de la partie, et les impulsions arrivant par certaines fibres sensitives sont renvoyées aux muscles de la même partie... Plusieurs de ces unités sensori-motrices ou arcs réflexes primaires appartenant à divers segments sont en
connexité par les longs prolongements des cellules d'association et de cette manière des combinaisons motrices plus parfaites sont rendues possibles.
« Des coordinations encore plus compliquées et uneefficacité plus grande des mouvements résultent d'une union semblable des appareils sensori-moteurs qui ont leurs organes terminaux placés au crâne dans les organes des sens supérieurs, avec des arcs réflexes primaires du sens dont le siège principal est la peau; car ainsi les muscles se trouvent sous l'influence combinée de plus d'un sens.
«Sur les arcs sensori-moteurs primaires se développent des arcs sensori-moteurs secondaires qui ont leurs sommets dans les centres de l'écorce cérébrale. Les impulsions conduites par la voie des nerfs centripèdes peuvent arriver aux centres des nerfs centrifuges de la moelle non seulement directement mais aussi par l'intermédiaire de cellules plus haut placées de l'écorce cérébrale, par là, l'acte est devenu conscient ».
A mesure que le mammifère atteint un plus haut degré de développement, il s’est formé, toujours d'après Dubois, des arcs sensori-moteurs secondaires de plus en plus nombreux. Les centres des appareils sensori-moteurs secondaires forment dans l'écorce du cerveau des zônes de projection ainsi nommées : la zône tactile motrice, la zône visuelle, la zône auditive, la zône olfactive.
C'est dans ces centres qui constituent les zônes de projection que réside le pouvoir de la perception.
Sur les appareils sensori-moteurs secondaires se développent enfin, entre ces différentes zônes sensorielles, chez les mammifères supérieurs, comme arcs réflexes de l’ordre le plus élevé, les appareils d'association tertiaire, les centres d'association de Flechsig. D'après Flechsig, ils manquent complètement chez les rongeurs et sont encore peu développés chez les carnivores, mais atteignent chez les singes la même étendue que les centres sensoriels.
Chez l'homme, l'écorce grise est composée pour deux tiers de centres d'association. Par le fait qu’ainsi la perception des divers sens peuvent s'associer, le cerveau obtient enfin comme organe sa plus haute signification fonctionnelle.
Tout ceci nous amène à considérer l’'encéphale comme cons:
titué par des unités présentant par les fibres d'associations, des relations d'autant plus complexes et enchevêlirées, et par suite d'autant plus nombreuses que l'animal se trouve à un plus haut degré de développement philogénétique.
Chez les animaux qui sont de même taille, la quantité de l'encéphale dépendra done du nombre des fibres d'association.
Si l'on admet en faisant comme nous l'avons dit plus haut, une erreur volontaire, que le poids du cerveau chez des animaux d'organisation également élevée et de forme identique, augmente proportionnellement avec la surface du corps les poids de leurs encéphales doivent aussi être l’un à l'autre comme Ver Ve donc comme les racines cubiques des carrés du poids des corps. Au lieu de Vesa on peut aussi écrire S ?/3 ou bien s 0,666,
Suppose-t-on que la quantité de l'encéphale soit en proportion directe de la surface du corps 0,666 serait donc le nombre qui, comme exposant, doit être affecté au poids de deux ou plusieurs animaux exprimés par une certaine unité de poids pour donner le rapport du poids de leurs encéphales.
Qualifions ce nombre « l'exposant de relation » puisqu'il aide à exprimer l'étendue des relations avec le monde extérieur.
Voudrait-on comparer les poids d'encéphales d'animaux d'organisation d'un degré différent, la valeur trouvée S 0666 de. vrait encore être multipliée pour chaque animal par un facteur qui exprime le degré « d'organisation de l'encéphale », la céphalisation relative de l'animal en question. Ce nombre que Dubois désigne par la lettre c, c’est le facteur de céphalisation, c'est un facteur psychique, analogue de la quantité i dans l'expression du poids encéphalique formulée par Manouvrier,
Supposons donc que nous comparions entre eux deux animaux adultes, de forme semblable, également évolués au point de vue organique et psychique, mais très inégaux sous le rapport de la taille; soit e le poids de l'encéphale, ets le poids du corps du plus petit, £ le poids de l’encéphale, et S le poids du corps le plus grand, r l'exposant de relations et c pour tous deux le même facteur de céphalisation,
ET LA COMPOSITION CHIMIQUE QUANTITATIVÉ DÉ L'ENCÉPHALE 19 On peut écrire les rapports suivants :
FAO E=ICIS MECIEU:
DC SANS OT NE log E—loge — EN 8 M £ " S ê log S — logs
La va'eur de 7 doit théoriquement être égale à 0,666, si l'on ne tient pas compte de la plus grande étendue et de la plus grande densité de la surface sensorielle chez les petits animaux. Si l'on en tient compte, et pratiquement il faut en tenir compte, on doit s'attendre à trouver pour r une valeur inférieure à ce chiffre.
Mais de combien, c'est ce qu'il n’est pas possible d'évaluer à priori.
Pour calculer r, Dubois choisit parmi les séries de pesées communiquées par Weber (1) chaque fois deux espèces de différents groupes, en faisant attention à ce qu'elles soient autant que possible semblables quant à la forme du corps et également évoluées mais très différentes en taille.
En outre, les animaux comparés étaient adultes et représen-: taient la taille et le poids normaux pour l'espèce.
Il retint douze espèces réalisant ces conditions et rendant 7 comparaisons possibles permettant de calculer 7 fois l'exposant de relations 7.
Et «c'est certes, dit-il, une surprenante et belle confirmation de la justesse de nos idées actuelles sur l’organisation du système nerveux que chaque fois des données si différentes conduisaient au résultat qui pouvait être attendu d’après ces idées. Toujours la valeur calculée pour rse trouvait inférieure, mais pas trop, à 0,666 ».
Voici, en effet, le tableau résumant les calculs de 7 sur les sept paires d'espèces.
(Voir page suivante).
(1) Nouv. arch, Museum, 3° série, T. vit 1895, p. 32: