‹ Fais ce que dois drame en trois actes, en versChapitre 18 sur 59 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, POMPÉRAN, SA1NT-VALL1ER.*

(Ils se lienuent dans le fond depuis quelques minutes et odI entendu la fin de la scène.)

SAIMT-VALLIElt, se plaçant devant Bourbon.

J’étais le conseiller, l’ami de votre père.

Monseigneur, je lui dois ma vieillesse prospère ;

Grand vassal de Bourbon, j’ai toujours respecté Votre droit souverain de suzeraineté ;

Mais j’avais quarante ans quand vous en aviez douze ;

J’ai vu vos premiers pas courir sur la pelouse ;

Je vous mis à cheval, par un matin d’hiver,

Je vous appris ensuite à vous servir du fer;

Plus tard, avec orgueil, j’ai vu sous l'oriflamme,

Que, dans un corps d’acier, veillait une grande âme ;

Et voilà qu’aujourd’hui, pour la première fois.

Je vous dis, étonné : Mon fils, fais ce que dois !

Triste époque ! des cœurs la loyauté s’envole ;

On a livré Jean Huss, brûlé Savonarole ;

L’homme, par les chemins, court à la trahison,

Et bientôt la vertu n’aura plus de maison...

Fais ce que dois ! La France, à sa base sapée,

Est trop faible à présent pour perdre ton épée ;

Son trône détaillant, il faut le secourir,

L’étayer de ton poids, le sauver ou mourir !

Fais ce que dois ! — Je sais que ta coupe est amère ;

Le roi... non, ce n’est pas notre roi, mais sa mère Te dépouille de tout et j’admets ta douleur;

Mais ne te laisse pas dépouiller de l’honneur.

— Puis, que trouveras-tu chez l’étranger? le doute,

Le soupçon, qui s’attache à l’honneur en déroute.

Enfin, sais-tu qu’un jour, par un fâcheux hasard,

* Bourbon, Saint-VaTlicr, Caballo, Pompéran.

Tu pourrais te trouver en face de Bayard,

Bayard ! le chevalier sans peur et sans reproche ;

Va ! ton front deviendrait bien pâle à son approche !

Par tes nobles aïeux, dans leur honneur drapés,

Par ces grands cœurs, jamais fléchis, toujours frappés;

Par tes fils, qui naîtraient dans l’exil et la honte,

Et d’un beau nom flétri te demanderaient compte;

Par moi, ton vieux soldat, qui pleure, tu le vois,

Par pitié pour toi- même, ami, fais ce que dois !

BOURBON, très-ému.

Merci. J’allais trahir, j’allais souiller mes armes ;

Mais ce n’est pas en vain qu’auront coulé tes larmes.

POMPER AN, à lu i-mê me.

Je dois en convenir, Saint-Vallier a raison,

1 1 faut y regarder, avant la trahison ;

Et pourtant la vengeance...

CABALLO, à part. .

Allons, tout m’abandonne ! Et je n’ai plus, je crois, qu'à partir pour Lisbonne.

(On entend une fanfare au dehors .) BOURBON.

Qu’esl-ce donc ?

SAINT-YALl.IER, regardant au fond.

Un héraut d’armes.

BOURBON

C’est singulier.

LE HÉRAUT, dans le Tond. *

A Charles de Bourbon, de par François premier :

Du duc, suspectant la conduite,

Lui sachant des projets de fuite,

Par notre héraut le sommons I)e partir, dès cette journée,

Et de rejoindre notre armée,

Qui s’en va par delà les monts.

Uaballo, Saint-YaU cr, EourLon, le Héraut, Pum;i6ran.

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