ACTE II, SCÈNE I
JEANNE
Oh ! ma vie est alors une longue prière.
CARLOS, lui prenant la main.
• Jeanne!...
JEANNE
Mon cher seigneur, je ne m’en défends pas,
Ma pauvre âme de loin s’attache à tous vos pas ;
J’ai fait de cet amour ma plus chère espérance ;
Mais ce doux rêve, hélas! fait aussi ma souffre ce...
Car voùs serez un jour marquis de Villcna,
Grand d’Espagne ; quand moi, qu'un père dédaigna ,
Enfant abandonné, de naissance incertaine,
Je n’ai que l’amitié de madame la reine.
Jamais votre maison ne pourra consentir... "»
CARLOS
Ma famille au malheur sut toujours compatir ;
Ce qu’elle veut, ce sont des sentiments honnêtes ;
Elle juge, par là seulement, qui vous êtes ;
Le reste importe peu, Jeanne. Or, mon père a vu De combien de raison votre esprit est pourvu ;
' Il sait qu’ayant vécu sans gloire et sans envie.
L’honnêteté discrète a voilé votre vie,
Et que le charme en vous vient, modeste et vainqueur,
De ce que le sourire a passé par le cœur.
C’est assez, croyez-moi, pour que mon choix lui plaise;
J’ai vingt ans, vous allez bientôt en avoir seize ;
Dites un mot, ma Jeanne, un seul, et dès demain,
Mon père ira pour moi demander votre main.
JEANNE
•Qu’il vienne donc, seigneur; à lui je m’abandonne;
Mon cœur, il est à vous; ma main, je vous la donne.
Faites passer en moi, quoique bien tard venus,
Tous ces amours divins, que je n’ai pas connus;
Que, grâce à vous, Carlos, à la fois femme et fille,
En trouvant un époux, je trouve une famille;
Je prends de tant d’amour l’engagement sans peür ; Jusqu’ici, j’ai si peu dépensé de mon cœur!...
On vient!... Adieu!
CARLOS
Déjà!
JEANNE
Je vais à la chapelle,
Pour remercier Dieu du bonheur qui m’appelle.
(Elle sort. Carlos va la suivre.