BOURBON, L’EMPEREUR
l’empereur.
Qu’ est-ce donc ?
(Lconor lni désigne Bourbon du geste et sort par la gauche ■ ) BOURBON. *
J’ai passé par de rudes épreuves,
Sire, depuis le j our maudit, où, par traité,
J’ai vendu ma colère à Votre Majesté...
D’abord, connaissant seul ma force et ma visée,
Je voulais marcher libre au but de ma pensée...
Qu’avez-vous fait?... Jaloux de succès trop complets.
Vous avez, sur ma route, aposté vos valets...
Lannoy, plat courtisan ; Antonio de Leyve,
Un maquignon; Pescaire, un intrigant... L’élève Du vieux Machiavel, qui ne s’en vante pas...
Flanqué de ces faquins, qui gênaient tous mes pas.
Et malgré les efforts sournois de leur envie,
J’ai contraint la victoire à me suivre à Pavie.
Je prends le roi; Lannoy me l’emmène à Madrid;
J’y viens; on m’y reçoit d’un visage contrit...
On m'évite... on me fuit, tandis que l’on encense Mon rival, mon captif... Sire, c’est trop d’offense!...
C’est reconnaître mal les services rendus,
Et je croyais qu’ici, d’autres soins m’étaient dusl
* L’Empereur, Bourbon.
l'empereur.
Que voulez-vous, cousin, la noblesse espagnole Est étrange... Le roi de France est son idole...
Et, lorsqu’elle a fêté si grandement ce roi,
Vous n’avez pas été plus molesté que moi.
BOURBON
Pourquoi ne pas laisser le prisonnier dans l’ombre?
l’empereur.
Cela faisait crier... Puis, il devenait sombre;
Lui, qui ne songe guère, on le voyait songeur;
Et moi, je no veux pas la mort de ce pécheur.
BOURBON
Soit; mais c’est maintenant la reine qui refuse De me donner sa main... Or, si je ne m’abuse,
Le traité de Chantelle...
l'empereur.
Oh! je l’ai très-présent,
Cher duc; le traité dit : Si la reine consent.
Or, son consentement étant tout dans l'affaire,
C’est chose entre vous deux, et moi je n’ai qu’y faire.
(Il fait quelques pas pour sortir.)
BOURBON
C'est donc un guet-apens, sire? une trahison?