ACTE II, SCÈNE VI
BOURBON
Ce reproche, c’esl vous qui me l'adressez ?... vous !
Vous, la seule par qui je devais être absous !
Fidèle, je laissais entre nous un abîme...
Qu’on ne pouvait combler qu’en y jetant un crime ;
Car, tout nous séparait... Et si j’ai pu trahir,
C’est pour vous mériter. •
LÉONOR
Dites pour m’obtenir !...
Vous vous êtes trompé, monsieur; le seul obstacle Entre une reine et vous,
(Avec effort.)
C’est le honteux spectacle D’un soldat, d’un héros, qui se fait apostat !
BOURBON
Eh bien, oui; j’ai commis un horrible attentat !...
Je ne vous dirai pas jusqu’à quel point l’injure Pourrait justifier à vos yeux mon parjure ; ;
Votre tière vertu ne me comprendrait pas,
Et je n'ai pas besoin d’entrer dans ces débats.
Mais, lorsque j’ai signé ce pacte d’infamie.
On me montrait au loin ma charmante ennemie ;
Si j’ai changé de camp, mon cœur n’a pas changé ;
Et, cet ardent amour, il était partagé...
11 doit letre encor?
(Léonor s’est détournée pour cacher son trouble.) Mais répondez donc, madame !
Car, enfin, # c’est pour vous, si je suis un infâme !...
LÉONOR, se contenant.
.L’amour que l’on ressent pour une Majesté Ne se témoigne point par une indignité;
Une reine ne peut se payer d’un tel gage.
BOURBON, soudainement.
Moi, j’explique autrement cet étrange langage
fil . FAIS CE QUE DOIS
(Et d'un cœur féminin j'aurais dû le prévoir! )
Si rien en ma faveur n’a pu vous émouvoir,
C’est que vous en aimez un autre ; oui, madame !
Oh! mais il paiera cher son bonheur, sur mon âme !...
LBONOR.
Un autre? Et pourquoi pas?
* BOURBON
Son nom? Il va mourir!
LKONOR.
Il est mort. Mais j’en garde un pieux souvenir.
C’était un capitaine, à l ame bien trempée ;
Il ne prêtait jamais sa glorieuse épée
Qu’à de nobles desseins ; lorsqu’elle retombait,
Ce n’était pas son bras, c’était Dieu qui frappait.
Si l’honneur eût voulu s'incarner dans un homme.
Il eût choisi les traits de ce lier gentilhomme ;
Car jamais un visage humain n’a respiré Une âme plus loyale, un cœur mieux inspiré ;
Et ce noble seigneur, si grand, si regrettable,
•On l’appelait Bourbon... Bourbon le connétable !
BOURBON, avec joie.
Oh ! pour reconquérir ce cœur, mon seul trésor,
Ce que j’étais, je puis le dé venir encor!...
Il faudra bien, alors, que votre àme s’émeuve...
LÈONOR .
Mon seul époux est mort... M’insultez pas sa'veuvq*
(Elle remonte pour sortir.)
BOURBON
C’est ainsi! rien ne peut fléchir votre rigueur?...
Eh bien ! puisqu’il le faut, je verrai l’empereur.
Et, sans plus m’occuper d’un caprice frivole,
Je le somme, à l’instant, de tenir sa parole ;