ACTE III, SCÈNE II
Je pourrais, Charlcs-Quint, te rembourser Pavie...
Et te montrer comment on traite un roi vaincu!
Quel triomphe !... Monsieur, pour être convaincu,
Je n’attends plus de vous qu'une chose : une épée !
Alors, sans plus tarder, je tente l’équipée ;
Et, si je ne vais pas jusqu’au bout du chemin ,
Je tomberai, du moins, une arme dans la main...
BOURBON, lui donnant une épée.
Eh bien ! voici de quoi régner et de quoi vivre !
LE ROI, tir»nt l’épée et jetant le fourreau loin de lui.
Ah! merci !... maintenant, je suis prêt à vous suivre ! Marchons !...
(Il fait quelques pas vers le fond.).
, BOURBON
Jusqu'au matin je dois veiller ici;
Car on peut découvrir...
LE ROI
Je partirais ainsi,
Sans connaître le nom d’un soldat intrépide Qui me sauve et me fait de son corps u.ie égide?
BOURBON
Ce soldat, monseigneur, pour vous n'a plus de nom.
LE KOI.
Soit! mais il a du moins un visage. ,
(Boui llon se démasque.)
Bourbon I...
(Après un temps, avec ironie.)
(Il jette son épée et se dii igc vers la poi te de sa prison.; BOURBON.
Que faites-vous, grand Dieu !...
LE KOI.
Mais je regagne
Ma prison , seigneur duc, et je reste en Espagne.
(Les soldats remontent tout à fait; quelques-uns sortent et se promènent en dehors.)
Quoi! vous...
BOURBON
LE ROI
On m’a souvent reproché, non sans droit, D'être plus romanesque et valeureux... qu’adroit;
Or, connue le fardeau d’une couronne oblige,
Vous le voyez, monsieur le duc, je me corrige.
Je ne crains rien pour moi ; mais je trouve prudent De ne m’embarquer pas, prévoyant l’accident.
BOURBON, se contenant.
Sire... vous m’outragez!... vous me...
LE ROI
Je vous outrage?
Quand une fois l’honneur d’un homme a fait naufrage,
Il est permis, il est sage de préjuger
Que, se fier à lui, c’est se mettre en danger.
BOURBON
Réfléchissez encor! quel intérêt aurais-je?...
LE ItOI.
Vous pouvez en avoir plus d’un, monsieur; que sais-je?... Peut-être aimez-vous mieux, chez vous, m’emprisonner, Par esprit de vengeance... ou pour me rançonner...
Moi, sire?...
BOURBON
LE ROI
Il se pourrait aussi que votre haine Considérât ma mort comme une bonne aubaine ;