‹ Fais ce que dois drame en trois actes, en versChapitre 47 sur 59 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Et que ces compagnons, vendus à vos desseins, Fussent tout simplement de lâches assassins!...

BOURBON’

C’est trop !...

LE ROI

Ce que je dis, j’ai le droit de le dire !

J’ai le droit de penser qu’en un piège on m’attire.

J’en use — je le pense — et vous trouverez bon Que François ne soit plus la dupe de Bourbon.

Ici, je suis captif, j’en conviens; mais ma vie A Charles-Quint, du moins, ne saurait faire envie;

Puis, on est le captif d’un empereur, mais non Celui d’un chevalier déloyal et félon!...

BOURBON, d’une voix brisée.

Hélas ! j’ai mérité ce langage sévère,

Et, le front incliné, j’ai gravi mon calvaire;

Je ne vous dirai pas que je suis le martyr De ma faute, et qu’il faut croire à mon repentir...

Non... pour vous démonlrer l’affront que vous me faites. Je n’invoquerai pas les sentiments honnêtes :

Je n’en ai plus le droit... vous ne me croiriez pas,

Et c’est mon châtiment ; mais je vous dis bien bas :

Sire, mon dévouement vous parait chose étrange,

Eh bien ! en vous servant, sachez-le, je me venge, L’empereur Charles-Quint, sans pudeur et sans foi, Manque à tous ses serments... et je vous sauve, moi, Pour qu’il ne soit pas dit qu’on peut me faire insulte, Sans qu’un grand cataclysme aussitôt n'en résulte.

Alors, vous me croirez enfin, quand je vous dis :

Je ne fais pas le bien , monseigneur, je trahis!

LE BOl, vite.

Je vous crois!... La raison est assez admissible.

Et je trouve, à prêtent, ma fuite très-possible ;

Mais il ne suffit pas, malgré son désarroi,

De le vouloir, monsieur, pour obliger un roi !

Sachant, mieux- que pas un, ce que vaut un service.

Je ne puis accepter, quand même, un bon office ;

Vous m’avez pu trahir, moi, François de Valois,

Vous avez pu me vaincre et me dicter vos lois;

Mais il est un affront hors de votre puissance,

C’est de vous imposer à ma reconnaissance!... D’ailleurs, et pour finir d’un mot, la liberté Est un trop pur trésor, pour qu’il soit accepté D’une main qui n’est pas pure et sainte comme elle...

Et la vôtre, monsieur, est par deux fois rebelle..

(Il se dirige vers U prison.)

BOURBON, le retenant du geste.

. Mais je n’ai pas encor tout dit... vous ignorez...

LE BOI

Je ne veux rien savoir.

BOURBON

Sire, vous m’entendrez !

Sire, oubliez la main qui vous prête assistance,

Ne vous occupez point de la reconnaissance,

Je n’en demande pas, je n’en mérite pas ;

Mais, dans le chemin fait, laissez aller vos pas!...

Oh! je vous en conjure à genoux!... Si mes larmes Ne peuvent vous toucher, que, du moins, les alarmes, Les cris de vos sujets, consternés, éperdus,

Anéantis, brisés... soient par vous entendus !

Car, au delà des monts, c’est chose lamentable !...

C’est un abattement, un deuil épouvantable !...

Le commerce, la loi, tout languit, tout est mort :

C'est au chef de veiller quand le soldat s’endort!...

Et je vous dis, au nom sacré de sa souffrance.

Fuyez, sire! non pas pour vous, mais pour la France!..

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