FAIS CE QU£ DOIS
Comment vous comprenez la justice royale.
Et ce que vous pensez d’un pareil guet-apens.
Quand j’ai toujours servi la France à mes dépens !...
Lis ceci, Pompéran ; lis tout haut.
(il s’assied à gauche.)
POMPÉRAN, prenant le parchemin et lisant.
« A Charles de Bourbon, connétable de France, le parle- » ment fait savoir et notifie : Vu la réclamation de madame de » Savoie, duchesse d’Angoulême, et l’héritière légitime de » Suzanne de Bourbon, décédée :
» Attendu que la loi salique ne saurait s’appliquer qu’à des » domaines royaux ;
» Attendu, enfin, que le testament de ladite Suzanne est » regardé comme non avenu,
» Appointe les parties au conseil et ordonne le séquestre des » biens en litige. »
Quelle audace !
BOURBON
C’est le dernier affront. Voyons-en la préface !
(Il se lève.)
Pendant tout un hiver, mes soldats oubliés Dans le fond du Piémont, par moi furent payés ;
De sorte qu’on a vu (c’était fort lamentable)
Les gens du roi, mangeant le pain du connétable.
Rougissant de la dette, on osa la nier;
Puis, de mes traitements on rogna le denier...
De l’argent, c’était peu pour moi, je vous le jure ;
Mais bientôt, sur les bords de la Meuse, autre injure :
J’étais déjà dans l’eau, fredonnant ma chanson,
Donnant l’exemple... quand monseigneur d’Alençon,
Le beau-frère du roi, dont on ne parle guère,
Fit rebrousser chemin à mon cheval de guerre ;
Si bien qu’on a pu voir, frappant du pied le sol,
Bourbon... Bourbon ! tourner le dos à l’Espagnol !
L’ordre venait du roi !
Dlgitized by GoogI