‹ Fais ce que dois drame en trois actes, en versChapitre 57 sur 59 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

Moi, je ne le puis pas... Je puis, à coups d’épée.

Ecrire, avec du sang, une large épopée ;

Je puis faire pencher le monde, en m’appuyant Tantôt sur l’Occident, tantôt sur l’Orient ;

Je puis faire des rois et je puis les défaire...

Mais, ce qui ne m’est pas permis, c’est d’être père ;

C’est de voir les féaux s’asseoir dans ma maison,

Parce que sur la porte est écrit : Trahison !

Et cet horrible mot, c’est un mur, une grille

De fer! '

(Il tombe assis.)

POMPERAI*, entrant.*

Eh bien, seigneur, votre fille ?...

BOURBON

Ma tille?...

C’était un fol espoir, un rêve décevant,

Ma fille est fiancée et je n’ai plus d’enfant.

POMPERAI*.

Comment?...

BOURBON

Dans quelques jours elle sera la femme Du jeune don Carlos, il a toute son âme ;

Son père eût refusé la fille de Bourbon;

J’ai gardé mon secret... Jeanne ignore son nom.

(Il se lève.)

Mais ce dernier combat, mais ce dernier outrage, **

M’a brisé, Pompéran, je n’ai plus de courage ;

Non, je ne puis plus vivre ainsi, c’est trop souffrir.

Et je n’ai plus qu’un vœu, vois-tu, c’est de mourir!...

POMPÉRAN

Mourir!... Y pensez- vous, monseigneur?...

* Boarbon, Pompéran.

** Pompéran, Bourbon.

BOURBON

Si j’y pense!..-. •'

Mais tu ne sais donc pas tout ce que je dépense De force, de sang-froid, de dédain, de licrté,

Pour braver les affronts grondant de tout côté!

Mais tu ne vois donc rien de tout ce qui se passe Dans ce cœur, qui n’est dur et froid qu’à la surface!...

La reine, qui s’en vient me dire l’autre jour :

A qui n’a plus d’honneur, on ne doit plus d’amour !...

Ah ! j’ai cru que j’allais devenir fou de rage

Et de douleur... Pourtant, je reprends mon courage,

Et, revenant au bien par un chemin hardi,

J’offre la France nu roi... Tu sais ce qu’il m’a dit!...

Enfin, j’apprends que Jeanne est ma fille ; j’espère . Remplacer le soldat et l’amant par le père,

Faire de cet amour mon bonheur absolu...

J’eusse été trop heureux, Dieu ne l'a pas voulu...

Où que j’aille, partout ma trahison se dresse Entre le monde et moi. Patrie, honneur, tendresse.

Tout sombre sous mes pas !... Mais c’est trop discourir...

Le sort en est jeté, je n’ai plus qu’à mourir!...

(Il tire son épée.)

POMPERAIS', l’arrêtant.

Mourir... obscurément?...

BOURBON s’arrête; après un temps.

Non, d’une mort hautaine !

Ainsi que doit finir un brave capitaine,

D'une mort qu’envieront tous les hommes de cœur,

De la mort d’un héros, de la mort d’un vainqueur !

Car si, pour mon repos, il suffit que je tombe.

Il faut, pour mes aïeux, que j’illustre ma tombe !

Il faut, quand on dira : Ce fut un apostat,

Qu’on puisse dire aussi : Ce fut un grand soldat!

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