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Faites un roi sinon Faites la paix

Ce livre supplie tous les Français de savoir ce qu'ils veulent d'abord et d'agir ensuite comme ils veulent.

Je ne leur demande rien de plus ; mais je ne leur demande rien de moins.

Cela sufjirait à terminer la crise actuelle \ et il n'y a que cela qui puisse y suffire.

Cette crisCy extérieure et intérieure, nous expose à un périt de mort. Oui! tel est son terme possible.

Il se peut que la France y disparaisse. Mais il se peut aussi quelle y trouve son salut.

Nous courons un risque, nous courons une chance : aussi grands l'un que l'autre. Le danger doit nous ouvrir les yeux, nous ramener à la raison, et par elle à la santé.

Nous sommes loin de toutes deux. Nous sommes dans r incohérence, a dit gaiement M. Clemenceau. La France se dissout, avait constaté Rouvier. La France est bien malade, prononçait hier Léon Bourgeois. Entre ces étonnantes phrases d'anciens Chefs du gouvernement, il y a un lien; et nos maladies, et notre dissolution sont le produit de V incohérence gouvernementale plutôt que l'effet d'une fatigue de notre sol ou de notre race.

C'est pourquoi nos maux, si grands et si dangereux, seraient, cependant, assez faciles à guérir.

Il y a de r incohérence à nourrir des désirs opposés et à former des volontés contraires. Nous sommes pleins de contradictions. J'essaie de les mettre en lumière pour qu'elles disparaissent.

N'est-ce pas se contredire que vouloir une certaine chose dont on repousse, en même temps, les coiyditions nécessaires et les suites inévitables? Les républicains qui poursuivent une politique belliqueuse m'ont paru tomber dans

cette contradiction. Il méconnaissent les con^ dit ions optimes de la politique d'action militaire, qui selon moi ne convient pas à la République.

(( Mais ils ne la poursuivent pas, cette politique, ils n!en veulent pas! ils la subissent plutôt! On V impose du dehors, et ils sont obligés par les événements, de V accepter! »

Hé bien? Quand ce serait vrai, cela clianget-il quelque chose à ce que je dis ? Une action donnée se lie à des conditions données : qu^ importe que vous entrepreniez cette action par goût ou malgré vous? Ses conditions demeurent; et n!en sont pas modifiées.

Un Apache s^ embusque au coin d'une rue pour guetter le passant. Le passant l aperçoit y et se met en défense. L'un a voulu le combat, Vautre s^y résigne : mais la condition optime du combat, pour tous les deux, n^est-elle pas d'avoir une bonne arme et de savoir s^en servir?

Si la République s^adapte mal aux œuvres de guerre, peu importe quelle veuille la guerre ou, au contraire, qu^elle la subisse. Cela ne change rien à ses aptitudes; et, s* il était démontré quelles sont exclusivement pacifiques, les républicains qui à la fois proclameraient leur

amour du régime et fouetteraient les ardeurs militaires seraient des gens incohérents.

Les entendez-vous? Ils s'agitent, ils se démènent comme des diables, ils crient aux militaires icjîls de vaincus y oubliez-vous les morts? » Ah çà? Est-ce que nous allons recommencer comme après Sedan? Aurons-nous à combattre, armés de phrases et de rhétorique jacobine, contre un adversaire méthodiquement entraîné, savamment commandé, maître de son heure et de ses plans? Faibles échos de la grande époque, nous vous avons trop entendus/

i< Pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses f » Et l'Angleterre qui allait intervenir et Thiers qui remuait la Russie et ^ Autriche qui s^ interposait... Assez/ ne recommençons pas! Ce qu^on a fait sous la Révolution n^est plus possible aujourdhui/ On n'a plus devant soi des mois et des années pour organiser la défense et refaire des troupes. Oublions les discours de la Convention, et les représentants du peuple aux armées, et les superbes coups de gueule. Avec les slirnpnells, cela ne va plus! La guerre moderne est une opération technique, rapide et précise où sera

vainqueur celui qui aura le mieux rassemblé d'avance toute les chances de succès, et qui sera le plus parfaitement préparé par son régime à ce genre particulier cT action.

Aller à la guerre sous des Jules Faure, des Poincaréy des Barthou, des Trochu, des Gambetta, des Clemenceau'? N^ous serions encore condamnés à cela? Comment osez-vous, trop connus, vous qui, en paix, nêtes déjà que des conducteurs assez médiocres, vous proposer pour chefs de guerre? Retirez-vous, vous puez la défaite.

C^est à quoi pourtant nous sommes voués, à moins encore qu'en pleine bataille la sédition n^ intronise quelque Badin g net, un César d aventure y un roi improvisé !

Ce n'est pas votre faute, et vous subissez, dites-vous? Est-ce vrai? Est-il bien vrai que vous subissiez la guerre, comme un pis-aller terrible, comme un hasard inévitable dont la menace demeure, malgré vous, suspendue?

Avez-vous essayé de l'écarter? A vez-vous cher' ché sincèrement les conditions de la paix? Etes-vous surs de vouloir la paix?

Quand on demande aux gens de savoir ce qu^ils veulent et de le faire, on a Pair de leur demander la chose la plus simple du monde.

Dans la France contemporaine, c'est pour'tant le plus malaisé. Il faut tout un travail pour se rendre compte de ce qiCon veut, tirer au clair ses préférences, les accorder entre elles, et transformer par la vue nette des conditions et des conséquences, et par leur ferme acceptation, les vagues velléités flottantes en volonté solide.

Voilà le travail qui me paraît indispensable. Nous sommes à présent le jouet des événements, car nous aimons mieux les suivre que les comprendre. C'est pourquoi nous ne les dominons pas, et leur fatalité nous entraine.

Il faut éclairer cette fatalité, éclairer la route, la pente que nous descendons rapidement, et le précipice .

— Xï

Un sursaut peut alors nous Jeter de côté et nous ramener dans la bonne voie.

Si nous découvrions, par exemple, que nous sommes engagés dans un système d'alliances qui nous mènent, par une surenchère d'armements, tout droit à la guerre; et que, pourtant, ce système d'alliances repose sur la base même qui suffirait à fonder la paix? Notre choix ne deviendrait-il pas plus aisé? Je propose donc ici d examiner les conditions de la Guerre et les moyens de Paix : afin de .savoir, si nous voulons combattre ou si nous préférons sincèrement lacco'.d.

Opter entre la Guerre et la Paix, ou bien opter entre le Roi et la République ce sont deux options parallèles ou plutôt c^est la même option.

Il y a quantité de gens, M. Delafosse le rappelait récemment qui, monarchistes de toute leur âme, ont fini par admettre qu'ils étaient républicains. Grave confusion! Malgré cette méprise, ils sont, au fond, demeurés des roya-

listes. Leur adhésion corrompt la République. M. Méline a cru que ces recrues la fortifiaient : elle en meurt. Ils arrivent avec des qualités contraires à son génie. Rappelez-vous, de Montaigne, une parole antique sur ce voyageur « qui s^ était emporté avec soi »/ Hélas! ils s'apportent avec eux, et s amènent tout entiers! Ils attendent de la République qu'elle continue la monarchie, et lui demandent ainsi ce qiHelle ne peut pas donner!

La République n^a pas cette élasticité! Elle n'est pas bonne à tout faire. Elle implique une certaine direction morale, un certain idéal, et des aspirations vers une Europe nouvelle, aussi bien que vers des rapports économiques nou' veaux. C^est à un nouveau monde qu'elle nous conduit. Les relations des Etats entre eux, tout comme l'organisation du travail, en sont bouleversées; et le régime républicain est le début de ce bouleversement.

Le seul fait de son existence tend à le pro' duire; et ce régime n^a de sens que celui-là. L^ établir ou le conserver quand on ne désire pas avec ferveur ces bouleversements, cela n^a pas de sens.

Plantez-vous une racine pour couper ensuite tous les scions et toutes les tiges? C'est idiot! Vous n'aimes pas ses fleurs ni ses fruits? Ne la cultivez donc pas! Surtout ne lui demandez pas les fruits de Vautre plante, que vous avez arrachée et jetée dehors,

La République a tout avantage à n^avotr pour partisans que des républicains.

Que les autres aillent au roi! Chacun sa cocarde! Chacun à sa vraie place! Quand on reconnaîtra face à face les uns et les autres y quand les brouillards, les ténèbres, les confusions seront chassés par le plein jour, quand tout le monde verra, d'évidence, que le nationalisme total, c'est le Roi, soyons tranquilles ! La France a bon instinct, et n'ira pas aux gens du roi.

A Vépoque boulangiste, tout le monde discernait très nettement cette vérité, pour nous obscurcie, que l'humeur belliqueuse et les menées revanchardes veulent un dictateur. Pourquoi sommes-nous tentés aujourd'hui de l'oublier? C'est que, tout en ne voulant pas de dictateur, nous ne voyons pas le moyen d'écarter les chances de guerre, et de fonder sûrement la paix*

Nous cherchons donc un compromis : « ma foi! S'il faut faire la guerre, on se battrai si les Allemands nous attaquent, pourquoi donc un gouoernement républicain serait-il plus empêché qu'un autre de signer le décret de mobilisation! »

Belle confiance étourdie! La guerre nous semble, ainsi, un hors-d œuvre, un épisode héroïque coupant un moment la vie nationale qui reprend ensuite son cours normal et pacifique.

Mais non! Ce n'est plus cela! La guerre moderne est une affaire de longue préparation, diplomatique autant que militaire, et telle que la période de fausse paix qui la précède nest qu'une veillée d'armes et, selon le mot de Léon Daudet, qu'une Avant-Guerre.

Elle exige toute une politique appropriée. La condition de cette politique belliqueuse, c'est le Roi. Il s'agit donc, pour les républicains, de savoir si la paix est possible, et si dans l'état actuel de l'Europe on peut l'asseoir sur des fondements inébranlables .

Je le crois, pour ma part, et je tâche ici d indiquer comment.

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