CHAPITRE II flous, qui Voulons la PaiîtT
« A bas la guerre! ...» Avez- vous remarqué une chose? Dans les meetings contre la guerre, on ne crie jamais « Vive la Paix! »
Jamais! ou presque! J'ai beau fouiller ma mémoire, je n'entends retentira mes oreilles que le cri furieux : « A bas la Guerre! Guerre à la guerre! », mais « Vive la Paix? » Non! Plutôt rare! Cela détonnerait.
Très significatif! Une première explication : nous ne sommes pas des agneaux; et il y a dans ce cri, qui est à peine un cri, quelque chose d'un peu bêlant et plaintif qui ne remplit pas la gorge.
L'explication n'est pas suffisante; et cette rareté des : « Vive la Paix », cette espèce de répugnance, et ce petit malaise, décèlent autre chose de beaucoup plus profond et nous éclairent nos motifs.
Acclamer la paix? Nous sommes venus ici protester et combattre un fléau, une canaillerie,
la guerre que nous haïssons, et les scélérats qui la préparent.
« Mais, puisque vous haïssez la guerre, vous chérissez la paix! »
Cela paraît évident, rigoureux, irréfutable. Pourtant, contre cette logique, on ne sait quoi tout au fond de l'âme populaire dit non. Et c'est l'âme populaire quia raison.
Crier : « Vive la Paix ! » comme cela, tout simplement? Alors cette paix-là nous suffit? et nous sommes contents? Jamais! Crions: « Vive la Sociale ! » si vous voulez, mais pas : « Vive la Paix ». A bas la guerre va très bien, parce que le sens est clair et vrai. Oui, nous haïssons toute guerre, quelle qu'elle soit; mais il n'est pas vrai que nous chérissions toute paix. Le peuple ouvrier ne chérit pas la paix bourgeoise, cette paix où il est, sans bataille, traité en vaincu. Il sent confusément qu'en l'acclamant, il aurait l'air de souhaiter seulement la fin d'une alarme, la reprise du train-train des jours, le manège où l'homme ensommeillé tourne la roue.
Ce n'est pas cela du tout! Et ainsi quand nous cherchons les motifs de ceux qui veulent la paix, nous découvrons aussitôt que, pour la plupart, ce n'est pas tant la paix qu'ils veulent que la guerre qu'ils repoussent.
Changeons un peu la question : pourquoi exécrons-nous la guerre?
Nos ennemis les chauvins nous prétejit un
motif : la peur. « Lâches pacifistes, nous crient-ils, vous avez peur de vous battre ! » Et pour détourner le peuple de venir avec nous, des messieurs d'apparence tranquille célèbrent en mots enflammés le courage, et deviennent héroïques sur Testrade.
Peine perdue! La longue habitude des manifestations m'a fait voir que parmi tous les sentiments qui peuvent exciter une foule contre la guerre, la peur exerce la plus faible action.
On s'y trompe parfois, et un orateur essaie de toucher cette corde-là. L'évidence que je signale éclate alors et devient sensible dans la froideur de l'auditoire. L'orateur est animé des meilleures intentions ; il croit, sans y avoir songé, que le bon moyen pour dégoûter les gens de se battre, c'est de leur parler du danger. Très rare, cette erreurlà! Nos militants ont l'instinct de la foule. Mais quand, par hasard, elle se produit, c'est que l'ora teur croit accomplir un devoir, etl'effet estpénible et instructif. Lui qui, tout à l'heure, vibrait si sincèrement indigné contre les requins, les Schneider, les Krupp, il n'a plus l'air maintenant d'être ému par ce qu'il dit. Il voudrait être celui qui a peur! Il ne peut pas! cela ne vient pas! et cela ne porte pas davantage sur ceux qui écoutent. Ils n'ont pas peur plus que lui.
Oh! on fait vibrer d'horreur des salles immenses en décrivant les abominations des champs de bataille, et les carnages, les tueries, les amoncellements des cadavres bulgares et des cadavres turcs, et le choléra, roi des charniers humains
entassés par les shrapnells. De la peur, cela? Allons donc! De l'horreur, vous dis-je, de l'indignation, de la compassion, mais aucun retour égoïste sur soi-même, et regardez les figures! Sont-ce les faces pâles de ceux qui ont peur? Ils sont plus près de la colère et de la fureur que de la crainte, et ils ont plus envie de taper que de fuir.
Le Français n'est pas craintif ni poltron. Il n'est pas, comme on nous l'a chanté durant trois quarts de siècle, un héros immortel. Sitôt qu'il doute, doute de sa cause, doute de ses chefs, doute du succès, le héros meurt en lui. Mais en bonne condition morale, il est plein délan, brave gaiement, héros farceur; et à l'état calme, dans une salle en train d'écouter, il a, au fond de lui-même et sans y penser, conscience profonde de ces forces qui dorment en lui et qui s'éveilleraient si vite. Il a même, à son insu, la nostalgie de l'heure héroïque où il serait tout lui-même et sortirait tout ce qu'il peut. Vous lui parlez folie des guerriers ivres qui se ruent à l'assaut, duperie des pauvres Bulgares égarés qui se font massacrer pour des intérêts faux, vous lui montrez le paysan des Balkans qui s'arrache à son coin de terre et court tuer des Turcs, et qui ne reviendra jamais... il sait que vous avez raison, il vous écoute avec intérêt et vous applaudit poliment.
Mais, au fond de son cœur, il sent que l'enthousiasme qui transportait ce paysan dans son glorieux délire est une flamme si brûlante qu'un
jour de ce feu vaut mieux qu'une vie de torpeur engourdie; et que ce jeune homme qui sera tué la semaine prochaine aux remparts de Tchataldja aura vécu plus longtemps que s'il était mort dans son champ à soixante-quinze ans.
II sent cela profondément, et s'il méprise cet enthousiasme guerrier, c'est qu'il connaît un autre enthousiasme et une autre guerre, qui lui semblent supérieurs, et du haut de quoi il contemple avec compassion et dédain ce vieil enthousiasme soldatesque qu'il a connu et qu'il a surmonté.
Puisque la peur n'est pas le vrai motif qui nous fait détester la guerre, c'est donc l'intérêt.
En effet, voilà noire thème. Vous nous l'entendrez développer en toute circonstance.
L'intérêt économique de la classe ouvrière est opposé à la guerre qui gaspille les milliards, gâche les existences humaines, détruit pour détruire. Le parti socialiste et la G. G. T. sont là-dessus d'accord. Les manifestes syndicaux et les appels de nos fédérations développent à l'envie cette idée.
Pourtant, voyons ! Est-ce vraiment là notre motif essentiel, intime et dernier?
En temps de paix, que reçoit l'ouvrier dans la masse des produits, et quelle est sa part dans les richesses que crée le travail? Sur la production on prélève, pour le producteur, juste ce qu'on ne peut pas lui refuser, soit parce qu'en lui
donnant moins, il n'aurait plus de quoi vivre, soit parce qu'il est assez fort pour exiger un peu plus. Dans l'un et l'autre cas, tout ce qu'il reçoit est aussitôt absorbé par la vie quotidienne et l'entretien de la famille. Que lui importe le gaspillage des milliards? Il n'en touche ni plus ni moins.
Ces milliards pourraient rester sur sol français et développer la production? Sans doute! Ou ils pourraient, probable aventure, filer à l'étranger et s'y évanouir. Une remarque juste, pourtant ! Tout ce que les budgets de guerre et de marine dévorent est enlevé aux budgets sociaux, aux retraites, aux œuvres de prévoyance et de solidarité. Mais croyez-vous que jusqu'ici cela puisse beaucoup toucher l'ouvrier? Il ne les connaît guère que par ouï-dire et par programmes, ces belles œuvres d'assistance sociale. Pour nous, députés, militants socialistes, l'argument a toute sa valeur, mais pour l'ouvrier? Il y croit pieusement, plus qu'il ne le vérifie par expérience.
Nos camarades métallurgistes aux fonderies de Ruelle et les travailleurs des arsenaux de Brest ont des scrupules exquis et touchants, qui eussent enchanté Renan. Ils sont ouvriers, ils sont socialistes, et ils sont furieux de travailler à des œuvres de mort, condamnées par leurs principes. Pourtant, ces fabriques d'instruments de mort assurent leur vie ; ils le voient et s'en indignent. Qu'on nous fasse, crient-i's, fabriquer des locomotives! Question de prin-
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cipes, évidemment, et non pas d'intérêt économique.
En temps de paix, l'Etat se désintéresse de la vie ou de la mort de la famille pauvre. En temps de guerre, en temps de siège, il est forcé de prendre des mesures pour assurer sa subsistance. La société est bouleversée, on lève des contributions sur les riches, on opère des réquisitions, et le soin d'assurer la nourriture quotidienne devient une fonction publique. L'ouvrier qui n'a rien en temps de paix, n'a rien à perdre en guerre et ne risque rien que sa peau. Il risque sa peau, mais en échange il reçoit un fusil. Avec ce fusil-là il pourrait faire bien des choses. Il y songe. Non, décidément, ce n'est pas l'intérêt économique qui excite la haine de l'ouvrier contre la guerre.
Le bourgeois a plus de raisons que lui, je l'avoue, et surtout le bourgeois qui touche à la Finance. L'intérêt financier est même si fort qu'en mainte circonstance les financiers se sont prononcés contre les dispositions belliqueuses des gouvernants. Prononcés, vous m'entendez, non pas comme nous par ordres du jour! Ces messieurs ont des procédés plus efficaces. Quand ils parlent aux ministres, voire aux empereurs ministres et empereurs prêtent l'oreille : car les banquiers prêtent l'argent. Durant la crise d'Agadir, la Bourse de Berlin fut un comité pacifiste d'une grande puissance. Les banquiers allemands ne s'en cachèrent point : ils agirent publiquement, conférèrent au grand jour, et
envoyèrent des délégués au gouvernement allemand. Leur action fut très efficace, et il est extrêmement significatif qu'ils n'aient pas craint de l'exercer publiquement, sans souci de donner des armes à la diplomatie française. Ils voulaient la paix, voilà tout; et ils le disaient, sans plus, aussi brutalement, aussi directement que les ouvriers.
Celte action des Financiers a suggéré au Grand Illusionné Normann Angell le rêve doré, et d'autant plus fou qu'il a la forme démonstrative, d'un monde d'affaires, tout d'affaires, où la guerre serait impossible. Beau tableau! Les Sabines de la Bourse se jettent entre les soldats ennemis et leur arrachent des mains leurs armes. Qui voudra faire la guerre? Angell en a dénoncé la Grande Illusion; il a fait tous les calculs. Ses chiffres prouvent qu elle ne rapporte rien. C'est une détestable opération. Le vainqueur y perd.
Admirable candeur des hommes d'affaires!
Notre psychologie est enfantine! Nous divisons le monde en rêveurs, qui vontbâillant aux nuages, faisant des vers aux étoiles, et en hommes pratiques, qui n'ont d'yeux que pour le réel et manquent d'imagination. Psychologie de bibliothécaires! Les poètes rêvent gros tirages et prix aux concours; quant aux grands hommes d'alTaires, ils ont une imagination puissante qu'ils disciplinent et canalisent. Arrives, quand ils se détendent et lui donnent libre cours, c'est un déluge de contes bleus, de bergeries et à
romances. Cher monsieur Normann Angell, votre livre est intéressant, et votre intention excellente. S'il n'a pas empêché la guerre des Balkans, c'est, croyez-vous, que les affaires y sont à l'état naissant. Mais la grande illusion est celle qui vous a bouché les yeux, comme à tout homme possédé d'une idée.
L'Allemagne a vraiment trop profité de sa victoire de 1870 pour que vos chiffres nous impressionnent. « Ah! Pardon! C'est autre chose! Ce n'est pas la victoire elle-même! C'est l'unité conquise et la chute des barrières intérieures! Il a eu des à-côté! » Hé oui, cher monsieur, c'est cela tout justement! Il y a toujours des à-côté dans la victoire! Votre tort est de n'en considérer que les chiffres, les cotes de Bourse etles statistiques. Savez-vous ce que l'Allemao-ne gagnerait de plus clair à une nouvelle guerre contre la France?
« Les gisements de la Lorraine, peut-être? » Non, mieux que cela! Ce qu'elle ramasserait sous les murs de Paris, c'est la Belgique et la Hollande, tout simplement. La Germania inferior... et ses dépendances coloniales qui sont notables. Il est vrai que, comme me l'assurait sur le lac de Thoune par une belle journée toute bleue, mon excellent collègue Franklin Bouillon, retour de Berne et plus savoureux que jamais, il est vrai que l'Angleterre ne le permettra pas.
Seulement, on se passerait sans doute de sa permission, malgré le terrible corps de débar-
quement! Car nous aurons peut-être un corps anglais de débarquement! A peu près comme en 1870 nous eûmes Garibaldi!
Les financiers peuvent contribuer dans une large mesure à prévenir certaines guerres : celles qu'un gouvernement subirait, celles où il se laisserait tirer par les événements et pousser par la presse chauvine. Je doute qu'ils empêchent jamais une guerre méditée, voulue et préparée par un gouvernement fort. Mais qui donc est de taille aujourd'hui à empêcher cette guerre-là?
Il n'en reste pas moins acquis que l'intérêt financier et bourgeois, s'il ne possède pas tout l'ascendant que lui prête Normann Angell, risque, davantage que l'intérêt économique ouvrier, d'être lésé par la guerre : et cependant le bourgeois en général est moins hostile à la guerre que la masse ouvrière. Phénomène notable! Dans la classe ouvrière, c'est la partie la plus consciente et la plus active qui est la plus violemment opposée à la guerre : dans la bourgeoisie, c'est souvent la partie éclairée qui se déclare patriote et belliqueuse.
Ceux qui haïssent la guerre ne la détestent donc ni par lâcheté ni par pur intérêt. Le vrai motif est que la guerre est la négation de notre idéal. C'est par idéal révolutionnaire, par con-
viction socialiste ou libertaire que les faubourgs des grandes villes se dressent à la moindre menace de guerre, pour maudire ce retour à la barbarie. C'est par idéal de justice, par zèle civilisateur que les pacifistes, les arbitragistes, les sociétés de « Paix par le Droit » protestent de toutes leurs forces contre les manœuvres des diplomates belliqueux.
Entre les Guerriers et Nous, il y a conflit d'Idéal.
« Conflit d'Idéal? La pauvre chose! » C'est que vous entendez mal le mot; il ne vous dit rien; ou peut-être il vous choque. Cela m'est égal : écartons-le si vous voulez! Je veux dire que la perspective d'une guerre, et spécialement d'une guerre européenne, et plus encore d'une guerre entre la France et l'Allemagne, heurte en nous, et y détruit, d'un choc confus mais douloureux, tous nos sentiments préférés, tous nos espoirs de prédilection, bouscule et brise nos images intérieures d'avenir, nos représentations d'humanité future. Quand on me parle de guerre prochaine, quand Vaillant me dit pendant la guerre russo-japonaise : « Delcassé veut nous jeter, malgré nous, derrière la Russie, et TAngleterre est avec le Japon! » Quand j'apprends après Agadir que l'Allemagne prépare l'ultimatum, quand pendant la crise balkanique nous risquons de blesser l'Autriche et de mobiliser ainsi le brilland second, je ne songe pas, aucun d'entre nous ne songe : « Dieu! Que j'ai peur! Où me cacher! » Je ne songe pas, et
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aucun d'entre nous ne songe : « Que vais-je perdre? » Je songe : « Ah! Salauds! Brigands! Idiots! Bandits! La guerre? Mais c'est le retour des sauvageries! La sanglante violence reine encore du monde ! Les vies humaines fauchées par centaines de mille ! Et les âmes des survivants empoisonnées pour cinquante ans par ce spectacle de massacres, cette contagion de brutalité, cette irruption de force sans règle, cette épidémie d'assassinats et d'oppressions! » Voilà mon réflexe intérieur. La guerre détruit la vie collective telle que je la veux, celle que je conçois, celle dont je tâche de fomenter le développement : la Guerre nie la liberté, nie la justice. Ils mangeraient, oui, ils mangeraient comme les Maoris d'autrefois, les cadavres de ceux qu'ils tuent, ils ne me dégoûteraient pas davantage.
Rappelez-vous la page de Bourget que nous avons lue plus haut! Sentez-vous le conflit d'idéal?
Pour le mieux voir encore, ce contraste révélateur, plus cru, plus brutal, en plus mordante lumière, recourez à Charles Maurras.
Charles Maurras nous a rendu le grand service de pousser à bout les tendances nationalistes, de les réunir, de les filtrer et d'en distiller les idées essentielles. Il a intégré le nationalisme et prouvé que le nationalisme intégral, c'est la Monarchie.
Service sans prix ! Je le compare à ces cures d'obsessions psychasthéniques que nous ont fait connaître les beaux travaux de Pierre Janet ;
une malheureuse tombe en des crises de nerfs épouvantables; on ne sait que faire pour en éviter le retour. L'aliéniste ingénieux soupçonne une obsession devenue inconsciente. Il l'endort, et ramenant au jour, par les révélations de son sommeil, les profondeurs de son âme, couche par couche, il finit par retrouver le rêve obsédant, dont elle a perdu conscience, mais dont la terreur, présente et cachée, la jette en ces accès frénétiques. Il découvre même, à la racine, l'origine première de ces terreurs : un incendie, la nuit, dont elle faillit, jeune fille, être victime, et qui lui a laissé dans l'esprit cette épouvante. C'est à peu près le cas de la France! cette femme, dont le secret est connu, on peut désormais la sauver, par un traitement approprié, par des suggestions qui effaceront en elle le souvenir de cet incendie. Charles Maurras rend à la République un service pareil. Elle était travaillée par des accès périodiques de nationalisme. Rien de plus dangereux que ce militarisme diffus, insaisissable, partout répandu. Charles Maurras l'empoigne, l'isole, en fail une maladie spéciale, construit le type nationaliste, et lui donne son nom. Ah ! nous respirons ! Nous entrevoyons la délivrance ! Parfaitement ! Connu ! C'est le vieil ennemi ! C'est la vieille lutte à continuer ! Le péril était que la faction royaliste fut morte. Morte? Elle l'était presque! M. de Mun rallié, Denys-Cochin aussi ; à la Chambre, l'inertie ou Baudry d'Asson ! dans le peuple, les risées ou, bien pis, l'oubli, les yeux tout ronds d'éton-
nement, quand un farceur déclarait : Moi, je suis royaliste ! Seulement tout ce qui aurait dû se dépenser en cris de Vive le roi, en complots royalistes, se dépensait en boulangisme, en déroulédisme, en acclamations .autour du cheval noir avec un général dessus, ou en processions revanchardes place de la Concorde.
Enfin, Malherbe vint! Parti de l'intérieur du nationalisme, Charles Maurras éprouva le besoin de voir clair et de regagner le grand jour. Forant sa route, il parvint à la lumière et retrouva le roi. La route qu'il avait ouverte était si droite que tout nationaliste fut contraint de passer par là, à moins de ne pas bouger. Toute pensée nationaliste sait dorénavant qu'elle se termine en pensée royaliste et que sa seule conclusion logique est la royauté.
Charles Maurras a donc accompli une vraie restauration de l'idée royaliste, et il l'a exposée de façon si ample, éclairée d'arguments si lumineux, appuyée et munie d'exemples si quotidiens et de preuves si éclatantes qu'on peut désormais s'enthousiasmer sans ridicule pour le Roi, dont le nom seul faisait sourire, et que nous écrivions avec un y pour en savourer l'archaïsme. Des jeunes gens s'enflamment, font tapage dans les rues, se battent au Théâtre-Français, interrompent les pièces de Bernstein, chassent Thalamas de la Sorbonne, dans une telle flambée d'enthousiasme qu'il a bien fallu s'apercevoir que l'enthousiasme républicain vacillait comme le lumignon clignotant d'une veilleuse et que même
1 enthousiasme socialiste et révolutionnaire dut se fouetter, se tisonner pour rallumer des feux qui s éteignaient.
Plus tard, si Maurras rate « le coup », le fameux coup de force, très facile à l'heure du déjeuner, plus tard si nous fondons la République, nous lui élèverons une statue. Les républicains ont besoin d'être en danger. Il nous faut un péril. Jamais nous n'avons été plus forts que contre Boulanger, ou qu'en période dreyfusarde. Charles Maurras nous fournit ce péril.
Par lui, le nationalisme prend conscience de soi-même et forme un corps de doctrine. Idéal, ou enthousiasme, ou doctrine, prenez le mot que vous voudrez, ou tous à la fois : opter entre la politique belliqueuse ou la politique pacifique, préférer la Guerre, préférer la Paix, vous entrevoyez maintenant que cette décision suppose le choix d'un idéal, d'un enthousiasme, d'une doctrine. Voilà pourquoi la question n'était pas si simple! Il y avait cela au fond. II y avait à prendre ce parti définitif.
Choisir? disons plutôt, car on ne choisit pas un idéal, un enthousiasme, comme une douzaine de mouchoirs de poche, disons prendre conscience de cet idéal secret que nous portions en nous-mêmes sans le tirer au jour; nous rendre compte de nos intimes préférences et des espoirs qui nous font battre le cœur, et des perspectives qui nous laissent froids; vérifier nos systèmes d'idées et constater leur faiblesse ou leur solidité.
Voilà l'utilité, voilà la grande leçon du contraste qui oppose face à face les deux Avenirs. Hercule ne fut pas plus favorisé que vous! Vous êtes, comme lui, dans une aube claire, à la fourche de deux routes, entre deux déesses, deux vertus qui vous font signe. Par où passez-vous? Allez-vous à Droite? Allez-vous à Gauche?
A Droite! monsieur, à droite! vous crie Maurras, l'avocat du roi. J'écoute, Maurras! développez! Où nous mènerez-vous? Où conduit-il, votre chemin? Je vous donne carrière et champ libre : le coup est fait, le Roi règne : après?
Après'^ Heureuse France! C'est ton relèvement qui commence ! Tout n'est pas fait, certes, quel niais l'a dit? Mais tout devient possible! Nous opérons, sous le chef monarchique, la silencieuse concentration des énergies nationales; l'armée, la marine sont régénérées, entraînées, commandées. Nous avons une diplomatie, des plans suivis, une intrigue secrète, et nous lions partie avec la Russie, avec l'Autriche, avec l'Espagne, avec l'Angleterre. Que dis-je! Nous avons des princes à marier! Des princesses qu'on épouse. Enfin, la victoire couronne l'œuvre du roi ! Nous reprenons l'Alsace, la Lorraine et le Rhin! L'Allemagne, divisée par nos soins, redevient le champ de lutte où la Maison d'Autriche combat la Maison de Prusse, pendant que la Maison de France est arbitre de l'Europe!
Parfait!
Et après?
Après? Nous maintenons, nous développons,
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nous grandissons notre situation! Et des mariages diplomatiques! Et des Richelieu! Et des pères Joseph! Et des alliances! Et des Ligues! Et des victoires! Et la Maison de France...,
Oui ! enfin, Maurras, tranchons le mot : la vieille histoire continue, le présent retourne au passé, nous revivons les ruses de Richelieu, les manœuvres de Bismarck, les grandeurs de Louis XIV! Et quand c'est fini, on recommence! j'entends bien! Vous ne voulez pas nous ramener au passé en ce sens que vous ne ramenez pas la perruque, ni l'habit à ramages! Vous êtes moderne en ce sens que le roi ira à Versailles en auto et que les armées françaises prendront le train! Cela ne suffit pas, je vous assure! La Maison de France, la Maison de Prusse, les diplomates, les intrigues savantes des chancelleries, si vous saviez comme nous en avons assez de tout cela! Comme tout cela est vieillot, musée de Cluny, antique défroque! C'est usé jusqu'à la corde! Cela m'échauffe un instant, et puis je bâille! Comment? c'est vrai? Je suis condamné, et l'Europe avec moi, à vivre enfermé dans ce manuel d'histoire d'avant la Révolution? On s'est trompé en quatre-vingtneuf, il faut rentrer dans la route royale et n'en plus sortir! Merci bien! La Maison de France, la Maison de Prusse, la Maison d'Autriche à perpétuité! Mais je m'en fiche, Maurras, je m'en fiche absolument! Qu'ils se gomment entre eux ou s'accordent, qu'importe?
Voyez- vous, j'ai grandi avec d'autres espoirs.
J'ai cru que la Révolution ouvrait une route nouvelle! Tenez : la route de Gauche! Elle n'est pas si facile à décrire que la vôtre, bien entendu, car le passé vous aide à figurer votre avenir. Si je dis par exemple que la Guerre choque et détruit en moi le rêve d'une civilisation de douceur : je sens que ce n'est pas tout à fait cela! Car ce n'est pas l'aventure que je redoute, ni le risque, ni la vie humaine jouée 2n riant, pour un bel essor, comme l'aviateur qui se tue! Non! J'aime déjà mieux parler de civilisation, de justice économique, de liberté! du règne organisé du droit, remplaçant la force. Mais le vrai besoin, l'essentiel de ce moment historique où nous sommes en 1913, c'est qu'il faut pour nous empoigner la perspective de quelque chose de plus vaste, de plus ample, de plus large! la création d'un organisme supérieur!
Je me plaignais de l'étriqué de la Maison de France, de Russie, d'Autriche. Croyez-vous que je méconnaisse la grandeur de notre passé? Mais il est passé. Ses résultats sont acquis! Dépassons-les! Son œuvre grandiose fut de fondre les diverses provinces du royaume en une France, et la Révolution tira, en la faussant même un peu, la conclusion. Il y eut la Nation, trop centralisée, je crois, mais organisme vaste et supérieur aux provinces.
Par toute l'Europe, la même besogne s'est accomplie. Le principe des nationalités contre lequel vous ne cessez de vitupérer, n'a été que l'adjuvant intellectuel, l'expression verbale de
ce profond besoin, de ce grand mouvement, de cet Acte par excellence du xix® siècle : constituer des Nations, des organismes supérieurs aux petits Etats, aux petites provinces.
Eh bien! Maintenant? Vous croyez que cela va s'arrêter? Jamais de la vie! Nous voulons continuer. !1 nous faut maintenant pour nous émouvoir, je vous le répète, quelque chose de large, la perspective d'un organisme supérieur, groupant les petits organismes nationaux et s'en composant, comme les nations ont groupé en elles les provinces : une Confédération, une Grande Alliance, une Europe, des Etats-Unis, tout ce que vous voudrez, mais quelque chose dans quoi les diplomates, les diplomaties, les chancelleries et les guerres nationales feront l'effet d'insectes ou de nains, l'effet que nous font aujourd'hui les guerres des barons entre eux, et le siège de la tour de Montlhéry, ou Renaud de Montauban.
Attendez, crie Maurras, attendez! Henri IV avait un projet de république chrétienne ! Moi aussi j'ai un projet de Fédération européenne! Mais sous l'égide de la Maison de France!
Vraiment, Maurras, vous parlez aussi de Fédération européenne? J'en suis ravi, vous avez comme nous votre utopie ! et assez proche de la nôtre! Mais, en ce cas, mettons-nous à l'œuvre tout de suite, et sans détours si longs, et sans attentes qui dureront des siècles, et sans ce bel avenir de sang, de batailles, de bouleversements et de massacres dont vous nous régalez.
L'Internationale ouvrière me paraît remplir aujourd'hui (outre sa fonction économique, qui est d'organiser la production collective) la même fonction intellectuelle et politique qu'a remplie au xix^ siècle le principe des nationalités. Elle va aider au mouvement de création d'un organisme supérieur. Je souhaite ardemment que la France aide à ce mouvement et à cette création, au lieu de se mettre en travers, et vous devinez ma raison. Dans cet organisme, je souhaite qu'elle entre à sa place, à sa bonne et belle place, celle à laquelle lui donnent droit et son passé et son présent. Au lieu que j'ai peur, si elle n'y entre que de force, qu'elle n'y entre broyée, mâchée, dévorée.
Les frontières des patries actuelles ne sont pas pour nous des clôtures éternelles, infranchissables. Nous, surtout, nous Français, nous avons eu il y a plus d'un siècle notre ivresse d'unité. Les Allemands la savourent encore à longs traits, celte ivresse-là. Pour eux, c'est tout neuf. Et ils l'ont attendue si longtemps! Pour nous, nous sommes en avance; et nous regardons, par dessus l'horizon français, se lever le soleil nouveau des Etats-Unis d'Europe. Ne prenez pas la peine de me dire qu'il est dangereux d'être en avance! Je n'ai écrit ce livre que pour diminuer, si je puis, ce péril et montrer le moyen pratique de l'éviter, qui est l'entente francoallemande, et la fondation d'une solide Paix.
Pendant que /achevais de relire ces pages, un débal ê'élevait entre M. Edmond du Mesnil dans le Rappel, et M. Charles Maurras dans /'Action française. Ecoutons-les! D'accord ils disent : « La Patrie avant tout! » Mais ajoute le premier « dans le cadre de la
République! »
Et si ce cadre abîme le tableau? questionne Charles
Maurras.
En ce cas, concède M. Edmond du Mesnil, je le
relègue au grenier!
Dispute excellente! Elle montre que ces problèmes de la patrie et de la République se posent chaque jour de façon plus pressante et plus impérieuse, et elle précise les termes.
Patrie, République, Nationalisme, Guerre et Paix, voilà des mots en effet quil faut définir chaque jour plus exactement.
Le souci de M. Edmond du Mesnil est celui de tous Français d'aujourd'hui. Il l'avoue, d'autres ne l'avouent pas, c'est la différence. Tous se demandent, à voix haute ou en secret, si la Patrie et la République ne sont pas de principe contraire.
La Pairie telle que l'entendent les nationalistes? Sans hésiter^ il faut répondre que oui!
Oui! il y a contradiction entre la République et la patrie des nationalistes. M. Driant demandait un Jour à la Chambre ufie définition du nationalisme. M. Jules Delafosse s'est mis en tête de le satisfaire. C'est un homme précieux. Savez-uous à qui il emprunte les éléments de sa définition? à notre nmi Raffin Dugens, ancien maître d'école et député de d'Isère. Mon vieux Raffin, tu as formé là un excellent élève! Les nationalistes, avait dit Raffin, sont des patriotes qui ne peuvent aimer leur patrie qu'en haïssant les pays voisins; et M. Delafosse lui accorde qu'en effet « le patriotisme est fait d'antagonisme et non de fraternité ».
« Par cela même, continue-t-i^, qu'on aime son pays plus que les autres, on l'aime contre les autres, en ce sens qu'un pays n'est grand et fort que par relation et que tout accroissement que gagnent ses voisins le diminue ».
Que pensez-vous d'un artiste, d'un peintre, d'un littérateur, qui se sent diminué par le succès d'un autre? Cela existe, certes! C'est fréquent. Dans le monde politique aussi, on se jalouse. Est-ce un vice ou une règle morale? Que pensez-vous de la grandeur d'âme, de la puissance intérieure et du génie de l'homme qui sent ainsi?
Dès que l'Allemagne et l'Italie « furent constituées en grands états, la France se sentit menacée, par con-
séquent diminuée... le patriotisme ainsi entendu est une affection égoïste et Jalouse » .
Egoïste et Jalouse ! Voilà les propres expressions de M. Jules Delà fosse. Eh bien! Ne faisons pas de morale! Laissons de côté la noblesse de ces sentiments-là! Mais nous avons le droit de traduire et d'énoncer en psycfiologues, en sociologistes, que le nationalisme, ainsi défini, se ramène à la conscience d'une déchéance, de même que défini par Maurras, qui voulut rectifier Delafosse, il se ramène à la conscience d'une oppression. Si la France n'est ni déchue ni opprimée, il n'a pas de raison d'être !
Il y a donc une sorte de patrie que la grandeur d'autrui diminue, fait déchoir et dont l'e/fort doit être d'abaisser les voisins? Voilà ce que J'appelle, d'accord avec M. Delafosse, la patrie des nationalistes. Voilà la patrie guerrière, le patriotisme belliqueux.
Je le répète : cette patrie-là est en contradiction avec la République.
La pairie qu'admet la République, la patrie dont elle est le couronnement, c'est une patrie qui éprouve à l'égard de l'Europe civilisée les mêmes sentiments que la Normandie, l'Auvergne et la Provence éprouvent pour la France; et que la Bavière, la Saxe et la Prusse éprouvent pour l'Allemagne. Dans une Europe organisée, la grandeur de chaque pays, loin de nuire aux autres, serait nécessaire à la prospérité général^.
Pourquoi cette patrie-là périrait-elle? En quoi blesse-t-elle les intérêts de V humanité? Elle les sert, au contraire. Le sol et le climat, V histoire et la langue composent à chaque patrie une figure particulière et une âme originale. Cette originalité, loin de menacer la civilisation humaine, la crée. Elle ne menace donc pas Favenir. L'avenir la menace-t-elle? Pourquoi? La Bavière, état allemand, dépérit-elle? Ne restet-elle pas très différente de la Prusse? Pourquoi la France, état européen, ne resterait-elle pas très différente de r Allemagne? N'a-t-elle pas comme l'Allemagne son peuple à part, et sa langue à elle ? Si nous réussissons à organiser la paix et l'Europe, il me semble que voilà la République, la Patrie et Vlnlernalionale en parfait accord, et nous n'avons pas à reléguer la République aux greniers.
Vous ne l'y jetteriez d'ailleurs, M. du Mesnii, qu'en y déposant avec elle, dans la poussière et dans i oubli, le meilleur de vous-même, et le meilleur de la France.
Voyez-vous, votre métaphore était mauvaise! La République n'est point un cadre, dans lequel on aurait, par hasard, fourré la France.
Notre patrie a produit la République, comme sa forme naturelle. On ne la lui ôtera plus, je pense, à moins qu'elle ne soit bien malade, ou qu'on ne l'écorche.
Charles Maurras oppose toujours à la République la tradition, le passé, la patrie. Est-il vrai que la Révolution, la démocratie, la République n'aient clé
(xurtsie cours de notre histoire qu'une maioaiCj qu'une série d'accidents funestes? Le beau développement de la royauté française! Nous V admirons tous. Pourtant, je me suis toujours senti ému, en lisant ihisloire d'A ngleterre, du non moins beau développement de leurs libertés publiques. Chez nous, Vun après Vautre., tous les efforts, au cours des siècles, avortaient! Chez eux, les villes gardaient leurs franchises et les Parlements augmentaient leur puissance. Quel contraste entre l'éclipsé de nos Etats-Généraux et la force grandissante de leurs parlements! Eh bien! la Révolution nous apparaissait comme la reprise de ces efforts avortés, et la victoire qui triomphalement avait racheté tant d'éc/iecs!
M' inv itérez-vous à ne pas copier T Angleterre? Soyez donc tranquilles! Il est impossible à nos Français de copier V Angleterre. Notre liberté n'est pas la même. Ils sont, là-bas, épris avant tout d'indépendance individuelle : domicile inviolable; pas d'arrestation arbitraire... nous sommes à l'étranger, vous le voyez! Nous n'avons jamais connu cela! Sous la Révolution comme sous l'Ancien Régime et sous la République actuelle, le Français va en prison comme on veut! U Anglais craint le caprice du policier plus que l'attaque du criminel : le Français a peur du criminel plus que du gendarme. La liberté, pour lui, signifie autre chose! il pense au citoyen plus qu'à l'individu^ au droit de la cité de ne pas obéir à un maître au droit des citoyens de se concerter pour faire la loi.
Illusion? Mais sans doute! Sans aucun doute! Qu'il entre là-dedans, au début, une forte part d'illusion, cest inévitable! Cela veut dire que le gouvernement d'opinion ne donne pas tout de suite et du premier coup tous ses fruits ! Est-ce étonnant ?
« Se concerter pour la loi et le gouvernement 7 Concert des irréflexions, des ignorances, des impulsions, des appétits! Et alors, les intérêts privés ont beau jeu à piller l'Etat, au nom de l'opinion. L'opinion? On la fabrique! Cela se travaille! Cela s'achète et cela se vend! »
Vous avez raison là-dessus, Maurras, et les socialistes sur ce point vous avaient devancé : mais croyexvous que cette opinion-là doive être éternelle! Toute la question est là! Le peuple est-il capable, un Jour, délivré des entraves économiques, de se former des opinions plus réfléchies, plus impartiales et mieux renseignées ?
Prenez garde! Vous savez que Je ne veux forcer personne. Si vous tenez pour démontré que Jamais il n'en sera capable. Je m'arrête, et Je respecte cette conclusion de votre effort intellectuel. ]\fais de mon eôlé, Je vous affirme qu'en ce cas les destins de l'humanité ne m'intéressent plus. Si les hommes ne sont bons qu'à obéir éternellement. Je m'écarte de ces troupeaux. J'espère autre chose : un éveil, un progrès d'intelligence; et il me semble que Je ne me trompe pas, et que déjà, sous nos yeux, contre cette opinion fabriquée, droguée, saoulée, la classe ouvrière et
quelques bourgeois intelligents commencent à former une opinion de meilleur aloi, une opinion plus avertie et plus critique.
La valeur de la République, c'est qu'elle oblige un peuple à cet effort. Elle met tout le monde en demeure de réfléchir et de se décider. Faute de quoi cest V incohérence et l'aboulie actuelles : la République ne nous laisse qu'une issue : savoir et vouloir. Rude épreuve? Mais rude école!
Parbleu! Ce ne sera pas, du Jour au lendemain, la foule intelligente! Mais c'est forcément^ chaque jour, la foule mieux avertie que la veille.
N'est-ce pas un grand bien ? C'est le premier de tous! C'est la porte ouverte à tous nos espoirs! Je vous ai dit, 'un jour, que si cette espérance nous manquait, la vie ne vaudrait plus la peine d'être vécue. Vous vous êtes mis à rire, en me montrant le soleil, et même la lune. C'est trop de prévenance. Il reste, en effet la nature, et l'art, et les femmes, et si vous voulez, la bouteille. 'Vous savez par vous-même qu'il faut autre chose. Taine disait qu'il n'y a au monde qu'une œuvre digne d'un homme, l'avènement d'une grande vérité à laquelle il se donne. Les Républicains ont conçu Cavenir de l'humanité civilisée comme un progrès continu d'intelligence et de volonté collectives. Le grand homme, c'est très beau : nous en avons célébré beaucoup depuis les origines. Nous souhaitons maintenant voir de grands peuples.