LE CLUB SAINT-JEAN-BAPTISTE
Ostensiblement, c'était un cercle inot^'ensif où l'on pouvait jouer au billard, ])rendre une partie de cartes et déguster des li- ([ueurs.
Le gardien du local, M. Patenaude, logeait sous les combles, les salles d'amusement se trouvaient au rez-de-chaussée, et, dans le sous-sol, se tenaient les réunions secrètes.
Les parrains du club n'avaient pas fait o'rande dépense d'imagination, pour le bap tiser.
Ils l'avaient appelé Saint-Jean-Baptiste, tout simplement parce qu'il occupait une maison cle la rue Saint-Jean-Baptiste.
La maison en question a une histoire assez longue que nous allons résumer en peu de mots.
Avant d'être habité par le club, l'édifice avait une réputation sinistre et un pamphlétaire que nous allons citer de nouveau au cours de cet article écrivait avec emphase, à ce sujet : " Ce que c'était que "cette " maison. , . Je ne le dirais pas à une hon- " nête femme . . . Les murs gardent encore " quelques traces de ces jours de dégra- " dations. Il y a trois ans, deux hommes " s'y sont égorgés à coups de rasoir "...
Après avoir été abandonné par le club ce bâtiment devint usine et il semblait que l'oubli allait l'envelopper pour toujours lorsque la fantaisie d'un archéologue trans-
forma cet ancien objet de réprobation populaire en un Heu de vénération historique.
En effet, peu après la publication du Vieux Montréal de Morin, un chercheur bien intentionné du reste, s'apercevant que cette maison dont l'intérieur est remarquable, s'élevait sur le site de la concession accordée au tailleur Nicolas Hubert-Lacroix, en 1655, décréta aussitôt que ce bâtiment datait du 17e siècle, que c'était la plus ancienne construction de Montréal ... et tout le monde le crut, sans autres preuves.
Aujourd'hui, les architectes et des archéologues sérieux prétendent que l'extérieur de cette maison date au plus du dixhuitième siècle; que ses sculptures intérieures sont, pour une bonne partie, de style colonial, conséquemment du régime anglais, et peut-être de l'époque où le roi de la fourrure. M. McTavish, résida dans cet immeuble!
Mais pourquoi s'insurger? Les guides, les gravures et la photographie ont si bien vulgarisé " la plus vieille maison de Montréal " qu'il n'est plus possible de détruire la légende. Passons donc du contenant ar contenu,
Fondé vers 1865 par Ludger Labelle, avocat, le club Saint-Jean-Baptiste avait un but politique qu'on ne démêle pas bien, à distance. Les deux adhérents septuagénaires qui nous ont fourni la plupart de ces notes ne s'accordent pas sur ce point. L'un prétend que le club voulait orienter les Canadiens français vers l'annexion ou l'indépendance, l'autre, qu'on ne cherchait qu'à empêcher de s'accomplir la confédération canadienne, redoutée à l'égal des plus grands maux.
Ces deux opinions se trouvent justifiées par le pamphlet anonyme (attribué à l'hon. J.-A. Mousseau) : Contrepoison. La confcdcration, c'est la saint dn Bas-Canada.
Dans cette brochure on voit que le cln' '' lutta contre la confédération " qu'un de ses principaux membres avait " levé le drapeau de l'indépendance " et s'était fait " le plus ardent avocat de l'annexion."
Composé de jeunes gens ayant appartenu aux deux partis politiques de l'époque, le club se montra très actif dès sa nais
sance. Il prit une part aux luttes municipales, fit élire l'épicier J.-O. Mercier contre le tribun J.-A. Cliapleau, le fougueux Médéric Lanctôt contre le brave commerçant, Alexis Dubord.
De plus, le clul) cherclia, à l'instar de l'Institut canadien, à se répandre dans la province et l'on connaît par une brochure i"'eproduisant la correspondance échangée entre l'abbé Laroc(|ue et le député Dutresne (ju'il existait une succursale de la scKiété à Saint-Jean.
Quels étaient les membres de ce club ?
D'après le pamphlet déjà cité. " les rédacteurs du Pays, de l'Uiiiou nationale et de rOrdrc trônaient dans les assemblées ", trois membres du parlement. . . les députés de Baeot, Maurice Laframboise, de Richelieu. Jean-François Perrault et d'Il)erville, Alexandre Dufresne, en faisaient aussi partie.
Parmi les autres, les anciens nomment : Lud.qer Labelle. le fondateur, Edmond Ani^ers, fabricant de chaussures, trésorier, O. Archambault, avocat, J. et C. Palenaude. Klzéar Labelle, avocat et poète, frère de Lud-'er, A. David, H. -F. Rain-
ville, Guillaume Lamothe, chef de police, Moore, photographe, M. Naegelé, officier de police, Jean de Beaufort, détective, Médard Mercier, huissier, etc., etc. (i) * * *
Lors d'une admission, le candidat était rencontré sur le champ de Mars, on lui bandait les yeux et on le menait à la salle du club par voie détournée. Rendu à la porte de la salle, le futur " frère " demandait à être introduit. Quelques objections lui étaient faites, pour la forme puis, s'il persistait, on le faisait entrer et on lui enlevait son bandeau.
La scène qui s'offrait alors aux regards du profane n'avait rien de banal.
Autour de lui, se trouvaient les initiés vêtus de cagoules sombres qui ne laissaient apercevoir c^ue les yeux.
Au fond de la pièce, sur une estrade, planait le président ou le " Maître ". Devant ce dernier était une table tendue de noir, chargée à chaque bout d'une tête de mort; derrière le "Maître" s'étalait u!i
(i) D'après M. Alexandre Narbonne, militaire bien connu qui fut messager du club dans sa jeunesse, il y avait trois classes de clubistes : les membres, les compagnons et les centurions.
iirand drapeau noir sur lequel on avait peint en blanc, une tête de mort au-dessus de deux tibias disposés en sautoir.
Aussitôt, le maître de cérémonie, ou porte-poignard, s'avançait vers le récipiendaire et, en appuyant l'arme sur sa poitrine, lui faisait prononcer " à haute et intelligible voix " un engagement d'honneur terrible dont ]\1. Mousseau a dû voir le texte, car il en cite des bribes dans sa brochure, pp. 65-66.
Après cette lugubre cérémonie, les assistants enlevaient leurs cagoules et souhaitaient la bienvenue à leur nouveau compagnon qui, la plupart du temps, reconnaissait des amis et des connaissances.
Les mots de passe étaient alors dévoilés au "frère" ainsi que "la poignée de main."
L'un des premiers était comme suit :
" Quelles nouvelles dans le pays ? " ou " As-tu vu Marianne ?"
A cela, on répondait : " Marianne s'en vient."
Quant à la poignée de main, elle se donnait en tenant l'annulaire replié.
Suiw'uit nos informateurs, le club exista tme couple d'années; d'ajirès M. IVbni^
seau il n'aurait vécu que quelques mois. Ce serait sir George-Etienne Cartier qui en décida la suppression, car il en avait subi les assauts.
Le juge Coursol et le greffier de la paix, M. Schiller, se procurèrent une liste des membres de cette société, ordonnèrent la dissolution et réussirent sans grande difficulté. *
Pour terminer, détachons de la sympathique étude biographique que Thon. L.-O. David dans Mes contemporains, (p. 171, etc.) a consacrée à Ludger Labelle, les notes suivantes, relatives au club Saint-Jean- Baptiste :
" Ludger Labelle fut le principal fon- " dateur du club . . . qui fit beaucoup de " bruit avec peu de chose et finit par être '' considéré comme une société secrète.
" Les membres s'engageaient, sur l'hon- " neur, à ne pas dévoiler les secrets des '' délibérations. . .
" Le secret était facile à garder, car les " membres du club passaient leur temps à " jouer au billard, aux dominos et un pe^. "aux cartes; ajoutons que s'ils n'avais " pas de mauvaise intention, ils ne faisaient " rien de bon. . .
" Ce club. . . servit de refuge, pendant " un mois, à l'un des jeunes gens qui, après " avoir volé une banque à Saint-Albans, " avaient franchi la frontière et avaient " été arrêtés et emprisonnés à Montréal . . .
" Ces jeunes gens n'eurent pas de peine " à trouver des refuges au milieu d'une " population qui était pleine de sympathie " pour eux.
"Le club Saint-Jean-Baptiste ne fut donc pas, sur ce rapport, plus coupable que le reste de la population. Mais ses principaux membres voulurent pousser les choses plus loin, lorsqu'ils discutèrent le projet de délivrer les raiders avant leur acquittement.
" Le complot était pas mal avancé, lorsque l'un des conspirateurs reçut une lettre l'avertissant, ainsi (|ue ses compagnons, qu'on les ferait arrêter si on les crn\ sérieux. . ."
Ce fut peut-être cette conspiration < permit aux autorités de s'ingérer dans la société et d'en provocjucr le débandemeni
LES PEEMIERS EUEOPEENS A MONTEÈAL
La journée du samedi, 2 octobre 1535.
est plus qu'à demi écoulée et parmi les sauvages qui habitent la bourgade d'Hochelaga, il s'est produit un grand émoi, car la nouvelle circule que des êtres à peau blanche, barbus, recouverts d'habits magnifiques, s'avancent dans de grosses embarcations.
Ces êtres si différents des naturels du pays sont bons et sympathiques, puisqu'à tous ceux qui les ont approchés depuis le bas de l'île, ils ont remis des cadeaux d'une valeur inestimable et qu'on ne pourrait trouver nulle part ailleurs, en ce pays. Imagine-t-on alors, combien cet événement inouï avait aiguillonné la curiosité des enfants des bois et en quel nombre ils s'étaient portés sur le rivage pour apercevoir ces visiteurs inattendus?
Le lecteur a compris de quel événement nous parlons. Les deux grosses barques qui refoulent le courant portent les premiers européens qui aient pénétré jusqu'à la bourgade d'Hocbelaga, site de la future métropole canadienne. Ces européens ne nous sont pas tous connus. Cependant, on sait que Jacques Cartier était le cbcf de l'expédition, qu'il était accompagné de quatre gentilshommes : Claude de Pontbriant, échanson du dauphin de France, Charles de la Pommeraie, Jean Gouyon, et Jean Poullet, puis de Marc Jalobert, capitaine de la Petite H en ni ne, de Guillaume Le Breton, capitaine de Vllniérillon et, enfin, de vingt-six matelots.
Cartier avait quitté Québec le 19 septembre sur VE'niérillou, dans l'intention de se rendre à Hochclaga, mais, le 28 septembre, force lui fut d'al^andonner son navire sur le lac Saint-Pierre, car ne connaissant pas le l;()n chenal, il craignait d'échouer ou de sombrer. C'est alors f|u'il partit sur deux 1)ar(|ucs avec les personnes f[uc nous venons de mentionner.
Ayant dû s'arrêter au pied d'un certain saut (i), Cartier répondit aux appels des sauvages et il ordonna d'approcher les barques. " Ils nous firent un bon accueil, dit le grand marin. . . témoignant une joie merveilleuse, les hommes dansant en une bande, les femmes en une autre et les enfants aussi. Ils nous apportèrent quantité de poissons, ainsi que du pain fait avec du blé-d'Inde et le jetaient à l'envi dans nos barques, en sorte que tous ces vivres semblaient tomber de l'air."
" Voyant la joie de ce peuple (2), Cartier descendit à terre accompagné de plusieurs de ses gens ; et tout aussitôt les sauvages s'attroupèrent autour de chacun d'eux sur le rivage, en leur donnant mille
(i) Les historiens Bibaud et Ferland prétendent que Cartier s'arrêta au Pied-du-courant, vis-à-vis l'île Sainte- Hélène, tandis que les abbés Faillon, Verreau et Proulx sont d'avis que le célèbre découvreur se rendit jusqu'au saut Saint-Louis.
Par ailleurs, dans une remarquable causerie faite devant la Société historique de Montréal le 28 décembre 1921, M. A. Beaugrand-Champagne a soutenu l'opinion que Jacques Cartier atteignit l'île de Montréal par la rivière des Prairies, qu'il prit terre au bas du Saut-au- Récollet et que la bourgade d'Hochelaga se trouvait aux environs de l'Hôtel-Dieu. Cette thèse fera la matière d'une brochure qu'on devra lire.
(2) Nous donnons ici le texte de l'abbé Faillon.
témoignages d'amitié; tandis que, de leur côté, les femmes qui tenaient des enfants dans leurs bras les leur présentaient pour qu'ils les touchassent. Cette fête publique dura une demi-heure et au-delà. Touché de leur bonne volonté pour lui et de leurs largesses, Cartier fit ranger et asseoir toutes les femmes et leur distribua des chapelets d'étain ou d'autres menus objets et donna des couteaux à une partie des hommes; puis, il se retira à bord de ses barques pour souper et passer la nuit. Le peuple, pendant cette nuit, demeura sur le bord du fieuve, à l'endroit le plus voisin des barques, faisant des feux de réjouissances, se livrant à des danses en signe d'allégresse . . .
"Le lendemain, dimanche, dès le grand matin, Cartier prit son habit d'ordonnance et fît mettre en ordre ses gentilshommes et ses mariniers afin d'aller visiter Hochelaga et reconnaître la montagne auprès de laquelle était située cette bourgade, n laissa huit de ses matelots pour garder les l)ar(iues, et partit avec tous les autres. étant conduit par trois sauvages d' Hochelaga. . .
" Cette bourgade ([ui avait la forme ronde dans -son pourtour était défendue
par une palissade formée de pièces de bois dont l'assemblage donnait à la coupe de cette clôture l'air d'une espèce de pyramide ... Le tout avait environ la hauteur de deux lances. On n'y entrait que par une seule porte, que l'on fermait avec des barres. . . Sur diverses parties de la palissade régnaient des espèces de galeries chargées de roches et de cailloux, pour se défendre en cas d'attaque . . . Cette clôture renfermait environ cinquante maisons, longues chacune de cinquante pas au moins, et larges de douze à quinze, toutes construites en bois et couvertes de grandes écorces, artistement cousues les unes avec les autres. Chaque maison se divisait en plusieurs pièces, et dans le haut était un crrenier pour y serrer k blé-d'Inde destiné à faire le pain. Il y avait aussi dans ces maisons de grands vaisseaux de bois semblables à des tonnes, où l'on mettait le poisson, surtout des anguilles, après les avoir fait sécher à la fumée durant Tété, dom on faisait ainsi de grandes provisions pour tout l'hiver. . .
" Les trois sauvages qui servaient de guides aux Français les conduisirent enfin au milieu de la bourgade, dans une place carrée, grande de chaque côté d'environ
— usun jet de pierre et environnée de maisons; et comme ces fluides ne pouvaient leur parler que par .gestes, ils leur firent sienne de s'y arrêter.
" Aussitôt toutes les femmes et les filles de la bourgade s'assemblèrent dans la place, une partie d'entre elles chargées d'enfants qu'elles tenaient en leurs bras et toutes se mirent à leur donner les marques d'amitié ordinaires à ces peuples, pleurant de joie de les voir et les invitant par signes à toucher leurs enfants.
Des hommes ai)portcrent alors un personnage âgé et perclus, puis le déposant aux pieds de Cartier, considéré, sans doute, comme un envoyé céleste, lui firent entendre, par signes, que c'était leur chef et qu'il ferait grand plaisir à tous s'il voulait le guérir.
Cartier ne pouvant leur expliquer (|u"il n'avait pas le don des miracles se résigna à frotter les bras et les jambes du chef indien; il fit de même à plusieurs autres malades, puis " il adressa à Dieu des prières en leur faveur et se mit à réciter le commencement de l'évangile selon saint
Jean ''' que tout le monde écouta attentivement et religieusement.
Cartier distribua, ensuite, à tous les naturels, des cadeaux variés, puis " il ordonna à ses gens de sonner de la trompette et de jouer d'autres instruments de musique; ce qui, par sa nouveauté devait beaucoup frapper ces sauvages, et les remplit, en effet, d'étonnement et d'admiration". . .
" Etant sortis d'Hochelaga, ils furent conduits par plusieurs hommes et plusieurs femmes à la montagne voisine; et, arrivés sur cette hauteur, ils purent de là prendre connaissance du pays. Ils admirèrent la beauté des alentours, comme aussi le cours majestueux et la largeur du grand fleuve, qu'ils suivaient des yeux autant que leur vue pouvait s'étendre; enfin l'impétuosité du saut où leurs barques étaient restées; ce qui fut cause que Cartier, charmé des points de vue qu'il découvrait de là, nomma cette montagne le mont Royal, d'où est venu le nom de Monfrca^. donné à l'île où cette petite montagne est assise." (i)
(i). Faillon, Hist. de la Colonie, I. 17 et seq.
Cartier retourna le même jour (3 octobre). Ses matelots mirent à la voile salués par les re.qrets des sauvages fiui rei;ardèrent pendant longtemps, ^'éloigner puis disparaître, ces embarcations mystérieuses.
Que devint ensuite Hochelaga ?
Cartier y retourna de nouveau, dans deux barques, en 154T. Il était accompagné, cette fois, du capitaine Martin Paimpont, et il avait l'intention de s'avancer jus(|u'à la source du grand fleuve, espérant ainsi, atteindre une contrée. riche en mines d'or ou d'argent, peut-être même les Indes. Les renseignements qu'il obtint des aborigènes le dissuadèrent, toutelois, de cette entreprise.
Deux ans plus tard (1543), le pilote Jean Alphonse, sur l'ordre de Roberval.
se rendit jusqu'à Hochelaga ; enfin, un ])etit neveu de Cartier, Jacques Noël, voulut reprendre (1587), le projet de son parent et pénétrer plus avant dans l'intérieur du continent, mais il ne semble pas, lui non j)lus, avoir dépassé l'île de Montréal.
Ce (jui est étrange, c'est que ces derniers \-ovageurs ne parlent |)as de la ville
sauvage. Champlain seul, soixante ans après le découvreur du Canada, nous informe que la bourgade n'existait plus depuis déjà un certain temps.
Le problème de cette disparition a excité la curiosité des historiens. On s'est demandé à quelle race appartenait les habitants de l'île de Montréal, à cette époque, quelle avait été leur destinée et où était située exactement cette ville primitive ? Et voici ce que l'on peut répondre :
D'abord l'endroit. En 1861, les ouvriers de M. Ed. Dorion qui pratiquaient des excavations près des rues Metcalfe et Sherbrooke, non loin de l'université Me Gill, mirent au jour, des squelettes de sauvages, puis de la poterie, des os d'animaux dont la chair avait servi à la nourriture d'être humains, des restes de foyer, des objets en os, en pierre, etc., qui ne laissent aucun doute sur le fait que cette localité avoisina un jour une vilile de peauxrouges. C'est en témoignage de ce fait que notre société d'archéologie a placé rue Metcalfe, près de la rue Sherbrooke, une Dlafjue commémorative sur laquelle on lit l'inscription suivante : " Site of a large
Indian village claimed to be the Towii o\ Hochelao'a, visited by TricfjiK^'s Cartier in
Les trouvailles en question sont décrites et commentées dans un long et intéressant mémoire dû à la plume savante du principal J.-\y. Dawson, du collège IMcGill. Ce mémoire a été traduit en français et l)nMié dans le Journal de l'insfnicfion publique, puis en brochure.
Pour ce qui est des habitants, les historiens paraissent admettre, aujourd'hui, que le peuple d'Hochelaga appartenait à la famille huronne-iroquoise. Cela, on le déduit des mots sauvages que Cartier cite dans son récit, ainsi que du genre des fortifications et des habitations (|ui formaient la bourgade, car ces travaux sont sembla blés à ceux qu'exécutaient les Iroquois partout où ils séjournaient.
En rapprochant l'opinion de l'historien Lescarbot avec le texte de la relation
(i) Maltieureusement, cette plaque est peu visible!. . . pour le public, car il paraît que le propriétaire de l'immeuble où l'inscription avait été fixée, l'a fait enlever pour la placer dans sa cour à l'abri des regards curieux ! !
du R. P. Le Jeune (1637), M. Suite conjecture que les Iroquois d'Hochelaga furent détruits par une calamité quelconque, puis, qu'ils furent remplacés par une tribu algonquine, chassée, à son tour, par les anciens possesseurs du sol vers l'an 1590.(1)
Pour expliquer la disparition des fondateurs d'Hochelaga, plusieurs légendes racontent qu'une guerre fratricide éclata après le départ de Cartier et une tradition iroquoise résout le problème ainsi: "Si Ton peut en croire l'historien des Wyandotts, M. Peter Dooyentate Clarke, un descendant de cette tribu, les Senécas et les Wyandotts ou Hurons vécurent en paix, côte à côte à Hochelaga jusqu'à ce que dans un moment fatal, un rigide chef senécas refusa à son fils l'autorisation d'épouser une certaine fille. Celle-ci indignée, renvoya tous ses prétendants et jura de marier le brave qui tuerait le chef qui l'avait offensée. Un jeune Huron accomplit la tâche et conquit la demoiselle, mais les Senécas prirent fait et cause pour leur chef et attaquèrent les Hurons qui plièrent et s'enfuirent vers l'ouest.
(i) Suite, Histoire des Canadiens-Français, II, loS
Cette lci;cn(lc n'a ])<'i^ cncdri' troux'é de poète ou de romancier pour l'enihellir ou irininiortaliser et on ignorera le son de l'Hélène canadienne qui ploni^ea deux ])eu])les dans d'innombrables malheurs, tant que quek|ue Homère ne nous aura pas raconté tous les détails de ce dramatique événement.^» (i)
On dirait que c'est à ce problème ardu et passionnant que notre grand poète national, Louis Fréchette, faisait allusion. lors(|u'il écrivait, au début de sa Légende d'un Peuple, ces vers où il exprime le regret de ne pouvoir déchirer le voile (]ui couvre tout un passé :
Qui pourrait raconter ces âges sans annales ? Quel œil déchifFrera ces pages virginales. Où Dieu seul a posé son doigt mystérieux ? Tout ce passé qui git sinistre ou glorieux, Tout ce passé qui dort heureux ou misérable. Dans les bas-fonds perdus de l'ombre impénétrable, Quel est-il? A ce sphinx sans couleur et sans nom. Plus muet que tous ceux des sables de Memnom, Et qui, de notre histoire encombrant le portique. Entr'ouvre dans la nuit son œil énigmatique, A tant de siècles morts, l'un par l'autre effacé,
(i) Suivant M. S. E. Dawson, dont nous résumons lil)remint, ici, une page de son œuvre.
Qui donc arrachera le grand mot du passé ?
Hélas ! n'y songeons point ! En vain la main de l'homme
Joue avec les débris de la Grèce et de Rome,
Nul bras n'ébranlera le socle redouté.
Qui depuis si longtemps, rigide majesté.
Plus lourd que les menhirs de l'époque celtique.
Pèse, ô vieux Canada, sur le sépulcre antique
Où, dans le morne oubli de l'engloutissement,
Ton tragique secret dort éternellement !