LES CHASSEURS
La dispersion des l'ils de la liberté ne mit ])as fin à l'insurrection. Les nombreuxpatriotes qui avaient traversé la frontière conservaient encore l'espoir de libérer leur
pays, et, pour cela, ils résolurent de fonder une autre société puissante appelée Les Chasseurs.
Dans ses Cardinal facts of Canadian History, J.-P. Taylor prétend que ce fut une " American organization in sympathy with Canadian rebels ", mais l'historien L.-O. David attribue cette fondation à Robert Nelson et à quelques Canadiens qui l'accompagnaient dans la république voisine. Ce dernier auteur, dans une récente édition des Patriotes de 1837-38, nous fournit d'intéressants détails.
" L'association, dit-il, avait quatre degrés: V Aigle, dont le rang correspondait à celui de chef de division; le Castor, qui avait l'autorité d'un capitaine; la Raquette, qui avait neuf hommes sous son commandement, et le Chasseur, simple soldat.
" Chaque degré avait ses signes particuliers. . . Pour savoir si une personne faisait partie de l'association, on lui disait : Chasseur, c'est aujourd'hui mardi ! La personne devait répondre : mercredi.
Il y avait aussi une certaine manière de donner la main.
Pour entrer dans la société, il fallait prêter le serment suivant : Je, A . . . D . . . , de mon consentement et en présence de
Dieu Tout-puissant, jure solennellement d'observer les secrets, sig'nes et mystères de la société dite des Chasseurs; de ne jamais écrire, peindre ou faire connaître d'une manière quelconciue les révélations (jui m'auraient été faites par la société ou une loge de chasseurs, d'être obéissant aux règles et règlements que la société pourra faire, si cela se peut sans nuire grandement à mes intérêts, ma famille ou ma propre personne ; d'aider de mes avis, soins, propriétés, tout frère chassem* dans le besoin, de l'avertir à temps des malheurs qui le menacent. Tout cela, je le promets sans restriction et consens de voir mes propriétés détruites et d'avoir moi-même le cou coupé jusqu'à l'os."
La dernière partie du serment devait donner le frisson aux adhérents. Sous le nom de Huniers Lodges, cette association paraît avoir eu des ramifications aux Etats-Unis et dans l'Ontario.
A Montréal, l'exécutif de la société, ou du moins celui de la province, tenait ses réunions chez l'avocat John Picoté de Belestre-McDonnelll, rue Saint -\'incent-de- Paul, et c'est là, suivant M. David, que l'ardent " Elisée Malhiot, le principal organisateur de l'association, et qui occu
])cUt le i^rade de Grand Aigle, venait cliercJier les fonds doiit il avait besoin.
'' Les principaux membres de ce comité étaient: McDonald, Frs Mercure, Lemaître, Célestin Beausoleil, Féréol Thérien, Guillaume Levesque et David Rochon."
" Georges de Boucherville, R.-A.-R.
Hubert, Féréol Peltier et autres favorisaient le mouvement et aidaient le comité sans avoir prêté le serment ..."
" Le secret des délibérations du comité fut si bien gardé et toutes les précautions si bien prises que les autorités, malgré tous leurs etforts et leur vigilance ne purent mettre la main à Montréal sur ceux qui s'étaient le plus compromis." — (L.-O.
David, les Patriotes de 1837-38).
LES FBANCS FREBES.
Nous devons à un octoc^énaire, ancien officier de justice, les renseignements qui suivent sur les Francs frères, société politinue secrète d'il v a soixante ans.
" En autant que je le sais, nous dit-il, la société fut fondée en 1856 et la plupart des sociétaires appartenaient ou avaient appartenu cà l'Institut canadien.
J'avais dix-sept ans lors(|Uc je devins membre. Les réunions avaient lieu, à cette époque, au-dessus du rez-de-chaussée d'une maison sise à l'ang-le nord-ouest des rues Sainte-Catherine et Sanguinet.
Apparemment, c'était une société de j^rotection et de secours mutuels pour les libéraux; elle avait un rituel semblable à celui des sociétés secrètes, mais le fait qu'elle tut dénoncée par le clergé du temps laisse supposer qu'elle avait un autre but ([ue j'ignore.
" Un soir, ajoute-t-il, des citoyens de la paroisse Saint-Jacques firent irruption dans la salle de délibérations et nous forcèrent de déguerpir. Ce fut le coup de mort des francs Frcrcs. Par la suite, ils s'assemblèrent tantôt chez un avocat, rue Saint-\^incent, tantôt ailleurs, mais la société avait perdu son ])restige: elle ne lu plus que vivoter, puis elle s'éteignit entre T862 et 1864.