CONCLUSION
Le Gouvernement Portugais, en faisant occuper le port d'Ambriz, a eu en vue les motifs suivants :
l** De punir le Roitelet du pays des insultes et des vols commis sur la propriété Portugaise, et de Tinsolence avec laquelle il a traité les avertissements et les sommations du Gouverneur Général d'Angola.
S"* De mettre un terme à la traite des nègres, qui s'y est faite en grande échelle.
3"* De protéger le commerce licite.
i"* D'exercer le droit de souveraineté que la Couronne de Portugal a sur ce territoire.
1" Motif. — Le châtiment des offenses pratiquées par le Roi* telet n'était pas seulement utile aux négociants Portugais; il l'était aussi aux négociants Anglais et autres, qui souffraient ses insultes et ses vols, comme il arriva au mois de Novembre 18i9 que les nègres d'Àmbriz brûlèrent deux magasins avec les marchandises qu'ils contenaient, le tout appartenant à une maison de Liverpool, dont la perte, d'après ce qu'annonça le Consul Rritannique à Lisbonne au Ministre des Affaires Etrangles en Février 18S0, était calculée a 10,000 Livres Sterling; et comme il est encore arrivé au mois de Mars de cette année, (1865) que le Roitelet a tiré aux facteurs les serviteurs dont ils étaient contents, et les a obligés à en recevoir d'autres en qui ils n'avai^t pas de confiance; violence dont il a résulté, outre d'autres excès, un vol fait a une factorerie Anglaise de quatre-vingt-dix-neuf barils de poudre.
A fin de mettre le Roitelet à la raison, au sujet de ce dernier attentat, le Commandant de la station navale Portugaise, avec le Commandant de la Corvette Américaine Dale^ et le Commandant du brick Anglais Linnet, est allé lui parler, et le réprimander; ce qui n'a eu aucun résultat satisfactoire.
Tout cela est constaté par la déj^èche du Commandant de la station navale Portugaise du SO Mars. dernier, où il expose la nécessité d'infliger au Roitelet un châtiment exemplaire, pour les violences et les vols qu'il a pratiqués dans ces derniers temps.
Il a été fait d'autres remontrances à ce Roitelet par le Gouverneur Général d'Angola, et également sans effet; et les choses en sont venues à ce point, que des officiers de la Marine de guerre Portugaise, qui étaient allés au lieu de la résidence de ce Roitelet, ont été insultés.
Outre ces offenses, ii en avait pratiqué plusieurs autres contre des Portugais résidents à Anfbriz, et la destruction de la maison de l'un d'eux est encore récente.
Le Gouvernement ayant entendu le Conseil d'Outre-mer sur cet objet, et s'étant conformé à son opinicm, a ordonné au Gouverneur Général d'Angola de procéder sans délai au rétablissement de l'ancienne autorité de la Couronne Portugaise sur cette partie de la côte et du pays voisin.
Le Gouverneur Général Coelho do Àmaral, pour exécuter l'ordre qu'il avait reçu, s'est embarqué à Loanda le 14 Mai de cette année avec les troupes qu'il a crues nécessaires, à bord de la Frégate D. Fernando^ accompagnée d'autres navires, sous les ordres du Capitaine de Frégate Rodovalho, Commandant de la station navale, et a fait voile vers sa destination, où il est arrivé le lendemain.
Pour qu'on puisse juger de la manière dont l'occupation a été faite, nous donnerons ici l'extrait suivant d'une dépèche que le Gouverneur Général a adressée au Ministre de la Marine et d'Ou- Ire-mer, datée d'Àmbriz le 21 Mai 1855.
tt Le 15 j'ai débarqué à Ambriz avec le Commandant de la station navale, et cinquante matelots.
« Les facteurs voulaient s'enfuir dans la crainte des nègres. Je suis parvenu à les tranquilliser.
fc Les nègres de très loin ont commencé à pousser de grands cris.
«16. — Les nègres sont venus faire leur commerce comme à l'ordinaire, mais ils paraissaient très inquiets. J'ai écrit au Roitelet.
« 17. — J'ai reçu la réponse du Roitelet sur un ton ironique. J'ai écrit de nouveau au Roitelet.
« 18. — Les nègres ont paru en force considérable, et en atti« tude de guerre, enseignes déployées, et poussant de grands cris.
et Us se sont tenus à une certaine distance, mais quelques-uns d'entre eux ont pu, sans être vus, s'approcher de trois maisons qui étaient hors de notre ligne, et y ont mis le feu. Comme elles sont toutes de bois planté verticalement, tapissées de nattes et couvertes de paille, il a été impossible d'arrêter l'incendie, quoiqu'il
soit sorti une force armée pour le faire. A la vue de cette force, toutes celles des nègres se sont retirées.
a Pendant la nuit le feu a éclaté dans une factorerie.
« Les pertes causées par ces incendies ont été très petites, car les propriétaires avaient déjà sauvé ce qu'ils avaient de meilleur, et la troupe a pu sauver une partie du reste.
« J'ai demandé aux maisons Américaines et Anglaises établies ici de ne pas faire d'échange de poudre avec les nègres dans cette occasion, mais elles ont poliment refusé d'accéder à ma demande. L'agent, chargé de la maison Française qui existe ici, s'y est prêté tout de suite. J'ai payé leur refus en leur offrant de faire garder leurs maisons par des soldats, afin que les nègres ne vinssent point y mettre le feu par méprise. Us ont accepté mon offre et m'en ont beaucoup remercié.
«Les maisons incendiées étaient des factoreries Portugaises. »
Par l'extrait qui précède on pourra apprécier la manière dont furent traités les négociants Portugais et les négociants étrangers, qui résidaient à Ambriz lors du débarquement de l'expédition. Ce qu'il y a de certain, c'est que la troupe débarqua sans opposition; que le Gouverneur Général offrit aux facteurs des soldats pour garder leurs magasins, et qu'ils acceptèrent cette offre; et que quelques uns d'entre eux continuèrent, malgré la prière du Gouverneur Général, à faire le commerce de poudre avec les nègres, qui étaient armés contre les Portugais.
Ces facteurs durent éprouver un sentiment de reconnaissance envers le Gouverneur Général, des attentions qu'il eut pour eux, et de l'assurance qu'il leur donna, que leurs personnes et leur propriété seraient à l'abri de l'oppression et des vols des nègres, ainsi que de la certitude qu'ils eurent de pouvoir à l'avenir s'occuper, dans la plus parfaite liberté, de leurs transactions commerciales.
S'il y eut quelque chose de détruit, ce furent des maisons et des denrées appartenantes à des sujets Portugais, qui le furent par les nègres rébelles.
i^ Motif. — On a déjà vu dans la section précédente que dans le port d'Ambriz la traite des nègres était considérable et que le seul moyen d'y mettre un terme était de le faire occuper par des troupes Portugaises.
Noas avons déjà dit que le Gouverncar Général, à son arrivée y trouva plnsienrs barracons avec des esclaves destinés pour l'embarquement. Le nombre en allait auMlelà de ISO. Et il est à remarquer, que personne ne réclama par devant ce fonctionnaire un droit de propriété sur ces esclaves. Et ils furent tous aussitôt, selon les lois, déclarés libres ; quelques-uns furent envoyés à Loanda, et les autres restèrent à Ambriz pour y travailler à la forteresse qui y a été érigée; et une dépèche de ce fonctionnaire constate que, trois mois après leur affranchissement, aucun de ces affranchis ne s'était enfui, quoi qu'ils fussent tout à fait libres, ce qui prouve qu'ils y étaient bien traités.
Le Gouverneur Général d'Angola, dans les Instructions qu'il donna à l'officier chargé du Gouvernement d' Ambriz, datées du 21 Juin 18S5, dit: § l?"* — Il est recommandé au Gouverneur du district d'employer tous les moyens pour réprimer toute tentative pour la continuation de la traite. L'intégrité reconnue, et le zèle à toute épreuve du Gouverneur m'assurent que les ordres positifs de Sa Majesté à cet égard seront ponctuellement exécutés.
Et, pour empêcher la traite des nègres dans ce port, l'occupation en était urgente, vu que ce commerce a augmenté dans ces derniers temps, puisque 11:400 esclaves africains ont débarqué à l'ile de Cuba en 185i, comme le rapportent les documents présentés au Parlement Britannique en 18S5 (1).
De cette occupation devra aussi résulter l'abolition complète de l'état d'esclavage dans tout le district d'Ambriz, carie Conseil d'Outre-mer a déjà fait, en date du 28 Septembre dernier, une consultation au Gouvernement à cet effet, et celui-ci l'approuvera sans doute. Et la même chose devra se pratiquer dans les territoires de Cabinde et de Molembo, quand ils seront occupés par des forces portugaises.
3** Motif. — Protection au commerce licite. — Dans les notes, ci-dessus citées, de Mr. Southern, de Lord Palmerston, et du Comte de Clarendon, il est déclaré que, dans l'intérêt du Commerce, le Gouvernement Britannique prétend maintenir le droit, qu'il dit avoir, d'une communication non restreinte avec cette partie de la côte.
(1) Anti-Slavery Reporter Nov. 1855.
Le Gouvernement Porlugais ayant stipulé dans la Conrention faite avec le GouTernement Français en 1786, que le commerce serait libre dans les ports de la Côte, situés au Nord du Cap- Padron ; et ayant aussi dédaré en 1791 au Ministre Anglais à Lisbonne, qu'il ne serait point mis d'entraves au commerce des sujets Britanniques dans le port d'Ambriz ; et ayant en 1838 donné ordre an Gouverneur Général d'Angola, lorsqu'aurait lieu l'occupation de différents ports de cette même cdte qu'il avait ordonnée, de prêter toute protection au commerce étranger de toutes les nations, qui y devait être constamment permis; et le Gouverneur d'Angola ayant proclamé par ordre du Gouvernement, lors de l'occupation récente d'Ambriz, cette même franchise de commerce de toutes les nations, il s'en suit qu'il ne saurait y avoir de question sur ce point-là, puisque tout est décidé selon les désirs du Gouvernement Britannique. Ce principe étant ainsi établi, la manière d'en régler l'exercice, quand il y aura dans les ports des autorités Portugaises, ne pourra donner lieu à des difficultés entre les Gouvernements de Portugal et d'Angleterre.
L'occupation d' Ambriz peut n'être pas agréable à une ou deux maisons Anglaises ou Américaines, qui y faisaient des gains rapides et considérables; gains qui augmentaient en proportion de l'activité de la traite des nègres dans ce port, puisqu'elle leur procurait la vente de leurs marchandises. Mais cette occupation sera certainement très convenable à l'Angleterre et aux Etats- Unis, puisqu'elle doit fairp diminuer la traite des nègres sur cette c6te, et par conséquent la nécessité de croisières nombreuses diminuera aussi, de même que la dépense qu'elles occasionnenl. Et elle a encore pour but d'assurer le commerce licite de tous les négociants de ces deux Nations.
4* Motif. — L'exercice d'un acte.de souveraineté sur les territoires en question était un devoir pour le Gouvernement Portugais, dès que le Gouvernement Britannique, donnant une nouvelle intelligence aux Traités, a prétendu qu'il n'y avait point reconnu les droits de la Couronne de Portugal sur ces territoires; car on aurait pu inférer qu'il acceptait la nouvelle interprétation, et abandonnait des droits, dont, pendant trois siècles, cette Couronne avait été en possession. Donc, si cet acte n'avait pas eu lieu, le Gouvernement Portugais aurait commis une faute
très grave, et manqué à ses devoirs enfers la Nation et envers le Roi.
Et si cet acte de souveraineté ne fut pas mis en effet, dès que, en Novembre de 1846^ la nouvelle interprétation du Gouvernement Britannique fut présentée au Gouvernement Portugais, cela provint sans doute de ce que, dans le temps où cette communication fut faite; la guerre civile existait en grande force en Portugal, cpi'elle ne se termina qu'en 1847, et que dans les années suivantes on ne jouit pas dé la tranquillité politique nécessaire pour songer aux mesures qu'il convenait d'adopter.
Le Gouvernement Portugais s'étant décidé à faire occuper quelq«es-uas des ports de la dite côte, ne devait consulter sur sa délibération aucun Gouvernement étranger, car en soumettant l'approbation de quelqu'un acte d'exercice légitime des droits de la Couronne de Portugal, il aurait indiqué qu'il avait quelque doute au sujet de ces droits. .
Le Gouvernement Anglais, en même temps qu'il raditenl846, et qu'il l'a répété depuis, qu'il ne reconnaissait pas le droit du Portugal sur cette partie de la côte, n'a jamais prétendu pour lui-même aucun droit de jnrisdiction sur cette même côte, et il n'a jamais non plus fait savoir au Gouvernement Portugais que son intention était de refuser à la Couronne de Portugal la faculté d'occuper, si elle le jugeait convenable, les ports de cette côte. On peut plutôt inférer le contraire de l'argument dont fait usage le Comte de Clarendon dans sa note du 26 Novembre 1853, lorsqu'il dit que le Portugal a laissé décheoir le droit qu'il avait par la priorité de découverte sur la dite partie de la côte, en ne l'occupant pas.
Or, la conséquence logique de cette assertion est, que, dans l'opinion de ce Ministre d'État, dès que le Portugal pratiquerait le fait de l'occupation effective, il reprendrait son ancien droit, toujours avec la clause, que la communication commerciale libre et non restreinte avec les naturels de cette côte soit maintenue aux sujets Britanniques.
Si le Gouvernement Anglais avait contesté au Portugal le droit d'occuper effectivement sans son consentement préalable quelques-uns des ports de la côte sur les quels il avait réservé ses droits, il. aurait élevé une prétention injuste, et contraii^e à
ia pratique constamment suivie par les nations maritimes, même dans ces dernières années, relativement à des pays habités par des peuples barbares, pratique dont il y a eu, sur la côte Africaine même, ainsi que dans les autres parties du Globe, dans le courant du siècle actuel, de nombreux exemples, dont nous citerons les suivants:
Les Américains ont pris possession d*une portion étendue de la côte située au Nord-ouest du Cap des Palmes, et y ont fondé les colonies de Libéria et de New*Maryland .
Les Français ont fondé une factorerie fortifiée a Sed*hiou sur le bord du Gasamansa en Guinée, entre les colonies Anglaises et les Portugaises; ils se sont emparés des ports de Grand Bassam et d*Assinie; dans cette partie de la côte de Guinée appelée côte d'Ivoire; et au Sud de TEquateur ils se sont établis au grand port du Gabon, près du Gap de Lopo Gonçalves, ancienne limite des possessions Portugaises. Outre ces acquisitions, ils en on fait d'autres très importantes, telles que Alger, i'ile de Mayote dans le canal de Moçambique, les îles Marquises, Tahiti et encore bien récemment de la grande ile de la Nouvelle Calédonie.
Les Espagnols, dans ces sept dernières années, ont pris possession, par la force des armes, des lies de Balanguingui et de Joiô dans Tarchipel des Philippines.
Les Hollandais ont continué leurs conquêtes dans le Grand Archipel Indien.
Quant aux Anglais, il serait bien difficile de mentionner avec exactitude les immenses acquisitions qu'ils ont faites depuis 1816.
Il suffira de citer celles qu'ils ont effectuées sur le vaste continent de la Nouvelle Hollande, et les grandes lies de la Nouvelle Zélande, la meilleure partie de l'empire Birman^ le Punjab, le Scinde, le Berar, Aden, Sincapore, Hong-Kong, I'ile de Labuan, une partie de la côte de Bornéo, et autres pays; tandis qu'en Afrique, après avoir acquis la grande colonie du Cap de Bonne Espérance, ils ont occupé et colonisé, il n'y a pas encore vingt ans, la Terre de Natal; et, en 18i8, ils ont augmenté la colonie du Cap bien au-delà de ses anciennes limites, déclarant possessions britanniques les vastes territoires situés au Nord des rivières Orange et VaaI.
Les Américains, sûrement^ ainsi que les Français, les An-
glais, les Espagnols et les Hollandais, quand ils se sont décidés à occuper les pays susmentionnés et d'autres, n*ont demandé, pour le faire, le consentement d'aucun Gouvernement étranger. De même le Gouvernement Portugais ne pouvait, ni ne devait, le solliciter.
Deux faits pratiqués par le Gouvernement Britannique montreront encore, que, pour être cohérent avec lui-même, il ne peut contester loccupation d*Ambriz par le Portugal.
1"' Fait. — Les lies de Falkland, dans TAtlantique Austral, ayant été découvertes dans le seizième siècle par des navigateurs Anglais, ne furent cependant pas occupées, d'une manière permanente, pendant plus de deux cents ans par des Anglais, mais le furent par des Espagnols. Et cependant le Gouvernement Britannique, alléguant le droit de priorité de ddcouverte,' en a pris possession en 1832, et y a fondé une colonie, quoiqu'il y eût dans ces lies un établissement dépendant de la République Argentine; et malgré les réclamations du gouvernement de cet état(l).
2* Fait. — Llle de Bulama, située près de la Côte de Guinée, à l'entrée du Golfe de Rio Grande, et à peu de distance du fort Portugais de Bissao, dont elle était considérée comme une dépendance, parce que les habitants de cet établissement y avaient, et y ont encore, leurs cultures, et que depuis des temps très éloignés, on y faisait des coupes de bois pour le compte du Gouvernement Portugais, fut, il y a une soixantaine d'années, occupée, en partie, par une petite colonie^ fondée par une société de spéculateurs, qui se forma en Angleterre. Mais les colons, ayant été atteints des fièvres du pays, et attaqués par les nègres des con« trées voisines, se dispersèrent bientôt, et l'abandonnèrent.
Au sujet de cette île, qui se trouvait ef^edivement dans le do- ^maine Portugais, le Gouvernement Britannique commença, il y a quelques années, à élever des prétentions fondées sur le droit qu'il disait lui provenir de cette occupation temporaire; et le Gouvernement Portugais lui contestait cette prétention, vu que Bulama avait été découverte par des Portugais, et que ceux-ci en étaient les plus anciens possesseurs. Cependant le Gouvernement Britan-
(l) Montgomcry Martin. — Uislory of thc Brilish Pussessious.
-cenique a déclaré au Gouvernement Français, en date dn SO Septembre 1853 (1), qu'il avait pris possession formelle de cette tie.
En prenant possession des lies deFalkland, le Gouvernement Britannique à tâché de justifier cet acte, en s'appuyant sur le droit de priorité de découverte, faite deux siècles auparavant, et, en prenant possession de llle de Bulama, il s*est efforcé de justifier son procédé, en se fondant, sur la circonstance alléguée, mais non prouvée, que cette Ile avait été achetée par certains sujets Britanniques à certains Roitelets du pays; et aussi sur ce que des colons Anglais y avaient été établis pendant quelque temps.
Le Portugal découvrit le port d^Ambriz dans le XY* siècle ; il conquit le pays à main armée, et l'occupa par une forteresse vers la fin du XVIIP. Il réunit donc, à Végard de ces territoires, les deux droits distincts, dont Tun a été considéré par l'Angleterre, comme suffisant pour prendre possession des îles de Falkland, et l'autre pour se déclarer maîtresse de l'Ile de Bulama, malgré la réclamation du Gouvernement Portugais. Mais, cotre ces deux droits, le Portugal en possède un troisième, déjà mentionné; c'est que le Roitelet ou Chef du pays, le Marquis de Mossulo, envoya expressément à la ville de Loanda, en 1798, une ambassade pour rendre hommage et prêter vasselage à la Couronne de Portugal.
La nécessité où se trouvait le Gouvernement Portugais d'exercer un acte de souveraineté sur la Côte en question, provenait aussi de ce que le Comte deClarendon avait déclaré au Comte de Lavradio, dans sa Note du 26 Novembre 1863= « Qu'il avait communiqué aux Lords de l'Amirauté, que le Traité conclu par le Capitaine Wilmot avec le Roi de Cabinde serait valide, et sa ponctuelle exécution, forcée. »
Considérer comme des articles d'un Traité le contenu d'un papier, où il avait été fait une croix, comme signature, par un des Chefs nègres de Cabinde, qui n'était pas même le Roitelet du territoire, soit qu'il fût dans son bon sens, comme le dit le Capitaine Wilmot, soit qu'auparavant il se fut enivré avec del'eaude-vie, comme l'ont affirmé les antres Chefs de Cabinde devant le Gouverneur Général d'Angola; considérer comme un traité
(1) Correspondence — Slave Tradc — class B. — 1864.
coBclu entre des puissances indépendentes an tel document destitué de tontes les conditions que le droit public exige dans des actes semblables; déclarer valide un acte qui aurait invalidé les droits de la Couronne de Portugal sur le territoire de Cabinde, cela rendait urgent que le Gouvernement Portugais prit les mesurée convenables pour le maintien de ces droits;
Gomme dernière preuve de la nécessité de cet acte de souve* raioeté, nous rapporterons ici le procédé du Commodore de la station navale Britannique.
Après avoir effectué roccopation d'Ambriz, le Gouverneur Général revint par terre à Loanda; et au commencement de Juin le Commandant Need, du brick de guerre Linnet, eut avec lui une correspondance relative à cette occupation, dans laquelle fut maintenue la pratique usitée d'une courtoisie mutuelle. Le 16 Août entra dans le port de Loanda le navire Seaurge avec le Commodore Adams, Chef de la station navale, qui le 17 adressa au Gouverneur Général deux dépèches relatives aux occurrences d'Ambriz, oii Ton trouve les paragraphes suivants :
l*" « Il est de mon devoir de protester de la manière la plus soleonelle contre votre procédé, en vous déclarant, que je ne reconnais, ni ne reconnaîtrai Tautorité Portugaise à Ambriz, ni dans aucun autre port de cette Côte situé entre le 5* degré 12 minutes et le 8* degré de latitude australe. »
(( Vous n'avez pas cru nécessaire d'informer le Commandant Need de l'intention où vous étiez de vous emparer d' Ambriz . . . Pour déclarer mon opinion ... il me suffit de vous dire, qu'une personne, à l'autorité de laquelle je puis me fier, m'a dit, qu'on avait gardé un secret rigoureux, et que depuis le commencement jusqu'à le fin, on avait agi dans cette affaire d'une manière clandestine, peu digne, et furtive. 9
Dans son autre dépèche, en disant que dans le port d' Ambriz, et en présence d'un navire de guerre Anglais, une goélette marchande Anglaise avait été abordée par une chaloupe d'un navire de guerre Portugais, il ajoute :
i"" ce Je dois exprimer la surprise que j'éprouve, qu'une insulte si ouverte ait été tentée en présence d'un navire de guerre Anglais sur des eaux que l'Angleterre ne reconnaît, ni ne reconnaîtra, comme Portugaises; et je vous avertis solennellement que la répétition
iY\tù sembluble procédé pourra me décider à premire des memires, qni probablement troableront (porsaemeasuresiikeiy todistarb) les relations aroieales qui existent entre les deux pays^; et la responsabilité en restera sur votre dos (remain on your shonlders). »
Le Gouverneur Général, après avoir répondu à une partie de kl teneur des dépêches du Commodore, dît:
« Quant à l'appréciation que vgfus foites de ma conduite dans raiïaire de l'occupation d'Ambriz, j'ai uniquement à vous dire, que je vais la soumettre à mon Crouvernement, et que j'espère qu'il jugera à propos de la communiquer au Gouvernement de S. M. B. pour qu'il décide s'il ta trouve formulée en termes convenables. »
Le manière d'agir de c^ deux fonctionnaires oiïre nn contraste frappant, car, tandis que le Commodore Adams, oubliant ce qu'un homme courtois se doit à lui-même, s'adressait dans un langage insolent et grossier au délégué d'un Gouvernement allié de l'Angleterre, le Gouverneur Amaral lui donnait «ne réponse pleine de dignité.
Ce officier mérite des éloges pour la manière comme il a agi dans l'exécution des ordres du Gouvernement concernant l'occupation d'Ambriz; et le Capitaine de Frégate Rodovalho en mérite aussi pour les bons services qu'il a prêté dans celle occasion.
Ce que nous laissons écrit dans ce Mémoire nous parait démontrer avec toute l'évidence: '
1^ Que le Gouvernement Portugais, en faisant occuper le port d'Ambriz a agi dans les limites de ses droits.
S"" Que la déclaration faite par ce Gouvernement, de que ce port sera constamment ouvert an commerce de toutes les nations; et qu'il sera franc pendant l'espace d'un an; et la protection donnée, dans l'acte d'occupation, aux négociants qui y étaient, sont des mesures qui doivent satisfaire les désirs manifestés par le Gouvernement Britannique, quant à la sûreté du Commerce Anglais dans ce même port.
3* Que l'occupation permanente de ce port est l'unique moyen d'y faire cesser la traite des nègres, qui, jusqu'au moment do débarquement des troupes Portugaises, y était faite sur une grand échelle.
Et maîntenaot, en terminant cet écrit, nous dirons qu*on doit espérer que le Gouvernement Britannique, examinant, comme il le doit, avec attention les documents qui concernent cette question, et les circonstances des faits, reconnaîtra que le Gouvernement Portugais^ a, dans le cas en question, agi comme il le devait. Et nous rappellerons aux Ministres qui composent ce Cabinet les paroles d'an homme d'État, orateur éminent du Parlement Britannique, qui, traduites en français, sont les suivantes:
a Dans les relations multiformes et complexes de l'Europe moderne, aucun homme d'état ne peut s'affranchir lui-noême de ces règles internationales, qui sont fondées sur l'expérience accumulée de9 siècles, et établies spécialement pour la défense du faible contre la volonté arbitraire du fort » (1).
(1)uId the inultiform and cumplex relations of modem I^urope nostitesman can free himself from those international régulations ^hich are founded on the accumulated etperience of âges, and are established especiallj for the défense of the weak agaînst the dtctatorship of the strong.'* — Disraeli. — Thirtjr years of Foreign Policy. Tandon 1865.
La période citée se rap)>orte an procédé du (vouvernement Anglais envers la Grèce, où ont figuré les célèbres réclamations de David Paciftco, individu bien connu à Lisbonne.
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