SECTION IV
NOTICES DIVERSES HELATIVES A LA DOMli^ATlOI^] TORTUGAISE^ A LA TRAITE DES NÈGRES, ET AU COMMERCE LICITE SUR LA COTE AFRICAINE.
CONSULTATIONS DU CONSEIL D'OUTRE-MEH, PROI'OSANT L'OCCUPATION D'AMBRIZ.
Le Gouvernement Portagais n'a pu, pendant quelques années, depuis la Convention de 1817, prêter que peu d'attention à ses possessions Africaines, parce que différentes causes ont exigé que son énergie se dirigeât d'autres côtés. A cette époque la guerre sur la Banda Orientale de la Plata continuait, et les troupes Portugaises avaient occupé Montevideo. A Pernambouc il éclata dans la même année une insurrection, qui, pour être subjuguée, exi* gea remploi de forces considérables. En 1820 eut lieu en Portugal la grande révolution libérale, qui décida le Roi D. Jean VI à transférer, en 1821, de Rio de Janeiro à Lisbonne le siège du Gouvernement Portugais. En 1822, le Brésil se déclara Etat indépendant, et commença la guerre avec la métropole. En 1823, une contre-révolution supplanta les institutions libérales, et les Chefs de cette contre-révolution exécutèrent en 1824 une tentative contre la personne du Roi; mais à la fin l'autorité Royale prévalut. En 1826 se termina la guerre entre le Portugal et le Brésil; et l'indépendance du nouvel Empire fut reconnue. D. Jean VI mourut en 1826. Le 29 Avril de la même année, le Roi D. Pedro IV, son fils et son successeur, décréta à Rio de Janeiro la Charte Constitutionnelle de la Monarchie Portugaise. Vint ensuite une longue guerre civile, qui, à peu d'intervalles près, oii l'en put jouir d'un instant de repos, ne finit qu' en 1834; année dans la quelle le système de Gouvernement représentatif obtint un triomphe complet. En 1836, il y eut une nouvelle réirolatîon, qui fut suivie, en 1837, de la guerre civile.
Ce fut seulement en 1838 que le Gouvernement Portugais put s'occuper avec plus d'attention des affaires des colonies. Cette année-là on nomma Gouverneur Général d'Angola le Vice-Amiral An^ toine Manuel de Noronba, qui par sa probité et sa capacité méritait toute la confiance du Gouvernement. Il reçut du Ministre de la Marine et d'Outre-mer, charge qu'occupait alors l'auteur de ce Mémoire, des instructions datées du i Octobre de la même année^ par lesquelles il lui fut ordonné de mettre en exécution, avec la plus grande rigueur le Décret du 10 Décembre 1836, qui avait aboli la Traite des nègres, et, afin d'éviter que ce commerce^ étant persécuté à Loanda et à Benguella, fût transféré dans les ports de cette partie de la côte, qui, par la Constitution de la Monarchie, et d'après les Traités, appartient au Portugal, de faire occuper les ports d' Ambriz, du Zaïre, de Cabinde et de Molembo, ainsi que celui de Mossâmedes, dans lesquels il établirait des Autorités Portugaises responsables de la persécution de ce commerce, que, autrement, il ne serait pas possible d'éteindre.
Il fut aussi ordonné à ce Gouverneur Général, de permettre et de protéger dans ces mêmes ports, quand ils seraient occupés^ le commerce des Nations Étrangères.
Des circonstances particulières exigèrent le retour du Yiee-^ Amiral en Europe, et quant aux ordres qu'il avait reçus, il ne fut exécuté après son départ que celui de l'occupalion de Mossftm^ des, où il y a à présent un petite ville ^ropéenne, dans le district de laquelle on cultive la canne à sucre et le coton, tandis que la traite des nègres augmenta dans les autres susdits ports, dès qu'elle fut efficacement persécutée à Loanda et à Benguella: et il est bien probable qu'elle y aurait cessé aussi si l'occupation or-^ donnée, il y a dix-sept ans, s'était effectuée, et que des colonies agricoles existeraient aujourd'hui dans ces lieux.
Les extraits suivants feront voir quel a été l'état des choses par rapport à la traite des nègres à Ambriz et ailleurs dans ces der« nières années. -
Le 23 Août 1813, le Capitaine J.Foot, Commandant de la station navale britannique, se trouvant à Loanda, écrivait au Président du Conseil du Gouvernement d'Angola :
«J'ai rhonneur d'informer Votre Excellence, que pendant mon séjour à Ambriz, la semaine passée, j'ai appris par des ren-
sieJgnements exacts, qu'il y a, à cinq milles dans l'intériear de cette baie, trois ou quatre grandes barracons pleins d'esclaves; qu'on n'attend que des navires pour les embarquer, et que quelques Portugais^de cette ville y séjournent, et y achètent des esclaves; et que les marchandises nécessaires pour leur achat sont portées, dans des bateaux, de cette ville à Ambriz, directement à ces barracons; de manière que l'observation du nouveau Traité entre nos Gouvernements respectifs au sujet de ce commerce diabolique, se borne à ce que les marchands d'esclaves ont abandonné le territoire immédiat d^Ângola pour se transporter dans son voisinage, et que les moyens, pour cet atroce commerce, leur sont fournis de S. Paul deLoanda. Je ne hasarde point d'opinion sur ce lamentable état de choses, les faits parlent d'eux-mêmes. »
Le Conseil du Gouvernement répondit à cette communication le 84 du même mois :
« en assurant néanmoins à Votre Seigneurie que les
marchandises pour le dit commerce, si elles existent dans cet endroit-là, ne partent pas de cette ville, mais y sont directement importées par des bâtiments Anglais^ Américains, et autres que des Portugais; et qu'au contraire il arrive souvent qu'elles sont apportées de là dans ce port. 9
Et le Conseil, dans une autre dépèche au même Commandant en date du 29 Août, ajoute :
fi Quant à la seconde partie de la dépêche de Votre Seigneurie, relative à l'exportation de marchandises de cette ville pour Ambriz, nous devons déclarer que dans notre dépèche antérieure à celle-ci sur cet objet nous avons voulu, et nous y insistons encore, faire connaître à Y. S. que, si Ton y fait la traite des nègres, on y emploie le plus souvent des marchandises importées directement d'Angleterre, de France et d'Amérique; sans que nous prétendissions nier qu'il en soit exporté d'ici clandestinement, et même légitimement, tant qu'il n'est point défendu par la loi d'en accorder l'expédition.
Le 42 Mars 1847, à la prière du Gouvernement Britannique, le Ministre de la Marine ordonna au Commandant de la station navale d'Angola de détruire promptement les barracons qui existeraient sur la côte d'Afrique, et que les Commandants des bâtiments de la croisière Anglaise lui indiqueraient officiellement,
comme destinées à la Iraite des nègres, une fois que ceux qui se-* raient chargés de détruire ces barracons, et qui devraient toujours être des Portugais, y trouvassent des esdaves, ou des objets évidemment destinés à ce commerce.
Le l*"' Juillet suivant le Ministre de la Marine réitéra cet ordre, enjoignant aussi de mettre promptement en liberté les esclaves qui seraient trouvés dans les dits barracons.
En 18i8 le Commandant de la station navale Portugaise d'Angola, à la prière du Commodore Britannique de la station respe* ctive, alla à Ambriz où il débarqua et brûla plusieurs barraeons, où il trouva des chaînes avec des colliers de fer, et autres objets qui servent pour le commerce des esclaves: il brûla plusieurs autres barracons sur différents points de la c6te, et dans une autre située à deux milles au Sud-Ouest d' Ambriz on trouva à la chaîne plusieurs esclaves, qui furent conduits à bord des navires Portu^ gais pour être mis en liberté; et dans d'autres de ces dépôts on trouva des pipes d'eau, et autres objets nécessaires à bord des navires négriers; mais on en avait retiré les esclaves avant l'arrivée des équipages Portugais.
Le 25 Juillet de la même année, le Ministre Britannique à Lis^ bonne, à l'occasion d'un bateau à vapeur Brésilien, qui, à Mayumba (Cdte Occidentale d'Afrique), avait chargé 800 esclaves, dit au Gouvernement Portugais que l'Escadre Anglaise se prêtera de bon gré à coopérer à toutes les expéditions que l'on prétendra faire, dans le but de détruire les dépôts d'esclaves existants à Ambriz, ou pour éviter qu'il en soit établi de nouveaux.
Le Commodore Hotham, Chef de l'escadre Britannique de la Côte d'Afrique, écrivait, le 18 Décembre 1848, au Gouverneur Général d'Angola :
«Le Gouvernement de Sa Majesté (Britannique) sait que les principaux dépôts pour la traite des nègres existent à Mossulo et à Ambriz... Je ne fais donc que remplir mon devoir en priant Votre Excellence de prendre les mesures convenables pour la destruction des barracons, et Taffranchissement complet des esclaves qu'ils contiennent; et j'ai reçu spécialement l'ordre d'offrir à Votre Excellence les services d'escadre Britannique à cet effet. » (1)
(1) Slave Trade— Correspondance =-Cla88 ÂssslB^»
Le Commodore donna ordre en même temps au Commandant Wood, porteur de cette dépêche, d'exprimer au Gouverneur Général son désir sincère d'obtenir la permission de prendre part à toute opération destinée à la destruction de ces barracons.
Le Gouverneur Général d'Angola annonça au Ministre de la Marine et d'Outre^mer , en date du 19 Décembre 1849 « qu'il avait appris extra-ofiSciellement, que les nègres d'Àmbriz avaient brûlé le 85 dtt mois précédent le magasin appartenant à la maison de Hatton et Cookson de Liverpool, dont était facteur le Sujet Bri* tannique A. Perry, qui faisait le commerce licite, et qui dans cet incendie avait perdu une grande quantité d'ivoire et de marchandises, dont on calculait la valeur à 3:000 livres sterling. t>
Le même Gouverneur Général annonça le 29 Janvier 1880, que cet événement avait donné lieu à ce que des navires de guerre Portugais et Anglais allassent h Ambriz, et que ceux-ci avaient obligé les Roitelets à indemniser la maison qui avait été lésée, en exemptant du paiement des droits de déchargement, qu'on y appelle Cauttmesy un certain nombre de navires appartenants à la dite maison ; et que le Commandant de la station navale Portugaise, voulant assurer les propriétés des Sujets Portugais qui s'y trouvent établis, et qui y font le commerce licite, avait porté les chefs des Roitelets d'Ambriz à déclarer, au nom de ces mêmes Roi* telets, qu'ils se considéraient vassaux de Sa Majesté la Reine, et qu'ils continueraient à traiter, comme ils l'avaient fait jusqu'alors, les Portugais.
Le Ministre des Affaires Étrangères, écrivant à celui de la Ma-^ rine et d'Outre-mer, le 23 Février 1850, lui disait que le Consul de S. M. B. à Lisbonne lui avait communiqué le contenu de la dépêche du Yice-Consul à Loanda, où il annonçait en détail l'incendie des deux magasins à Ambriz avec les' marchandises appartenantes à une maison de Liverpool, dommage que l'on évaluait à 10:000 livres sterling, quoique l'établissement de ces magasins eût été permis par les Roitelets du pays; il ajoutait que trois navires de guerre y étant allés, avaient menacé les Roitelets d'un blocus, et avaient à la fin négocié l'admission de dix charges de marchandises adressées à la susdite maison, franches de droits, qui ne montaient pas, dit la dépêche du Consul, d'après ce qui était établi, au-delà de SOO livres; et que cette condition,
quoique très inférieure au préjudice calculé, avait été prompte^ ment acceptée par cette maison; et qu'il avait été célébré une convention entre trois Roitelets, le Commandant de la force Bri^ tannique, et les chefs des maisons Anglaises qui y sont établies; il ajoute enfin que lui-même, Yice-Gonsul, avait été très étonné de ce qui s'était passé, comme d'un attentat à ce qui était dû à la Couronne de Portugal.
Le Capitaine E. Wilmot, Commandant de la Division du Sud de la station navale Anglaise sur la Côte Africaine, dans unelet^ tre imprimée, datée du fleuve du Congo, le 19 Janvier 18S3, et adressée à Lord Palmerston, Secrétaire d'État des Affaires Étrangères, où il est question de l'état présent de la Traite des nègres, fait quelques observations au sujet des Traités avec les Roitelets de la Côte Africaine pour la suppression de la Traite, et dit :
a Qu'ils signeront le papier quand ils trouveront quelcpie in-, térét à le faire, mai§ pas sans cela ; excepté si l'on emploie la foroe, et si l'on bloque strictement toute la ligne de la côte dans le sens rigoureux de ce mot; qu'un étroit blocus serait le moyen d'effe^ etuer cet objet, vu que les nègres de ce pays-là sont habitués aux denrées et aux manufactures de l'Europe, sans lesquelles ils ne sauraient vivre ; que les négociants Européens , qui ont leurs agents sur cette côte en souffriraient, mais que ce sont eux qui soutiennent indirectement la traite des nègres; que l'Américain, de même que l'Anglais, fournit toutes les denrées dont le Chef nègre a besoin quand il veut vendre ses esclaves, et que, quoique à Ambriz, à Loango et dans un ou deux autres endroits, il se fasse un grand commerce en ivoire, en gomme, en cire, en orseille, etc. on ne peut toutefois se dissimuler, que l'homme blanc établi dans ce pays est en faveur de la traite, et n'ose rien dire, lors même que les esclaves sont embarqués en sa présence; que de fait, plus la traite des nègres est active, plus il en tire de profit, puisque l'argent donné en échange d'esclaves, revient à sa factorerie en échange de denrées de toute espèce. »
Il dit encore « que le pavillon américain est employé pour le plus vil objet ; — qu'il arrive sur la côte d'Afrique des bâtiments de la Havane, de Baltimore, de la Nouvelle-Orléans, avec le pavillon américain, des papiers américains, des Capitaines et des équipages américains, et qu'il y en a très peu qui apportent un charge-
ment; — qu'ils sont destinés pour la traite des nègres, et qu'ils ra?ouent ouvertement, quand ils arrivent sur cette côte;— qu'ils tiennent tout prêt pour rembarquement des esclaves ; — qu'ils portent jusqu'à des planches pour faire un pont pour l'arrangement des esclaves à bord, ce que l'on reconnaît exactement lorsqu'on leur fait la visite des papiers de bord; — que les croisières Anglaises n'ont pas l'autorité d'y faire la fouille, ni de saisir ces navirtt, quoiqu'ils sachent, puisque les Américains le disent euxmêmes aux Officiers Anglais, qu'ils vont être vendus, en indiquant même le prix de la vente ; et que malgré cela les dites croisières ne peuvent rien faire tant que le pavillon américain flotte sur leurs mâts, et tant que les papiers américains qu'ils présentent sont en bonne forme; — que tout se conserve dans cet ordre jusqu'au dernier moment; — que, quand ils croient que l'occasion est arrivée de changer de maîtres, parce que les croisières ne sont point en vue, et qu'il n'est pas probable qu'elles puissent entraver leurs opérations, la vente se fait; le nouveau capitaine et le nouvel équipage vont à bord, le pavillon américain est amené et détruit avec les papiers, et le navire cesse de jouir de la protection américaine, reste probablement sans aucun pavillon, et met à la voile avec sa cargaison vivante, comptant sur sa bonne fortune pour arriver sain et sauf à l'endroit où les esclaves sont consignés ; et enfin, que le Capitaine américain se moque (des Officiers) des croisières, en disant=qu'ils le touchent, s'ils l'osent. » =
Et le Capitaine Wilmot s'écrie avec raison: «Voilà un navire négriep-sous notre artillerie, mais nous ne pouvons le saisir, ni même ouvrir ses écoutilles!»
Il dit ensuite que sous ce pavillon la traite des nègres est encore considérable sur cette côte, et que cela continuera jusqu'à ce que le Gouvernement Américain juge à propos de prendre cette cause à cœur avec le même esprit et la même activité que l'Angleterre Ta prise, et donne aux croisières britanniques la permission de retenir les navires suspects et de les envoyer aux Etats-Unis. »
Il dit encore: «Que les Américains retirent tout d'une fois toutes leurs croisières, et qu'ils nous permettent d'agir à leur place, s'en reposant sur l'honneur britannique. »
Et il ajoute que les Officiers choisis pour commander les cfoi-
sières américaines sont des hommes des Etats du Sud de l'Uftioit^ qui ne sont pas contraires à l'esclavage.
Le Capitaine Wilmot, en parlant spécialement de cette partie de la côte, qui s'étend depuis le Gap de Lopo Gonçalves, jusqu'à la baie de Mossâmedes, c'est-à-dire, depuis 36 minutes, jusqu'à 18 degrés, 12 minutes de latitude Sud, dit: «Que, en 1853, il y avait à peine trois bricks et uii bateau à vapeur dans la station navale Anglaise, destinée à garder contre la traite des nègresj^tte ligne de côte, qui a près de mille milles d'étendue, tandis que pour ce service il faudrait neuf navires, dont quatre à vapeur. » Et enfin il dit, que si le nombre des bâtiments de l'escadre était diminué, toute la Côte Occidentale d'Afrique serait fréquentée par les navires négriers, ce que l'on ne pourrait éviter; car tant qu'il y aura la plus légère probabilité de pouvoir faire la traite des nègres, l'homme blanc agira de concert avec l'homme noir, pour rendre vains tous nos eflorts. y>
Nous allons maintenant rapporter des faits d'un autre genre*
Depuis la fin de 1852, si même cela n'a pas eu lieu antérieurement à cette année, quelques Commandants de navires de guerre Anglais ont tâché de faire des Traités avec les Roitelets d'Ambriz» de Cabinde, et d'autres endroits de cette partie de la Côte^ sur la quelle la Couronne de Portugal a des droits, qui ont été reconnus par l'Angleterre.
Ces tentatives, réitérés avec grand empressement, ont été sans résultat près des Roitelets.
Le 24 Janvier 1854, le Capitaine Wilmot, le même dont nous avons parlé ci-dessus, alla à Cabinde, et s'adressant au Mambuco, Chef principal du port, et délégué du Roi, qui réside dans l'intérieur du pays, exigea que lui et les d'autres Chefs signassent un Traité pour la suppression de la traite des nègres, et pour d'autres effets. Ces Chefs refusèrent de signer, malgré les offres et les menaces qui leur furent faites. Le Capitaine Wilmot se retira alors: mais il y retourna le 10 Février suivant, et il parait qu'il obtint que te Mambuco, qui ne savait ni lire ni écrire, fît une croix sur le papier, qu'on lui présenta; et c'est ce papier que le Capitaine appelle un Traité.
Aussitôt que cet Officier fut parti du port, le Roi de Cabinde, e Mambuco lui-même, le Gouverneur de Porto Rico, peuplade
située dans la baie de Gabinde, et les autres Chefs, envoyèrent quelques-uns des leurs à Loanda, avec un message pour le Gou* verneur Général, lui faisant part de ce qui était arrivé, et déclarant qu'eux et leurs peuples ne reconnaissaient que la souveraineté de la Couronne de Portugal, comme leurs ancêtres Tavaienl fait.
Ils dirent aussi que le Capitaine Wiimot avait obtenu que le Mambuco Ri une croix sur le papier qu'il lui avait présenté, après l'avoir enivré avec de l'eau-de-vie. Hais cette dernière assertion a été ultérieurement nié par le Capitaine Wiimot.
Le Bulletin Officiel d'Angola du 5 Mars 1853, rapporte les nouvelles de ces occurrences.
Le Gouverneur Général écrivit au Commandant naval Anglais, se plaignant que de tels actes, qui étaient un empiétement sur les droits de la Couronne de Portugal, eussent été pratiqués. Il envoya aussi des navires de guerre Portugais aux ports d'Ambriz et de Cabinde, où ils trouvèrent, à leur arrivée, le pavillon Portugais arboré par les Roitelets respectifs.
Quant au prétendu Traité, il en sera parlé plus avant.
Le 1."" Avril 1883 l'Amiral de la station navale Anglaise sur la Côte Occidental d'Afrique écrivait de Loanda à l'Amirauté: « On dit que quand le Silenus chargea à Ambriz 600 esclaves, dans le mois de Février dernier, une chaloupe appartenante à Mr. Félix Walker, Sujet Britannique, qui y réside, en qualité d'agent de Mrs. Hatton etCookson, de Liverpbol, fut un des bateaux employés dans cette occasion au transport des esclaves à bord de ce navire. »
Ce n'est pas seulement sur les côtes d'Afrique qui appartienuent au Portugal» que la traite des nègres a continué jusqu'à présent; puisque la même chose est arrivée dans beaucoup d'autres endroits, y compris ceux où l'action des Autorités Britanniques a été la plus constante, et a pu le plus facilement être exercée.
Quelques extraits de la Correspondance relative à la traite des nègres, présentée par le Gouvernement Britannique au Parlement en 1850 et 1851, suffiront pour le démontrer.
Le Commodore Hotham écrivait de Sierra Leone à l'Amirauté en Février de 18i9 : a Que sur la Rivière de Gallinhas et à Sherbro on continuait à faire la traite des nègres; qu'il avait fait débar-
quer 300 hommes sur la rive de ce fleuve, et y avait fait brûler plusieurs barracons; et qu'ensuite il avait bloqué la côte qui y correspond. »
Le 4 Mars suivant, le Commodore Fanshawe écrivait à l'Ami* rauté: « Qu'il avait des raisons que le portaient à croire que des facteurs espagnols s'occupaient à réunir des esclaves dans certains endroits au Nord de Sierra Leone. »
Dans une dépèche du Juge Commissaire de la Commission Mixte de Sierra Leone, datée du 12 Janvier 1861, et adressée au Comte de Clarendon, on lit:
« Que sur le Rio Pongo il avait été pris en 1863 deux navires négriers ; que du port de Sherbro on avait chassé dans la même année plusieurs marchands d'esclaves, qui déjà antérieurement avaient été renvoyés pour le même motif de la rivière de Gallinhas. »
Encore dans la présente année de 1865, le navire de guerre Anglais Ferret a pris, sur le Rio Pongo, unbrickquisepréparaitàcharger des esclaves ; et sur la côte même de la Colonie de Sierra Leone, à cinq milles de la ville deFreeto^wn, qui en est la capitale, on saisit plus de quarante esclaves qui étaient destinés pour la traite. (1)
Il faut savoir que le Rio Pongo est à peine à la distance de cinq ou six heures de navigation des îles de Loss (2); et la rivière de Gallinhas à un peu plus de distance des iles des Bananes, et que toutes ces iles sont des dépendances de Sierra Leone, et que la dernière de ces rivières est considérée par quelques écrivains Anglais comme appartenant à cette colonie. Sherbro est situé à un peu plus d'un degré de latitude de Freetown.
Or, ce que les fonctionnaires Britanniques disaient en 1849 et en 1863, relativement à la traite des nègres faite sur le Rio Pongo et là rivière de Gallinhas, est exactement ce que d'autres fonctionnaires Anglais avaient dit, relativement à ces mêmes rivières en 1838, comme on peut le voir dans la Correspondance présentée au Parlement en 1839; en sorte que la traite tles nè«
(l) Slave Trade. Correspondence. 1855.
(S) Iles de Loss est la transformation que les Anglais ont fait du nom que les Portugais ont donne à ces iles, le quel est:^ — Ilhas dos Idolos — Iles des Idoles. De même ils ont fait Cape Coast du nom portugais Cabo Corso: et ainsi d^un grand nombre d^autres noms.
grès, dans ces ports, qui sont voisins de Sierra Leone, se continuait encore en 18SK, comme dix sept ans auparavant.
La même Correspondance constate que sur la Côte de Mina, la traite des nègres a continué. Dans le volume cité ci-dessus, il se trouve une dépêche du Consul Anglais dans Je port de Lagoa (ou Lagos des Cartes anglaises) adressée à Lord Clarendon, en date du 30 Juillet 1853, où il lui dit que, dans le mois de Juin précédent, il est sorti du port d'Âghwey trois navires avec 350 esclaves chacun.
Le 6 Septembre de la même année ce même Consul dit, que dans le mois de Mai précédent un autre navire était parti du port d'Àghwey avec 654 esclaves.
Le Consul Anglais à Fernando P6, dans une dépèche adressée au même ministre, en date du 29 Mars 1853, dit que dans le Nouveau Calabar il avait été pris une goélette destinée à la traite des nègres; et le 6 Avril suivant il annonçait qu'un bâtiment américain avait pris à son bord une cargaison d'esclaves dans le voisinage de Popo.
Il faut se rappeler que sur cette Côte l'Angleterre a la forteresse de Cape Coast, et plusieurs autres ; qu'elle domine effectivement dans l'ile de Fernando P5, et qu'elle exerce, de fait, une espèce de Protectorat sur les Roitelets de ce littoral. Que dans les ports de cette Côte il existe un grand nombre de négociants Anglais, dont le principal commerce est l'huile de palmier, et qu'elle est fréquentée par un grand nombre de navires de la croisière Anglaise, dont les Commandants ont obtenu des Roitelets du pays des signatures, qui sont de simples croix, sur des papiers, que ces Commandants appellent des Traités, et où les Roitelets promettent l'abolition de la traite des nègres. Et que, malgré toutes ces circonstances, cette traite continue à s'y faire.
On trouve aussi dans la susdite Correspondance, que la traite a continué avec plus ou moins d'activité sur la côte située au Nord de Loanda, et que à Ambriz il y avait des factoreries pour cet effet.
De tout ce qui a été dit, et de ce que l'on pourrait dire encore, si cela ne devenait trop long, il résulte : que la traite des nègres a été faite avec plus ou moins d'activité pendant ces dernières années, sur une grande partie de la Côte Occidentale d'Afrique : que dans des endroits voisins de la colonie de Sierra Léo-
ne elle a coDtinué à se faire, et que la même chose est arrivée dans le voisinage des établissements Anglais de la.Côte de Mina, depuis le Cape Goast jusqu'à Fernando Pô, ainsi qu' à Àmbriz et sur quelques points de la côte au Nord et au Sud de Loanda; et qu'elle a été faite malgré les croisières, malgré les Traités faits avec les Roitelets nègres, et malgré le développement qu'a eu le commerce licite sur toute la Côte.
Il est également certain que rien ne constate, que dans les ports de la Côle oii il existe des Autorités portugaises ou anglaises, la traite ait été faite dans ces dernières années.
Voilà la vérité. Et s'il n'y a pas lieu à faire des récriminations au Gouvernement Anglais au sujet de la traite faite sur le Rio Pongo, àSherbro, et sur la rivière de Gallinhas, lieux situés dans la proximité de Sierra Leone, il n'y a pas lieu non plus à faire des récriminations au Gouvernement Portugais au sujet de la traite faite à Ambriz et sur^uelques points de la côte d'Angola.
La conclusion de tout ce qui vient d'être exposé est que, tant qu'existeront les marchés des Antilies Espagnoles, ils seront ap-^ provisionnés d'esclaves d'Afrique, et que tant qu'ils s'y vendront à haut prix, il sera aussi impossible de mettre un terme à cette contrebande, qu'il a été impossible de mettre un terme à la contrebande qui s'est feite, et qui se fait encore, entre la France et l'Angleterre, malgré les systèmes rigoureux de surveillance, et le grand nombre de douaniers qu'il y a dans ces deux pays.
La seul moyen qu'il y a de mettre un terme à la traite des nègres sur la côte Occidentale d^Afrique, consiste à faire disparaître les marchés de Cuba et de Porto Rico. Et le Gouvernement Britannique ferait un grand acte d'humanité et d'économie, s'il appliquait l'argent qu'il dépense pour empêcher la traite, à obtenir de l'Espagne^l'abolilion complète de ces marchés.
A la vue de ces faits, le Conseil d'Outre-mer, dans sa consultation du 5 Avril 1863, disait au Gouvernement:
« Un des devoirs imposés à ce Conseil par le Décret de sa création est de veiller à l'exécution des lois, qui défendent la traite des nègres dans les colonies Portugaises, o
a Le Conseil est informé que parmi les ports voisins de Loanda c'est dans celui d'Ambriz que cette traite se fait sur une plus grande échelle. Il n'y existe pas d'Autorités Portugaises qui s'v
opposent; c'est pourquoi les agents de cette contrebande ont afflué dans ce port, et ont établi dans Tintérieur à deux ou trois lieues leurs dépôts d'esclaves, afin de les soustraire à la vigilance des croisières. Il est certainement du devoir du Gouvernement Portugais d'employer tous ses efforts à mettre un terme à cet infâme commerce, non seulement parce, que l'accomplissement du Traité du 3 Juillet 1842 célébré avec la Grande Bretagne l'exige, mais parce que l'exécution de nos lois actuelles ne l'exige pas nfolns. y>
Dans une Consultation du 14 Juillet 18S4, il disait qu'il était urgent :
«De faire occuper au plus tôt, par une force Portugaise, le port d'Afflbriz, mesure indispensable pour éviter que les négociants établis à Loanda continuent à y faire l'embarquement d'esclaves, et par la nécessité qu'il y a pour Angola, que ce'marché principal d'esclaves cesse d'exister dans le voisinage de sa capitale. »
Dans une Consultation du 20 Octobre 18S4, le Conseil insistait à ce que l'occupation d'Ambriz eût aussitôt lieu, et recommandait au (jouvernemeiit d'ordonner dans ses instructions qu'il fût exercé la plus grande sévérité dans ce port contre la traite des nègres, qui devait être persécutée de toutes les manières possibles.
Le Conseil, tant dans sa consultation du 5 Avril 18S3, que dans celles du 14 Juillet et du 20 Octobre 1854, proposait qu'il fut donné au commerce de toutes les nations dans le port d'Ambriz, la plus grande protection de la part des Autorités Portugaises.
On ne saurait douter qu'une des mesures les plus efficaces pour empêcher la traite des nègres, ne consiste à établir des autorités, accompagnées d'une force suffisante pour faire la police, dans les ports, ob la traite a continué à avoir lieu; et à rendre ces autorités responsables.
L'avantage de ce système vient de ce que, par la connaissance que ces autorités acquièrent du pays, et par leur séjour effectif sur les lieux, elles peuvent empêcher que les agents de ce commerce ne s'y établissent; que les nègres esclaves ne soient retenus pour l'embarquement dans des dépôts situés à des distances considérables de la côte, et que les navires ne reçoivent des cargaisons d'esclaves, puisque, comme autorités locales, elles ont
le droit d'exercer la police dans les ports; et qu'ainsi les navires sous pavillon américain pourront être examinés, et même saisis, s'ils se trouvent compris dans les dispositions du Décret du 10 Décembre 1836; ce qui aujourd'hui n'arrive pas, parce que les croisières Portugaises s'abstiennent de les visiter dans les ports et sur les mers, dont le Portugal réclame la domination, mais dont le Gouvernement Anglais prétend, depuis 1846, méconnaître les droits.
Ainsi, tandis que les bâtiments des croisières ne paraissent qu'accidentellement dans ces ports, et ne peuvent empêcher que la traite des nègres se fasse sur des navires américains, tandis que lés esclaves qui y sont réunis pour l'embarquement sont rapidement transférés dans l'intérieur du pays, dès qu'on aperçoit quelque navire des croisières ; tandis que les Roitelets, avec qui les Commandants Anglais sontconvenus de la défense de la traite, ne donnent aucune exécution à ces conventions toutes les fois qu'ils peuvent impunément tirer profit de l'infraction à leurs promesses: la même chose n'arrivera pas, quand dans ces ports résideront des autorités vigilantes, actives et responsables de tout embarquement d'esclaves qui s'y fera. Ce n'est que par ce moyen que la traite peut être abolie dans certains endroits, tant que les marchés des Antilies continueront à subsister.
L'établissement d'autorités Portugaises dans ces ports d'Afrique, où la traite des nègres se fait depuis longtemps, ei où elle continue encore plus ou moins à se faire, aura en outre l'avantage de protéger dans ces mêmes ports le commerce licite de toutes les nations, dont le développement sera aussi un des moyens les plus efficaces de supprimer la traite ; car les nègres pourront par ce commerce obtenir les marchandises d'Europe àuxqudles ils sont habitués, et dont ils se sont jusqu'à présent approvisionnés en échange d'esclaves.
Ayant en vue ces circonstances, le Gouvernement Portugais a pris, dans ces dernières années différentes mesures pour parvenir simultanément à ces deux fins: l'une d'elles est l'occupation de quelques uns de ces ports des colonies qui se trouvaient sans garnisons; mais il a ordonné en même temps que les principaux d'entre eux resteraient toujours ouverts au commerce de toutes les nations. C'est ce que l'on a fait dans le pcMrt d'Ambriz.