CONQUÊTE DU MOSSULO EN 1790 ET
[r. le Vicomte de Santarem, dans un Mémoire récemment publié, prouve que, dès le temps du Roi Dom Jean II, la Couronne de Portugal se considéra comme Souveraine de toute la Côte comprise entre le Cap de Lobo Gonçalves et le Cap Negro, c'est-à-dire, à peu près depuis le 1er jusqu'au 16e degré de latitude australe.
Dans le dix-septième siècle, le Gouvernement d'Angola étendait sa jurisdiction, plus ou moins directe, sur les terres maritimes, qui se trouvent entre les deux caps; où la domination Portugaise était assurée par le moyen de factoreries ou de forts qu'il y avait dans les ports de Loango et de Cabinde, dans l'île de Pinda sur le Zaire, et à Sonho sur la rive méridionale de ce même fleuvet où il y avait aussi un hospice de Missionnaires envoyés de Portugal, dont il reste encore des ruines; et de la même manière le pays était dominé depuis le Zaire, jusqu'aux rives du Dande. Les principaux établissements qu'avaient les Portugais au Sud de cette rivière étaient Loanda, le vieux Benguella, et le nouveau Benguella.
Les Roitelets (1) ou Chefs, les plus notables du pays, reçurent des Rois de Portugal des titres de noblesse en récompense de leurs services, et en signe de vasselage; et beaucoup de ces titres on,
(1) En portugais Régulos, petits rois.
été conservés jusqu'aujourd'hui par les successeurs de ceux à qui ils furent conférés, tels que ceux de Comte de Sonho, Duc de Bamba, Duc de Quina, Marquis de Pemba, Marquis de Mossulo et autres; ils usent en outre du titre honorifique de Dom, qu'ils mettent devant les noms propres Portugais qu'ils adoptent, comme par exemple, Dom Affonso, Dom André, etc.
Le Capitaine Général Salvador Corrêa de Sa ayant, en 1648, chassé de Loanda et d'autres points d'Angola les troupes Hollandaises qui y étaient en garnison, envoya sans délai attaquer les forts et les factoreries de Loango et de Pinda et autres, qui furent en effet subjugués.
Plus tard des mésintelligences s'étant élevées entre les Gouverneurs d'Angola et les Rois du Congo, il s'en éleva aussi entre les Chefs Portugais des factoreries et des forts, et les Roitelets voisins, qui, profitant des circonstances, et se laissant guider par leurs intérêts particuliers, tantôt obéissaient comme vassaux de Portugal, tantôt se disaient vassaux du Roi du Congo, et quelquefois aussi se déclaraient Souverains indépendants.
La rébellion la plus remarquable fut celle du Comte de Sonho ; car une force Portugaise, étant tombée dans une embuscade, fut défaite par les nègres de ce Roitelet.
Ensuite les Gouverneurs d'Angola, voulant concentrer à Loanda des forces considérables, abandonnèrent les forts du Nord, ce qui donna lieu à des navires d'autres nations, de faire tout à leur aise la traite des nègres dans ces ports. On calcule qu'il y eut des années où les Français en tirèrent plus de vingt mille nègres.
Les esclaves exportés d'Angola étant destinés presque exclusivement pour le Brésil, et ceux qui sortaient de Loanda et de Benguella suffisant pour les besoins de cette vaste colonie, ce fut là la raison principale pour laquelle les Gouverneurs d'Angola regardèrent avec indifférence l'abandon des ports du Nord; et ces Gouverneurs trouvaient même plus convenable de concentrer toute la traite dans les ports de Loanda et de Benguella, parce qu'il devenait plus facile de contrôler les droits perçus sur l'exportation des esclaves. Tel est aussi le motif pour lequel ceux qui étaient achetés dans le port de Loango dans celui de Pinda, et dans les ports du nord, étaient transportés sur des bateaux de là à Loanda, où les navires du Brésil les recevaient.
Cependant la Couronne de Portugal soutint toujours ses droits de souveraineté sur toute la partie de la côte d'Afrique, qui s'étend au Sud de Molembo; comme le prouvent différents faits, dont nous allons rapporter quelques-uns.
Ce sera en premier lieu, l'extrait d'un ouvrage relatif au Roi D. Jean V, composé par François Xavier da Silva, et imprimé à Lisbonne en 1750; c'est le suivant:
«Sa Majesté, ayant appris que quelques armateurs ou pirates Anglais, poussés par l'ambition et par l'intérêt de leur commerce, avaient formé un établissement sur la côte de Guinée à Cabinde, qui est entre Angola et Congo au Nord du fleuve Zaire, et qui était alors inhabité, envoya aussitôt le Capitaine de vaisseau Joseph de Semedo Maya, sur le vaisseau de ligne Notre Dame d'Atalaya, pour remédier à cet excès, non seulement parce que cela avait été commis sans la permission du Souverain, mais à cause du dommage que cela pouvait causer à l'avenir au commerce d'Angola et des Iles adjacentes de cette côte. Le Capitaine, qui était un homme expérimenté et plein de résolution et de courage, sortit le 16 Mai 1723 de la barre de Lisbonne, et dirigeant sa route vers Angola, arriva en ce port le 12 Septembre. Après s'être informé de la situation de Cabinde, et du fort que les Armateurs y avaient élevé, et avoir pris d'autres renseignements qu'il jugea convenables à son expédition, il partit le 6 Octobre pour Cabinde, oùr le 23 du même mois, il aperçut le fort, qui était défendu par deux vaisseaux. Il les attaqua, et après les avoir obligés à se rendre, il battit vigoureusement le fort pendant quarante-huit heures, obligea la garnison à capituler et à en sortir, en prit possession le 26, et le fit aussitôt raser, en faisant en même temps encombrer le fossé. Ce fut ainsi que Sa Majesté tâcha, par la voie des armes, de conserver l'utilité du bien commun de son Royaume, qui est une chose d'assez de considération pour mériter la plus grande protection de la part des Monarques, car le commerce fertilise les Etats; et leur procure tout ce qui est nécessaire à la vie de l'homme et à la splendeur des Cours. »
«Le Capitaine trouva dans le fort trente-cinq pièces d'artillerie, dont il prit vingt-quatre à son bord, et en fit clouer et briser onze, qu'il fit enterrer dans le fossé, parce qu'il ne lui était pas possible de les transporter; et comme le manque de gens ne lui
permit pas d'emmener un des vaisseaux, qui servait de maga sin, il y Admettre le feu, sans que la Couronne d'Angleterre se crût offensée de tou cela; car l'étroite liaison et l'amitié qui régnait entre elle et le Portugal, lui fit reconnaître la justice avec laquelle ce dernier avait tâché de se rétablir dans la possession paisible, qu'elle ne lui avait jamais disputée. »
Les lois des 11 et 25 Janvier 1758 rendirent libre et commun à tous les Portugais le commerce d'Angola, du Congo, de Loango, de Benguella, et autres domaines de cette partie de l'Afrique, où tous les monopoles furent défendus.
L'Ordonnance Royale du 5 Août 1769, adressée au Capitaine Général d'Angola D. Francisco Innocencio de Souza Coutinho, où il est question de la Compagnie de la Traite des Nègres, que le Roi fit abolir, ordonne que l'Edit qui abolit cette Compagnie soit publié dans le délai de quinze jours dans la ville d'Angola, à Loango, à Benguella* et dans les autres domaines adjacents.
Le Secrétaire d'Etat Martinho de Mello e Castro, dans une dépêche adressée au Gouverneur et Capitaine Général d'Angola, le 20 Juin 1779, parle du port de Loango comme appartenant à la Couronne de Portugal, et dans cette même année, il ordonna, au Nom de la Reine Dona Maria Iere, à ce même Gouverneur, de rétablir l'ancienne domination sur la côte du Nord, en faisant construire un fort dans le port de Quitungo (1), un autre à Cabinde, un autre sur le bord du Zaire, et un autre à Molembo. Mais cet ordre fut modifié en 1782 par le Gouvernement, qui ordonna que, vu la malignité du climat, il fût uniquement construit un fort à Cabinde. Et à cette occasion, le même Secrétaire d'Etat fit observer, que les forts élevés sur la côte d'Afrique ne sont destinés qu'à tenir en respect les nègres et les bâtiments marchands, et non à résister à une forte expédition maritime faite par quelque Puissance Européenne.
Le 17 Juillet 1783, il partit de Loanda pour Cabinde une expédition commandée par le Capitaine de vaisseau Antonio Januario do Valle, et le Lieutenant Colonel Pinheiro Furtado, et il y fut construit un fort, du consentement et de l'aveu du Mambuco et des autres Chefs du pays, qui étant allés à bord de la
(1) Le port de Quitungo est le même que celui d'Ambriz.
Frégate Graça, y déclarèrent aux Commandants, que non seulement ils cédaient le terrein nécessaire pour construire le fort, mais qu'ils se soumettaient à tout ce que les dits Commandants leur ordonneraient; ce que l'on voit par la communication officielle du Capitaine de vaisseau, datée du port de Cabinde le 15 Août de la même année.
Le Gouvernement ad intérim d'Angola, écrivant au Commandant de l'expédition le 2 Septembre 1783, pour indiquer l'objet principal de cette expédition, dit: « Que, depuis le temps du Roi D. Jean II, la Couronne de Portugal se considère comme Souveraine des terres comprises entre le Cap de Lopo Gonçalves et le Cap Negro, et qu'en élevant une forteresse à Cabinde, on a pour but principal de manifester la possession effective du domaine. »
Le Commandant de l'expédition ayant mis obstacle à la traite d'esclaves qu'y faisaient deux bâtiments français, les capitaines protestèrent; et les armateurs ayant réclamé par devant leur Gouvernement, se plaignant de ce que la traite des nègres leur était interdite, eurent assez d'influence pour obtenir qu'il fût envoyé en 1784 une division de navires de guerre avec des troupes de débarquement contre le fort de Cabinde. A l'arrivée de l'expédition, le fort n'était pas encore achevé, ayant à peine une batterie du côté de la mer, et un simple retranchement du côté de la terre ; et en outre presque tous les hommes qui en formaient la garnison avaient été attaqués des fièvres du pays, et étaient par conséquent hors d'état de service.
C'est pourquoi, la garnison ayant été sommée de se rendre par Mr. de Marigny, Commandant de la force française, capitula sous condition de retourner à Loanda; et ce même Commandant fit démolir le retranchement.
Dans l'article 3eme de la capitulation pour la reddition du fort, faite le 21 Juin 1784, le Commandant français déclara:
« Que le pavillon de Sa Majesté Très Chrétienne ne sera pas arboré (à Cabinde) pour preuve que l'intention du Roi de France n'a point été de faire une conquête, mais seulement de rétablir et de maintenir l'égalité parfaite du commerce entre toutes les nations Européennes à Cabinde. »
Nous remarquerons ici, que dans une dépèche du Capitaine Général d'Angola au Secrétaire d'Etat de la Marine et d'Outre-
mer, datée du 15 Décembre 1784, où il lui faisait part de ce qui était arrivé à Cabinde, il se louait de la bonne hospitalité que les Capitaines et les équipages des navires Anglais,, qui se trouvaient dans ce port, avaient faite aux Portugais de l'expédition.
Mr. de Flassan, dans son Histoire de la Diplomatie Française, dit à ce sujet:
« La bonne harmonie existante entre la France et le Portugal faillit être détruite en 1784. La Cour de Lisbonne, ayant fait élever sur la côte de Cabinde, en Afrique, un fort dont le Commandant entravait la traite des nègres faite par les Français, la Cour de Versailles donna ordre en 1784 au Marquis deMarigny de se porter sur la côte d'Afrique avec une division de vaisseaux, de reconnaître les lieux, et de rétablir la liberté de la traite; mais il paraît que M. de Marigny alla beaucoup plus loin que ses instructions, et qu'il rasa le fort; ce qui amena une contestation entre les deux Cours de France et de Portugal, dans laquelle la Cour de Madrid se rendit médiatrice. » j
Cette médiation amena une convention signée à Madrid le 30 Janvier 1786 par les Ambassadeurs de Portugal et de France, L'Ambassadeur de France y déclare au Nom du Roi son Maître:
« Que l'expédition dont a été chargé Mr. de Marigny n'a point été faite avec intention de troubler, affaiblir ni diminuer les droits que la Reine Très-Fidèle prétend avoir à la Souveraineté de la côte de Cabinde, comme faisant partie du Royaume d'Angola, et que, en conséquence, S. M. Très Chrétienne donnera les ordres les plus précis, pour que ses gouverneurs dans les îles, ses Officiers de mer ou autres ses sujets ne mettent, directement ni indirectement, le moindre obstacle, empêchement, ou difficulté soit avec les naturels du pays, soit d'une autre manière, à la dite Souveraineté et à son exercice. »
Lorsque la Convention eut été conclue, le Plénipotentiaire de Sa Majesté Très-Fidèle déclara: «Que cette même Souveraine possède, au Sud du fleuve Zaire, &on seulement la côte d'Angola, mais aussi, dans l'intérieur du pays depuis le Congo à l'Est-Nord- Est, et du côté de l'Est jusqu'à Cassange, et du côté du Sud jusqu'à l'extrémité de Benguella, plusieurs Districts et Capitaineries régies par des Gouverneurs dépendants du Gouverneur Général d'Angola, plusieurs paroisses, forteresses militaires avec des gar-
frisons de troupes, et un grand nombre de bourgades et de villages habités par des blancs, des mulâtres et des nègres, qui font leur commerce habituel avec les nations barbares, et dont la Souveraineté et la propriété appartiennent exclusivement à la Couronne de Portugal; c'est pourquoi la Reine Très-Fidèle n'entend, ni ne peut permettre* ni ne reconnaîtra aucun droit de la part d'autres nations à la traite et au commerce sur la dite côte d'Angola, si ce n'est au Nord du susdit fleuve Zaire, mais non sur ce fleuve, ni au Sud du Cap Padron. »
Le Plénipotentiaire Français dit qu'il était autorisé par le Roi , son Mâitre à déclarer:
«Que Sa Majesté Très-Chrétienne consent à ce que la traite des Nègres par ses sujets ne s'étende pas au Sud du fleuve Zaire au-delà du Cap Padron, pourvu que les autres Nations n'étendent pas la leur au-delà du dit Cap. »
Le Portugal, la France et l'Espagne prirent part à cette Convention.
La France déclara qu'elle respectait les droits que la Couronne de Portugal prétendait avoir sur la partie de la côte en question; et l'Espagne, comme médiatrice, se lia de son côté, au moins, à ce que la France avait stipulé.
L'Angleterre n'y fit aucune objection; et les Anglais qui, lors de l'expédition française étaient à Cabinde, y agirent envers les Portugais en bons amis.
La Hollande n'y montra point non plus d'opposition; et quand cette expédition eut lieu, il y avait dans les ports de Cabinde et de Molembo des bâtiments Portugais, Français, Anglais et Hollandais.
Le Brésil faisait alors partie de la Monarchie Portugaise, et avait les mêmes intérêts et les mêmes droits dans cette question que le Portugal.
Nous allons maintenant passer à un autre fait important.
Le Marquis de Mossulo, Maniquitungo (1), Roitelet puissant, qui dominait le pays situé sur les deux rives du Loge, et qur s'étend de-là jusqu' à celles du Onzo, s'étant révolté en 1790,
(1) Maniquitungo, c'est-à-dire, seigneur de Quitungo, port auquel ou donne également ce nom el celui d'Àmbris.
attaqua par surprise, au commencement d'Août de la même année, différents villages sur les rives du Dande et du Bengo, à quelques lieues de Loanda; et en ayant enlevé tout ce qu'il y trouva, ainsi que les esclaves, conduisit ceux-ci, au nombre de deux à trois cents, au port d'Àmbriz, où il les vendit aux Capitaines de trois navires Français et d'un Anglais qui y étaient à l'ancre, en échange de cent livres de poudre pour chaque esclave, comme le constate la déposition des témoins qui furent entendus.
A l'effet de punir le rébelle, le Capitaine Général d'Angola fit rassembler, dans la proximité de la rivière Lifune un corps de troupes composé d'Européens et de nègres, sous le commandement du Major Pinheiro de Lacerda, qui, entrant en opérations, passa le Onzo, battit plusieurs fois en bataille rangée le Marquis révolté et ses alliés, occupa le port d'Ambriz. où se trouvaient quelques navires étrangers qu'il traita en amis, et passant le Loge, continua ses opérations sur sa rive Nord, jusqu'au-delà de Luanica, dernière bourgade du Mossulo, située sur la rive droite du Lue. Et ensuite il construisit un fort sur la rive gauche du Loge, à une certaine distance de ce port. (1) C'est à l'embouchure du Lue que se trouve le port nommé l'Ambrizete.
Le journal de la marche de l'armée expéditionnaire constate, que le 22 Décembre de cette année-là, vers les S heures du matin, le Commandant de l'expédition avait fait arborer le pavillon Portugais sur le point le plus élevé du terrein qui domine le port d'Ambrk, et que, au Nom de la Reine Dona Maria Iere, il avait renouvelé la prise de possession de ce port et des terres adjacentes, en présence de toute l'armée et des navires; qu'il y avait eu à cette occasion, des salves de mousquetterie et d'artillerie, et qu'il avait été dressé de toutes ces circonstances un Procès-verbal, qui avait été signé par les personnes présentes.
Le pays une fois conquis et pacifié, la force expéditionnaire retourna à Loanda.
Peu de temps après, le Roitelet vaincu fit demander au Capitaine Général un pardon, que celui-ci lui accorda; et ensuite
(1) A la fin de ce Mémoire se trouvent la Carte du Pays de Mossulo, levée en 1791, et le plan du fort construit dans la même année, et aussi le plan du Port d'Àmbriz.
eut lieu le serment de vasselage dans le Palais du Gouvernement à Loanda le 25 Avril 1792, comme le constate le Procès-verbal dont le titre est comme il suit:
«Acte de undamento (2), soumission et vasselage, que fait le Marquis de Mossulo D. Antonio Manuel, les Sovas etlesMacotas ses Potentats, qui n'ont pu comparaître en personne, et qui ayant été défaits et vaincus par les armes de Sa Majesté Très-Fidèle, sont venus se livrer et demander le pardon de leurs excès par devant le Très-Illustre et Très-Excellent Seigneur Manuel d'Almeida e Vasconcellos, Gouverneur et Capitaine Général de ces Royaumes et de leurs conquêtes, qui, au Nom de Sa Majesté, lui pardonne, et lui impose les conditions ci-dessous déclarées. Célébré le vingt-cinq Avril mil sept cent quatre-vingt-douze. »
Comme ce document se trouve imprimé dans le Mémoire, cidessus cité, de Mr. le Vicomte de Santarem, il est inutile de le transcrire ici.
Le 8 Août 1791, le Ministre d'Angleterre à Lisbonne, M. Walpole, écrivit au Secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères Luiz Pinto de Souza, en lui communiquant les dépositions juridiques des Capitaines et Officiers de quelques bâtiments Anglais, au sujet de plusieurs faits arrivés, disaient-ils au mois de Décembre de 1790, près de l'embouchure de la rivière d'Ambriz ou Loge, et dans l'intérieur des terres de Mossulo
Ce Ministre exposait: «Que le Commandant de l'Armée Portugaise avait ordonné aux navires Anglais et aux navires Français, qui se trouvaient dans le port d'Ambriz d'en sortir aussitôt, sans que de leur part il y eût eu aucune provocation, et cela au grand détriment de leurs intérêts; et que les dépositions des Capitaines et Officiers avaient conduit à la persuasion, que les Portugais voulaient rétablir un fort sur la colline où se trouvaient les Factoreries Anglaises, dans le dessein sans doute de s'emparer exclusivement de tout le commerce de ce port, qui avait été franc depuis beaucoup d'années aux Anglais, et très particulièrement aux français, sans le moindre obstacle ou empêchement. Il
(2) Undamento, acte par lequel, autrefois on appliquait avec un petit, fer chaud l'écusson de la Couronne de Portugal, sur une partie du corps du nouveau Vassal; cet usage n'existe pins.
exposait aussi la nécessité indispensable où se trouvait Sa Majesté Britannique de protéger le commerce de ses Sujets, déjà établi* et auquel cet acte de violence des Officiers Portugais avait mis obstacle. Et il priait le Ministère Portugais d'expliquer quels étaient les principes qu'il prétendait adopter à cet égard. »
Le Ministre des Affaires Etrangères lui répondit le 11 Août, et lui dit: «Que, par les dépêches du Gouverneur et Capitaine Général d'Angola, Sa Majesté avait appris, qu'un Roitelet, sujet de la Couronne de Portugal, appelé le Marquis de Mossulo -, s'étant révolté sans aucune cause, et étant appuyé par d'autres peuples voisins, qui habitent au Sud et au Nord des rives de la rivière d'Ambriz, avait attaqué, dans le courant d'Août de 1790, différents villages du domaine d'Angola, qu'il avait volés, en enlevant les esclaves Portugais, afin d'en faire un commerce avec les Européens sur la dite rivière, désolant les villages par où il passait, volant tous les effets des blancs; et que, étant arrivé à la rive du Bengo, qu'il avait passé, il était allé jusqu'à la distance de deux lieues et demie de la ville de Loanda, ce qu'il avait pu faire, parce qu'il avait réuni un nombreux corps de nègres bien armés, qui avaient fait tout à coup une invasion sur ces terres. »
« Que le Gouverneur d'Angola, pour repousser cette attaque et punir les aggresseurs, avait envoyé contre eux une force d'Européens et de nègres; que, dans le mois de Septembre suivant, cette force était entrée sur les terres des rébelles, les avait défaits, et avait chassé l'ennemi tant de la rive Sud, que de la rive Nord de la rivière d'Ambriz, ce qui avait été opéré jusqu'au 17 Décembre. »
« Que l'expédition avait trouvé à l'ancre dans le port d'Ambriz six navires, dont trois étaient Anglais, mais que le Commandant de l'expédition avait été si éloigné de les sommer de partir immédiatement comme on le prétendait, et de leur faire la moindre violence, que, au contraire un des Capitaines Anglais et lui s'étaient traités amicalement, comme le constatait le journal de l'expédition. »
« Que si les Sujets Britanniques avaient souffert dans leur commerce, ou dans leurs spéculations, c'était aux aggresseurs seuls qu'ils devaient imputer la faute et les dommages, et non aux Sujets de Sa Majesté Très-Fidèle, qui avaient tout droit de se défendre, et d'offenser leurs ennemis partout où ils les rencontreraient. »
«Que la déposition des Capitaines était diamétralement opposée au journal du Commandant de l'expédition, et aux nombreux renseignements reçus, et qui attestaient le contraire, affirmant qu'il n'avait pas été commis le moindre acte d'autorité contre les navires étrangers, auxquels il avait été déclaré amicalement, qu'ils n'avaient rien à craindre de sa part. »
Il ajoutait « qu'il avait été expédié des ordres au Commandant d'une Frégate qui devait partir pour Angola, afin qu'il fit un bon accueil à tout navire Anglais qu'il trouverait dans le port d'Anibriz, et lui procurât toutes les commodités et les ressources qui dépendraient de lui. Et que la Cour de Lisbonne ne prétendait point renoncer aux droits qu'elle avait sur cette côte. »
Par cette correspondance on voit que le Gouvernement Anglais, tout en prétendant que le commerce britannique continuât à être permis dans le port d'Ambriz, de même qu'il l'était avant la conquête, ne contesta point à la Couronne Portugaisele droit qu'elle soutenait avoir sur cette partie de la côte Africaine.
En 1793, le Colonel Pinheiro de Lacerda, le même qui avait subjugué le Mossulo, marcha de l'embouchure du Dande, à la tête d'une force considérable, afin de châtier et de réduire à l'obéissance les Roitelets de Zalla, de Lundo, d'Onde, le Duc de Quina et plusieurs autres des deux rives du Loge, ainsi que le Dembo Nambuangongo, qui était le principal d'entre eux.
Le 28 Juin de la même année, tous les Roitelets révoltés se trouvant réunis sur les bords de l'Iolo, il leur fut livré une bataille, où ils furent vaincus par les forces Portugaises. Depuis ce jour jusqu'au 10 Août suivant, il y eut encore avec l'ennemi plusieurs rencontres moins importantes.
La force Portugaise marcha ensuite versEncoge, d'où le Commandant procéda à diverses opérations pour la sûreté et la pacification du pays soumis; et en 1794 le gros de l'armée rentra dans ses quartiers.
Les Roitelets défaits envoyèrent à Loanda leurs Ambassadeurs prier le Capitaine Général d'accepter leur soumission (1), ce qui leur fut accordé. Ils se rendirent, en conséquence, dans
(1) Dépêche du Capitaine Général du 23 Janvier 1796, au Ministère de la Marine et d'Outre-mer.
cette ville, où, accédant à toutes les conditions que Ton exigea d'eux, ils prêtèrent serment, et signèrent les actes respectifs de soumission et de vasselage à la Couronne de Portugal, qui furent portés sur les livres compétents (1).
Ainsi, le résultat de cette guerre, commencée en 1793, fut le nouvel assujettissement de tous les Roitelets des deux rives du Loge, depuis le fort d'Encoge situé à 7° 30' de Latitude Sud, et 25° 24' de Longitude orientale de Lisbonne, jusqu'à l'embouchure de la même rivière, et de-là vers le Nord, jusqu'au-delà du Lue. Tel
était l'état des choses en 1796. Et il faut observer qua lo jurisdition d'Encoge s'étend à plus du vingt lieues vers la Nord, c'est à dire, jusqu'à 6 degrés et demi de latitude méridionale.