LA VÉ AU S DE VELASQUEZ
Un groupe composé des premiers connaisseurs et érudits de l’Angleterre a pris sur soi de la fournir. Ils se sont réunis à la Galerie Nationale, et, le verre ôté, ont examiné le tableau. M. Creig s’étant présenté, on le pria de désigner l’endroit où il lisait ses monogrammes. Aucun de ces messieurs n’ayant pu discerner les caractères qu’il a fait publier, l’épreuve parut concluante. Le groupe tomba d’accord de signer un papier fut communiqué aux journaux et qui se termine en qui ces termes : « En conséquence de cet examen, auquel M. Creig fut présent, nous nous sommes convaincus que les traits et craquelures découverts par lui et qu’il nous a montrés, n’offrent en réalité les vestiges d’aucun monogramme ou signature. » Au bas de cette constatation figurent les noms de MM. Claude Phillips, Herbert Cook, Lionel Cust, Roger Fry, Holmes, Witt. Mac Coll et Sidney Colvin.
Pour tous les gens de bon sens, la cause est entendue. On ne demandera plus si Mazo a signé un tableau digne de Vélasquez et mentionné comme son ouvrage dans la cabinet d’un grand d’Espagne vingt-deux ans après la mort du peintre. Tout ce qu’il plaira d’élever de nouvelles difficultés ou de ressusciter d’anciennes chicanes à cet égard, devra se passer de l’appui que M. Creig se flattait d’avoir découvert.
Maintenant, il ne manque pas de gens aujourd’hui qui déclarent vouloir davantage. Ces attributions d’inventaires, même anciens, ne les contentent qu’à moitié. Ils veulent des textes de commandes et des reçus. D’au-
tre part, les mêmes gens sont toujours prêts à douter de l’authenticité d’un tableau sur les résultats allégués de quelque examen intrinsèque. Les épurations de catalogues des maîtres à la façon de Morelli, ont le plus grand crédit auprès d’eux. A quelque érudit qui survient et dit : « Ceci en est, cela n’en est pas », ils sont enclins à faire confiance.
De cette grande exigence en matière de témoignages, de cette grande crédulité quand il s’agit d’analyse, s’est engendré le genre de scepticisme dont la Vénus de Vélasquez vient d’éprouver le brutal assaut : ce scepticisme a fait tout le succès de M. Creig, dont les raisons en soi étaient la faiblesse même. La patrie de ce scepticisme est l’Allemagne ; il est plus répandu en Angleterre qu’en France, où Morelli n’a presque pas fait de disciples. Contre ce scepticisme, je remarquerai deux choses.
Premièrement, il est fou de croire que tout ouvrage d’un disciple, habile imitateur d’un maître, puisse être distingué par la seule analyse du tableau. Il n’est pas moins fou d’imaginer que tout ce qui déroute un connaisseur dans l’examen de l’œuvre présumée d’un maître, emporte la désattribution. Ces conséquences sont souvent légitimes ; pour un certain nombre d’ouvrages il sera toujours impossible de s’y fixer. Certains peintres ont eu des disciples qui les ont singés à s’y méprendre. Certains autres ou les mêmes parfois ont eu dans leurs ouvrages des variétés de style et d’exécution singulières. Ainsi la critique fondée sur le seul examen des œuvres ne peut se suffire à elle-même ; elle a des bornes, et souvent fort étroites.
En second lieu et quant aux témoignages, prétendre les réduire aux pièces comptables est fou. U y a vingt