F AÏ! K LAND
EMILIE
Tous ceux qui vous connaissent vous chérissent et vous honorent.
Le croyez-vous ?... que vous me feriez de bien de me le persuader !
EMILIE
Votre nom, ne rappelle-t-il pas des bienfaits?...
CALEB
Pourrait-on citer une seule victime de votre injustice ?...
Laissons cela... Caleb, qu avez-vous fait en mon absence ? „
CALEB
Mylord , j’ai mis au net votre essai sur la politique d’Alexandre, qu’on a, je ne sais pourquoi, surnommé le Grand.
Vous ne savez pourquoi ?... Comment , vous avez, donc lu, sans lire?
CALEB
Pardonnez-moi , mylord.
Eh ! bien , vous avez lu ; et , de votre certaine science de vingt ans, vous renversez, un .colosse de vingt siècles !
Encore un coup , pardon , mylord. Mais la vraie grandeur , à mes yeux , c’est celle d'un héros pacifique. Je n’aime point les dévastateurs du monde; et j en veux aux historiens qui , dans leurs livres , n’accordent jamais plus de gloire qu’à celui qui a fait plus de mal à ses semblables.
Prise en général , votre remarque est fondée ; mais
il s’agit d’Alexandre, mon ami; et je pense que vous
décidez à son égard bien légèrement , en vrai jeune
homme. Connaissez-vous ce que vous blâmez? C’est «
peu que les exploits d’un guerrier; c’est tout que leur but. Est-ce un conquérant qu il faut voir dans un prince qui ambitionnait la conquête des peuples ; ici , pour les préserver de leur chute ; là , pour les tirer du néant de la barbarie, et les enfanter à la civilisation.
CALEB
Si je le considère dans sa vie publique , mylord , je suis loin de le mépriser ; car on ne méprise pas ce qu’on craint; mais si je descends dans sa vie privée, que cet homme si grand me semble petit! Le meurtre de Clitus , sera-t-il aussi un de ses titres à l’immortalité ?
Non , le meurtre de Clitus sans doute ; mais les remords qui font suivi... Ah! que Clitus fut bien vengé!'
, CALEB
Dans la tombe , mylord ! J
Dans la tombe, monsieur!... Que votre âge a peu d’indulgence! Pensez-vous que Clitus n’eût aucun tort ?...
CALEB
Une injure excuse-t-elle un assassinat?
/ Falkland jette sur Caleb un regard perçant , comme pour pénétrer sa pensée , et détourné les yeux , se renferme un moment en lui-même , puis quitte la scene brusquement et en poussant la porte avec 'violence. )
Quel regard il a jeté sur vous , monsieur Caleb !
CALEB
Sortir ainsi!... sur un mot.
• ' EMILIE
Le voilà retombé dans ses accès ! Ah ! qu’il me fait de peine!... Pardon, si je vous quitte... mais je ne
veux pas le laisser à lui-même. ( Elle sort. )