‹ Falkland, ou La conscience, drame en cinq actes et en proseChapitre 19 sur 58 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

CA LE B

Je ne suis que juste.

A propos de maîtres distingués, nous allons en posséder un, dit-on, dans le chapelain qui remplace notre digne Williams. L’on assure même que les devoirs de son état ne l'ont pas empêché de cultiver plusieurs talents. Je vous recommanderai à son expérience. Il achèvera ce que la nature et l’étude ont si heureusement commencé en vous , mes chers amis.

* ÉMILlrf

Mon respectable protecteur , que toutes vos bontés me touchent! Qui -suis-je pour mériter que vous m’aimiez comme un père aime sa fille?

Ne m’aimez-vous donc pas aussi comme une fille aime son père?

Oh! sans doute.

Eh ! bien , votre tendresse m’est si précieuse , que c’est moi, chère Émilie, qui vous dois de la reconnaissance.

EMILIE. v

Si nous osions pourtant, mylord, nous vous ferions quelques reproches. Oui... Ceux qu’on aime, on craint de les affliger... Vous nous avez bien inquiétés.

Je me suis oublié... Pardpn... Le temps coule si rapidement pour l’homme qui se livre à ses pensers.

EMILIE

Tom nous a dit... ' , .

En effet, Tom m’^rencontré...

EMILIE

Rencontré !... sur le bord des précipices !

FALKLAND. f ^

Je suis las de contempler la nature dans l’enceinte

de mes murailles ; mon œil est blessé de ne rencontrer

jamais que l’art dans la parure arrangée de nos jardins : des beautés sauvages et variées , des monts escarpés , des abymes; ces lieux où la nature est grande, imposante , prodigieuse , voilà ce qui convient à mon ame.

EMILIE

Quoi que vous en disiez, mylord, nos jardins, nos ruisseaux, nos prairies valent bien vos torrents et vos sommets escarpés. .

Pour vous peut-être, non pour moi; le temps, les traverses de la vie changent nos goûts. J’ai pensé comme vous ; puissiez-vous n’être jamais contrainte à penser comme moi !

EMILIE

Ne nous quittez plus, mylord.

* ACTE II, SCÈNE IV. ‘ a 3

Chère Émilie , je le voudrais ; tuais il est des moments où j’ai besoin de porter mes ennuis au-delà de ma maison.

Ceux qui vous entourent aimeraient à les partager. Pourquoi ces dégoûts de la vie au milieu des plus douces jouissances ; cet éloignement pour vos semblables au sein des transports de leur tendresse? Vous savez faire des heureux , et vous ne savez pas l’être !

L’un est plus aisé que l’autre!..

CALES

Miss a rsiison , mylord : comment concevoir qu’on soit bien avec tout le monde, et qu’on paraisse être mal avec soi-même ?

EMILIE

Mon cher bienfaiteur , vous nous cachez vos peines.

Laisscz-moi.> *

EMILIE

Parlez-nous.

falkland , péniblement.

Qu’ai-je à vous dire?... Dans l’âge de la santé, vous soupçonnez peu quelle puisse être altérée par les chagrins de l’ameî.. pensez-vous que l’on n'ait jamais

à se plaindre des hommes ?

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