LA COMTESSE DE FALLOUX
Discours de M. le marquis de Kernier,
député de Vitré, représentant de la famille
Garadeuc de la Chalotais.
Éminence, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs,
Jo m'excuse de prendre la parole après les orateurs éminents qui viennent de célébrer la mémoire de l'illustre homme d'État, dont le bronze perpétuera, avec tant de vérité, les nobles traits, sur cette terre d'Anjou, son berceau, près de ce Bourg-d'Iré qu'il aimait tant. — Mais je ne puis oublier l'obligation spéciale que me crée une proche parenté avec celle, qui fut non seulement la tendre compagne du comte de Falloux, mais sa confidente ; dont l'intelHgence se mariait intimement à la sienne, évocatrice souvent de ses plus grandes conceptions.
C'est donc à un devoir personnel, comme aussi à un devoir général que j'obéis, en vous demandant de ne pas laisser clore cette touchante et magnifique cérémonie, sans me permettre d'évoquer le souvenir de M™e la comtesse de Falloux, dernière héritière d'un nom qui, lui aussi, appartient à l'histoire ; sans me permettre de rappeler également M'"= la marquise de Garadeuc de la Chalotais, cette autre grande dame, qui tint ici tant de place, et dont la vie s'est écoulée, inondée des joies s'attachant aux honneurs et spécialement aux jouissances de l'amour-propre, — abreuvée pourtant des plus poignantes douleurs, — utile et heureuse, malgré tout, parce que, près d'un gendre dont elle savait comprendre les généreuses aspirations, et qui, en échange, trouvait en elle les plus exceptionnelles qualités, produits du charme de la bonté et de l'esprit.
Il m'appartenait, Mesdames et Messieurs, de prendre une
initialivo qui, j'en ai l'espoir, aura répondu aux secrètes pensées de chacun ; il me semble, en effet, qu'en accomplissant ici, très simplement, un acte qui, à tant de titres, me tenait au cœur, je ne me place pas uniquement au point de vue familial, mais que cette évocation trouve vibrantes l'âme du Bourg-d'Iré et l'âme de l'Anjou, reconnaissantes de voir associer aujourd'hui à la gloire d'une grande figure, celles qui pendant un si long espace du siècle écoulé, ont représenté, avec ce génie que la France pleure, toutes les délicatesses, toutes les bienfaisances et toutes les vertus.