‹ Falloux et le monument commenoratif de la loi de 1850 sur la liberte d'enseignementChapitre 26 sur 73 · REMERCIEMENTS · texte numérisé non relu

REMERCIEMENTS

Par M. le Comte Louis de Blois, petit-neveu du Comte de Falloux.

Éminence, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs,

La tâche la plus agréable, la plus facile m'a été réservée : celle des remerciements. Toutefois, l'impérieuse force de la reconnaissance est nécessaire pour vaincre le sentiment qu'après de ^ telles voix, illustres ou expérimentées, on semble téméraire à risquer la sienne, ne fut-co que pour peu de mots et pour peu d'instants.

La sympathie la plus large, la plus loyale, la plus intelHgente vous a tous conduits ici, Messeigneurs et Messieurs : L'indulgence constitue donc sans nul doute l'un de vos privilèges. J'essaierai alors de traduire, au nom de la famille de mon grand oncle, l'émotion qui m'étreignait tout à l'heure lorsque j'écou-, tais M. Henry Jouin remettre à notre Société civile du Bourgd'Iré ce monument dû à sa courageuse initiative, à sa sollicitude constante, à son goût éclairé, à son habileté enfin et à sa persévérance qui reçoivent aujourd'hui leur couronnement, tandis qu'elles consacrent en ce coin d'Anjou une gloire qui nous est chère.

Je me reportais à un an de distance, à l'an passé : que d'obstacles semblaient alors se dresser à l'encontre de notre rêve ! Messeigneurs, Messieurs, ces obstacles, votre concours les a domiaés ! votre concours réalise, dans ce qui peut unir par delà les nuances d'une même opinion, parfois par delà les opinions elles-mêmes, votre concours réalisé dans ces hauts sommets de la pensée, où se complut Falloux, et qui s'appellent la santé morale d'un pays, l'utilisation de toutes ses forces, la prospérité de son sol et l'accomplissement de ses historiques destinées ! Tandis que M. Henry Jouin poursuivait sa tâche, aidé de l'infatigable dévouement de ses deux premiers collaborateurs, M. le sénateur Dominique Delahaye, nom qui claque comme un drapeau, drapeau de courage, de convictions ardentes, d'honneur, et M. Georges Conrairie, voué en cette région au service de toutes les justes causes ; tandis que la compétence de M. Henry Jouin nous désignait un véritable artiste, héritier, gardien des traditions magnifiques de nos vieux maîtres statuaires, et que son « David d'Angers » a, pour ainsi dire, naturalisé Angevin ; tandis que la presse, dans un élan quasi unanime, proclamait en d'éloquents, en de persuasifs articles, le bien fondé de notre désir à tous, les Français libérés de l'esprit de secte, notre vénéré, j'ose dire notre cher — oui notre bien cher évêque d'Angers — daignait accepter la présidence du Comité d'honneur, et en même temps qu'il rehaussait notre œuvre, il la marquait du signe qui, dans la suite des temps, n'a cessé d'être le signe de l'Église. Il la marquait d'un signe de paix au regard des hommes de bonne volonté. A la suite s'inscrivent dans ce Comité purement, j'allais dire jalousement Angevin, des noms dont je ne puis parcourir la liste sans éprouver un sentiment d'orgueil. Qu'on les trouve mêlés depuis des siècles aux chroniques de ce pays, qu'ils rappellent d'immortelles luttes au service de la Patrie ou de l'Eglise, qu'ils soient ceux de chefs éminents de notre enseignement libre, supérieur ou secondaire, représentants de Maine-et-Loire au Sénat, à la Chambre, ou au Conseil général, aux Agriculteurs de France, dans des entreprises de vaste envergure, plus modestement, mais non moins utilement, dans les Comices et dans les mairies, collaborateurs, amis, fils d'amis, continuateurs de M. de Falloux, ils présentent le vivant témoignage que l'activité intellectuelle, industrielle, agricole, politique, bien loin de trouver une entrave dans les traditions reçues y puise, au contraire, un incomparable aliment. Ils s'uniront — c'est notre coutume en Anjou — et la route qu'ils siu'cnt tracer par leur exemple, vous la voyez, Messeigneurs et Messieurs :

elle aboutit au pied de cette statue. Toutefois, il leur sembla que leur tâche était encore incomplète et que ce monument, angevin par prédilection, appartenait aussi à la France. Dès lors, pour le consacrer, il ne leur parut point trop hardi de faire appel, malgré la longueur et la fatigue du voyage, aux deux grandes puissances intellectuelles et morales de ce temps, les plus hautes, les plus incontestées, les plus invulnérables, les seules presque qui restent debout, en dépit des attaques et parmi tant d'autres ruines : j'ai nommé l'Église et j'ai nommé l'Académie française,

M. le cardinal, prince de l' Église, Votre Éminence comble nos vœux les plus osés. En vous, Monseigneur, s'affirme l'âme de notre intrépide Vendée qui vous a donné naissance. Par le nom de votre archidiocèse vous évoquez le lieu où fut baptisée la France ; par vos actes, un célèbre débat où votre auguste pourpre couvrit les pères de famille revendiquant la religion et la liberté dans l'éducation de leurs enfants ; par l'imposant cortège d'évêques, de prélats, de prêtres qui vous entourent, vous nous représentez enfin le précieux témoignage, l'inestimable sympathie de l'Épiscopat et du Clergé français.

Messieurs, comment remercier votre glorieuse Compagnie de l'insigne honneur qu'elle a réservée à la mémoire de M. de Falloux ? Non contente d'être représentée par ses membres, à titre individuel, elle a tenu à l'être pour ainsi dire tout entière en nommant un délégué. Par une déhcate attention, elle a choisi un nom deux fois célèbre dans la littérature, et dont le chef vénéré, M. le marquis de Vogué, bien connu de l'Anjou qui l'acclamait voici cinq ans à l'occasion d'un grand concours agricole, fut le compagnon sans faiblesse, l'ami fidèle de celui que nous fêtons aujourd'hui. Les services multiples qu'il rendit au pays comme ambassadeur, com-me savant, comme président de la Croix- Rouge et des Agriculteurs de France, obligent tous les partis à lui vouer un respect sans réserves. C'est avec un attachement indicible, une reconnaissance profonde que nous saluons cette haute figure douée, par la vaillance, d'une jeunesse éternelle et, par l'éloquence, d'une séduisante, d'une irrésistible autorité. Ses confrères qui, eux aussi, ont afïronté ce long voyage, nous représentent également des noms chers à M. de Falloux, des noms révérés, non seulement par tous les cathoHques, mais par tous les esprits sincères, quelles que soient leurs croyances, parce qu'il sont unis dans leurs œuvres, ce qui ne peut manquer de s'imposer à l'esprit : la culture la plus raffinée, l'intelligence la plus profonde, en même

temps que la plus loyale des difficiles problèmes contemporains, et la fermeté inébranlable des convictions. Groupés autour d'eux, représentants des phalanges intellectuelles qui donnent confiance et nous font grand honneur, je salue, je remercie l'éminent recteur de l'Université catholique de Paris et son fraternel guide sur notre terre angevine. Monseigneur Pasquier, recteur des Facultés catholiques de l'Ouest, ami éprouvé du Bourg-d'Iré, dont l'appui nous fut acquis dès la première heure, et que j'ai plaisir à contempler aujourd'hui environné de ses doyens, de ses professeurs, de ses élèves, qu'il pourrait discerner dans la foule, comme accompagné de la gloire de son œuvre florissante, inséparable du souvenir d'un célèbre évêque d'Angers que je me fais un devoir de rappeler et d'honorer ici. Messieurs, je n'en finirais pas si je voulais énumérer tous les motifs de ma reconnaissance. Mais vous remercier, je le sens, c'est encore abuser de vous. Remercier les autres orateurs ? Ils vous sont bien connus, mêlés qu'ils sont par leurs services journaliers à notre vie. L'aîné d'entre eux, avant de revêtir sa toge sénatoriale a ceint l'épée durant l'année terrible pour combattre l'invasion ; depuis, obéissant à un nom que les Arts de la Paix ont jadis porté à l'Institut, il vit au milieu de nous érudit, lettré, laborieux, épris de notre Anjou qu'il connaît mieux que quiconque, et sait défendre à l'occasion, en champion intègre, devant le pays tout entier ; ceux qui ont parlé à sa suite nous sont encore plus proches et nous les apprécions sans cesse, soit dans la direction de notre enseignement libre, récemment cité comme un modèle, soit au Parlement, soit sur nos places publiques, dans nos foires, dans nos fermes, à la disposition de chacun, restaurant nos méthodes d'élevage et relevant la tradition de Falloux. Messieurs je remercie le Conseil général de Maine-et-Loire, le Conseil municipal de Segré qui, s'élevant un instant au-dessus de toute politique, ont honoré en Falloux le grand citoyen et le grand Angevin. Je remercie la Société des Agriculteurs de France qui a sanctionne par sa généreuse subvention, et par le choix même de son délégué, l'entreprise agricole de mon grand oncle. Je remercie le Comice agricole de Segré, l'hospice Swetchine, le Bourg-d'Iré, fidèles à la reconnaissance. Je remercie M. le marquis d'Armaillé, notre cher maire, toujours votre exact interprète. Je salue le collège de Combrée, foyer d'amitié qui a si puissamment contribué à notre œuvre, qui contribue aujourd'hui à notre fête par sa belle fanfare, rivalisant avec celle, non moins éclatante, non moins harmonieuse de Segré.

Je vuas remercie tous, augustes prélats, illustres membres de l'Académie française, hommes politiques, parents, amis, voisins, souscripteurs, chère population qui, sous la direction de vos distingués et zélés pasteurs, avez si gracieusement décoré votre village. Grâce à vos prières, grâce à vos dons, grâce à vos sympathies et à votre peine, grâce à votre présence enfin, la fête est complète. Désormais, grâce à a^ous, Thomme et l'œuvre participent au caractère du bronze. Puissions-nous ajouter à sa durée. Nous aurions voulu graver sur le socle ces noms que le souvenir, l'admiration, le respect ont gravé dans nos cœurs : Montalembert, Berryer, Lacordaire, Dupanloup et Cochin, mais nous les associons aux hommages que reçoit cette statue.

Nous l'avons voulue en terre angevine. Des Angevins, M. Rousseau, maire de Segré, à l'époque des obsèques de mon grand oncle ; ces années dernières, le regretté marquis de Charnacé, l'ont promise et annoncée. Le dévouement, l'habileté, le concours d'Angevins l'ont réalisée. La France entière, certes, à répondu à leur appel, mais il convenait, dût ce monument exciter des jalousies injustifiées, que sa place fût ici. Le marquis de Vogiié l'a éloquemment affirmé. Le marquis de Kernier vient de le rappeler en quelques mots déhcats, où il associe une compagne modèle et une grande lignée parlementaire à la glorification d'aujourd'hui. Le village du Bourg-d'Iré, cette terre où M. de Falloux connut à la fois tant de consolations et tant de deuils, cette terre qui garde sa tombe et les tombes des siens, était naturellement désignée. Cette rive aimable et bruissante fut entre toutes, selon une expression empruntée à notre vieux Ronsard, « la parlante rive » pour Alfred de Falloux. Ne méritait-elle pas sa statue puisqu'elle avait possédé son cœur ?

Avant de nous séparer, iMesseigneurs et Messieurs, permettezmoi de vous lire ce télégramme, qui nous est parvenu hier soir d'une terre d'exil. Les partis les plus divers ont bien voulu s'unir pour cette manifestation qui nous rassemble. Volontairement elle reste en dehors et au-dessus de toute politique. Toutefois, ce n'est, j'imagine, offenser aucun d'eux que de proclamer ce témoignage dont Monseigneur le Duc d'Orléans veut bien honorer la cause d'une de nos plus chères libertés, la mémoire du comte de Falloux et nous-même.

184 DISCOURS DE M. d'aNDIGNÉ

TÉLÉGRAMME DE MOKSEIGNEUR LE DUC d'OrLÉANS

« Evesham, 6 juillet, 3 h.

(c Au jour de l'inauguration de la statue du comte de Falloux, votre oncle, je tiens à fêter avec vous cette gloire de votre famille, à m'unir par la pensée et par le cœur à tous les catholiques français qui rendent un hommage mérité à celui qui sut toute sa vie magnifiquement défendre les grandes et nobles causes : la liberté de l'Éghse et la liberté d'enseignement.

« Votre aiïectionné,

« Philippe. »

FALLOUX. SOUVENIRS liNTIMES

Causerie par M. le comte Geo.fTroy d'Andigné, conseiller général du canton de Segré.

Eminence, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs,

Un de mes plus lointains souvenirs de M. le comte de Falloux s'attache à mon enfance. Il paraît que j'étais très bruyant et que je criais beaucoup.

A mon père, qui s'en désolait, M. de Falloux dit en plaisantant : Consolez-vous, cher ami, vous verrez qu'avec une si belle voix cet enfant deviendra un jour académicien.

Pour cette fois, M. de Falloux ne fut pas prophète ; il est vrai qu'il parlait dans son pays. Vous me voyez fort embarrassé, fort surpris même de mon audace de prendre la parole après de yi éminents orateurs et devant une si imposante assemblée.

Et cependant j'ai dû céder à d'amicales instances. Je sais du moins gré à mon excelloni voisin. Louis de Blois, de m'avoir

DISCOURS DE M. d'ANDIGNÉ 185

convié à évoquer quelques souvenirs personnels do M. de Falloux dans cette demeure où tout me le rappelle, tant la ])iélé familiale y a respecté les moindres détails.

Tout imprégné des traits qu'a si fidèlement reproduits l'éminent artiste, il me semblait, à l'instant, retrouver dans cette salle l'image de cette belle figure encadrée de ses longs cheveux.

Ici même, je me suis assis près de lui, d'abord amené par mon père. La table se complétait alors des trois femmes dont l'affection adoucit son exil volontaire ou, pour mieux dire, sa retraite prématurée : la marquise de Caradeuc, la comtesse de Falloux et mademoiselle Loyde de Falloux.

Plus tard, lorsque la solitude de nos foyers les eût rapprochés, je suis encore venu déjeuner ici, en des tête-à-tête dans lesquels M. de Falloux, ne pouvant m'élcver à son niveau, savait s'abaisser au mien. Complaisamment, il me parlait de mes chasses, auxquelles d'ailleurs il devait fort peu s'intéresser, car je ne lui ai jamais connu grand goût pour le sport. L'impénitent disciple de saint Hubert que je suis aurait cependant mauvaise grâce à ne pas rappeler quel attrait avait pour M. de Falloux la chasse au blaireau.

Rarement il manquait une do ces parties, pleines d'entrain, qui rassemblaient notre voisinage. On déjeunait sur l'herbe, et souvent les accents d'un primitif violon, emprunté à une ferme voisine, conviaient la jeunesse à des danses champêtres, pendant que les chasseurs, par de savantes tranchées d'approche, préparaient l'hallali final.

Une fois, la passion de M. de Falloux faiUit lui être fatale.

Nous étions réunis au pied d'un de ces johs coteaux qui encadrent notre sinueuse vallée de la Verzée. Soudain, le blaireau sort du terrier, et M. de Falloux, entraîné à sa poursuite par une ardeur que, malgré son grand âge, on eût pu qualifier de juvénile, fait une chute terrible dans un ravin.

Dieu merci, on le releva sans grand }aal, et lorsque la première émotion fut passée, il rit de bon cœur de l'aventure.

Je ne pus m'empêcher de lui signaler alors une curieuse coïncidence.

Dans ce même endroit, quelques quatre-vingts ans auparavant, à l'époque la plus troublée des insurreclions de la chouannerie, mon grand oncle, le général d'Andigné, poursuivi par des gens d'armes, avait lancé son cheval dans les flancs du coteau escarpé. L'animal était venu s'abattre dans la prairie dans laquelle nous nous trouvions, mais, par un bonheur providentiel,

186 DISCOURS DE M. d'a^'DIGNÉ

le cavalier s'était relevé intact, échappant une fois de plus à ceux qui le traquaient.

Cette anecdote parut intéresser vivement M. de Falloux qui m'en reparla plusieurs fois.

Mes souvenirs du Bourg-d'Iré ne se limitent pas à la pièce où nous sommes ar-iuellcmcnt réunis.

Mes A'isites dans le grand salon, de l'autre côté du vestibule, sont encore bien présentes à ma mémoire. J'y fus amené souvent par mon précepteur, grand admirateur de M. de Falloux.

Il y avait alors les mêmes sièges qui le meublent aujourd'hui. La place habituelle de M. de Falloux était dans un grand fauteuil à gauche de la cheminée.

Dois-jc avouer que je ne goûtais guère le charme de la conversation ? Elle roulait principalement sur la littérature, et mon oreille se tendait instinctivement A'ers le chenil tout voisin du marquis d'Armaillé, dans l'espoir d'entendre le son d"une Irompe ou les aboiements des chiens. Une chose surtout m'exaspérait.

Au moindre bruit extérieur, M. de Falloux, peut-être aussi curieux que moi, se levait vers la glace sans tain qui domine la cheminée et, pojtant à son œil, par un geste qui lui était familier, le monocle carré qui ne le quittait pas, inspectait l'horizon.

Je lui en voulais de ce que mon précepteur ne me permettait pas d'en faire autant.

Mais quelles belles revanches je pris plus tard dans ce même salon, alors que le jeune homme forçait le bienveillant vieillard à écouter le récit d'une chasse de la veille !

Je me souviens aussi de la traditionnelle visite aux étables. M. de Falloux faisait venir l'intelligent collaborateur de son œuvre de régénération agricole, M. Lemanceau.

Il prenait plaisir à montrer lui-même chacun de ces magnififpies animaux dont la descendance a fait la fortune de toute la conirée.

Lorsque sa jnénioii'c lui faisait défaut, il réclamait le concours de son régisseur pour remonter aux origines les plus anciennes de chaque famille, et rappeler les nombreuses récompenses remportées dans les concours.

Puis, dans mes chevauchées par les petits chemins ombragés (jiii Fùiii lo cliju'ntc (lu pittoresque coin de notre riant Anjou, il m'arnva plusieurs fois de rencontrer M. de Falloux.

Chaussé de ses habituelles bottes, qu'il portait sous son pantalon, sanglé dans son inséparable redingote, sa promenade avait un but charitable, lorsqu'il n'était pas agricole.

DISCOURS DE M. d'aNDIGNÉ 187

Porter aux malheureux une aumône, à laquelle toujours il ajoutait la charité d'une de ces paroles affables, dont le prix est plus inestimable encore, faisait tout son bonheur.

Lorsque je repasse ces souvenirs d'enfance et de jeunesse, je comprends maintenant quel attrait avait exercé sur M. de Falloux la terre du Bourg-d'Iré, alors que, quittant le pouvoir, renonçant aux séductions de la vie publique, où sa supériorité d'homme d'Etat et sa puissante éloquence lui promettaient tant de triomphes, il avait voulu consacrer la dernière partie de sa vie au pays Segréen.

Obéissant à la générosité de sa nature, toujours avide de faire le bien, il avait entrevu, au milieu de cette contrée agricole, un nouveau champ d'action pour son activité et son intelligence.

Des voix plus autorisées que la mienne ont déjà célébré devant vous le grand catholique, Facadémicien, l'agriculteur, l'homme d'Etal, le créateur de la loi de 1850 : pour moi, représentant du canton de Segré, auquel il a été si profondément attaché, je veux, dans cette solennité, rendre hommage, au nom de notre région, à la mémoire du grand homme de bien qui fut toujours son bienfaiteur et son fidèle ami.

C'est au même titre que je tiens à remercier le Comité d'initiative du monument Falloux de son heureuse pensée.

S'il doit, à juste raison, se féliciter du magnifique résultat qu'il a obtenu, je puis l'assurer que notre pays saura garder le souvenir de cette inoubliable journée. Qu'il en soit certain, nos populations ressentent et apprécient le grand honneur qu'apporte à leur sol la présence de prélats si éminents, de membres d'une illustre compagnie, si particulièrement estimés do nous, et de tant d'autres personnages si distingués.

Quant à vous, mon cher de Blois, fidèle héritier d'un père qui, lui aussi, a consacré et sacrifié sa vie à la défense de nos intérêts, vous avez tenu à honorer avec nous la mémoire do votre grandoncle.

J'ai conscience d'exprimer les sentiments de tous en vous remerciant de l'accueil que vous nous faites ici.

Le gracieux concours que vous apporte dans votre tâche Madame de Blois est la plus jolie fleur déposée aux pieds de M. le comte de Falloux : et c'est sans doute pour lui la plus précieuse, parce que cette fleur a ses racines dans son château même du Bourg-d'Iré, qui lui fut si cher.

Page 1