‹ Falloux et le monument commenoratif de la loi de 1850 sur la liberte d'enseignementChapitre 27 sur 73 · HISTORIQUE DU MONUMENT · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DU MONUMENT

Paroles prononcées par M. Henry Jouin,

au nom de ia Commission d'Initiative,

à la réception du 7 Juillet.

Éminence (1), Messeigneurs (2), Mesdames, Messieurs,

Le dimanche 17 juillet 1429 se déroula dans la cathédrale de Reims — votre cathédrale, Éminence, — la cérémonie du sacre de Charles VII. Jeanne d'Arc était présente. Elle se tint debout dans le sanctuaire, son étendard à la main. Le soir venu, trois gentilshommes angevins, de Beauvau, Moréal et Lusse adressaient à la reine et à sa mère, Yolande d'Aragon, une lettre fameuse dans laquelle ils faisaient un éloge enthousiaste de la Libératrice.

Aujourd'hui, dimanche 7 juillet 1912, trois prélats angevins, le cardinal de Reims (3), Mgr Rumeau, évoque d'Angers, Mgr Grcllier, évêque de Laval (4) ont béni et inauguré le monument d'un Libérateur.

A Dieu no j)laise, Messeigneurs, que je cède à Fimprudenie pensée de rapprocher un mortel de nos jours de cette créature quasi-divine, de l'enfant incomparable, de la paysanne inspirée, du chef de guerre, de la victorieuse, de la captive, de la martyre, de la Bienheureuse, de la sainte de demain dont le nom se confond déjà sur nos lèvres avec ceux de Geneviève et de Clotilde.

Mais, toute distance observée — et je la fais immense, — est-

ci) p. E. le cardinal Luçon, Archevêque de Reims.

(2) Mgr Rumeau, évêque d'Anffers ; M?r Chapon, Evéque de Nice; Mgr Grailler, evêque de Laval ; Mgr Pasquier, Recteur des Facultés catholiques de l'Ouest ; Mgr Baudrillart, Rcdeur do l'Iii titut calhi.'Iiquc de Paris ; Mgr Legendro, dovcn de la Faculté de théologie, à Angers.

(3) Né à Maulévrier, diocèse d'Angers.

(4) Né à Joué, diocèse d'Angers.

DISCOURS DE M. JOllN 189

il donc téméraire de constater qu'un de nos contemporains s'est plu à reprendre le sentier jadis parcouru par Jeanne d'Arc,

Comme quelqu'un qui cherche où son guide a passé ?

La mission de Jeanne se résume dans l'affranchissement du territoire. Elle est envoyée pour arrêter l'envahisseur. Elle proclame que l'étranger cessera de fouler le sol national. Elle le repousse et le fait rétrograder. L'exode humihé commence du vivant de la Pucelle. L'Anglais perd confiance. Il va bientôt perdre pied. Le bûcher de Rouen s'allumera trop tôt sans doute, aux yeux des hommes à courte vue, mais le martyre de Jeanne n'est que la rançon surnaturelle du succès prédit. Le traité d'Arras(l), la capitulation de Sommerset sur le Fort Sainte- Catherine (2), Formigny (3), Castillon (4) sont en puissance dans la délivrance d'Orléans et le sacre de Reims. L'étranger recule et la bataille de Castillon, qui clôt par une victoire française la guerre de Cent ans, verra succomber Talbot et son fils. Le temps presse. Entre la tombe du vaillant capitaine venu d'Outre-Manche et le berceau de Luther, il ne s'écoulera pas trente années. Jeanne, en libérant le sol national a, du même coup, Messieurs, sauvegardé l'âme française contre les atteintes du moine révolté d'Eisleben, ce rude conquérant qui depuis quatre siècles tient la Grande- Rretagne en servitude.

Je n'oublie pas que j'ai devant moi l'historien de la Renaissance catholique en Angleterre au xix^ siècle, livre plein de sève et d'espérance, mais la conclusion de l'auteur implique le spectacle que donnera la France à la Grande-Bretagne pour hâter le complet retour de cette puissante nation à la fois traditionnelle. M. Thureau-Dangin a très bien défini la crise que traverse aujourd'hui notre pays, u La France souffre, a-t-il dit, de son infidéhté au catholicisme ». En d'autres termes, nous sommes oublieux de l'inestimable bienfait que nous devons, pour une large part, à la vierge de Domremy.

A l'exemple de Jeanne, Alfred de Falloux a été le défenseur actif et persévérant d'un territoire. Nul plus que lui n'a multi-

(i) Le traité d'Arras, qui réunit la Bourgogne à la France, porte la date de 1435.

(2) C'est le 23 octobre 1449 que le duc de Sommerset, gouverneur de Rouen, capitula entre les mains de Charles VII, sur le Fort Sainte-Catherine.

(3) Victoire remportée le 18 avril 1450, par le connétable de Richemond et le comte de Clerraont, assurant la reprise de la Normandie.

(4) 17 juillet 1453.

plié les appels, dénoncé les Irahisons, prév^i les envahissements prochains et, si la France catholique n'y mettait obstacle, la spoliation suprême des États pontificaux. Nul n'a mieux décrit que ne l'a su faire Alfred de Falloux — je cite ici le duc de Broghe — « en des termes d'une majestueuse beauté le rôle incomparable assigné par la Providence à cette cité romaine, deux fois qualifiée par l'histoire de Ville éternelle, deux fois capitale, non pas d'un État, mais d'un monde ». C'est Falloux qui plus qu'aucun autre détermina le cabinet Odilon Barrot à se prononcer pour la restauration du pouvoir pontifical. Odilon Barrot qui n'est pas suspect de partialité bienveillante à l'endroit de son collègue, l'affirme de la façon la plus expresse (1). C'est donc Falloux, promoteur de l'occupation de Rome par des troupes françaises qui retardera la confiscation du domaine de Saint-Pierre, et rendra possible, à onze ans de distance, l'intervention chevaleresque et glorieuse de La Moricière et de ses zouaves. S'il « est des défaites triomphantes à l'envi des victoires », ainsi que le proclamait un jour le Père Lacordaire dans la chaire de Notre-Dame, Castelfidardo et Ancône occupent le premier rang dans les fastes de ces jours glorieux. La grande voix de l'Évêque d'Orléans l'a cHt en des termes inoubliables, lel7 octobre 1865, dans la cathédrale de Nantes. Alfred de Falloux, Quatrebarbes, Berryer se trouvaient au nombre des auditeurs du prélat. Tous nous ont précédés dans la mort, mais la pure mémoire de La Moricière n'a rien perdu de son éclat, et ce n'est pas sans fierté que nous espérions pouvoir saluer ici le neveu de rilhisti'e soldat dans la personne de I\l. le comte de Castries, en même temps que l'un des officiers d'ordonnance du général en chef des troupes pontificales, M. de la Perraudièrc. Ouvrirai-je une parenthèse? On a dit de La Moricière qu'il éait « un homme d'acier » et son état-major lui avait fait la réputation de « tuer trois aides de camp en vingt-quatre heures (2)». M. de la Perraudière, dont les années n'ont pas ralenti l'activité, nous est la preuve que tous les auxiliaires du général n'ont pas succombé.

Ce que fut Alfred de Falloux dans l'élaboration do la hji qui porte son nom, et que Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris, présent à cette fête, qualifiait naguère de « précieuse loi Falloux (3) » tout ici le rappelle. L'assistance, les

(1) Mémoires posthumes de Odilon Barrot, t. III, p. 145.

(2) Oraison junèbre du général de La Moricière, par Mgr Dupanloup, p. 18.

(3) L'Enseignement catholique dans la France contemporaine. Paris, Bloud, 1900, in-S», p. 36.

DISCOURS DE M. JOIIN 191

discours, le culte que nous lui gardons, le iMOuumcril ([ui vient d'être inauguré nie coniniandent de ne pas atténuer le caractère de l'hommage rendu par des maîtres, en ajoutant à leur parole un témoignage inhabile et superflu. Mais je me plais à voir dans Alfred de Falloux, si jalousement préoccupé de léguer à la France une loi protectrice de l'éducation chrétienne, après s'être fait le défenseur d'un territoire sacré, je me plais à voir dans l'homme d'État de 1849 un suivant de Jeanne d'Arc.

Maintenant, Messeigneurs, je voudrais appeler respectueusement votre attention sur une erreur d'optique à laquelle plusieurs des membres de cette Assemblée n'ont pas su se soustraire. J'en demande pardon à M. le comte de Blois, dont nous sommes les hôtes, car mon accusation remonte jusqu'à lui. Non, il n'est pas juste de penser, il n'est pas exact de dire que le monument qui nous rassemble soit une œuvre restreinte, due à la collaboration de quelques individualités résolues. Il serait plus injuste encore de le supposer l'œuvre d'un seul.

Votre Commission d'initiative, Messieurs, présidée par M. Delahaye, sénateur de Maine-et-Loire, conseillée par M. Gonrairie, le jurisconsulte de notre groupe, a réuni des fonds et ordonnancé des dépenses. Elle a tenu, elle tient encore dans sa main la coupe de cristal où les pièces d'or sont tombées en nombre appréciable, mais son rôle ne A^a pas au delà; et j'entends dire, hélas ! que le guichet du payeur central a vu passer la totalité des sommes recueillies, sans que les recettes et les dépenses fussent en parfait équilibre ! C'est l'histoire de plus d'un budget, mais votre Commission d'initiative n'a vraiment pas le droit de s'enorgueillir du résultat obtenu.

Autre est la genèse du monument de Falloux. Autres sont ses auteurs.

Ce monument est l'œuvre de l'Épiscopal. Il est érigé par soixante-huit Évoques de France.

Disons-le bien haut, Messieurs, cette participation des chefs des diocèses est le plus bel éloge qu'il nous fût permis d'ambitionner pour le ministre dont nous sommes les clients.

Si les chiffres ont leur portée, les noms, plus précis que les chiffres, ont leur éloquence. Ma fonction de secrétaire de la Commission d'initiative ayant fait de moi le destinataire de la corres-

pondance des Prélats souscripteurs, je crois devoir rappeler ici les titres et la situation de chacun.

A leur tête se placent cinq Cardinaux :

S. E. lo Cardinal Luçon, Archevêque de Reims, Président de cette solennité ;

S. E. le Cardinal Coullié, Archevêque de Lyon ;

S. E. le Cardinal Amette, Archevêque de Paris ;

S. E. le Cardinal Dubillard, Archevêque de Chambéry ;

S. E. le Cardinal de Carrières, Évêque de Montpellier.

Aux quatre cardinaux métropolitains qui viennent d'être nommés se sont joints :

S. G. Mgr Bonnefoy, Archevêque d'Aix ;

S. G. Mgr MiGNOT, Archevêque d'Albi ;

S. G. Mgr Ricard, Archevêque d'Auch ;

S. G. Mgr Latty, Archevêque d'Avignon ;

S. G. Mgr Gauthey, Archevêque de Besançon ;

S. G. Mgr Dubois, Archevêque de Bourges ;

S. G. Mgr Delamaire, Archevêque-coadjuteur de Cambrai ;

S. G. Mgr DuBOURG, Archevêque de Rennes ;

S. G. Mgr Chesnelong, Archevêque de Sens ;

S. G. Mgr Germain, Archevêque de Toulouse ;

S. G. Mgr Renou, Archevêque de Tours ;

S. G. Mgr Combes, Archevêque d'Alger et Carthage.

A la suite du Cardinal- Évêque de MontpelUer, nous devons nommer :

S. G. Mgr Rumeau, Évêque d'Angers ; S. G. Mgr Chapon, Évêque de Nice ; S. G. Mgr Grellier, Évêque de Laval ;

présents au milieu de vous.

S. G. Mgr du Vauroux, Évêque d'Agen ; S. G. Mgr de Cormont, Évêque d'Aire ; S. G. Mgr Desanti, Évêque d'Ajaccio ; S. G. Mgr DiziEN, Évêque d'Amiens ; S. G. Mgr Arlet, Évêque d'Angoulême ; S. G. Mgr Campistron, Évêque d'Annecy ; S. G. Mgr ViLLARD, Évêque d'Autun ;

S. G. Mgr Manier, Évêqup de BpIIov ; S. G. A[gr Melisson, Évr-quo do lîlois ; S. G. Mgr Ckzérac, Évêquo do Caliors ; S. G. Mgr DE Beauséjour, Évêqvic do Carcassonne ; S. G. Mgr Bouquet, Évoque do GharLros ; S. G. Mgr Belmont, Évoque flo Clormont ; S. G. Mgr MoNESTÈs, Évoque do Dijon ; S. G. Mgr Guérard, Évoque de Coutances ; S. G. Mgr Castellan, Évoque de Digne ; S. G. Mgr Gazaniol, Évêque de Gonstantine ; S. G. Mgr Meunier, Évoque d'Évreux ; S. G. Mgr Bertiiet, Évêque de Gap ; S. G. Mgr Maurin, Évêque de Grenoble ; S. G. Mgr DÉCIIELETTE, Évêquo d'Hiérapolis, auxiliaire de Lyon.

S. G. A[gr DE Bon fils, Évêque du Mans ;

S. G. Mgr Fabre, Évêque de Marseille ;

S. G. Mgr Marbeau, Évêque de Meaux ;

S. G. Mgr GÉLY, Évêque de Monde ;

S. G. Mgr Penon, Évêque de Moulins;

S. G. Mgr Turinaz, Évêque de Nancy ;

S. G. Mgr Rouard, Évêque de Nantes ;

S. G. Mgr Ghatelus, Évêque de Nevers ;

S. G. Mgr Béguinot, Évêque de Nîmes ;

S. G. Mgr ToucHET, Évêque d'Orléans ;

S. G. Mgr DE Garsalade, Évêque de Perpignan ;

S. G. Mgr Boutry, Évêque du Puy ;

S. G. Mgr Duparc, Évêque do Quimper ;

S. G. Mgr de Ligonnès, Évêquo de llodez ;

S. G. Mgr Morelle, Évêque de Saint-Brieuc ;

S. G. Mgr Foucault, Évêque de Saint-Dié ;

S. G. Mgr Lecœur, Évêque de Saint-Flour ;

S. G. Mgr Fodéré, Évêque de Saint-Jean-de-Maurionne ;

S. G. Mgr Barde L, Évêque de Séez ;

S. G. Mgr Pêche NARD, Évêque de Soissons ;

S. G. Mgr ScHŒPFER, Évêque de Tarbes ;

S. G. Mgr BiOLLEY, Évêque de Tarentaise ;

S. G. Mgr MoNNiER, Évêque de Troyes ;

S. G. Mgr Martin de Gibergues, Évêque de Valence ;

S. G. Mgr Gouraud, Évêque de Vannes ;

S. G. Mgr Ctibier, Évêque de Versailles ;

S. Ct. Mgr Arnal du Curel, É-vêque de Monaco ;

Mgr Pasquier, Recteur des Facultés catholiques de l'Ouest. Mgr Baudrii.lart, Recteur de l'Institut catholique de Paris.

Votre Commission d'initiative, Messeignours, se sent profondément émue d'un pareil concours de l'Épiscopat.

Métropolitains et suffragants des provinces de Tours, de Paris, de Chambéry, d'Albi, de Rennes, et de Sens, figurent à l'unanimité sur la liste des souscripteurs.

A eux seuls les Évêques de France ont couvert, par leurs offrandes personnelles, le sixième de la dépense totale du monument.

Ici, Messieurs, votre légitime curiosité attendrait de moi quelques extraits de la correspondance de NN. SS. les Évêques avec votre Commission. Je voudrais répondre à votre désir, mais j'abuserais de vos instants. Vous retrouverez dans le volume qui se prépare sur le monument les pages essentielles des lettres précieuses entre toutes qui constituent le trésor de nos archives. Vous pourrez lire sous la plume du cardinal CouUié qui nous adressait sa souscription :

u Que cette offrande soit le témoignage de ma profonde reconnaissance pour le bien considérable réalisé dans notre France par la Loi Falloux. Qu'elle soit aussi une prière pour éloigner de nous les dangers qui menacent l'enseignement chrétien. »

Le cardinal de Cabrières approuvait notre projet en ces termes :

« C'est en ce moment qu'il sied aux catholiques de se souvenir des efforts de M. le comte de Falloux, pour leur assurer cette indispensable liberté d'enseignement, et de lui en témoigner leur gratitude en glorifiant sa mémoire par la parole, parles actes, et en donnant à l'une comme aux autres le commentaire durable d'une inscription gravée sur le marbre ou sur le bronze. »

Il me faudrait citer en entier la lettre de Mgr de Nice, où revit l'homme intime, bien connu de Sa Grandeur, mais cette lettre vous est déjà familière, la grande presse l'ayant reproduite en mai 1911 (1).

Je ne puis passer sous silence ces lignes touchantes de Mgr de Bonfils, les dernières peut-être que le prélat ait tracées, car elles portent la date du 29 mai 1912, et le l'''" juin l'Évêque du Mans descendait dans la tombe.

(1) Voyez plus haut, p. 405-106.

« Avec ses excuses, le plus pauvre des Évoques envoie sa souscription pour le monument do M. de Falloux, très heureux de l'hommage rendu à ce vaillant défenseur de la liberté d'enseignement. »

Je n'ai garde d'oublier la Lettre circulaire de l'évêque d'Angers au clergé de son diocèse, concernant la fête de ce jour. Vous l'avez tous lue, et l'hommage rendu par notre évêquo au promoteur de l'expédition de Rome, au principal auteur de la Loi de 1850 retentit encore dans votre esprit. Qui no serait frappé de la justesse et de l'élévation de ces lignes dans lesquelles se résument le jugement du prélat sur l'homme et sur l'œuvre.

« Il faut convenir que la Loi Falloux fut une grande conquête, non seulement pour les catholiques, mais pour tous les amis sincères de la liberté, et que la politique du tout ou rien eût été bien périlleuse, pour ne pas dire vouée à un échec certain. Le comte de Falloux pensa que le bon sens, autant que l'amour de l'ÉgUse, lui commandait « d'accomphr les choses possibles en se rapprochant des choses désirables ». C'était sage, et la postérité doit lui en demeurer reconnaissante. « Oui, c'est vous, lui écrivait le P. do Ravignan, qui, après Dieu, avez rendu à l'Éghse une de ses plus chères libertés, et il ne faudrait pas qu'on l'oubhât jamais. » — Vous avez. Messieurs, réalisé aujourd'hui même le vœu du P. de Ravignan, rappelé par Mgr Rumeau.Vous vous êtes souvenus avec dignité et avec amour des services rendus par l'homme d'État. ■ ■ « Demandons à l'arbitre souverain des nations, qui les élève ou les abaisse à son gré — c'est ainsi que termine l'évêque d'Angers — de multiplier parmi nous, pour le relèvement de la France chrétienne, des hommes de cette trempe ; des hommes qui adoptent le programme idéal que s'était tracé le comte de Falloux :

« Dieu dans l'éducation » ;

« Le Pape à la tête de l' Église » ;

« L'Église à la tête de la ci\nlisation ».

Le monument qui nous rassemble, Messieurs, est l'œuvre de 140 Étabhssements libres. Nous le savons tous, la population scolaire des écoles libres ne dispose que de faibles ressources, aussi, les collectes faites dans les collèges ont-elles été, le plus souvent, modestes, quant au total recueilli, mais ce qui double l'intérêt des souscriptions de cet ordre, c'est que, devant un nouvel appel do notre Commission, un très grand nombre de maisons se sont empressées de faire entre nos mains un second versement et,

à rencontre de ce qui se passe en pareille circonstance, la seconde contribution a été, dans beaucoup de cas, supérieure à la première. Il apparaissait évident que la jeunesse de nos écoles catholiques sentait croître en elle de mois en mois son culte envers une grande mémoire et sa reconnaissance pour un bienfait qu'elle appréciait chaque jour davantage. C'est ainsi que l'institution N.-D. de Grandchamp de Versailles, qui avait souscrit 21 francs, nous adressait quelques semaines plus tard 50 francs. L'école Saint-Joseph à Hasparren, au diocèse de Bayonne ; l'institution Saint- Jean à Besançon ; le petit séminaire d'Haubourdin, au diocèse de Cambrai, maint autre établissement ont donné l'exemple d'une progression croissante dans leurs offrandes successives. Oublierais-je Combrée ? Vous n'avez pas cette crainte. Notre collège angevin, si justement cher au comte de Falloux, qui se faisait une fête d'y conduire les hôtes illustres de ce château : Mgr Dupanloup, le Père Lacordaire, Cochin, Montalembert, le collège de Combrée a multiplié ses dons et le total souscrit par cette maison n'est pas inférieur à 700 francs.

Le monument Falloux, Messieurs, est l'œuvre de 275 souscripteurs individuels. Des collaborateurs du ministre de 1849, des amis de l'homme politique, des fils d'amis, car dans l'espace d'un demi-siècle la mort a fauché bien des hommes qui seraient accourus joyeux au Bourg-d'Iré en cette solennité du souvenir ; des bénéficiaires de la Loi Falloux, c'est-à-dire nous tous, ou presque tous, ont voulu s'inscrire sur les listes de souscription. Leurs offrandes oscillent entre 0 fr. 30 et 1.000 francs. Un anonyme du diocèse de Perpignan s'est excusé auprès de nous de ne pouvoir nous adresser qu'une obole, et sa lettre renfermait trois timbres de deux sous. Comment ne pas être ému en face d'un pareil témoignage de gratitude que la modicité du chiffre rend d'autant plus caractéristique ?

A l'opposite de cet inconnu, dont nous regrettons de ne pouvoir saluer le nom, voici l'homme de toute gloire, également célèbre et béni dans les Deux Mondes ; le savant entré de haute lutte à l'Académie des Sciences, dans les circonstances que l'on sait ; le chrétien qui est l'honneur de l'enseignement libre à l'Institut cathoMque de Paris, le libérateur — lui aussi, Messieurs, a droit à ce titre, car, il y a quelques semaines il arrachait à la mort 800 passagers du « Titanic » — j'ai nommé le D^ Branly, à qui l'humanité durant la suite des siècles sera redevable des secours magiques assurés par la télégraphie sans fil ; Branly, que l'auteur

des paroles de « Dieu dans l'École » — j'en ai reçu la confidence — avait devant l'œil de sa pensée lorsqu'il traçait cette stroph'' :

« C'est Dieu seul qui fait l'homme libre Par lui, préservé de l'écueil, Le vrai talent rayonne el vibio Et le génie est sans orgueil. «

Est-ce tout ? Ai-je cnumért; les sources diverses du monument Falloux ? Pas encore. Le Comité d'honneur institué le 10 janvier 1912 par Mgr Rumeau, au Palais des Facultés catholiques de l'Ouest, a été un puissant levier pour la souscription dans le diocèse d'Angers. Les membres du Comité se sont empressés de souscrire individuellement pour une somme totate de 1.900 francs.

La Société des Agriculteurs de France, le Comice agricole de Segré, la municipalité de cette cité, la commune du Bourg-d'Iré, l'hospice Swetchine, le Conseil général de Maine-et-Loire ont contribué par leurs subventions à la réalisation de l'hommage que nous avions entrevu. C'est M. Guillaume Bodinier, sénateur de Maine-et-Loire, qui fut chargé du rapport sur la demande de subvention au sein du Conseil général, et dans le court débat auquel donna lieu cette proposition, MM. de Terves, de la Guillonnière, de Grandmaison, Geoffroy d'Andigné, Laurent Bougère prirent successivement la parole, et la majorité du Conseil, ratifiant la proposition de M. Bodinier, vota 500 francs en faveur de notre entreprise réparatrice.

Avais-je tort, messieurs, lorsque j'invoquais tout à l'heure les collectivités imposantes et nombreuses auxquelles nous sommes redevables de notre succès ? Le monument du Bourgd'Iré n'est pas l'ouvrage de quelques personnalités, encore moins l'œuvre d'un seul.

Cependant, Messieurs, un homme d'exception domine les groupements que nous venons de rappeler. Notre rêve, dicté par la reconnaissance et le respect, était séduisant. Mais, de la coupe aux lèvres, il y a toujours place pour un échec. Nous avions besoin d'être compris et puissamment secondés. D'où viendrait le secours ?

Un homme s'est rencontré, portant au front l'auréole du talent, de la conviction, de l'amour des hautes mémoires, du désintéressement qui jamais ne fléchit, l'auteur applaudi des statues

du cardinal Guiberl à Montmartre, du cardinal Régnier (1) — un Angevin, Messeigneurs, — à Cambrai, de Mgr Lequette, à Arras, du curé d'Ars, du Père Olivaint, de Dupas, de Faidherbe, de saint Pierre Fourier dans la basilique de Saint-Pierre de Rome et, pourquoi ne le dirais-je pas, de la statue monumentale de Jeanne d'Arc, haute de 17 mètres, qui bientôt couronnera le Fort Sainte-Catherine, à 160 mètres d'altitude au-dessus des quais de Rouen, M. Louis-Noël, ici présent. C'est à lui. Messieurs, que doivent remonter les félicitations de tous, car c'est lui qui a modelé l'effigie aristocratique, sévère et contenue dont les contemporains des années de luttes proclament eux-mêmes la justesse iconiquc ; c'est lui qui a fait transsuder l'âme du conquérant de 1849 sur le bronze inauguré par vous ; c'est lui qui, devançant le succès, n'a pas hésité à se mettre à l'œuvre alors que la souscription n'était encore qu'à son début ; c'est lui qui a rendu tangible, durable et radieuse l'évocation d'un grand Français, d'un catholique dont la vie demeure une leçon. Et, par une coïncidence à son honneur, M. Louis-Noël ayant été chargé de rendre à la Libératrice un hommage exceptionnel, alors qu'il sculptait l'image d'Alfred de Falloux, cette seconde œuvre l'a, pour ainsi dire, rapproché de son modèle et nous autorise à saluer en lui, comme nous le faisions tout à l'heure dans la personne du promoteur de l'expédition de Rome et de la Liberté d'enseignement, un suivant de Jeanne d'Arc.

(1) Né à Saint-Quentin (Maine-et-Loire)

Invités du Comte et de la Comtesse Louis de Blois Château du Bourg-diré, 7 Juillet 1912

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