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LE MONUMENT DE FALLOUX

BULLETIN DELA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE D'ÉDUCATION (Paul Fleury) 15 septembre.

Un événement récent est bien fait pour stimuler le courage des catholiques : le centenaire de la naissance de M. de Falloux. Devant le monument du Bourg-d'Iré (7 juillet), la cérémonie a été particulièrement angevine, et Mgr Baudrillart l'a déploré {Revue pratique d'apologétique, 15 juillet 1912, p. 608-614). Il aurait voulu un hommage national de tout l'enseignement libre à son fondateur, de tous les catholiques au restaurateur de Pie IX en 1849. Il est encore temps, nous l'estimons, de le lui rendre.

Cette inauguration a fourni à un rédacteur de V Eclair, M. Gabriel Latouche, l'occasion de rechercher ce qui subsiste encore de la fameuse loi Falloux (16 juillet). Tout ce qui concerne l'enseignement primaire a été annihilé. Il reste seulement deux points, la faculté d'ouvrir sans autorisation préalable des établissements secondaires et l'admissibilité de leurs élèves à subir les examens officiels, comme les élèves des lycées, avec parfaite égalité de sanction. Voilà ce que les sectaires veulent abroger.

Quelques jours avant ce centenaire, le gouvernement a célébré au Panthéon le bi-centenaire de Jean-Jacques Rousseau. Il ne s'agit pas de discuter son talent littéraire ; par les sujets qu'a traités le citoyen de Genève, il n'est pas comparable à l'historien de saint Pie V. Mais Rousseau n'était pas précisément un saint à canoniser ; en face de la fière déclaration de Maurice Barrés, M. Guist'hau a plaidé les circonstances atténuantes. La cérémonie a fait fiasco ; le peuple qu'appelait la Lanterne (2 fé-

vrier) a boudé, les 450 fauteuils des parlementaires sont restés vides. Que l'on compare le maître d'erreur et le maître de vérité, le mort mystérieux d'Ermenonville et le châtelain du Bourgd'Iré, le déserteur de ses enfants, le patriarche, le précurseur des sacrilèges utopies do la Révolution et le fondateur de l'enseignement Ubre, l'on verra une fois de plus, de quel côté est la supériorité morale. Les saints laïques s'appellent Etienne Dolet, le chevalier de La Barre, Jean-Jacques Rousseau; comme grands hommes nous avons Lacordaire, Montalembert, Chesnelong, Lucien Brun, Falloux, Keller. Gardez vos héros, nous préférons les nôtres.

(Reproduction autorisée). Paul FleURY.

Les journaux de toutes nuances ont parlé de la fête du 7 juillet et de l'homme d'État dont on célébrait la mémoire. Plus de trente périodiques de Paris ont tenu à mentionner cette manifestation et, la plupart, malgré la diversité des opinions, se sont plu à faire de l'homme d'État un éloge d'autant plus précieux qu'il émane, dans certains cas, d'écrivains hostiles à l'Église ; nous avons eu connaissance d'articles insérés dans les périodiques ci-après :

L'Action française, V Angevin de Paris, L'Autorité, la Bataille, Le Bulletin de la Semaine, La Croix, La Démocratie, Excelsior, La France illustrée, La Gazette de France, L'Intransigeant, Le Journal d' Agriculture pratique. Le Journal des Arts, La ÏMnterne, Im Libre Parole, Paris-Sport, La Patrie, Ltf Petit-Bleu, ie Petit Journal, i> Peuple du Dimanche, La Presse, Le Radical, La République française, La Revue française, La Revue hebdomadaire, La Revue septentrionale, La Semaine Religieuse, Le Soleil, Ls Temps.

La Presse des Départements

LE MERCURE SEGRÉEN (René Pclticr), 14 juillet (1)

Le Monument du Comte de Falloux a été inauguré dimanche au Bourg-d'Iré

Depuis longtemps nous en parlions ; depuis longtemps nous attendions cette commémoration d'un grand nom et d'une œuvre colossale ; nous guettions ce jour avec d'autant plus d'impatience que ce nom et cette œuvre, objets d'unanimes louanges, sont issus de notre pays et que l'Anjou tout entier, plus particulièrement le Segréen et la commune du Bourg-d'Iré devaient forcément recueillir les effluves de cette gloire.

Nous l'espérions de tous nos vœux cette journée du 7 juillet 1912, durant laquelle nous devions voir l'Église et l'Académie française, l'aristocratie et le peuple s'unir dans le plus joli coin de notre arrondissement, pour honorer la mémoire de celui qui demeure « une des figures les plus dignes d'intérêt qui soient dans l'histoire politique et religieuse du siècle dernier ».

Nous aspirions à cette fête qui promettait à nos cœurs tant de nobles vibrations, à notre esprit un aliment aussi succulent que nutritif, et j'ajoute tout de suite que nous n'avons point été déçus et que, au contraire, la réalité dépassa nos espérances.

La fête, qui demeurera sous le nom de la« Fête de Falloux», est terminée et déjà fait partie de l'histoire. Mais ces heures inoubliables resteront toujours en la mémoire de ceux qui les ont vécues.

(1) L'article qu'il conviendrait de placer on tète de cette revue de la presse départementale est celui du Journal de Maine-et-Loire du 9 juillet. Nous avons dit plus haut (page 124) notre sentiment sur cet excellent travail qui se trouve reproduit dans notre texte, de la page 124 à la page 132.

Bien plus, ces instants féconds porteront des fruits : car c'est à étudier et à honorer nos grands hommes que les caractères se retrempent et que l'on puise des énergies pour imiter leurs exemples et perpétuer leurs œuvres.

V Arrivée des Prélats

A 8 heures 50, dimanche matin, un train spécial nous conduit à Noyant-la-Gravoyère. De nombreuses voitures attendent à la gare. Chacun se case de son mieux et nous roulons vers le Bourgd'Iré, sur une route bordée de grands chênes, à travers cette campagne calme et riche qu'aimait tant M. de Falloux.

Bientôt les chevaux s'arrêtent et nous descendons à l'entrée du bourg, au milieu d'une foule très dense qui attend l'arrivée de Son Éminence le cardinal Luçon, archevêque de Reims, et de NN. SS. les évêques de la province de Tours.

M. le comte de Blois se prodigue de groupe en groupe pour recevoir les invités.

Mais le temps passe et les prélats n'aiTivent pas.

Tout à coup le bruit se répand que l'automobile du cardinal a fait panache. Une limousine s'apprête à partir, mais aussitôt arrive une automobile de laquelle descendent Son Éminence le cardinal-archevêque de Reims, Mgr Rumeau, Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris, Mgr Pasquier, recteur des Facultés cathohques de l'Ouest, Mgr Grelher, évêque de Laval, M. le chanoine Grosnier, directeur de l'enseignement libre du diocèse, et M. le chanoine Thibault, secrétaire général de l'évêché.

Les prélats racontent brièvement l'accident : deux automobiles les conduisaient d'Angers à Segré ; dans la première (dirigée par le chauffeur de Mme Bonin, Louis Rossard), avaient pris place Mgr Baudrillart, Mgr Pasquier, MM. les chanoines Grosnier et Guillotteau.Gette voiture avait passé Sainte-Gemmes-d'Andigné et marchait, à petite allure, sur la route sinueuse du Bourgd'Iré, quand, à un détour, le chauffeur se trouva en face d'une autre voiture automobile. Il donna un fort coup de volant pour éviter le choc ; la roue droite arrière de l'auto dérapa et glissa dans le fossé, la voiture roula quelques mètres encore et se renversa sur le côté droit. MM. Rossignol et Gastineau, de Segré, qui suivaient l'automobile malheureuse, arrivèrent presque aussitôt sur le lieu de l'accident. Ils dégagèrent les infortunés

voyageurs. NN. SS. Baudrillart et Pasquier et M. le chanoine Crosnier en furent quittes pour des contusions ; mais il n'en était pas de même pour M. le chanoine Guillotteau, qui souffrait vivement du dos et des reins et que l'on reconduisit à Angers. Quel sacrifice ce dut être pour ce vieillard, ancien professeur à Combrée, ami intime de M. de Falloux, de ne pouvoir assister à cette fête ! Le pauvre chauffeur était sans connaissance. M. Rossignol le rapporta à l'hôpital de Sainte-Gemmes, où M. le docteur Chevallier diagnostiqua une fracture du fémur droit et des lésions internes. Peu après, la seconde voiture, qu'occupaient Son Éminence et Mgr Rumeau, passa. Les vénérables rescapés y montèrent et arrivèrent avec une heure de retard au Bourgd'Iré.

Au milieu de l'émotion générale, M. le comte de Blois salua Son Éminence, qui entra quelques minutes dans la maison de M. Berlin, aimablement mise à la disposition des prélats par son propriétaire. Puis, Mgr Luçon en ressortit revêtu de la majestueuse cappa magna et prit place sous le dais.

Le Défilé vers VEglise

Le cortège triomphal se dirigea vers l'église : en tête, l'Harmonie du collège de Combrée et la Fanfare de Segré ; venaient ensuite les enfants des écoles libres, portant des bouquets, les enfants de Marie, la Société de Secours Mutuels avec sa bannière, les pompiers en tenue, le Conseil municipal, le clergé de la paroisse, les chanoines, les vicaires généraux, NN. SS. Pasquier, Legendre, Baudrillart, Rumeau, Greffier, le P. Lecanuet, l'historien célèbre de Montalcmbert, enfin le cardinal, suivi d'une élite en tête de laquelle nous remarquons les représentants de l'Académie française : M. Thureau-Dangin, son secrétaire perpétuel, et M. le comte d'Haussonville.

Et le cortège traverse le joli Bourg-d'Irc, dont toutes les maisons sont parées d'oriflammes multicolores, de guirlandes, de drapeaux. Partout des fleurs, des couleurs un peu vives ; les cloches sonnent à grande volée ; on respire une atmosphère d'allégresse.

On s'arrête au seuil de l'église dont la parure très simple, mais d'un excellent goût, redit toute l'histoire des seigneurs d'Iré, les d'Acigné, de Montmorency, de la Ferronnays, prédécesseurs du comte de Falloux.

Sur le perron, M. le curé adresse la bienvenue à Son Éminence le cardinal Luçon. Le prélat lui répond, puis il entre dans le sanctuaire pour prier, et ressort quelques minutes après.

L'on repart alors vers le château de la Mabouillère, et le cortège s'engage dans la grande allée, au milieu des pelouses couvertes, çà et là, de magnifiques bouquets d'arbres (1). Du château, le panorama est merveilleux : à gauche, la Douve dresse son imposante façade ; au fond, par delà les grasses prairies, le clocher du Bourg pointe sa flèche, et les maisons blanches jettent une note claire dans le paysage. On comprend combien le comte de Falloux devait trouver là de charme et de repos, après le surmenage de la vie politique.

Et nous voici devant ces murs qui abritèrent le grand honmie. Ils ont reçu pour ce jour une parure sobre et élégante ; à chaque aile du château flotte une oriflamme rouge qui porte en lettres d'or, l'une : Expédition de Rome 1849, l'autre : Loi sur la liberté de l'enseignement 1850. Au milieu, un bel écusson, aux armes de M. de Falloux, porte sa devise : Non sibi sed populo.

La Messe

Le cardinal Luçon prend place sur le trône adossé au château, sur la^terrasse, en face de l'autel où Mgr Chapon, évêque de Nice, célèbre la messe, assisté par MM. les chanoines Thibault et Dernier. Sur les gradins de la terrasse, se groupent tous les personnages officiels, tandis qu'une multitude de plusieurs milliers de*^" personnes envahit la pelouse.

Les élèves de Combréc entonnent le cantique : « Ils ne Vaiiront jamais, jamais! », et, après l'Évangile, le cardinal prononce, au milieu de l'attention la plus exemplaire, une superbe allocution que la presse quotidienne a reproduite dès le 8 juillet.

(1) Avouons sans rougir notre ignorance. Nous n'avions pas lu jusqu'ici le nom de « Mabouillère ». Il est vrai que si nous sommes originaire de l'Anjou, nous n'avons V)oint habité le canton de Segrc. Mabouillère était pour nous une énigme. Il fallait se renseigner. Le Dicliounaire historique de Célcstin Port nous apprit quelque choso. Mais les Mémoires d'un Boyaliste sont de beaucoup plus explicites. On y lit (tome I, page 16), sous la plume de Falloux :

« Après leur mariage, mes parents étaient venus habiter à Angers une petite maison à côté de notre ancien hôtel, devenu trop vaste pour leur fortune, et que mon père louait à l'évêche. Nous passions l'été au Bourg-d'Iré dans une fort modeste habitation qui s'appelait la Mabouillère. Ma mère, née et élevée jusqu'à dix ans dans le château de Versailles, s'accoutumait avec quelque peine à une situation si différente, et se révoltait notamment contre le nom de ^Mabouillère, désinence fort angevine qui lui

Puis la messe se continua, avec accompagnement de divers morceaux de musique, exécutés par l'Harmonie du collège de Combrée et la Fanfare de Segré.

A la fin de la messe. Son Émincnce, assisté de NN. SS. les évêques d'Angers et de Laval, donna la bénédiction apostolique à toute l'assistance, émue et recueillie.

Bien vite, le cortège se reforme pour se rendre au monument érigé à l'extrémité du parc, à l'entrée du bourg. La tribune, richement décorée, se remplit de personnages officiels et d'invités, parmi lesquels nous remarquons :

La délégation de l'Académie française : MM. le marquis de Vogué, Tlmreau-Dangin, le comte d'Haussonville ; MINL Bodinier, Merlet, Dominique Delahaye, Fabien-Gesbron, sénateurs ; Laurent et Ferdinand Bougère, marquis de Kernier, députés ; Grignon, président du Conseil général ; comtes Geoffroy d'Andigné, François de Maillé et de Fougerolle, conseillers généraux ; Roger de la Borde, vicomte de Danne, Huault-Dupuy , Brichet , Charbonneau , conseillers d'arrondissement ; marquis d'Armaillé et Conrairie, maire et adjoint du Bourg-d'Iré ; de la Perraudière, ancien conseiller général ; D"" Cocard, maire, Georges François et Foucault, adjoints, Lebrun, Stanislas François, D' Aubert, conseillers municipaux de Segré ; vicomte Stanislas de la Morinière ; vicomte Adrien de Blois ; vicomte Jean de Blois ; comte de Monteynard ; comte de Moissac ; Joseph Joubert, conseiller municipal d'Angers ; Bordeaux-Montrieux, président delà Société Industrielle ; vicomte Olivier de Rougé, président de la Société Maine-et-Anjou, et délégué de la Société des Agriculteurs de France ; les Supérieurs de Combrée, de Saint-Maurille, de Mongazon, de Beaupréau et les professeurs du collège de

paraissait un peu ridicule. Elle obtint aisément de mon père qu'on y substituât le nom do Soucy ; mais elle l'obtint moins aisément des habitants du pays, qui, les uns par routine, les autres par un peu de malice, s'obstinaii iit à Maboiiillère, ce qui ne déplaisait pas du tout à mon père. Nés et grandis dans ce conflit, et pour n'y point prendre parti, mon frère et moi nous nous mîmes à dire : le Bourg-d'Iré. Les neutres nous imitèrent ; peu à peu la Mabouillère tomba en désuétude ; Soucy ne fut jamais adopté et le Bourg-d'Iré demeura».

Ce texte est sans réplique et Mabouillère est désormais une locution surannée. Ajoutez à cela qu'il ne reste aucune trace visible de la maison préhistorique qui porta ce nom. Le château du Bourg-d'Iré, ample et de noble aspect, fut construit de toutes pièces par Alfred de Falloux, peu après 1850. Et je ne sache pas qu'il existe encore, en 1912, quelque Segréen qui ait gardé le souvenir de la Mabouillère. A soixante ans de distance, les témoins d'un fait ou d'une demeure se font rares. Faudrait-il chercher, dans l'article si bienveillant du Mercure, une trace subsistante de ce que Falloux appelle « un peu de malice » ? C'est bien improbable. Nous aimons mieux y voir un excès d'érudition.

Combrée ; le directeur de l'école Montalembert, de Limoges ; le chanoine Toublanc, archiprêtre de Segré, et de nombreux membres du clergé, venus de tous les points du canton et de l'arrondissement ; MM. Lemanceau ; comte de Montalembert ; baron de Meaux ; Chaillous, ancien secrétaire de Berryer ; Berryer, avocat à la Cour d'appel de Paris ; Mlles Berryer ; comte de Galembert ; Jac, doyen de la Faculté de droit ; marquis de Becdelièvre ; Baugas, professeur à l'Université ; Lelong, maire des Rairies ; Veillon de la GarouUaye ; commandant de Gouvello ; Leboucher, directeur du Syndicat agricole ; André, fils de l'ancien directeur de V Union de VOuest ; Bouttier, Quintin, Frcsneau, Gautier, Roques, Guilleux, Quartier, Perdreau, Aubry, Dezaunay, Levesque, Cornu ; les représentants du Figaro, de V Eclair, du Gaulois, de VEcho de Paris, du Journal de Maine-et- Loire, du Petit Courrier et du Mercure Segréen.

Mme la comtesse Louis de Blois, accompagnée de M. Dominique Delahaye, sénateur, dévoile la statue, et M. de Falloux apparaît dans le soleil, sveltement campé dans son inséparable redingote, tenant dans la main gauche son projet de loi sur l'enseignement, la main droite étendue dans un geste oratoire, le regard tourné vers la Mabouillère. L'assistance applaudit à cette résurrection que nous devons à un artiste célèbre, qui a spécialisé son talent dans la commémoration des œuvres saintes et des hautes mémoires : M. Louis-Noël.

Les Discours

M. le marquis de Vogué, délégué de l'Académie française, en habit vert, s'avance au bord de l'estrade, et, d'une voix qui trahit une grande émotion et qui remue les auditeurs, prononce le premier discours.

Après M. de Vogiic, M. Guillaume Bodinier, sénateur, repasse brièvement la carrière politique et parlementaire du comte de Falloux ; M. Laurent Bougère, député de Segré, rappelle les bienfaits qu'il multipha dans notre arrondissement et fait ressortir, en Falloux, l'homme préoccupé de la question sociale, précurseur du comte de Mun et de ^I. Piou.

M. le chanoine Crosnier, d'une voix forte, nous montre l'abondante floraison d'Institutions libres qui couvre la France, fruit de la loi de 1850, qui forme la plus belle couronne que l'on puisse déposer au pied du monument.

Les élèves de Gombrée, accompagnés par T Harmonie, exécutent brillamment une superbe cantate : Dieu dans V Ecole, dont les paroles sont d'un ami de l'enseignement libre et la musique de M. l'abbé Jouin, l'émincnt curé de Saint-Augustin. Puis les discours continuent.

Successivement parlent MM. Olivier de Rougé, au nom de la Société des Agriculteurs de France, M. le marquis d'Armaillé, au nom de la commune du Bourg-d'Iré, et M. de Kernier, député d'Ille-et- Vilaine, neveu de la comtesse de Falloux, représentant de la famille de Caradeuc de la Chalotais.

M. Henry Jouin, ancien secrétaire de l'Ecole des Beaux-Arts, le vaillant croisé de Jeanne d'Arc, promoteur de cette fête, remet, au nom des souscripteurs, le monument à la Société civile du Bourg-d'Iré.

Enfin, M. le comte Louis de Blois clôture la série des orateurs.

Nous prions nos lecteurs de nous excuser de ne pouvoir donner dans un seul numéro tous les discours, toutes les éloquentes paroles prononcées dimanche. Nous les publierons in extenso dans nos prochains numéros.

La Réception au Château

Tous les discours furent chaleureusement et fréquemment applaudis.

Entraînés par un pas redoublé de la Fanfare de Segré, on reprit encore le chemin du château, où un lunch attendait les nombreux invités. Le comte et la com.tesse de Blois, avec beaucoup de tact et de délicatesse, faisaient les honneurs.

A la fin du lunch, M. le comte Geoffroy d'Andigné, cédant aux pressantes instances de nombreux amis, fit une causerie très intéressante où il conta ses souvenirs personnels sur M. de Falloux.

Après lui, M. Henry Jouin détailla toute l'histoire du monument que nous venions d'inaugurer.

Cependant, la foule avait de nouveau envahi le parc ; les gymnastes de Challain arrivaient pour divertir l'assistance.

Le salut solennel fut célébré rapidement, car de grosses gouttes de pluie commençaient à tomber... Son Éminence éleva l'ostensoir entre ciel et terre et bénit la foule.

La Soirée

Mais le temps se remit au beau. Autour de la statue, l'Harmonie du collège de Combrée et la Fanfare de Segré donnèrent une audition musicale des mieux choisies.

Puis, à la nuit tombante, le Bourg-d'Iré s'embrasa de mille feux ; tout était illuminé, particulièrement la statue et le petit lavoir, don de M. de Falloux.

Enfin, la retraite aux flambeaux défila à travers les rues, et le Bourg-d'Iré, dans le calme et le silence, s'endormit, fier d'avoir été témoin d'une semblable apothéose.

En terminant, il convient d'adresser les plus vives félicitations à MM. le baron de Candé et le vicomte de la Morinière, pour la façon dont ils se sont acquittés de leurs fonctions de commissaires, ainsi qu'à MM. Jac et Conrairie, qui leur avaient préparé une grosse partie de leur tâche.

Et nous n'oublierons pas la grâce aimable et empressée de M. le comte Louis de Blois, ni l'accueil charmant de sa compagne et collaboratrice, Mme la comtesse de Blois, « la plus jolie fleur déposée aux pieds de M. le comte de Falloux. »

La commémoration de l'œuvre du comte de Falloux aura, nous l'espérons, un retentissement national. Nos confrères parisiens ont signalé le caractère de renaissance de cette journée.

A l'heure où la politique s'obscurcit et s'embrouille, où la liberté se meurt, à l'heure où la question du monopole de l'enseignement surgit plus vivace que jamais, voici que le comte de Falloux, le catholique à « l'ardente conviction )>, l'homme d'État de pied en cap, ressuscite et se fixe de nouveau parmi nous, au Bourg-d'Iré.

Il revient, semble-t-il, pour défendre son œuvre que des mains impies ont amoindrie, ruinée presque ; il revient se mettre à la tête des vaillants pour la défense de l'Église et de la Patrie, pour rallier les forces dispersées et redire, comme un mot d'ordre, à notre génération et aux générations futures, cette phrase qu'il lançait un jour au Parlement : « La France ne veut plus ni des tremblem's, ni de ceux qui font trembler, ni des hommes qui ne sont capables de rien, ni des hommes qui sont capables de tout.^>

Il revient nous jeter ce cri de la paysanne irlandaise à son mari sur le point de capituler dans la lutte entreprise pour la libération de son pays, et que nous rappelait si bien M. le chanoine Grosnier, cri qui résume son œuvre tout entière :

« Souviens-toi de ton âme et de la liberté ! »

René Peltier.

[Reproduction autorisée).

Le Mercure Segréen, dans son numéro du 30 juin, avait publié les couplets ci-après :

A la mémoire de M. de Falloux

Air : Gastibelza

Le vieux Michaud, en buvant sa chopine, Disait ainsi :

— Le bras posé sur son bâton d'épine

Au feu noirci —

« Hardi les gars, buvons à la mémoire

« D'monsieur d'Falloux,

« C'est bien à lui que nous devons la gloire

« Des bœufs d'Anjou {bis).

« lié me souviens que chez mon défunt père

« Il n'y avait

« Que quatre vach's et de bœufs une paire

« Dedans son têt,

"« Deuss' trois brebis qu'on sauvait à grand'peine

Des dents du loup,

« Une jument qui jamais n'était pleine

« Et c'était tout {bis).

ic P'tit gars, je me souviens de la flambée

« Des grands genêts, '( Et j'étais fier de mener l'attelée « Par les guérets.

Il Et la jument devant, les bœufs derrière, a Sous les grands jougs.

« Et l'aiguillon qui claquait de première, « En bois de houx (bis).

c Dans ce temps-là on faisait la charrue

« D'un vieux cormier, « Et l'on ramassait les boues de la rue

« Comme fumier.

« On récoltait du seigle, de Vavène,

« Et sous les coups

a Des plats fléaux le grain sortait à peine

<c De l'épi roux (bis).

K Mais le temps vint où de notre misère

« Ayant pitié, « Ce maître aimé vint habiter sa terre

« Du Bourg-d'Iré.

« Mon défunt père avait la têt» dure

« Et le crut fou

« Lorsqu'il voulut lui montrer la culture

« Du plant de chou (bis).

« Or à présent que votre panserie

« Vous garnissez,

« Il vous faut une bonne vacherie,

« Et vous l'aurez.

« Ayant causé, il part pour l'Angleterre,

« Puis à Glascow,

« Il prit un beau taureau pour faire un père

« Qu'il mit chez nous (bis).

« Voilà comment il créa cette race

« Que le Normand

« Vient acheter pour mettre en l'herbe grasse,

« Chez nos enfants.

« Hardi, les gars ! buvons à la mémoire

« D'monsieur d'Falloux,

'' C'est bien à lui que nous devons la gloire

tt Des bœufs d'Anjou (bis).

« S'il nous montra la bonne agriculture,

« Pour notre bien,

« Encore il fit bien mieux pour la culture

« Du cœur chrétien.

« Oui, mes amis, en ces jours de souffrance

« Souvenez-vous « Que nous gardons toujours en notre France « La loi Falloux » [bis.]

DU RAMANCEAU (1).

(1) Pseudonyme de M. de Moissac.

LE PETIT COURRIER (Jaham-Desrivaiix), 8 juillet

On honore brillamment au Bourg-d'Iré la mémoire d'un grand libéral qui fat un homme d'Btat éminent

Angers.

Prenant la parole au cours de la messe solennelle en plein air célébrée, hier matin, au Bourg-d'Iré, par Mgr Chapon, évêque de Nice, devant trois mille personnes, Son Eminence le Cardinal Luçon s'écriait :

« Pourquoi, dans cette assistance, des civils et des religieux, des gentilshommes et des artisans, des académiciens et des cultivateurs ? C'est qu'il s'agit de rendre hommage à l'homme qui a donné à la France la liberté do l'enseignement secondaire, M. le comte Alfred de Falloux, qui habita ce château, devenu la demeure de son petit-neveu, M. le comte de Blois». Et tandis que le prélat, laissant à d'autresle soin de parler de l'écrivain, de l'orateur, de l'homme politique que fut le ministre ami de M. Thiers, développait les devoirs de l'État, de l'Église et de la Famille en matière d'enseignement, l'imposante assistance se laissait gagner par l'éloquence sobre et forte de l'orateur, le timbre énergique de sa voix, l'ample majesté de son geste.

Devant nos yeux, la vaste plaine étalait sa pente gazonnée limitée par le village, les lignes d'arbres où un soleil inattendu, perçant la grise tonalité du ciel, accrochait ses premiers rayons. Tour à tour, à l'Offertoire, puis à « l'Agnus Dei », l'Harmonie de Combrée et la Fanfare de Segré se firent entendre, ajoutant le cheirme de leur pure sonorité à l'éclat de la manifestation rehgieuse.

Le cortège se forma ensuite pour se rendre par les routes serpentantes du parc vers le village, où des tribunes avaient été dressées en face de la statue dont le voile est enlevé.

Parmi les invités du comte et de la comtesse de Blois, nous reconnaissons MM. le marquis de Vogué, comte d'Haussonville, Thureau-Dangin, de l'Académie Française, Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut Catholique de Paris, Mgr Rumeau, évêque

d'Angers, Mgr Legendre, des Facultés Catholiques de l'Ouest, Mgr Grellier, évêque de Laval, Mgr Pasquier, recteur des Facultés Catholiques, les sénateurs de Maine-et-Loire, MM. Laurent et Ferdinand Bougère, députés, marquis de Kernier, député d'Ille-et-Vilaine, et neveu de Mme la comtesse de Falloux, Henry Jouin, membre de la Commission d'initiative du monument, comte Geoffroy d'Andigné, Louis Noël, le sculpteur auquel on doit la statue de M. de Falloux, et une très grande quantité d'invités.

Devant le monument, M. de Vogué, qui fut l'ami de l'éminent académicien, prononça, avec parfois des sanglots dans la voix, un magistral éloge de son ancien collègue.

« Vous l'avez voulu, dit le fier et beau vieillard, dont les 83 ans ne voûtent nullement la haute et belle stature, vous l'avez voulu dans le cadre qui lui convenait le mieux, à l'ombre de son église, au milieu du village et en face du domaine qu'il ne pouvait se résigner à quitter sans un serrement de cœur. C'est bien là sa taille onduleuse et fine, reflet de son âme souple et forte ». Puis, ayant évoqué les dons et les qualités de l'homme d'État, ses oeuvres principales : l'expédition de Rome et la loi qui porte son nom, M. de Vogué, dans une langue d'une admirable puissance et d'une grandeur toute sereine, fait le portrait du héros qui, « jusqu'à son dernier jour fut un vaincu, mais que le découragement n'atteignit jamais ».

Tandis que le délégué officiel de l'Académie achève sa harangue, par les larges baies des tribunes ouvertes sur la campagne, on aperçoit les horizons profonds, doux et bleutés, que le soleil magnifie ; le bronze de la statue s'éclaire, les vieilles pierres grises du clocher en pain de sucre prennent un air de fête, les grands peupliers d'Italie, qui séparent le bourg du château, frémissent sur leur tige élancée de leurs milliers de petites feuilles qui, diraiton, voudraient applaudir.

C'est ensuite M. Guillaume Bodinier, sénateur, conseiller général de Maine-et-Loire, qui évoque la vie politique de M. de Falloux, depuis le jour de l'année 1846 où les électeurs du Segréen l'envoyèrent siéger au Parlement.

M. Laurent Bougère expose le rôle social du grand libéral.

M. le chanoine Crosnier énumère les bienfaits dont, depuis 60 ans, ont bénéficié tant d'écoliers, grâce à la loi Falloux. Si chacun d'eux, dit-il, jetait une rose au pied de ce monument, il disparaîtrait vite.

Une cantate d'un grand souffle et dont les paroles sont, croyonsnous, de M. Branly, l'illustre savant, coupe la série des discours

258 LE jMONument falloux et la presse

qui recommence bientôt, avec les allocutions de M. le vicomte de Rougé, qui rappelle avec émotion le rôle de M. de Falloux agriculteur ; de M. le marquis d'Armaillé, maire du Bourg-d'Iré.

M. Jouin remet ensuite le monument, au nom des souscripteurs, à la Société civile du Bourg-d'Iré.

Et c'est enfin le comte de Blois qui remercie avec un tact parfait et dans une langue charmante tous ceux qui coopérèrent à cette fête. « Ma tâche est la plus facile, dit-il, toutefois l'impérieuse force de la reconnaissance est nécessaire pour vaincre le sentiment qu'après de telles voix illustres ou expérimentées, on semble téméraire à risquer la sienne, ne fût-ce que pour peu d'instants ».

L'aimable hôte de tant d'invités illustres n'oublie personne, depuis M. Jouin et M. Delahaye, « dont le nom claque comme un drapeau », jusqu'au Conseil municipal de Segré en passant par l'Église et l'Académie, « les deux plus grandes puissances intellectuelles de ce temps». Notre « parlante rive», conclut-il, « méritait bien la statue qu'on dresse aujourd'hui sur ses bords puisqu'elle avait possédé au poinL que vous savez le cœur de mon grand-oncle ».

Tous ces discours écoutés avec le plus grand intérêt ont été fréquemment applaudis.

Vers deux heures, une fort belle réception avait lieu au château. A la fin du déjeuner froid, excellemment servi par la maison Maresquier, M. Geoffroy d'Andigné rappela quelques souvenirs personnels sur le comte de Falloux, et M. Jouin fit l'historique du monument.

Jaham-Desrivaux.

{Reproduction autorisée).

LA GAZETTE DU CENTRE (Maurice Perrette), 10 juillet A la mémoire de M. de Falloux

Limoges.

Ce fut dimanche qu'eût lieu avec une grande solennité l'inauguration du monument de M. de Falloux. Cette belle cérémonie se fit par un temps pur et serein, sous un vrai ciel d'Anjou.

La route, qui nous conduisit de Noyant au Bourg-d'Iré, n'est pas droite et monotone, mais sinueuse et bordée de haies vertes et touffues. En suivant cette route et en admirant ce beau paysage angevin, notre esprit était assailli par un souvenir, souvenir tragique et glorieux, celui des héros de la « Grande Guerre », et il nous semblait que d'un de ces bouquets d'arbres allait briller une faux ou le canon d'un fusil, que de ces herbes géantes allaient surgir des paysans vendéens au large chapeau, ou qu'un long et strident cri de chouette allait soudain s'élever dans l'air tranquille et se répéter de loin en loin, comme un écho ; au détour de la route, nous regardions si quelque patrouille de « bleus », aux guêtres blanches et aux parements rouges, n'allait pas apparaître ; enfin, c'est en pensant ù ces braves soldats vendéens, qui surent si bien lutter pour leur foi et leur prince, que nous entrâmes au Bourg-d'Iré, où tout le monde se préparait à fêter ce grand catholique que fut M. de Falloux.

Le Bourg est superbement décoré ; à toutes les fenêtres flottent les oriflammes, sur tous les murs se trouvent des guirlandes ; les habitants sont en fête et les petites rues sont remplies de monde. La cérémonie ne commença qu'à dix heures, car elle fut retardée par un accident d'automobile, heureusement de peu de gravité, mais dont eurent à souffrir particulièrement Mgr Pasquier et M. le chanoine Guillotteau.

Sous un dais, le cardinal Luçon, vêtu de la cappa magna, s'avance ; il est accompagné d'éminents prélats, Mgr Rumeau, évêque d'Angers, Mgr Grellier, évêque de Laval, Mgr Chapon, évoque de Nice, Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut cathoUque de Paris, Mgr Pasquier, recteur des Facultés catholiques de l'Ouest, Mgr Legendre, doyen de la Faculté de théologie d'Angers, le P. Lecanuet, l'historien de Montalembert.

Derrière le dais, on remarque M. le comte d'Haussonville et M. Thureau-Dangin, membres de l'Académie française ; et MM. Merlet, Bodinier, Dominique Delahayc, Fabien-Gesbron, sénateurs ; MM. Ferdinand et Laurent Bougère, le marquis de Kernier, le comte François de Maillé, députés.

Au son des cloches et des fanfares, le cortège traverse la ville et arrive devant l'église, qui est décorée de façon très originale. Sur le mur de façade, on a placé les armoiries de ceux qui furent, à partir du douzième siècle, et jusqu'à la Révolution, seigneurs d'Iré, en particuUer les La Feronnays, les Montmorency, les d'Acigné.

Après une courte allocution du curé du Bourg et une brève réponse du cardinal Luçon, on prend le chemin du château. Juché sur le flanc d'un coteau, le château du Bourg-d'Iré est magnifique et somptueux, il domine le pays et dresse sa blanche silhouette au miheu des vertes prairies et des bosquets qui l'entourent.

Le cardinal, les évêques et les notabiUtés invitées prennent place sur le perron d'honneur, en face duquel se dresse un autel en plein air. La messe est dite par Mgr Chapon. Tout autour du château, une foule de gens se presse ; il y a des gentilshommes et des paysans, des pauvres et des riches; et, envoyant ce beau spectacle, nous avons songé, pendant quelques instants, à ce que devait être autrefois cette intimité et cette union entre le seigneur et le paysan, le château et le village, chai^mante union que brisa la Révolution.

A r Évangile, le cardinal Luçon prend la parole : « Nous sommes ici, déclare-t-il, pour célébrer une victoire qui intéresse toutes les classes de la société. Cette victoire, elle fut remportée par M. de Falloux ; sa vie pohtique fut rapide, mais féconde ; il disait en prenant le portefeuille de l'Instruction publique et des Cultes : « Je suis entré au ministère pour deux grands intérêts : la Liberté de l'enseignement et la Restauration à Rome du Souverain Pontife ». C'est cette double et belle tâche qu'il a su mener à bonne fin ; aussi, ces deux victoires resteront toujours attachées au nom de M. de Falloux comme une auréole de gloire.

« En accompHssant cette œuvre, le grand ministre luttait contre certaines tendances du siècle, tendances que nous voyons s'épanouir aujourd'hui. On veut essayer de faire une société sans Dieu ; les ennemis de la foi ont compris que pour déchristianiser la France, il fallait d'abord déchristianiser l'enseignement, et voilà l'œuvre néfaste qu'ils poursuivent depuis de nombreuses années. Au-dessous de l'autorité de Dieu, il y a celle de la famille, de l'État, de l'Église, toutes les trois doivent intervenir et concourir à la bonne formation intellectuelle de l'enfant.

« C'est en voyant les difficultés qu'eut à surmonter M. de Falloux, que l'on peut comprendre toute la grandeur de son œuvre. Sa loi n'est pas parfaite, c'est une loi de transaction, mais sommes-nous dans un temps où l'on voit beaucoup de lois parfaites ? La loi de 1850 a eu un résultat merveilleux, cela suffit pour que nous acclamions son auteur ; Pie IX, d'ailleurs, l'avait hautement approuvée. Mais, dit en terminant, le cardinal, cette loi Falloux a été démantelée par Ferry, une parilie de

nos conquêtes nous ont été ravies, nous devons travailler avec énergie à reprendre ce qui nous a été brutalement arraché et à avoir une grande liberté d'enseignement »,

A la fin de la messe, les prélats ont donné tous ensemble la bénédiction pontificale et le cortège s'est rendu devant le monument de M. de Falloux.

Là de nombreux discours ont été prononcés, après que le voile de la statue fut enlevé. Cette belle statue est due au ciseau du sculpteur Louis-Noël ; M. de Falloux est représenté debout, tenant de la main gauche son projet de loi sur la liberté de l'enseignement.

M. le marquis de Vogué, délégué de l'Académie française, prend le premier la parole. Il proclame bien haut que l'Académie est heureuse de s'associer à cette fête, et que son plaisir est grand de venir faire l'éloge de celui qu'il a si bien connu et tant estimé. Avec une belle éloquence et une voix, que fait parfois trembler l'émotion, M. de Vogiié nous narre la vie pohtique et littéraire de M. de Falloux. « Il avait, dit-il, les dons et les qualités de l'homme d'État ». S'il a donné à ses Mémoires le titre de « Mémoires d'un Royaliste », c'est qu'il veut que la postérité le connaisse sous ce nom; il voyait dans la Monarchie française une œuvre de progrès continu, qui avait fait de la Maison de France la première des Maisons souveraines et de la France la première nation. Ce fut l'ouragan de 1789 qui interrompit cette œuvre nationale.

Puis, tour à tour, M. Bodinier, sénateur, conseiller général de Maine-et-Loire, rappelle à grands traits la carrière politique de M. de Falloux. M. Laurent Bougère, député de Segré, dit ce que l'arrondissement doit au célèbre ministre. M. le chanoine Crosnier, avec une chaude éloquence, célèbre aussi M. de Falloux : « Nous fêtons un homme et une liberté ! » s'écrie-t-il, le Concordat avait rouvert des églises matérielles, la loi de 1850 ouvrit des milliers d'églises spirituelles. Un cardinal angevin, un grand ami de Pie X, un Vendéen, est venu rehausser par sa présence l'éclat de la cérémonie ; c'est l'Éghse de France, c'est le clergé français, qu'il représente aujourd'hui, c'est en leur nom qu'il vient rendre un solennel hommage à la mémoire de M. de Falloux. L'orateur termine par ces mots vibrants : « La liberté ne se donne pas, elle se prend; sachons la prendre, n'hésitons pas ; alors, le pays reviendra à ses traditions d'autrefois, et ainsi nous ferons une France plus belle, parce qu'elle sera plus chrétienne ».

Après un intermède musical, ont pris la parole : M. le vicomte Olivier de Rougé, président de la Société Maine-et-Anjou,et dé-

légué de la Société des Agriculteurs de France; M. le marquis d'Armaillé, maire du Bourg-d'Iré ; M. Hem'y Jouin, ancien secrétaire de l'Ecole des Beaux-Arts, membre de la commission d'initiative, frère du curé de St-Augustin, qui a remis le monument à la Société civile du Bourg-d'Iré. M. de Kernier, député d'Ille-et- Vilaine, neveu de la comtesse de Falloux, dit quelques mots comme représentant de la famille de Caradeuc de La Chalotais. Enfin, M. le comte Louis de Blois, petit-neveu du comte de Falloux, remercie, de façon éloquente, tous ceux qui sont venus apporter un hommage à son illustre aïeul et, dans une magnifique péroraison, il associe noblement à cet hommage les noms glorieux de Montalembert et Lacordaire, Berryer et Dupanloup ; en terminant, il donne lecture de la dépêche suivante que Monseigneur le duc d'Orléans lui a fait l'honneur de lui adresser d' Évesham :

« Au jour de rinauguration de la statue du comte de Falloux, votre oncle, je tiens à fêter avec vous cette gloire de votre famille, à m'unir par la pensée et le cœur à tous les catholiques français qui rendent un hommage mérité à celui qui sut, toute sa vie, magnifiquement défendre les grandes et nobles causes de la liberté de l'Eglise et la liberté de l'enseignement.

« Votre affectionné,

Philippe ».

La lecture de cette dépêche, de même que le discours de M. de Blois, est accueillie avec des applaudissements chaleureux.

Vers deux heures, à l'issue de la cérémonie, a lieu une réception au château du Bourg-d'Iré, où un lunch est servi. Le comte et la comtesse de Blois en font les honneurs à leurs invités avec une grâce et une courtoisie parfaites.

A la fin du repas, M. le comte Geoffroy d'Andigné, conseiller général du canton de Segré, a rappelé, dans une causerie sans apprêts, ses souvenirs personnels sur M. de Falloux, et M. Henry Jouin a retracé l'historique du monument.

Après un salut solennel dans la curieuse éghse d'Iré (1), où « M. de Falloux venait chercher les inspirations de sa vie militante », un brillant concert fut donné devant la statue par l'Harmonie du collège de Gombrée et par la Fanfare de Segré.

A neuf heures, commencèrent la fête de nuit et l'embrasement de la statue par des feux de bengalc ; il y eut, de plus, une retraite aux flambeaux à travers les rues du Bourg-d'Iré, qui sûrement n'avait jamais été à pareille fête.

{Reproduction autorisée). MAURICE PeRRETTE.

(1) Le salut n'eut pas lieu dans l'église, mais bien en plein air, devant la façade du château.

INDÉPENDANCE BRETONNE (X...), 3 août M. de Falloux

Saint-Brieuc.

C'est un fait que dans la première moitié du dix-neuvième siècle, il y eut une renaissance catholique, dont l'histoire générale est encore à faire, et qui n'est pas le moins intéressant aspect de ce siècle troublé, incohérent et divers, mais qui fut à certains égards un grand siècle.

Il fut grand, il est vrai, moins par son ordonnance ou son équilibre, qu'il ne sut pas réaliser, que par le nombre presque infini de talents, dont quelques-uns de premier ordre, qui s'y firent jour. Soyez persuadés que si l'Église, en particulier, s'y fit sa place, et une place éminente, elle ne put se l'assurer que par le talent de ses fils, par leur courage et par leur dévouement.

Est-ce que Lacordaire et Montalembert, Ozanam et Falloux, ont trop cédé peut-être au mirage trompeur du libéralisme à la mode ? C'est possible, mais il importe, pour les juger sainement, de les placer dans leur milieu, sans lequel leur action, ni les règles de leur action, ne sauraient s'expliquer. Ils furent des hommes de leur temps, parce qu'ils voulurent agir sur leur temps ; et les résultats, après tout, ne furent pas si mauvais, pour que nous nous arrogions le droit de les condamner sans réserve. Leur méthode ne vaut sans doute pas pour tous les temps, mais elle convenait au leur par bien des côtés.

Et, par exemple, il est certain que la fameuse loi de 1850, dite la loi Falloux, n'aurait aucun sens dans un milieu et dans un temps où régneraient les principes du moyen âge. Cette loi n'a un sens, et une valeur, que par rapport à notre temps et à notre milieu ; et ce sens est très beau, et cette valeur est incomparable dans la perspective de notre époque. Les bienfaits de cette loi sont sans nombre, et elle n'a pas dit son dernier mot, si j'ose m'exprimer ainsi. On ne saura tout son mérite, que lorsque la jeunesse élevée dans les étabhssements d'enseignement libre aura achevé sa carrière et réalisé ses rêves. Cette jeunesse est

superbe d'entrain, dans son ensemble. Elle fonde partout des familles chrétiennes, qui sont notre grande réserve. Elle commence à peine à faire sa trouée dans la politique ; et si l'on en juge par ce qu'elle manifeste de talent, de courage et de dévouement, on peut fonder sur elle, sous ce rapport, de grandes espérances.

M. de Falloux, à qui nous devons cette loi, en fondant une liberté de plus, aura donc rendu les plus grands services à la France et à l'Église. Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer que Falloux avait à peine trente-neuf ans, lorsqu'il entra au Ministère et qu'il prit en main la réforme qu'il devait mener à bien sans retard. Remarquez, d'autre part, et à ce propos, que Richelieu avait, lui, trente-sept ans lorsqu'il entra définitivement au Ministère, et sa grave jeunesse réalisa des choses qu'un grand nombre de ministres vieillis dans les affaires étaient impuissants, non pas seulement à exécuter, mais même à concevoir. Tant il est vrai que le mérite principal de ceux qui disposent des places et des charges, est clans le don de discerner le talent, le talent jeune, et de lui fournir les moyens de donner sa mesure.

Or, c'est d'un chef ainsi doué qu'aura le plus manqué le xix® siècle. Dix mois de ministère ont permis à Falloux de laisser un nom dans l'histoire. Si la France eût eu un grand chef, un homme tel que Falloux, qui avait fait ses preuves, eût été prié de continuer à servir la France. Mais il fut, avec une infinité d'autres, rejeté dans la vie privée, et son sort et le leur nous doivent être un éternel sujet de réflexions.

(Reproduction autorisée). X...

LA LIBERTE DU CANTAL (Alphonse Poirier-Bottreau)

Aurillac, 7 juillet 1912.

A PROPOS DU CENTENAIRE DU COMTE DE FALLOUX Félix de Parieu

L'Anjou catholique célébrera demain dimanche, 7 juillet, au Bourg-d'Iré, en Maine-et-Loire, le promoteur de la loi libéra-

trice du 15 mars 1850. Je dis bien : loi libératrice, car elle ouvrit à la Foi et à l'Église, les millions d'âmes de la jeunesse contemporaine.

Devant le monument du Comte de Falloux, d'éloquents discours diront les qualités flexibles et insinuantes du grand diplomate angevin. Ils rappelleront aussi, ils rappelleront surtout le rôle national de la loi Falloux-Parieu qui a valu, depuis soixante ans, aux générations successives, les bienfaits d'une éducation et d'une instruction chrétiennes et qui, sans conteste, demeure aujourd'hui l'une des causes — et je crois bien la première — du réveil de la jeunesse française montant à la vie, à la politique et à la liberté...

L'Anjou est fier de son Falloux. Et c'est justice. Le seigneur du Bourg-d'Iré, avec ses manières séduisantes, n'incarne-t-il pas, presque parfaitement, la distinction, l'élégance et les quelques jolis défauts de cette race angevine, soucieuse, avant tout, d'indépendance et de bien-être, mais réactionnaire par tempérament, et capable, contre la tyrannie, des plus farouches révoltes ?

L'Auvergne aussi devrait' être flère de son Paricu, le ministre qui, ne se lassant point de pailcr avec fermeté au nom du gouvernement de Louis-Napoléon, lit voter la loi Falloux, réclamée depuis 1830 par Montalembcrt et les survivants héroïques de l'École Mennaisienne. Comme le diplomate du Bourg-d'Iré, le légiste d'Aurillac n'a-t-il pas droit, je vous le demande, en ce jour que fêtent les amis de l'enseignement libre, aux hommages reconnaissants des catholiques de France ? Par son âme austère et sa science profonde, par ses croyances religieuses indéracinables, aussi bien que par ses doctrines quelquefois modifiées, Félix de Parieu personnifie excellement le caractère des Arvernes, à la fois tenaces et éclectiques. Tenaces — oh, combien ! — quand il s'agit de poursuivre une imprenable chimère, de réaliser un idéal d'ambition ou de richesse, mais cependant qui savent, avec une rare intelligence, s'adapter aux divers régimes susceptibles de protéger les intérêts de leur petite patrie, de sauvegarder les privilèges de leur cité et surtout de reconnaître les droits de leur liberté et de leur foi.

Et'puisque là-bas, au Bourg-d'Iré, les Angevins, plus enthousiastes que les Auvergnats, élèvent une statue à leur compatriote

illustre, le promoteur de la loi qu'au début de cet article nous appelions libératrice, il nous a semblé légitime d'évoquer aujourd'hui, avec un respect mêlé de crainte, la grande figure imposante, déjà presque lointaine, de Félix de Parieu, auquel nous devons la liberté d'enseignement.

Ce sera notre monument à nous... Bien modeste, en vérité, mais non pas fragile, car nous saurons l'édifier solidement, pour une longue durée, dans le cœur hardi de la jeunesse auvergnate de ce jour et de nos enfants de demain.

Le peintre Coulure a immortalisé, dans un tableau célèbre, le jeune député du Cantal qui prononce à l'Assemblée Constituante, le fameux discours relatif au mode d'élection du président de la Répubhque. FéHx de Parieu rappelle tous les enseignements de l'histoire et de la politique contre le système de l'élection par le peuple. Système, proclamait l'orateur, qui n'a été admis dans aucune république, ni dans les États-Unis d'Amérique, ni en Suisse, ni en Hollande, à l'époque du Stathoudérat. Et Lamartine, qu'avait empoigné cette parole nouvelle et ardente, donna plus d'une fois le signal des applaudissements.

C'était le 5 octobre 1848.

Le représentant du peuple, qui venait d'obtenir l'un des plus grands succès de tribune, n'avait alors que trente-trois ans.

Couture l'a campé là, debout et svelte, sanglé dans un de ces longs vêtements de l'époque qui rappelle, par quelque endroit et bien qu'imparfaitement, l'élégance harmonieuse de la toge antique. Son regard, ombragé d'épais sourcils, vous attire tout d'abord pour vous poursuivre obstinément. Un large front déjà lourd do pensées, une bouche hautaine sinon dédaigneuse, des mains nerveuses, où Ton sent à leur manière de se poser, de l'énergie mâle, presque rude.

Voilà tout Félix de Parieu, et comme l'image illustre, si je puis dire, de sa fière et belle vie. Et c'est bien aussi, j'imagine, l'avis de ceux qui ont connu l'Homme d'État ou qui ont vécu, longuement, dans le commerce de ses livres.

Ministre de l'Instruction PubUque et des Cultes à trente-quatre ans, Félix de Parieu eut l'honneur de faire triompher l'œuvre principale de Montalembert, le projet dont son prédécesseur Falloux avait déjà saisi l'Assemblée et qui est devenu la célèbre loi du 15 mars 1850. Cela, certes, n'alla point tout seul. Mais le jeune ministre de l'Instruction Publique se jeta résolument, de

toutes ses forces, dans la lutte parfois désespérée. Son opiniâtreté — et il semble n'est-ce pas qu'on revoit le tableau de Couture — son opiniâtreté barra la route aux adversaires redoutables qui sont, tour à tour, Victor Hugo, Barthélémy Saini- Hilairc, Jules Favre, Emile Arago (1), Pascal Duprat. Tout de même, ils reculent, pas à pas, mais criblent le projet d'amendements de toutes sortes. Gloire à Dieu ! la bataille se termine enfin par la conquête de la liberté d'enseignement. Cette victoire est assurément la plus féconde que F Église de France ait remportée au XIX<^ siècle par l'intermédiaire de ses trois fils, Montalembert, Falloux et Parieu, désormais unis devant la reconnaissance de l'Histoire.

Le petit cadre de cet article, encore rendu plus restreint par la copie et l'illustration du Congrès, ne nous permet pas aujourd'hui de suivre, comme nous l'aurions voulu, Félix de Parieu dans sa longue et laborieuse carrière d'Homme d'État. Mais rien n'est perdu, au contraire. A l'occasion de son centenaire qui aura lieu, dans trois ans, le 15 mars 1915, nous nous proposons de publier un Essai, selon l'expression du XVI !« siècle, pour faire revivre dans la mémoire du cœur de ses compatriotes le souvenir de ce Grand Auvergnat qu'on a trop injustement fait semblant d'oublier.

Vice-président du Conseil d'Étal, puis ministre présidant le Conseil d'État, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, sénateur du Cantal (1876-1885), Félix de Parieu publia do nombreux ouvrages dont qiu4ques-uns célèbres et classiques dans le monde entier {Le Traité des impôts, 4 vol. — Histoire des impôts généraux sur la propriété et le revenu, 1 vol. — Les Principes de la Science Politique, 1 vol.) et qui ne sont pas éloignés d'être des chefs-d'œuvre. H consacra, aux questions monétaires, de nombreux articles de revues. Et tout le monde, ru France et à l'étranger, rendait à sa grande compétence cl à son vaste savoir un légitime hommage. C'est grâce à lui que fut consacrée, en 1865, V Union Monétaire Latine Internationale.

Les grands travaux de l'économiste, les études permanentes du jurisconsulte, n'avaient cependant pas fait perdre de vue, à Félix de Parieu, les intérêts de sa chère Auvergne. H écrivit deux livres sur la situation agricole dans le Cantal et contribua particulièrement, au Sénat, à l'organisation de l'enseignement

(1) Lisez : Emmanuel Arago.

agricole. On ne se le rappelle peut-être pas, mais nous lui devons les écoles départementales d'agriculture.

Peu de vies, à la vérité, ont été aussi noblement remplies et aussi belles que la vie de Félix de Parieu. Sa nature, d'apparence peut-être froide, mais franche et loyale et si bonne, demeure infiniment attirante.

On aim.e voir cet Auvergnat écrire à Napoléon : « Sans ambition personnelle, tenant un peu comme î'em.pereur romain la cour pour marâtre et la philosophie pour mère, je ne puis m'empêcher, dans l'intérêt de la stabilité des institutions du pays et dans celui de Votre Majesté, de vous communiquer mes réflexions au moment d'aller me reposer dans mes montagnes... et pourtant je crois n'être ni un fanfaron, ni un dédaigneux, ni un homme stupidement chagrin ». Et puis, tous les patriotes doivent lui en savoir gré, il lutta, avec la dernière énergie, dans les suprêmes conseils des ministres de l'Empereur, contre les mesures qui devaient aboutir à la guerre. Il tint bon, jusqu'au bout, pour les idées pacifiques, mais il était presque seul, hélas ! et ce fut en vain.

Deux principes sacrés, avec lesquels il ne transigea jamais, ont soutenu, comme une armature de fer, la belle vie de Félix de Parieu : Dieu et Patrie. Ce pourrait être sa devise...

Alph. Poirier-Bottreau.

(Reproduction autorisée).

Cet article sur IM. de Parieu avait sa place dans notre ouvrage. C'est sous le ministère de Parieu que fut votée la loi sur la liberté d'enseignement. Et le nouveau ministre de l'Instruction publique ne demeura pas étranger aux débats. Nous lisons, à ce sujet, dans les Mémoires d'un Royaliste (tome I, pages 567-568) :

« Une éclatante justice est due à M. de Parieu. Au début d'un ministère né sous des auspices équivoques, le nouveau ministre avait été hésitant et froid dans la question du renvoi au Conseil d'État; mais, le moment venu, il s'enhardit, et tout ce qu'il conquit d'autorité, soit dans le gouvernement, soit dans l'Assemblée, il le consacra loyalement au service de la loi qui lui était confiée. Il se rendit bien maître des détails forcément compliqués et complexes comme les problèmes que la loi devait résoudre. L'intervention de M. de Parieu dans le débat fut plus d'une

fois éloquente et presque toujours efficace. Le public suivit cette délibération avec une attention passionnée et l'on peut dire, sans exagération, que du 14 janvier au 15 mars, le pays tout entier s'intéressa, comme l'Assemblée elle-même, à cette discussion, l'une des plus solennelles et des plus mémorables de nos annales parlementaires. Le résultat du scrutin, bien que peu douteux, était impatiemment attendu, et fut presque universellement applaudi dans le parti conservateur. Par 399 voix contre 237, la France fut dotée d'une liberté d'enseignement aussi étendue que le comportait alors l'état des mœurs et des esprits. »

Il nous plait de trouver sous la plume du ministre de 1849 cet éloge sans restriction de son successeur.

Nous ne pouvons donner les titres des périodiques de province qui ont consacré des articles originaux au Monument Falloux ou qui ont reproduit les meilleures pages des journaux de Paris. Cette publicité, à notre connaissance s'est répercutée dans les départements ci-après :

Ain, Aisne, Ardèche, Ardennes, Aube, Bouches-du-Rhône, Calvados, Charente-Inférieure, Cher, Doubs, Côte-d'Or, Eure-et-Loir, Finistère, Garonne (Haute), Gironde, Hérault, Ille-et-Vilaine, Indre-et-Loire, Loire, Loire-Inférieure, Loiret, Manche, Marne, Marne (Haute), Mayenne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Pyrénées (Hautes), Pyrénées-Orientales, Rhône, Saône (Haute), Sarthe, Seine-Inférieure, Somme, Tarn-et-Garonne, Vendée, Vienne, Vosges, Yonne.

A l'étranger, les journaux d'Alsace-Lorraine, de Belgique, des Etats-Unis et d'Italie ont fait écho à la presse française.

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