‹ Falloux et le monument commenoratif de la loi de 1850 sur la liberte d'enseignementChapitre 33 sur 73 · REPRÉSENTANTS · texte numérisé non relu

REPRÉSENTANTS

Messieurs,

Vous vouiez bien, à l'occasion du centenaire de M. de Falloux, faire appel au concours moral des catholiques belges en faveur de vos œuvres d'enseignement. C'est à juste titre que vous invoquez leur vaillance.

En développant dans de fortes proportions l'enseignement secondaire, ils ont reconquis une grande portion de la bourgeoisie que ravageaient l'indiiïérentisme et le voltairianisme. Au moment où leurs premières initiatives se portaient de ce côté, le peuple était à l'abri des tentatives de laïcisation scolaire. Mais celles-ci ont pris, surtout dans les grandes villes et dans les localités industrielles, un caractère inquiétant, dopui:^ que le socialisme s'est constitué en parti, et qu'il a tourné ses efforts vers la déchristianisation des masses. Quand le parti libéral, de 1879 à 1884, a prétendu séculariser l'enseignement primaire, les catholiques belges ont établi, dans chaque commune, une ou plusieurs écoles libres. A partir de 1884, ils

ont pu améliorer renseignement public ; mais celui-ci laisse à désirer dans beaucoup de localités, et c'est pourquoi les œuvres ayant pour objet l'extension et le soutien des écoles libres ne chôment pas. Ces œuvres constituent une lourde charge, atténuée par les subsides que l'enseignement catholique reçoit actuellement de l'État, mais encore sorail-il utile de leur donner une vitalité plus grande.

Je sais combien, en présence du mauvais vouloir des pouvoirs publics, votre tâche est ingrate. La voie vous a été tracée par la loi bienfaisante de M. de Falloux, et c'est à juste titre que vous vous eiïorcez d'en mettre les mérites en relief. Cette loi a reçu des atteintes nombreuses et funestes. Mais elle n'en demeure pas moins comme un phare destiné à guider et à inciter les catholiques français.

Si l'État ne vous accorde plus l'aide qu'espérait M. de Falloux, vous ne pouvez trouver dans son hostilité qu'un motif de plus pour accroître votre propagande de salut. C'est, en effet, pour tous les catholiques, un devoir strict do sauver non seulement leur propre âme, mais aussi celle de leurs coreligionnaires, et surtout d'évangéliser les classes laborieuses, entourées de tant d'embûches et de séductions ! Le chancelier Pasquier a dit un jour : « On est catholique pour soi et chez soi. » Sans doute il en est ainsi ; mais tout cathohque doit l'être aussi au dehors et pour autrui. L'apostolat, au milieu du déchaînement des passions impies, est devenu le devoir de chacun.

Ce devoir, il convient de l'exercer par la presse, par les associations, par l'action individuelle, par les sacrifices pécuniaires, en un mot à l'aide des armes les plus variées : le dévouement scolaire doit être proportionné à la gravité des difficultés présentes. Je n'ignore pas qu'il est en France beaucoup d'âmes généreuses ; mais elles ne suscitent pas assez d'imitateurs. Tous les catholiques devraient prendre pour devise le mot d'ordre de saint Augustin : Quod isti et istae, car ego non ?

Je me joins donc à vous pour espérer qu'en évoquant la mémoire de M. de Falloux, vous vous obtiendrez la récompense que mérite cette gratitude.

Agréez, je vous prie, mes hommages dévoués,

Ch, Woeste.

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