LE COMTE GEORGES DE BLOIS
SÉNATEUR DE MAINE-ET-LOIRE PETIT-NEVEU ET LÉGATAIRE UNIVERSEL d'aLFRED DE FALLOUX
par LÉON PilILOUZE
« Le voilà donc couché dans l'immobilité de la mort, celui qui nous semblait l'image du mouvement et de la vie 1 » Comment rappeler sans émotion ces paroles de M. le comte de Blois sur la tombe de son ami, M, Blavier,et qui s'appliquent avec tant de force à lui-même ?
Comment, sous l'impression angoissante de ce nouveau deuil, évoquer cette existence prématurément interrompue, dépensée et usée toute, presque fébrilement, au service du pays. Cette existence, on la retracera, car elle appartient déjà à l'histoire de l'Anjou, et ces notes brèves seront simplement un premier et insuffisant hommage à une chère et grande mémoire.
Nul plus que le comte de Blois n'aima passionnément la terre angevine ; il ne voulait pas qu'elle devînt, selon l'expression de son romancier, « la terre qui meurt ». Héritier du comte de Falloux, il continua son œuvre. Avec son admirable collaborateur, M. Lemanceau, il maintint au premier rang l'étable du Bourg-d'Iré ; notre pays lui dut l'heureuse transformation de sa race bovine, consacrée par les plus hautes récompenses; elle porla au loin, et jusqu'au Nouveau -Monde, la réputation de l'élevage angevin.
Membre de la Société Nationale d'Agriculture de France et du Conseil de la Société des Agriculteurs de France, président de l'Union des Syndicats agricoles des départements de l'Ouest, M. le comte de Blois ne ménageait à aucune œuvre agricole, si modeste fût-elle, son concours et son appui. Président du Comice de son canton de Durtal, président de la Société Industrielle et Agricole de Maine-et-Loire, qu'il affectionnait entre toute.s, il se consacrait, à l'heure où la mort l'a frappé, à la préparation difficile du grand concours appelé à réunir l'an prochain, à Angers, les exposants de tous les départements de la région, sous le patronage de la Société des Agriculteurs de France. Sa joie était de se retrouver, aux Comices, au milieu des cultivateurs et des viticulteurs qu'il aimait et dont il était aimé. Il leur adressait, avec d'utiles conseils, des allocutions qui étaient des chefsd'œuvre de bon sens, d'esprit et de belle humeur.
Sa sollicitude était également acquise aux œuvres ouvrières et, en particulier, aux œuvres mutualistes.
Il excellait à réunir, sur le terrain des intérêts angevins, les hommes de tous les partis.
Conseiller général du canton de Durtal, il apportait aux discussions de
l'assemblée départementale l'autorité de sa parole, son expérience des affaires, son travail soutenu, môme au delà de ses forces physiques.
Après s'être présenté à la députation dans l'arrondissement de Baugé et avoir réuni sur son nom un nombre imposant de suffrages, M. de Blois fut élu sénateur de Maine-et-Loire, en 1895, par 604 voix.
Réélu en 1897, par 657 voix sur 972 votants, il fut secrétaire du Sénat de 1898 à 1899. Au dernier renouvellement du mois de janvier 1906, il était réélu sénateur à l'écrasante majorité de 691 voix sur 950 votants.
On sait quelle place il s'était faite au Sénat, avec quelle déférence il y était écouté et applaudi, aussi bienàgauclie qu'à droite, et parfois même au banc des ministres.
Dans les débats agricoles et viticoles, son opinion s'imposait el ne rencontrait pas, le plus souvent, de contradicteurs.
On se souvient de ses superbes discours en faveur de la liberté de l'enseignement et en particulier de la loi Falloux, dont il était le naturel et très éloquent défenseur. Ces jours derniers, S. S. Pie X, en lui envoyant la plaque de Commandeur de Saint -Grégoire-lo-Grand, avait tenu à reconnaître le dévouement et le grand talent par lui déployé dans les récentes luttes parlementaires. La douleur de ne pouvoir prendre part aux débats sur la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui révoltait ses sentiments les plus intimes de catholique et de libéral, a certainement abrégé sa vie. Ses amis ont été les témoins navrés de son désespoir.
Esprit souple, fin, bienveillant et conciliant, M. de Blois mettait une sorte de coquetterie à convaincre et à séduire ses adversaires avant de les combattre. Il ne dissimulait pas ses opinions, et affirmait hautement à la tribune du Parlement sa foi religieuse et ses convictions royalistes. « Je suis royaliste parce que je suis patriote », répétait-il avec Berryer, et il estimait servir son parti en servant d'abord la Patrie, qu'il avait, comme officier des mobiles, défendue en 1870 contre l'invasion, sur les champs de bataille de l'armée de la Loire. Avec quelle émotion communicalive, quels accents de vibrant patriotisme il évoquait les jours lugubres et glorieux de l'année terrible, dans les réunions des anciens mobiles et des vétérans de Maine-et-Loire, ses compagnons d'armes.
Il faudrait dire encore sur cette tombe, les qualités de l'homme privé, aimable, séduisant, chevaleresque, délicieux causeur, d'une mémoire prodigieuse, d'une culture raffinée, et de l'homme de cœur aux délicatesses presque féminines.
Dans les trop rares loisirs laissés par sa vie publique, par les innombrables démarches et les services rendus discrètement, mais sans trêve, à ses concitoyens, M. de Blois demandait un délassement aux arts et aux lettres. Il a publié les Mémoires d'un Royaliste, par le comte de Falloux, son oncle, et une nouvelle édition des Lettres de Madame Swetchine. Si un des regrets de sa vie a été de n'avoir pas eu le temps d'utiliser en d'autres œuvres les précieux documents dont il était possesseur, il eut du moins la joie de voir se révéler dans sa race un pur et beau talent d'écrivain, que l'Académie française distingua en couronnant le Journal de bord d'un Aspirant, de son fils
aîné, l'enseigne de vaisseau Louis de Blois, ignorant hélas ! peut-être encore à bord de son croiseur, en Extrême-Orient, le coup qui va l'atteindre en plein cœur.
A la Rochejaquelin, dans le cadre sévère et grandiose des arbres centenaires, une plaque de marbre évoque le souvenir des braves qui tombèrent là, il y a plus d'un siècle, pour la défense de leur Dieu, de leur roi, de leurs autels et de leurs foyers.
M. le comte de Blois a lutté jusqu'à son dernier souffle, il est tombé épuisé au service des mêmes causes, et ce sera, dans leur immense douleur, avec les immortelles espérances de la foi, la consolation et la fierté des siens.
Léon Puilouze.
[Extrait du Journal de Maine-et-Loire du mercredi 14 mars 1906.) (Reproduction autorisée).
GEORGES DE BLOIS par EDOUARD TROGAN
Le comte Georges de Blois. — Souvenirs de vingt ans. — L'héritier de M. de Falloux. — Contre Vabsentéisme. — Le patronage rural. — L'homme politique et l'homme privé. — Le dillettantisme et le devoir. — L'autorité, « service » social. — Le conciliateur. — Le royaliste. — Th. de Soland.
Il y a vingt ans, à quelques semaines près, sur les chemins d'Anjou poudrés de givre, salué à la traversée de tous les villages par les paysans accourus en foule, le cercueil de M. de Falloux était conduit au Bourg-d'Iré, où, sur la dalle du caveau, dès longtemps préparé, la date seule restait à inscrire. Dans la voiture qui accompagnait le char funèbre, j'avais l'honneur de me trouver avec l'exécuteur testamentaire de l'ancien ministre de 1850 : M. de Rességuier, et avec son neveu et héritier : M. de Blois. Comme un éloquent commentaire de la cérémonie qui venait de s'accomplir à la cathédrale d'Angers, nous dépouillions les innombrables lettres et télégrammes qui venaient, de tous les points du pays, apporter à l'homme d'Etat disparu les témoignages d'une justice que la mort déjà rendait plus facile et que l'histoire confirmera.
Par-dessus tous, nous relisions la dépêche de M. le comte de Paris. « Personne ne ressent plus vivement que moi la perte de cet homme d'Etat si éminent, dont le cœur était si français, le jugement si juste, le conseil si éclairé, le commerce si séduisant et si instructif. » Et la lettre du nonce apostolique, Mgr di Rende: « Par ses écrits, par ses actions et parles exemples de
sa vie chrétienne, M. de Falloux a eu le bonlieur d'oppartenir à la classe de ces hommes éminents qui ont puissamment contribué au réveil du christianisme en France depuis la grande Révolution... Mais c'est surtout par l'usage qu'il a fait de son pouvoir, qu'il mérite la reconnaissance des catholiques ; il l'a employé à donner une plus grande liberté à l'enseignement chrétien et à procurer à la France l'honneur de remettre le Souverain Pontife sur son trône. Cela ne peut s'oublier. Je suis frappé en considérant le grand nombre d'hommes qui doivent la foi à l'éducation qu'ils ont reçue en vertu de la loi de 1850... »
Hélus ! M. de Rességuier est mort il y a quatre ans, et le 12 mars, M. de Blois nous était enlevé, à cinquante-sept ans, au moment où son autorité s'afTirmait de plus en plus féconde. Je sais qu'il ne me reprocherait pas d'avoir rappelé, à son sujet, la mémoire de son oncle, et d'avoir, pour ainsi dire, avant de parler de lui, établi sa filiation politique. Car, evec des dons différents, il s'appliquait avec succès à suivre la tradition de M. de Falloux ; et d'ailleurs l'ombre de l'ancien ministre, pour être protectrice, ne fut jamais débilitante : il éveillait les talents, il excitait les âmes, il formait les caractères et n'avait horreur que de la bassesse.
C'est pourquoi M. de Falloux aima M. de Blois comme son enfant, et lui légua ses papiers. Pour lui léguer sa fortune, il avait encore un autre motif. Sa mère, Mlle de Soucy, qui avait été la compagne de jeux de Louis XVII à Versailles, était sans dot au moment de son mariage, et fut pourvue par les grands-parents de M. de Blois. Quand M. de Falloux, à la fin de sa vie, demeura seul debout au milieu des tombes oiî il avait couché tous les siens, il eut ce geste de grand seigneur, de manifester au chef de la branche angevine des Blois, la reconnaissance de sa mère.
Le comte de Blois prit alors possession, en 1886, de ce domaine du Bourgd'Iré transformé, agrandi, « créé », par l'initiative et la persévérance de l'ancien ministre, dans sa longue retraite du pouvoir, et dont l'organisateur a lui-même conté l'encourageante histoire dans Dix ans d^ Agriculture. Cependant, malgré l'attrait de la région, malgré les souvenirs qui s'attachent au château où M. de Fallo'.'x reçut tant d'hôtes illustres : Mme Swetchine, Lacordaire, Dupanloup, Broglie, Cochin, Montalembert, lord Emly, etc.. M. de Blois ne voulut pas déserter le coin de terre où l'attachaient plus particulièrement ses traditions de famille. Il continua d'habiter La Rochejaquelin, à deux pas de la demeure paternelle de Huillé, où il vient de rejoindre ses chers morts. Rien ne put le déprendre de ce pays où, entre les êtres et les choses, il s'est créé une parenté d'âme séculaire, de ces « bonnes gens » dont les aïeux ont aimé les siens. Un seul trait suffira à caractériser cette union qui prouve autant la bonté des uns que la fidélité des autres. Aux plus mauvais jours de la Terreur, les grand-tantes de M. de Blois furent transférées à la prison d'Angers. Mais les administrateurs du département avaient compté sans la municipalité d'Huillé qui se transporta en corps au chef-lieu pour les réclamer, obtint leur élargissement et les ramena triomphalement au château. Ces braves y jouaient leur tête, mais quand le cœur y est, la tête compte peu.
Ce n'est pas en oisif que le comte de Blois résidait sur ses terres. Il y menait la vie utile du patronage rural, avec tout ce que cette conception du devoir social comporte de fatigues et de sollicitudes, mais aussi avec toutes les hautes satisfactions morales qu'elle réserve aux âmes généreuses. Petits conflits locaux, améliorations de cultures, conseils agricoles, directions d'intérêts, rien n'échappait à sa vigilance ; il avait l'art de dire à chacun le mot qu'il fallait, avec une bonté inaltérable et une conscience sans faiblesses. Tout naturellement, ce patronage bienveillant se transformait en charges publiques. Maire de sa commune, conseiller général de son canton, on lui fit un devoir de briguer le mandat législatif. Et il eut cet honneur de se voir combattre par le préfet en personne et au moyen d'un unique argument : « Vous avez à choisir, disait le premier administrateur départemental, entre le candidat agréable et le candidat utile. M. de Blois est certainement le candidat agréable, et je ne songe pas à contester ses mérites, mais il n'est pas républicain, et ne saurait donc être le député « utile », car le gouvernement lui refusera les faveurs qu'il accorde à ses seuls amis. » Et grâce à ce cynisme, que le préfet trouvait le moyen de rendre presque aimable, la majorité dans l'arrondissement, il y a une quinzaine d'années, se déclara « utilitaire ». Mais les élections au Sénat donnèrent, dès 1895, une éclatante revanche à M. de Blois qui fut, à chaque nouveau scrutin, envoyé à la Chambre haute, avec une majorité toujours croissante. Au mois de janvier dernier, il était élu avec 691 voix sur 950 votants.
Je n'ai pas à rappeler ici, la Chronique politique les ayant signalées à leur date, les multiples interventions du sénateur angevin à la tribune du Luxembourg. Les questions d'enseignement le trouvaient toujours prêt à défendre la juste cause de la liberté, et ce lui fut un cruel chagrin d'être enlpêché, par la maladie, de prendre part à la lutte si ardemment menée au Sénat contre la loi de Séparation par ses collègues et, à leur tête, par son ami M. de Lamarzelle. Mais comme s'il voulait consoler, par une marque spéciale d'eslime, ce vaillant de ne pouvoir, une fois de plus, marcher à la bataille, le Pape Pie X lui avait envoyé, récemment, la plaque do commandeur de Saint -Grégoire. Ce fut une de ses dernières joies de constater, par l'unanimilé des félicitations qui lui parvenaient, que tout le monde comprenait à la fois son silence et son regret.
Quant à ses discours sur l'agricullure et sur les questions connexes, ils étaient écoutés et appréciés de tout le monde, comme la manifestation d'une compétence indiscutable, acquise au contact de la réalité et par l'expérience des faits. M. de Blois tenait une place éminente dans le conseil de la Société des Agriculteurs de France, et il faisait partie de la Société nationale d'Agriculture, qui est, à Paris, comme l'Académie des champs. En Anjou, il n'était pas de concours agricole, de petit comice à qui il refusât son appui et sa collaboration. Il présidait maints syndicats, unions et sociétés. Partout l'on aimait sa parole facile, enjouée, enveloppante, et qui avait l'art de tirer d'un incident fortuit, d'un fait récent, une moralité très haute. II s'était fait ainsi une situation hors pair dans son pays, et il organisait, pour l'an prochain, de'concert avec la Société des Agriculteurs de France, une
manifestation agricole destinée à constituer, par l'initiative privée, de grands concours régionaux, dont les résultats seront précieux pour l'amélioration de nos provinces.
Les manifestations militaires lui inspiraient toujours des allocutions vibrantes, car il avait reçu, tout jeune, l'empreinte des deuils nationaux, et il avait, très vif, le sens de la patrie. Pendant la guerre, il avait été d'abord officier de mobiles, et attaché ensuite, comme officier d'ordonnance, au général de Blois, son oncle, qui organisa l'artillerie de l'armée de la Loire, après Sedan, et dont un homme compétent, le général Brialmont, écrivait qu'il était un des rares hommes qui eût le génie de la fortification. Le comte de Blois avait de qui tenir, ses ancêtres directs ayant servi avec honneur dans la marine de l'ancienne France, et il a commencé un travail sur la marine sous Louis XVI, que les devoirs politiques interrompirent, mais dont le début renferme des pages d'une forme achevée et d'une admirable envolée.
Il aimait d'ailleurs avec prédilection cette époque du dix -huitième siècle, au point de vue de l'art. Un Greuze, un Watteau le ravissaient par leur grâce et la finesse de leurs galanteries. Il avait lui-même, dans l'esprit, quelque chose de cette délicatesse exquise, d'où ses convictions chassaient la fadeur, mais où sa nature aimable trouvait un enjouement épanoui, une séduction qui charmaient son goût épris de distinction et de sourire accueillant. Je l'ai vu souvent palper, comme en des caresses, des bibelots anciens, des souvenirs de famille, où sa main semblait retrouver des contacts d'autrefois. Passionné de musique, il souffrait aux lamentations d'un orchestre ou suivait, allégé des réalités, l'élan d'une mélodie. Aux obsèques de M. de Falloux, dans la cathédrale d'Angers, rompu d'émotion, harassé de fatigue, il craignait de défaillir. Tout à cor.p, les harpes de la Société des concerts égrenèrent sous les voûtes cet aérien prélude de Bach, sur lequel Gounod a déroulé son émouvante inspiration comme une écharpe de somptueux velours sur un voile de dentelle ; et je vis ses traits se détendre ; sa nervosité disparut, il avait retrouvé la possession de soi.
Rien ne lui eût donc été plus facile que de mener une existence d'égoïste amateurd'art, ou de sybariteintellectuel. Tant d'autres exploitent, leurvie durant, un petit fonds d'archives adventices ! Et M. de Falloux lui avait légué des papiers du plus haut intérêt. Il n'aurait eu qu'à puiser dans ces trésors, au classement desquels son amicale confiance me fit collaborer, pour se faire, aussi bien que d'autres, à peu de frais, une réputation litté-. raire. Il y a là des lettres de Berryer, de Montalembert, de bien d'autres encore, une correspondance de Mme Swetchine avec M. de Falloux de la plus haute valeur psychologique... Combien tout cela était tentant pour un dilettante des lettres ! Mais l'heure n'était pas au dilettantisme. « Plus lard, me disait-il, en des temps plus calmes, mon jeune écrivain pourra puiser , dans ces papiers, des vérités à dire qui n'auront pas vieilli., car ces hommes-là méprisaient la matière et ne parlaient que de ce qui survit : de l'âme, des idées, des croyances. » Et ce jeune écrivain est Avesnes, son fils aîné, enseigne de vaisseau, dont les premiers succès furent
pour M. de Blois un adoucissement à la séparation imposée par le métier. Quelques heures avant de mourir, il voulut recevoir l'Extrême-Onction devant le portrait du jeune marin, afin d'accomplir cet acte suprême de sa vie de chrétien, entouré de tous ceux qu'il unissait dans sa chaude tendresse...
Pour lui, d'autres devoirs lui parurent, à ce moment, plus pressants. Prenant au sérieux son rôle de propriétaire-résidant, il s'ingéniait à m.ultiplier les occasions de rapprochement avec ses compatriotes de la campagne, non pas pour s'im-poser à eux, mais pour les guider en sauvegardant leur susceptibilité, pour les aider vt-rs le mieux matériel et vers le mieux moral sans même qu'ils en prissent conscience. Afin d'éviter les mauvaises compagnies « du dimanche », il avait fait aménager dans son parc un jeu de boules où, l'après-midi, il allait assister à quelques parties. Au printemps, c'était le « pavois )', une sorte de concours de tir à la cible avec une tombola fournie de lots « utiles ». Puis, une petite maison où l'on pouvait se « rafraîchir i\ sans aller au cabaret du village, et où l'on trouvait des jeux pour les jours de pluie. Je ne parle pas des charités proprement dites, dont le propre est de se cacher, et n'ai voulu que signaler, en passant, le zèle avec lequel agissait un gentilhomme de vieille race qui ne boudait pas les temps nouveaux. Il n'était l'esclave d'aucune formule, et je doute qu'il ait médité sur le devoir « d'aller au peuple ».
Il y allait, le plus naturellement du monde, parce qu'il avait l'âme droite et le cœur bien placé. Je n'ai jamais vu aussi clairement que dans cette <f espèce », combien il y a de servitude dans l'exercice de l'autorité sociale, et combien de considérai ion dans la confiance des solliciteurs. Ce n'est pas une vaine appellation que se donne le premier maître du monde moral, le pape, en se nommant le « serviteur des serviteurs de Dieu ». C'est la formule exacte d'une réalité trop souvent et depuis trop longtemps méconnue. L'autorité — je parle de l'autorité sociale, et non de l'administrative et de la militaire par exemple — n'est pas l'exercice d'une fantaisie, d'un caprice ni même d'une conviciion ; c'est un service social. Par là seulement elle peut être féconde, parce que par là seulement elle est sincèrement acceptée. Si l'obéissance, la déférence, la subordination ne sont pas volontaires, elles ne sont plus une collaboration à l'harmonie générale ; leur terme fatal, sinon le\ir but conscient, c'est la révolte. Ce ne sont là ni paradoxes, ni théories sans fondement. La vie, considérée sans parti-pris, étudiée au jour le jour, y répond par des faits constants. Que, à l'user, et de plus en plus, grâce à la perversion de la mentalité populaire, le seul mot d'autorité amène des velléités de révolte, il n'est que trop vrai. Mais, d'autre part, n'y a-t-il pas de trop nombreux détenteurs de l'autorité qui ne songent à rien moins qu'à l'exercer autrement que comme un privilège sans devoirs correspondants ? Il appartient aux chrétiens de léfléchir et d'agir en conséquence. L'homme de bien dont je parle est un exemple de ce que peut une conception juste.
Cette conception n'empêchait aucunement M. de Blois d'avoir une légitime influence sur ses concitoyens. Je n'en voudrais pour preuve que les
résultats obtenus en Anjou, grâce à son intervention patiente, à ses négociations loyales. Il y a quinze ans, trois journaux conservateurs se partageaient le public angevin : le journal de M. de Falloux : V Union de VOuest, le journal de Mgr Freppel : V Anjou, et le plus ancien journal du parti : le Maine-et-Loire. Aujourd'hui, ce dernier survit à tous. Il n'a pas tué les autres. Les autres se sont fondus en lui. Le parti conservateur en a tiré encore plus de force. Il a fait bloc lui aussi. Pour en arriver là. nul doute qu'il ait fallu, d'une part, de l'abnégation, et de l'autre, du tact. Mais chacun a compris son service. Chacun a rempli son devoir. Ainsi le mérite est égal, et fructifie pour tout le monde. Par sa juste conception de son rôle social, M. de Blois a puissamment aidé à produire ce résultat. C'est encore un exemple.
En sa foi politique, il n'a jamais varié Suivant un mot de Mme Swetchine, qu'il a cité dans l'avant-propos des Mémoires d'un Royaliste, il estimait que « le royalisme c'est, le patriotisme simplifié ». Il ne fit jamais mystère de ses opinions. Mais jamais non plus, il n'en fit étalage II les déclarait quand il le fallait, et y insistait, si l'on affectait de l'oublier. Mais il n'en fit jamais spécialement une arme de combat. II voulait convaincre, non pas contraindre. Le compelle intrare ne fut point son fait. Cette nelteté d'attitude, qui ne sacrifiait rien de sa foi royaliste, ne l'empêchait pas de travailler cordialement avec des hommes d'opinion différente, lorsque, dans la vie quotidienne, il s'agissait de parer au plus pressé, qui est la vie non de demain, mais d'aujourd'luii. Il professait que plus on souliaite ardemment, et pour le bien même du pays, qu'un roi le gouverne, plus il faut avec un zèle jamais lassé, lui conserver d'abord ce pays. Et cette raison lui paraissait, à bon droit, suffisante pour collaborer avec tous ceux qui voulaient comme lui « la plus grande France ».
Il était, là aussi, dans les traditions de M. de Falloux, comme y était M. de Soland, un des plus vieux amis de l'ancien ministre, et que b mort vient d'emporter. Je ne puis songer sans un frisson à cette lugubre veillée d'agonie de janvier 1886, où, cinq heures durant, je tins dans ma main la main droite de mon maître, épiant un réveil de cette intelligpnce frappée en pleine activité, — et qui ne s'éveilla plus. M. de Soland était là, qui est mort. Mort M. de Blois. Et M. de Cumont ; et M. André Joubert ; et Mgr Freppel qui vint donner au mourant une ultime bénédiction... Et ces souvenirs donnent le vertige, quand une occasion les rassemble, tant ils font sentir cette force inéluctable de projection qui roule nos existences vers l'éternel ou-delà.
C'est M. Théobald de Soland qui reçut de Mgr di Rpude la lettre que j'ai citée plus haut. Très assidu champion des causes qui » nflammaient les fidèles de M. de Falloux, il les honora ou les défendit pendant ses vingt -cinq années de magistrature et ses vingt-deux années de députation. Il ne s'accorda de repos qu'en 1,^98. quand sa santé lui interdit les fatigues de la vie publique, et il se consolait difficilement de ne pouvoir plus défendre à la tribune ses idées politiques et sociales dont il ne dévia jamais. En dehors
des grandes questions qu'il y traitait ovec ampleur, comme l'inamovibilité de la mogistratui'e et la liberté d'enseignement, il obtint souvent des crédits deslinés à la restauration des cathédrales. Ses études très poussées en archéologie lui permettaient de justifier ses demandes par les considérations de la plus fine et de la plus juste compétence ; car cet homme politique ne cessa jamais de s'occuper de littérature et d'art. Il était d'un pays où ses goûts pouvaient s'épanouir dans la sympathie universelle, et ses compatriotes, durant trente-quatre ans, lui confièrent le soin de les représenter au Conseil général.
Admirateur enthousiaste de Lacordaire, il avait suivi jadis toutes ses conférences, et il voulut avoir à son chevet de mort un Religieux, revêtu de cette robe blanche, dans les plis de laquelle, voilà plus d'un demi-siècle, le célthre Dominicain ramenait en France une liberté, désormais reniée de nouveau. Dévoué sans lassitude à sa foi, son dernier acte, comme maire de sa commune, fut de transporter solennellement avec son Conseil municipal, dans une salle de la mairie, le Christ arraché aux murs de la justice depaix. Ainsi se perpétua jusqu'au bout l'unité de sa vie.
Edouard Trogan.
[Extrait du Correspondant, livraison du 25 mars 1906.) [Reproduction autorisée).
SUPPLÉMENT A LA SOUSCRIPTION (Voyez plus haut, pages 281 à 320).
Diocèse d'Amiens
]M. le président de l'Association des anciens
élèves de Saint-Stanislas, à Abbevillc 5 •
Diocèse d'Angers
Association des anciens élèves de l'Institution Saint- Julien, à Angers (par les mains de M. G. Quartier) 10
M. le comte d'Ollone, président de la Société des Concerts Populaires, à Angers 10
M. le comte Gazeau, à Saint-Florent-lc-Vieil .. 50
M. le président de l'Association des anciens élèves de l'Externat Saint-Mnurillo, à Angers (par les mains de M. R. Bigot) 100
Association amicale des anciens élèves du Collège de Beaupréau " '
Association amicale des anciens élèves d" l'Institution Saint-Louis, à Saumur 30
A Reporter 225
1. Le diocèt-n d'Amiens csl. inscril (p. 282) pour une somiu'^ ilo liO francs. Le total des ofl'raudes recueillies dans ce diocèse est donc' de l'io fi;inc:-:.
2. L'ensemble des souscriptions recueillies dans le dioci^se d'Angers (p. 282) s'élevait à fi.(i30 fr. 65. Le supplément de 220 francs, inscrit ici, porte le total définitif des offrandes à la somme de 6.850 fr. 65.
Report 225 »
Diocèse d'Angoulême
M. H. de Montégut, château des Ombrais,
par Larochcfoucaidd 10 ' »
Diocèse de Bateux
Association des anciens élèves des Ecoles chrétiennes de Lisieux (par les mains de !\I. J. Sanson. trésorier) 10 - »
Diocèse de Bayon?;e
Association amicale des anciens élèves du Collège Saint-Bernard, à Bayonne 50 ' »
Arciiidiocèse de Bourges
Association amicale des anciens élèves de l'Institution Sainte-Marie de Bourges (par les soins de M. R. Laurent) 50 S)
Diocèse de CLERM0^'T
M. Maurice Basse, président de la Société civile d'Enseignement libre, à Clcrmont 5 »
La Société civile d'Enseignement libre, à Clcrmont (par les mains de M. Maurice Basse)... 20 ' «
A Reporter 370 »
1. Le diocè.'^e d'An^oulême ?e trouve inscrit, (p. 202) pour mi'^ Munine (l'> 35 franc?. L'urfrande supplémentaire, portée ici, élève le total dos souscripliuns du diocèse â 45 fr;incs.
2. Les souscriptions du diocèse de Bayeux s'élèvent (p.î94) à 10 francs. Le îupplcmcnt porte le total de ce diocèse à la somme de 20 francs.
:î. 11 avait été souscrit dans le diocèse de P.ayonnç(p. 29'i) une somme de 59 francs. L'offrande de l'Amicale de l'Ecole Saint-Bernard porte ce chiffre à 100 francs.
4. La souscription de l'archidiocèse de Bourpres (p. 290) s'élevait â 128 francs; elle doit donc «"tre portée à 178 francs.
."). Le diocèse de Clcrmont (p. 200) était inscrit pour 230 francs. Avec le présent supplément, le chiffre définitif est de 255 francs.
Report 370 »
Diocèse d'Evreux
Association amicale des anciens élèves de l'Ecole libre Saint-François-de-Sales (par les miiins de M. l'abbé Paul Soiity) 30 ' »
Archidiocèse de Paris
Association amicale des anciens élèves de l'Ecole libre de Saint-Pierre de Montrouge 5 »
M. Louis de Boussès de Fourcaud, à Paris 5 »
Diocèse de Saint-Brieuc
Association amicale des anciens élèves de l'Ecole des Gordeliers, à Dinan (par les mains de M. F. Toublanc) 10
Association des anciens élèves de l'Ecole Saint- Charles, à Saint-Brieuc (par les mains de M. Bienvenue) 25
Association des anciens élèves de l'Ecole Saint- Charles (2e versement) 50
Ecole libre Saint-Brieuc (par les mains de M. Yves Queiïéléant) 10
Association des anciens élèves de l'Ecole libre Saint-Brieuc (par les mains de M. Quefféléant) 10
A Reporter 515 »
1. Il avait été souscrit, au diocèse d'Evreux (p. 300), une somme de 100 francs. Le chiffre définitif des offrandes du diocèse est donc de 130 francs.
2. Le total inscrit pour l'archidiocèse de Paris (p. 311) était de 2.621 francs. Il se trouve être en réalité de 2.tJ31 francs.
3. Les souscriptions offertes par le diocèse de Saint-Brieuc (p. 314) s'élevaient à 120 francs. Ce chiffre se trouve porté à 225 francs.
Report 515 »
Diocèse de Troyes Docteur Coqueret 51 »
Diocèse de Versailles
Union fraternelle des anciens élèves de la paroisse Saint-Louis, à Versailles