‹ Falloux et le monument commenoratif de la loi de 1850 sur la liberte d'enseignementChapitre 9 sur 73 · LE CENTENAIRE DU PÈRE LACORDAIRE · texte numérisé non relu

LE CENTENAIRE DU PÈRE LACORDAIRE

sa place indiquée sous les voûtes de Notre-Dame de Paris. Le grand Dominicain n'appelait-il pas familièrement Notre-Dame de Paris sa « seconde patrie » ? Ce fut Mgr Touchet, Evêque d'Orléans, qui, le 12 mai 1902, prononça l'éloge du P. Lacordaire. Le Prélat ne se montra jamais peut-être plus éloquent qu'il ne Test dans ce discours. Il y juge l'orateur, le prêtre, le religieux, le citoyen. Emprutons à Mgr Touchet quelques lignes caractéristiques sur le culte que professa toujours le P. Lacordaire pour la liberté : i

« Dédaigneux de la question des formes gouvernementales, dont aucune n'a trouvé en lui un adversaire ni un fidèle, il ne demanda à la Monarchie légitime, au Gouvernement de Juillet, à la République de 1848, au second Empire, que la liberté. La liberté était sa folie, son autel et son foyer. Dans la mesure où ils accordaient la liberté, il accueillait les gouvernements ; dans la mesure où ils combattaient la liberté, il les repoussait. Il n'admettait pas que le droit particulier fût limité par une autre borne que le droit particulier, ou l'intérêt public clairement démontré. Ramenant les discussions de l'abstrait au concret, de la thèse à l'hypothèse, tout acte, toute loi, qui n'avaient pas pour terme la liberté lui paraissaient dignes de détestation. Qui a flétri comme lui la révocation de l'Edit de Nantes ? Et, en revanche, qui a dénoncé plus que lui les emmenotements légaux dont furent meurtris les poignets de l'Eglise ?

La liberté pour soi ! La liberté pour autrui !

Qu'il devait donc être beau ici, dans cette chaire, au-dessus de la foule frémissante, secouant sa robe — j'allais dire sa toge ! — de moine et s' écriant : « Moi aussi, je suis une liberté ! »

Et dans la salle de rédaction de V Avenir, fi'appant d'estoc, de taille, le glaive toujours haut, l'âme toujours égale au glaive, dressé contre tout envahisseur des indépendances religieuses ou civiques !

Et dans l'école de la rue des Beaux-Arts, revendiquant entre Montalembert et de Coux, au nom de sa dignité de Français, au nom de l'autorité des pères de famille, au nom de la Charte, au nom des droits de la conscience, la faculté d'apprendre à lire, à écrire, à compter, aux enfants du peuple !

Et dans le Palais des Pairs, terrassant ce Procureur général Persil, qui put bien le faire condamner avec Charles de Montalembert, « Maître d'école et Pair de France », à cent francs d'amende, mais qui ne put l'empêcher, l'infortuné ! d'avoir jeté dans notre sol, le plus profond et le plus résistant, ce germe de la liberté d'enseigner qu'il n'appartient à personne d'arracher, diit-on, pour un temps malheureux, en gêner l'efîlorescence.

Et ici, et là, et partout, applaudissant quiconque brisait une chaîne ; — braves de Missolonghi qui s'enterraient sous leurs murailles, Mérode qui libérait la Belgique, O'Connell qui agitait l'Irlande, Czartoryski et Chlopicki qui faisaient des prodiges de valeur dans les plaines douloureuses de la Pologne !

Ah ! la pure et dévorante flamme ! Même sous les glaces de sa précoce vieillesse, il ne permit pas qu'elle s'éteignit. Elle fut une des grâces les plus séduisantes de son exquise nature (1).

Au lendemain des commémorations brillantes de l'Evêque d'Orléans et du P. Lacordaire, personne ne doutait que les catholiques ne fussent disposés, le moment venu, à honorer comme il convenait la mémoire de Montalembert,

Charles-Forbes-René, vicomte de Montalembert, est né à Londres, le 29 mai 1810. Nous espérions qu'à cent ans de date il serait rendu hommage à la mémoire de l'intrépide lutteur, qui pendant dix-neuf ans réclama la liberté d'enseignement. Cet hommage n'a pas revêtu l'ampleur désirable.

Pourquoi ?

Des questions de personne, nous a-t-on dit, auraient mis obstacle à la composition d'un Comité dans lequel on estimait nécessaire de grouper des personnages éminents. Nous n'avons connu, d'ailleurs, que très vaguement les divers incidents du conflit. L'échec subi par les fervents de Montalembert nous dicta la conduite que nous aurions à tenir, s'il nous était donné de coopérer au centenaire de Falloux en 1911. En attendant, il nous parut convenable de rappeler, en 1910, dans un journal de Paris, ce qu'avait été Montalembert dans sa vie militante. Les lignes qui suivent parurent, sous notre nom, dans les derniers jours de décembre.

Nous no laisserons pas se fermer l'année 1910 sans rappeler ici que Charles- Forbes-René de Montalembert est né à Londres il y a juste un siècle. L'heure est aux centenaires. Les lettrés ont célébré dans la presse et sur la scène, ces jours passés, le centenaire de Musset. Cette manifestation les honore ; Musset tient un rang élevé dans les lettres du dix-neuvième siècle. Son œuvre mêlée, les lacunes, les défauts, qui déparent ses poésies n'empêcheront pas les hommes sincères, épris d'idéal et de foi, d'applaudir à certaines pages de Musset qui découlent de l'inspiration la plus haute et révèlent une âme éprise de l'idée chrétienne.

Mais, pour nous, Catholiques, combien la mémoire intrépide et sans fai-

(1) Eloge du Père Lacordaire, prononcé à Notre-Dame de Paris, dans le centième anniversaire de sa naissance, le 12 mai 1902, par Mgr Touchet, évêquo d'Orléans, Paris, Bureaux de VAnnée dominicaine, in-8°, pp. 13-15.

blesse de René de Montalombcrl est plus fortifiante et plus radieuse ! Le lutteur courageux, dont Louis Vouillot, qui plus d'une fois l'avait combattu, a pu dire : « I\L de Montalcmbert a été de tous les laïques de ce temps celui qui a rendu à l'Eglise les services les plus grands et les plus dévoués», a droit à l'impérissable gratitude des Catholiques de France. Et ce n'est pas lui que cette gratitude grandit ; c'est nous-mêmes. Les morts ont Dieu pour partage et ce que nous appelons honneurs terrestres, hommages posthumes, peut être une leçon ou un exemple pour ceux qui survivent, mais n'ajoute pas au bonheur sans bornes des élus. Il n'était donc pas utile que le bruit s'élevât en 1910 autour du nom de Montalembert, mais, nous en avons la certitude, les Catholiques français ont plus particulièrement évoqué, en cette année de commémoration, les efforts, les actes, les succès, les défaites d'un jour, et en fin de compte, les conquêtes de ce soldat du Christ que Guizot a si justement défini « un homme de guerre dans la vie civile ».

UHistoire, consciencieuse, documentée, de haut souffle et décisive du fier lutteur, écrite par le P. Lecanuet, de l'Oratoire, est un livre de chevet pour quiconque a le souci de la défense de l'Eglise et de ses libertés. Il occupe une place de choix sur les rayons de notre bibliothèque de combat, auprès de la Vie de Lacordaire, par Foisset, de la Vie de Dupanloup, par l'abbé Lagrange, et des Mémoires, du comte de Falloux. C'est dans l'ouvrage du P. Lecanuet que nous pouvons suivre pas à pas Montalembert au milieu de ses attaques incessantes contre les ennemis de la foi. Il avait vu, au lendemain de la Révolution de Juillet, « la Croix arrachée du fronton des églises de Paris, traînée dans les rues, précipitée dans la Seine, aux applaudissements d'une foule égarée. » Ce navrant spectacle avait fait de lui l'inébranlable champion des libertés religieuses. « Cette Croix profanée, s'écriait-il à la tribune de la Chambre des Pairs, le 14 avril 1845, — il avait alors 35 ans, — cette Croix profanée, je la ramassai dans mon cœur et je jurai de la servir et de la défendre. » Il resta fidèle à son serment et, malgré l'impopularité formidable qu'il fallait braver alors cjuand on voulait arborer la foi catholique, Montalembert voulut être dans ses actes « Catholique avant tout » et c'est lui qui contribua le plus à faire disparaître ce respect humain ridicule auquel des esprits droits, des hommes sincères et de bonne foi étaient impuissants à se soustraire. Il faut lire le discours du 19 mai 1837 sur la propriété ecclésiastique. Lorsque Martin (du Nord), cédant aux injonctions de députés voltairiens, décida que le P. Lacordaire ne serait pas autorisé à porter en France le costume religieux, Montalembert se rendit chez le ministre, et, après un entretien pressant, le ministre revint sur sa décision.

Mais la grande conquête du xix^ siècle, c'est la liberté d'enseignement- Les libéraux, qui avaient réclamé la liberté sous la Restauration, se démentirent eux-mêmes au lendemain de Juillet. Seul, Guizot faisait exception. Dès 1833, il avait affranchi du monopole l'enseignement primaire. Mais sa loi reste muette sur la liberté de l'enseignement secondaire. Les élèves des petits séminaires, dont l'ensemble ne devait pas dépasser 20.000, ne pouvaient se présenter aux examens de l'Etat. Quelques institutions libres échappaient à cette règle draconnienne ; mais encore fallait-il que leurs

élèves, s'ils voulaienl être admis au baccalauréat, donnassent la preuve qu'ils avaient fait leur rhétorique et leur philosophie dans un collège de l'Etat. Montalembert résolut de faire une brèche dans la forteresse. Saint- Marc Girardin fut un instant son allié dans la lutte, mais Salvandy, Villemain, qui se succèdent au ministère de l'Instruction publique, de 1837 à 1840, se montrent intraitables en faveur du monopole de l'Université. Montalembert ne désarme pas. A la tribune et dans la vie privée, il reste le défenseur de l'enseignement chrétien. Villemain lui était connu. Il entre en correspondance avec lui, à titre personnel. On a gardé le souvenir de la lettre qu'il adressa, le 21 octobre 1839, au ministre :

« Oui, je l'avoue, écrit le fier tribun, j'avais désiré et rêvé pour vous un autre avenir, lorsque je vous ai vu rester au poste éminent qui devait, nécessairement être, un jour ou l'autre, votre apanage, et cette attente, trompée, devait peut-être servir d'excuse à la violence de mes premières plaintes.

« Vous me faites l'honneur de me dire que « Je ne dois pas vous faire un lort de désirer que l'instruction laïque ne soit pas détruite et que les Petits Séminaires, destinés par la religion et par la loi à préparer le renouvellement du sacerdoce, ne deviennent pas de simples pensions. »

« Malheureusement, la religion et la loi parlent, en cette occurrence, un langage fort distinct : la religion n'a (ju'un intérêt et qu'une règle en matière d'enseignement, c'est d'augmenter autant que possible le nombre des âmes qu'elle peut instruire et bénir ; la loi (si tant est qu'on puisse donner ce nom auguste à l'ensemble des mesures arbitraires qui ont constitué l'Université) s'eiïorce de limiter ce nombre par les précautions les plus humiliantes et poursuit sans cesse de sa jalousie oppressive la religion, chassée de toutes les autres positions de l'enseignement, jusque dans ces asiles où elle s'est réfugiée avec la conscience et les dernières espérances des pères qui veulent que leurs enfants soient, non pas des prêtres, mais catholiques, et qui savent, par expérience, que c'est à peu près impossible dans l'Université. La loi qui viole ce droit sacré des pères, nulle en soi, parce qu'elle est contraire au fondement de toute société chrétienne, doit être abrogée ou profondément modifiée, en vertu d'une promesse de la Charte de 1830. Cette promesse, on refuse de la tenir, et nous en réclamons l'exécution. Voilà la vraie position de la question. »

Cousin succédera bientôt à Villemain. Il est l'adversaire de l'Eglise. Villemain revient au pouvoir et dépose un projet que repousse l'Episcopat tout entier. Le cabinet s'incline. On trouvera l'ensemble des lettres épiscopales écrites à cette époque dans la brochure instructive et de toute actualité aujourd'hui : Protestations de V Episcopat français contre le projet de loi sur V instruction secondaire. Le 11 janvier 1842, le 1" mars suivant, Montalembert est à la tribune et multiplie ses attaques véhémentes contre le monopole de l'Université. Foisset, qui habite Dijon, applaudit au courage de son ami. « Le salut, écrit-il, est dans l'action politique. Le moment est venu de se rappeler le mot de saint Paul : « Civis romanus sum ». Appelé loin de

Paris par la santé de ses proches, Montalembert écrit son manifeste, Du devoir des Catholiques dans la question de la liberté d" enseignement. L'effet de cet écrit fut considérable sur l'esprit des hommes clairvoyants et militants. Foisset, Dupanloup, Lacordairo, Taconet, directeur de VUnivers, Louis Veuillot, firent écho à lu parole de Montalembert : « Que Dieu vous garde la belle destinée qu'il vous a faite, écrit Veuillot au pair de France ; je ne vois pas deux hommes dans notre pays qui puissent rendre à l'Eglise les services que vous lui rendrez. » Le 2 février 1844, Villemain présentait à la Chambre des Pairs un nouveau projet de loi. Aussitôt, Montalembert s'embarque pour la France.

Dupin réclame des mesures sévères contre l'Episcopat. Montalembert lui répond. Il prend la défense des évêques. C'est le 16 avril que la bataille s'engage. On connaît l'immortel discours prononcé par l'orateur catholique. La péroraison de cette harangue vengeresse est dans toutes les mémoires. « On vous a dit : soyez implacables. Eh bien ! soyez-le ! Faites tout ce que vous voudrez et tout ce que vous pourrez. L'Eglise vous répond par la bouche de Tertullien et du doux Fénelon : nous ne sommes pas à craindre pour vous, mais nous ne vous craignons pas. Et moi j'ajoute, au nom des Catholiques comme moi, des Catholiques du xix® siècle : Au milieu d'un peuple libre, nous ne voulons pas être des ilotes ; nous sommes les successeurs des martyrs ; nous ne tremblons pas devant les successeurs de Julien l'Apostat. Nous sommes les fils des croisés ; nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire ! » Comment suivre, dans le cadre étroit d'un article, les péripéties d'une lutte intense qui s'est poursuivie de 1844 à 1850 ? Les discours, les lettres, les entretiens de Montalembert sur la liberté d'enseignement se comptent par centaines. C'est Montalembert autant que l'abbé Dupanloup qui décida de la conversion de Thiers, dont il fit un allié, un défenseur de la liberté religieuse après avoir triomphé des préventions tenaces de l'ancien ministre de Louis-Philippe.

Ce dont on ne se souvient plus, c'est que Montalembert échoua à l'Académie française comme successeur de Chateaubriand, pour avoir parlé dans son discours sur la Constitution du Dieu vague de Véclectisme. Cousin ne lui pardonna pas cette attaque. Et il informa Montalembert de l'opposition qu'il ferait à sa candidature. Cet échec ne troubla point le futur auteur des Moines d'Occident. Il répondit à Cousin : «Vous me rendez bien fier en me laissant supposer que l'accomplissement d'un devoir de conscience envers ma foi et mon pays me coûte la seule distinction que j'aie ambitionnée de ma vie. Il est rare de pouvoir offrir un tel sacrifice à la cause que l'on aime et que l'on sert comme l'on peut. »

Que ce soit le duc de Noailles qui ait remplacé Chateaubriand, le véritable successeur de l'auteur du Génie du Christianisme à l'Académie française, au dix-neuvième siècle, c'est Montalembert.

Le souvenir de ces événements ne pouvait échapper aux Catholiques de France en la présente année 1910. Le patrimoine de franchises, de libertés dont un homme d'exception a doté le pays il y a soixante ans, l'avons-nous accru, l'avons-nous sauvegardé dans son intégrité ? Non ! Notre faiblesse,

nos divisions, noire indifférence à l'endroit de l'action publique, de l'offensive nécessaire, ont permis à l'ennemi de nous reprendre une part du trésor conquis.

L'adversaire s'apprête à nous dépouiller. Il escompte déjà notre dénuement. Cette perspective douloureuse qu'il est en notre pouvoir de conjurer, si nous le voulons fermement, rend plus chère encore, de jour en jour, aux fervents de l'Eglise et de ses libertés, la haute et pure mémoire de Montalembert.

1911 était la date anniversaire de la naissance d'Alfred de Falloux. L'homme nous était connu. L'expédition de Rome, la loi de 1850 le rendaient à nos yeux digne de tout respect. La pensée nous vint de ne pas laisser échapper l'occasion de célébrer son souvenir. Deux amis, M. Dominique Delahaye, sénateur de Maine-et-Loire, M. Conrairie, docteur en droit, adjoint au maire du Bourg-d'Iré, nous proposèrent de constituer une Commission d'initiative qui inviterait les catholiques de France à fêter la mémoire du ministre de 1849. Nous ne pouvions que souscrire à cette proposition.

Mais sous quelle forme convenait-il d'essayer une commémoration que le grand citoyen n'eût pas désavouée ?

Nous avions entendu parler du testament de M. de Falloux. Nous savions que cette page faisait le plus grand honneur au catholique. IMais le texte intégral du document ne nous était pas connu. Le comte Louis de Blois, petit-neveu de Falloux, propriétaire de son château et des précieuses archives laissées par l'homme politique, voulut bien nous donner une copie de la pièce que nous désirions posséder. Le lecteur nous saura gré de publier ici les dernières volontés de l'homme d'Etat :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je me place en toute soumission, en toute présence en face de la mort. Je recommande mon âme à la miséricorde divine et je sollicite instamment les prières de ceux qui voudront bien me conserver \m soiivcnir.

(' Je remercie profondément mon frère de sa constanlc affection pour moi et les miens. Je prie mon légataire universel de me remplacer auprès de lui en tout ce qui pourra lui complaire. J'institue mon légataire universel mon cousin le comte Georges de Blois, demeurant au château de la Roche- Jacquelin, près Durtal. »

Suivent divers legs à l'hospice Swctchine, à la fabrique du Bourg-d'Iré, à M. Lemanceau, à M'"'' de Soucy, à M"''' de Narcé, à la marquise de Pérignon, à la vicomtesse Benoist d'Azy, au comte Albert de Rességuicr.

« J'interdis pour mon cnterrcrncuL et service toute autre cérémonie qu'une messe basse sans tentures, ni décorations, ni discours quelconque, ne tenant plus, dans la profonde sincérité de mon cœur, à aucun autre témoignage de souvenir ou d'affection que la prière. Je demande cordialement pardon à tous ceux que j'aurais pu offenser ou malédifier dans le cours de ma vie. »

« A. DE Falloux. »

Bourg-d'Iré, l^r août 1882.

Cette page suprême dictée par la foi la plus vive, et l'humilité du catholique aux yeux duquel ni le faste des obsèques, ni les éloges publiquement prononcés ne paraissent convenir devant le cercueil d'un chrétien, précisait à nos yeux le caractère de la commémoration que nous désirions provoquer. Il fallait prendre contact avec l'Episcopat, les maisons d'enseignement hbre, les rares survivants de l'époque, déjà lointaine, où se débattaient à l'Assemblée législative, les intérêts de la France et de l'Eglise. Etait-il opportun de saisir la presse politique de notre dessein ? On ne demande pas des prières par la voie du journal, et si nous avions à cœur d'être fidèles à la mémoire d'Alfred de Falloux, c'était bien une prière que nous avions le devoir de solhciter des obligés du ministre de 1849. Il nous parut convenable de procéder par voie d'appels directement adressés aux amis que nous voulions atteindre ; notre première lettre ou circulaire porte la date du 2 avril 1911. Nous prenions à tâche de rappeler avec quelques développements les circonstances dans lesquelles fut élaborée la Loi de liberté de 1850.

Voici notre texte :

Premier Appel de la Commission d'Initiative

M. de Falloux, c'est la liberté de l'Enseignement, c'est la grande conquête du xix^ siècle, c'est le droit des pères de famille d'élever leurs enfants dans les principes qui leur ont été transmis à eux-mêmes, au foj'er paternel ; c'est la perpétuité de la foi, des traditions nationales, de la race, du sang des ancêtres ; c'est l'émulation, chez tous les citoyens d'un grand peuple, dans l'exercice des facultés éducatrices ; c'est la leçon quotidienne, profes-

sée au grand jour, sans contention, sans esprit de parti, sans routine, sans rivalité, sans ombrage, au profit de tous ; c'est la France intacte et continuée.

Nous avons laissé mutiler cette loi libératrice du 15 mars 1850. Ferry a été l'artisan de ce forfait. L'enseignement primaire est devenu le monopole d'une secte. Nous avons essayé d'atténuer le désastre en ouvrant des écoles libres. Au prix de quels sacrifices sommes-nous parvenus à maintenir, à accroître le nombre, dans une proportion trop minime, de ces écoles préservatrices, lieu de refuge et de saine lumière pour l'âme de nos enfants? Mais les obscurs disciples de Ferry, les Massé, les Buisson, les Doumergue et cent autres médiocres, ont forgé des armes pour la destruction des écoles libres. C'est demain, ce soir peut-être, que s'engagera la bataille, et elle consacrera la défaite des catholiques et des patriotes, si ceux-ci ne prennent pas l'offensive. La situation précaire dans laquelle nous nous débattons, au point de vue de l'école rurale, est indigne d'hommes croyants, de citoyens demeurés fidèles aux convictions religieuses de leurs pères. Notre devoir n'est pas de sauver les parcelles de liberté qui nous restent encore dans le domaine de l'enseignement primaire, notre devoir impérieux, strict, étroit, urgent est de reconquérir toutes les libertés inscrites dans la loi de 1850.

Mais ce n'est pas seulement l'école primaire que l'on a résolu de matérialiser. Les institutions d'enseignement secondaire, les collèges libres sont convoités. Nos adversaires ont décrété leur fermeture par des voies tortueuses, par une série d'incompatibilités arbitraires qui, si elles sont appliquées, priveront nos prêtres du droit d'enseigner à aucun degré. Ce sera l'écroulement, la mise à néant d'une liberté conquise au prix de vingt années d'efforts, et par quels soldats, Montalembert, de Coux, Dupanloup, Parisis, Lacordaire, Cochin, de Melun, de Falloux.

Cette loi de 1850 a-t-elle donc été ourdie dans le mystère, par des hommes d'un seul parti ; a-t-elle été hâtivement rédigée et votée par surprise ? Ne le croyez pas. Si la préparation des esprits a été longue, l'élaboration du texte législatif a été laborieuse, et c'est dans ce travail décisif que se révèlent la haute loyauté, la hardiesse heureuse, le sens politique, l'impartialité du ministre de l'Instruction publique de 1849, le comte Alfred de Falloux.

Rappelons les circonstances honorables, nous dirions volontiers glorieuses, au cours desquelles a été remportée l'inappréciable conquête do la liberté d'enseignement.

Né le 7 mai 1811, M. de Falloux n'avait que trente-huit ans, lorsqu'il se vit offrir, avec instances, par le prince-président, le portefeuille de l'Instruction publique dans le cabinet Odilon Barrot. Il appartenait à la Chambre des Députés depuis 1846. Réélu par le département de Maine-et-Loire en

1848, il ne prononça pas moins de 12 discours, — du 29 mai 1848 au 7 août

1849, — et tous donnent la mesure d'une pénétration, d'une justesse de vues, d'une élévation de pensée qui placent leur auteur au nombre des parlementaires les plus éloquents. Un biographe de M. de Falloux — car, moins heureux que Lacordaire, Dupanloup et Montalembert, M. de Falloux n'a pas eu d'historien, — a pu dire de lui, et de sa vie politique, sans aucune exagération :

« Cette période si active, si remplie de son existence, révéla en lui les qualités rares qui font l'homme d'Etat. Il y trouva également sujet de faire éclater les dons de l'orateur parlementaire, que nul plus que lui ne posséda. Ce n'était point cette facilité stérile, qui, un moment, peut séduire, qui épanche des mots plus ou moins vagues, des périodes plus ou moins harmonieuses, où l'élégance de la forme voile l'indigence du fond. L'éloquence, chez le comte de Falloux, avait une autre portée. Sa pensée rapide remontait en un instant aux causes lointaines ; sa parole évocatrice les rattachait aux faits présents, sa clairvoyance en prévoyait, d'un regard singulièrement aigu, les conséquences à venir. Jamais la crainte ne l'arrêtait en deçà, ni la passion ne l'emportait au delà de ce qu'il voulait dire. Il s'élevait à l'enthousiasme, toujours il évitait V emballement, pour employer un terme vulgaire, mais expressif ; et ainsi, il dominait jusqu'à ses adversaires, parce qu'il ne cessait de se dominer soi-même. Certaines de ses phrases, frappées comme des médailles, sont demeurées célèbres ; on les cite encore, en oubliant leur auteur ; telle est, par exemple, celle qui terminait un discours véhément, véritable page d'histoire où, après avoir esquissé à larges traits les péripéties de la Révolution, de toutes les révolutions, qui, tombées dans la licence, par excès de liberté, en arrivent au despotisme par une réaction forcée, l'orateur évoquait Pétion, Barnave, Danton, Marat, Robespierre et enfin « la main de fer qui a fait taire toutes ces voix et muselé tous ces tigres. (Séance du 20 mai 1849) « (1)

On se souvient encore de cette autre déclaration, d'une forme cinglante, jetée par M. de Falloux à l'Assemblée Constituante, à quatre jours de distance du discours que nous venons de rappeler : « La France ne veut plus des hommes qui l'ont étonnée par leur inexpérience et leur incapacité. La France accepte, la France veut le concours de toutes les bonnes fois et de toutes les bonnes volontés ; la France sait parfaitement qu'on n'improvise pas l'avenir, que l'avenir se fait avec du passé, et que le progrès se fait avec de l'expérience. La France ne veut ni des hommes qui ne sont capables de rien, ni des hommes qui sont capables de tout. »

M. de Falloux n'avait accepté d'entrer dans le cabinet qu'après avoir obtenu de M. Thiers la promesse formelle qu'il soutiendrait et ferait passer une loi sur l'enseignement. Son premier soin, à l'Instruction publique, fut de constituer la Commission préparatoire de la loi. Cette Commission comprenait 24 membres et, au point de vue des intérêts qu'elle était chargée d'étudier, pouvait se décomposer ainsi :

« Pour l'Université : MM. Cousin, Saint-Marc Girardin, Dubois, Poulain de Bossay, Bellaguet, Michel ; pour les catholiques, partisans de la liberté d'enseignement : MM. de Montalembert, de Melun, Laurentie, Augustin Cochin, Henry de Riancey, de Montreuil, Roux-Lavergne, l'abbé Sibour, cousin de l'archevêque de Paris, l'abbé Dupanloup ; pour l'Etat, pour l'Assemblée, — pour tenir, en cas de conflit, la balance entre les prétentions

(1) DoRLisHEiM. Le comte de Falloux, lettres, notes et souvenirs (1811-1886), pp. 21-22.

diverses : — MM. Thiers, Freslon, de Corcelle, le pasteur Cuvier, Eugène Janvier, Peupin, Fresneau, Bûchez et Corne (1). »

Le jeune ministre avoue qu'il éprouva quelque anxiété en inaugurant les séances d'une telle Commission. La présidence en fut dévolue à M. Thiers. M. de Falloux nous donne un curieux détail sur l'attraction qu'éprouvait M. Thiers à l'égard de l'abbé Dupanloup. « Notre table de travail, écrit-il, avait la forme d'un long fer à cheval ; en qualité de président, M. Thiers était assis au sommet ; l'abbé Dupanloup était allé modestement prendre place à l'extrémité d'une des branches du fer à cheval ; quand il parlait, M. Thiers ne se contentait pas d'adhérer de la tête et du geste ; je me souviens de l'avoir vu plusieurs fois quitter sa place, longer le mur derrière ses collègues, entrer dans l'intérieur du fer à cheval et, là, debout en face de l'abbé Dupanloup, recueillir toutes ses paroles avec l'air de jouissance d'un homme qui se dit : « Je tiens enfin le vrai ! >>

Le ministre se fit une règle d'assister aux débats, mais de n'y pas prendre part. La Commission, d'ailleurs, tomba d'accord, dès le début de ses séances, sur l'évidence du péril social et l'urgence du remède à lui opposer. Ce remède, est-il besoin de le rappeler, les hommes éminents qui siégeaient en 1849 au ministère de l'Instruction publique ne le voyaient que dans le développement du sentiment religieux. C'est à l'Evangile, c'est au Christ, c'est à l'Eglise qu'une France sévère et sérieuse entendait demander le soutien de l'ordre social. Des politiciens de nos jours s'acharnent à détruire le rempart laborieusement et sagement élevé il y a soixante ans ! Sont-ils donc d'une intelligence supérieure à Thiers, à Saint-Marc Girardin, à Cousin, à Montalembert, à l'abbé Dupanloup, ou bien cèdent-ils à la passion sectaire, aveugle et destructive, qui ne peut que jeter la France aux abîmes ?

Certaines déclarations de Thiers et de Cousin seraient à rappeler pour confondre les adversaires actuels de la loi sur la liberté d'enseignement. C'est Cousin qui ne craignait pas de dire avec sincérité : « Je me reporte avec empressement aux traditions de 1808, alors que trois évêques et le directeur de Saint-Sulpice figuraient dans le Conseil de l'Université. J'insiste sur l'autorité religieuse ; loin de la craindre, je l'appelle de tous mes vœux. ■>) Montalembert devenait une sorte de modérateur dans celte assemblée d'amis de la liberté. Il n'ambitionnait que de voir franchement établie la concurrence entre l'enseignement de l'Etat et l'enseignement privé. M. de Riancey repoussait toute mesure de protection au profit de l'enseignement religieux. La Commission eut à discuter la question de la gratuité, et Cousin laissa tomber cette parole : « Jésus-Christ a dit : pauperes evangelizanlur ; et c'est là même la plus grande œuvre qu'ait accomplie l'Eglise. » M. Thiers répétait : « 11 ne faut pas que les instituteurs soient partout des anticurés. » M. Michel formula sa pensée dans les termes suivants : « Prétendre plier un enfant au joug de la discipline et de l'obéissance, créer en lui un principe d'énergie qui le fasse résister à ses passions, accepter volontairement la loi

(1) UEvéque d'Orléans, par le comte de Falloux, pp. 39-40.

du travail et du devoir, contracter les habitudes de l'ordre et de la régularité, et ne pas demander celle force à la religion, c'est tenter une œuvre impossible. » La Commission, sur le point de rédiger le projet de loi, dans lequel elle augmentait le traitement des instituteurs, voulut entendre deux inspecteurs de l'Université, MM. Ritt et Rapet.

Lorsqu'on aborda l'étude de l'enseignement secondaire, une hésitation profonde se trahit à l'endroit des ordres religieux, notamment à l'égard des Jésuites. M. Thiers était particulièrement prévenu sur leur compte. Au jour fixé pour la discussion sur ce point essentiel, le débat fut aussi vif que prolongé. L'abbé Dupanloup intervint deux fois : « Eh ! quoi ! dit-il, on admet, et j'admets parfaitement pour mon compte, dans la loi, toutes les sectes protestantes, avec leurs subdivisions. Vous laissez pleine liberté aux quakers ; pourquoi donc, à l'égard de l'Eglise, cette effroyable injure de lui refuser certaines congrégations qu'elle approuve ? >) M. Thiers n'était pas convaincu. Il lui en coûtait, disait-il, « de renoncer aux grandes maximes posées par l'Eglise de France ». M. Cousin se retranchait également derrière le gallicanisme, tout en proclamant que l'ultramontanisme ne présentait plus aucun danger. L'abbé Dupanloup répliqua : « M. Cousin regrette que l'Eglise, dans son propre intérêt, ne se sépare pas des Jésuites. Je réponds à M. Cousin que l'insistance de l'Eglise en faveur des Jésuites n'est pas une question d'amour-propre. L'Eglise peut assurément ne pas tenir les Jésuites pour la perfection absolue, mais elle les considère comme parfaitement innocents de toutes les accusations portées contre eux ; c'est sa conviction profonde ; elle n'a et ne peut en avoir d'autre ; et comme l'Eglise est la justice, elle ne peut, comme Pilate, condamner ce qui est juste et se croire quitte ensuite, en se lavant les mains, parce qu'elle aura, non pas fait, mais laissé faire. »

C'est au sortir de cette séance que M. Thiers, prenant le bras de Cousin, s'écriait : « Cousin, Cousin, avez-vousbien compris ? Quelle leçon nous avons reçue là ! Il a raison, Tabbé. Oui ! nous avons combattu contre la justice, contre la vertu, et nous leur devons réparation. »

A dater de ce jour, la cause de la liberté de l'enseignement était gagnée au sein de la Commission. Ce fut M. Thiers qui se chargea de faire accepter le texte même de la loi par l'Assemblée. Montalembert, sans doute, fut son brillant allié dans la circonstance, mais la part de M. Thiers dans les débats décisifs fut prépondérante.

La loi porte la date du 15 mars 1 850. Elle fut votée par 399 voix contre237. A cette date, Falloux n'était plus ministre. Il avait remis sa démission au prince-président en octobre 1849. Mais sa brève carrière ministérielle avait été marquée par deux faits mémorables : la préparation de la loi sur l'enseignement et l'expédition de Rome qui ramena Pie IX au Vatican, et le remit en possession du pouvoir temporel. C'est Falloux, au dire de Buffet, son collègue dans le cabinet Barrot, au dire de maint autre contemporain, qui fut le principal promoteur de l'expédition de Rome.

Dans quelques semaines, le 11 mai, tombera le centenaire de ce bienfaiteur de la France moderne, de ce catholique, que Léon XIII a salué du titre

de grand serviteur de l'Eglise. Les hommes de la génération présente ne l'ont pas connu. Pour eux, il n'a pas le relief d'un Montalembert ou d'un Dupanloup. Proscrit de la vie publique, à partir du coup d'Etat de 1851, M. de Falloux vécut non pas en agronome, mais « en fermier, en vrai fermier ». C'est un mot très juste de Dorlisheim. Et il fut jusqu'à sa mort, survenue en 1886, la providence du Bourg-d'Iré, en Maine-et-Loire, à deux pas de l'Institution libre de Combrée, qui, l'an passé, fêtait sa centième année d'existence et de succès. Ceux qui ont approché le comte de Falloux, et nous avons eu ce privilège, garderont l'impérissable souvenir de cet homme essentiellement distingué, à la taille élancée, au front haut et large, à l'œil enveloppant, à la parole faite de lumière, de précision et de charme. M. Thiers le définit un jour « un homme d'Etat de pied en cap. » C'est qu'en effet le comte de Falloux était né avec le sens politique le plus juste et le plus pénétrant. Sa destinée l'enleva, en pleine sève, à la carrière où il n'eût cessé de rendre d'éminents services à son pays.

Ce que nous souhaitons pour lui, le 7 mai 1911, ce qu'il eût demandé luimême, si on l'avait consulté sur cet anniversaire de sa naissance, ce n'est pas un service solennel dans une des cathédrales de France, c'est une tnesse de Requiem dans chacune des Institutions libres qui fonctionnent encore sous le bénéfice de la loi Falloux. Ce tribut chrétien pourrait-il être discuté ? Nous ne le pensons pas. Si la loi bienfaisante, promulguée le 15 mars 1850, alors que le comte de Falloux n'était plus ministre, porte néanmoins son nom, c'est que nos devanciers ne s'y sont pas trompés. Le comte de Falloux fut, au premier chef, l'homme politique de la Commission préparatoire. Et il fallait qu'un homme politique apportât la mesure, la prudence, le sens juste des contingences inévitables dans l'élaboration de cette charte importante. Nous sommes certains d'avance que tous les catholiques qui se sentent les obligés du comte de Falloux ne lui refuseront pas, à dater du 11 mai, la prière que nous sollicitons pour lui.

Que si, à cette occasion, un orateur chrétien se sent tenté de faire publiquement l'éloge du conquérant trop oublié, nous applaudirons à l'opportunité de l'hommage.

Que si, à l'issue de la messe, les élèves et professeurs des Institutions libres avaient la pensée de recueillir les offrandes spontanées des bénéficiaires de la loi de 1850, en vue d'élever un monument au patricien qui transforma la commune du Bourg-d'Iré, nous nous ferions volontiers le guide de ces souscripteurs généreux pour que leur projet prît forme et se réalisât à brève échéance, à l'honneur de tous.

Ce premier appel de notre Commission reçut de toutes parts un accueil inespéré. Les messes sollicitées furent dites en mai.

Le 20 juin 1911, nous eûmes la pensée de nous adresser aux membres des Associations amicales d'anciens élèves de l'Enseignement libre. Et voici en quels termes nous leur faisions part des résultats obtenus :

Circulaire aux Associations amicales d'anciens élèves de l'Enseignement libre.

Monsieur et cher Confrère,

Le Centenaire de M. de Falloux, auteur principal de la loi sur la liberté d'enseignement, a pris une importance que nous n'aurions pas osé prévoir lorsque nous nous sommes permis d'en souhaiter la célébration dans les Etablissements libres de France.

Il vous sera certainement agréable de trouver ici quelques détails sur la façon dont nous avons procédé, et sur les résultats inattendus qui ont couronné notre modeste effort.

Notre Lettre aux Evêques de France.

Une lettre a été adressée par nous, sous pli fermé, à chacun de NN. SS. les Evêques. Dans cette lettre nous avions l'honneur d'exprimer le vœu qu'une messe de Requiem fût dite dans les Etablissements libres d'enseignement secondaire, et qu'une souscription fût ouverte en vue d'ériger un monument modeste au comte de Falloux, dans la commune où s'est écoulée la majeure partie de sa vie, le Bourg-d'Iré, en Maine-et-Loire.

A peine notre demande était-elle parvenue, que NN. SS. les Archevêques de Besançon, de Cambrai, de Chambéry et les Evêques de Nice, d'Angers, du Mans, d'Orléans, de Soissons, de Belley, de Troyes, de Carcassonne, de Fréjus, de Tarbes, de Tarentaise, de Digne, de Saint-Dié, de Meaux, de Nancy, daignaient répondre au vœu de la Commission d'initiative, par des lettres autographes des plus flatteuses. La lettre de l'Evêque de Nice, notamment, a fait le tour de la presse. Elle renferme les souvenirs personnels du prélat sur M. de Falloux, que Mgr Chapon a particulièrement connu, lorsqu'il vivait auprès de Mgr Dupanloup. Mgr Chapon ayant publié la lettre qu'il nous adressait dans la Semaine Religieuse de son diocèse, cette page émue et d'une grande élévation de pensée fut aussitôt remarquée et reproduite.

Six prélats s'empressaient de joindre à leur lettre une cotisation personnelle ou diocésaine. Ce sont : NN. SS. les Archevêques et Evêques de Besançon, de Nice, de Saint-Dié, de Carcassonne, d'Angers et de Nancy.

Les Semaines Religieuses.

Nous nous sommes abstenus, avec le plus grand soin, d'informer les Semaines Religieuses du désir dont nous avions saisi l'Episcopat. Ces publications sont les bulletins officiels des diocèses, et il nous a semblé qu'il

appartenait aux Evêques, — et à eux seuls, — de prescrire ou d'autoriser les cérémonies religieuses dont nous avions eu l'honneur de les entretenir. Presque immédiatement, les Semaines Religieuses des 18 diocèses indiqués plus haut renfermaient un appel émanant de l'autorité épiscopale. A la même heure, le bulletin officiel des archidiocèses de Paris, Toulouse, Auch, Rouen et des diocèses de Verdun, Quimper, Nevers, Langres, Laval, Luçon, Clermont, Beauvais, Blois et Agen réclamaient, en faveur de l'âme de M. de Falloux, le tribut chrétien dont nous avions pris l'initiative. La pensée désintéressée qui nous avait guidés recevait donc une approbation autorisée dans 32 diocèses de France. Nous ne pouvions qu'être reconnaissants à NN. SS. les Evêques d'un pareil appui.

Concours de la Presse.

A peine les Semaines Religieuses avaient-elles parlé que la grande presse, sans distinction de parti, fit écho, à Paris et dans les régions les plus diverses, au projet du Centenaire. C'est ainsi que V Univers, la Croix, le Figaro, VEclair, le Correspondant, la Libre Parole, V Autorité, VEcho de Paris, le Gaulois, les Débats, le Temps, la Démocratie, le Journal des Arts, le Chroniqueur de Paris, la Revue française, V Angevin de Paris, publièrent, vers le 11 mai, un ou plusieurs articles sur M. de Falloux et la loi de 1850. Plus nombreux encore furent en province les journaux qui parlèrent avec éloge du ministre de l'Instruction publique de 1849. U Eclair Comtois, la Liberté du Sud-Ouest, le Ralliement de Montauban, le Courrier du Centre à Limoges, le Progrès de la Somme, V Express de l'Ouest et V Express du Midi, le Mercure ségréen, la République de VOise, V Avenir de Rlois, le Réveil et le Progrès du Nord, le Courrier du Pas-de-Calais, Le Havre, Le Petit Havre, la Dépêche de Lille, VEclair de Montpellier, le Mémorial d' Amiens, V Ouest-Eclair de Rennes, le Bien public, de Dijon, le Télégramme de Toulouse, le Nouvelliste de Colmar, etc., ont donné des articles étendus sur la conquête de la liberté d'enseignement. C'est à peine si quelques-uns des périodiques que nous rappelons ici se sont montrés hostiles à l'endroit d'une conquête qui a fait les catholiques bénéficiaires du droit commun, au même titre que leurs adversaires.

La Messe de Requiem dans les Etablissements libres d' enseignement

secondaire.

Si nous nous étions fait une loi de ne pas correspondre avec les Semaines Religieuses, par contre, nous avons saisi 435 établissements libres du projet qui nous préoccupait, afin de permettre aux Supérieurs de ces maisons de pressentir l'autorité diocésaine sur ce qu'il convenait de faire au sujet du Centenaire. Nous ne pouvons énumérer ici les maisons d'enseignement secondaire qui se sont empressées, à partir du 7 mai, de célébrer des services religieux pour le repos de l'âme du comte de Falloux. Dans un très grand nombre d'institutions, une conférence précéda la messe. Elle eut

pour objet d'exposer à la population scolaire la genèse de la loi de 1850, son importance et ses résultats. C'est ainsi qMe,dansle diocèse de Blois/à l'Ecole secondaire Saint-Joseph de Romorantin, M. l'abbé Joulain, Directeur, a fait « l'historique de la liberté d'enseignement, des luttes entreprises pour arriver à cette conquête sur l'Université d'Etat, coulée dans le moule napoléonien, et la grande part qu'y a prise le parrain de la loi de 1850 ». Après avoir montré les bienfaits de la loi, l'empressement que les congrégations religieuses, et particulièrement les Pères Jésuites, avaient mis à couvrir de collèges libres le territoire français ; après avoir constaté que c'était seulement dix-huit ans après le vote de la loi qu'on avait pu en bénéficier dans le diocèse de Blois, le conférencier a déploré les « ruines accumulées depuis, en France, par les démolisseurs qui ont mutilé cette loi : les Ferr.y de 1882, les Waldeck de 1901, les Combes de 1904. Il a rappelé que, dans le diocèse, l'école Saint-Laurent de Montoire avait disparu, que l'école Saint-Martin de Vendôme avait été fermée, que le collège de Ponllevoy — privilégié d'antan — n'a dû son salut qu'à la protection du droit commun. Que de ruines ! » Il a terminé en conjurant ses élèves de « prier avec ferveur pour que les institutions survivantes demeurent comme les précieux témoins et derniers refuges de ce qui reste de la liberté d'enseignement ».

Dans plusieurs institutions, c'est un éloge du comte de Falloux qui a été solennellement prononcé, au cours de la messe, sur la demande de l'Evêque du diocèse. Dans la chapelle de l'Ecole Saint-Jean, à Besançon, M. le chanoine Panier, Directeur de l'établissement, cédant à la prière de son Archevêque, Mgr Gauthey, a fait entendre, lisons-nous dans la Semaine Religieuse du diocèse, « une très émouvante allocution dans laquelle il s'est plu à louer l'homme d'Etat et le chrétien, l'homme d'Etat auteur de la loi qui porte son nom, et le chrétien qui fut incomparable ». La messe était dite par M. Burlet, vicaire général, et l'Archevêque, retenu loin de Besançon par ses tournées pastorales, faisait parvenir l'expression de son regret « de ne pouvoir en personne célébrer le Centenaire du comte do Falloux, et louer, comme il convient, ce bienfaiteur de la jeunesse de France ». A Agen, Mgr du Vauroux, présent au collège de Saint-Caprais, le jour du service commémoratif, a tenu à prendre lui-même la parole et à honorer l'auteur de la loi de 1850.

Indépendamment des messes célébrées dans les chapelles des écoles libres, plusieurs prélats, parmi lesquels Mgr Monnier, Evêque de Troyes, décidèrent « qu'une messe serait dite dans leur cathédrale et ils invitèrent les directeurs et directrices des écoles chrétiennes à y assister avec leurs élèves )>. Le même spectacle a été donné à Saintes, à Angers, etc.

La Souscription.

Nous l'avions préNii. Les étudiants et élèves de l'enseignement libre sont en général peu fortunés. Aussi les quêtes et collectes, faites à l'issue de la messe de Requiem, dans trente-cinq diocèses, n'ont-elles pas produit la somme nécessaire à l'exécution du monument. Ajoutons d'ailleurs, que nous avons modifié notre plan, comme on le verra plus loin, et qu'il s'agit au-

jounJ'hui d'ériger au Bourg-d'Iré, non le Buste, mais la Statue du comte de Falloux.

Les souscriptions recueillies à ce jour oscillent entre 7, 10, 15, 20, 40, 60, 100, 140 et 200 francs. La pensée ne nous vient pas de solliciter un supplément de collecte, là où le personnel d'un établissement a souscrit au monument. Ce n'est que dans le cas seulement où aucune participation n'aurait été demandée jusqu'ici dans une Institution, qu'il serait possible sans doute de faire appel à la générosité des professeurs et élèves. Mais, en toute occurrence, notre œuvre, disons mieux, notre mission entre dans une phase nouvelle. Il nous faut atteindre les Associations amicales des anciens élèves de l'enseignement libre. Mais abordons la question du monument.

Le Monument

Nous avions d'a])ord songé à doter d'un busle la tombe du comte de Falloux, dans le petit rimetière du Bourg-d'Iré. Nous ne pensions pas, au début, que notre efîort modeste rencontrerait l'unanime adhésion dont on a bien voulu nous honorer. C'est alors que nous eûmes le projet de placer le buste du comte de Falloux au centre de la commune, siu* un terrain qu'il y aurait lieu d'acquérir, au nom d'une société civile, protectrice du monument, jusqu'à ce que la commune fût autorisée par le pouvoir central à en devenir propriétaire. Mais quelques lignes de la Semaine Religieuse de Blois nous décidèrent à élargir le cadre de l'hommage entrevu. N'est-ce pas, en eiïet, avec toute justesse que raisonne l'auteur de l'article qui nous a frappés ?

Quand on voit, écrit-il, au jardin des Tuileries, se dresser la statue de Ferry en face du pavillon de Marsan, le buste de Waldeck en face du pavillon de Flore, n'est-il pas juste que, nous aussi, sans cesser de combattre avec le tronçon d'arme brisée qui nous reste, nous pensions un peu à glorifier les nôtres ? (1)

(1) Nous nous reprocherions de ne pas nommer ici l'auteur de ces judicieuses réflexions qui, pour nous, ont été une lumière et un encouragement. C'est M. l'abbé Joulain, directeur de l'Ecole Saint-Joseph de Romorantin. Lui-même s'est trahi dans le discours qu'il prononça le 26 juillet 1911 à la Distribution des prix de l'établissement qu'il dirige. Il a donné pour titre à son allocution : Le Prêtre et l'Ecole. Nous détachons du texte de M. Joulain les lignes suivantes en regrettant de ne pouvoir donner ici, sans en rien omettre, les pages substantielles de cet éducateur de haut mérite.

>i Messieurs, qui aurait cru à la liberté en 1848 ?... Une poussée de socialisme et de démagogie se produit, et voilà nos Constituants émus qui votent la loi Falloux ; c'est de l'histoire et l'histoire étant un perpétuel recommencement, c'est une leçon. Détachée de la montagne une petite pierre brise le colosse aux pieds d'argile. Do grands résultats sont produits souvent par une petite cause.

« J'en sais un exemple frappant, il est d'hier et il est d'ici. Je vous demande la permission de le citer.

i> Le 11 mai dernier, on célébrait dans la plupart des Etablissements secondaires libres le centenaire de M. de Falloux, autinir de la In de 1850. Ici, à Saint-Joseph, on fit une conférence sur la liberté (l'enseignement, puis un service religieux. Une collecte à laquelle maîtres et élèves contribuèrent fut envoyée pour élever un buste à M. de Falloux au cimetière de Bourg-d'Iré. Un simple article relatant ces faits fut envoyé à la Semaine religieuse de Blois. Voici les dernières lignes de cet article : Quand on voit uu jsirdin des Tuileries se dresser lu statue de Ferry, en face du pavillon

Cette évocation de monuments fastueux et insolents, dédiés aux adversaires de nos croyances, aux hommes néfastes qui nous ont dépouillés d'une partie notable de nos libertés, appelle, ce semble, une réplique éloquente de la part des catholiques. Sans prétendre au faste, à l'emphase, qui seraient une faute, nous avons le droit, nous avons l'obligation d'honorer nos grands morts par des monuments décisifs et d'une ampleur suffisante pour qu'il ne soit pas dit que notre gratitude reste inférieure au bienfait reçu. Le monument d'un homme célèbre, c'est sa statue. Il convient donc que la statue du comte de Falloux, imposante et durable, se dresse au grand soleil, et qu'elle soit le produit des souscriptions recueillies chez les bénéficiaires de la loi de 1850. Si loin de Paris que doive être érigé le monument de ce bienfaiteur de maintes générations de la France catholique, il n'en sera pas moins une réponse à la statue de Ferry qui, somme toute, n'a été qu'un destructeur de ce qu'avait édifié son prédécesseur de 1849, le comte de Falloux.

§ I — Les Associations amicales de V Enseignement libre.

11 y a cinquante ans, les Associations amicales d'anciens élèves n'existaient pas. Aujourd'hui, elles sont légion. Nous savons quelle est la force révolutionnaire des Amicales de l'enseignement laïque. Les associations similaires, créées auprès des établissements libres, ne visent point à une action subversive. Elles entretiennent, autour des maisons d'éducation, comme autant de foyers où se retrouvent, où se retrempent, dans la solidarité chrétienne, des hommes de tout âge, de toute condition, unis par le lien d'un enseignement commun dont ils sont fiers. C'est au nombre de plusieurs millions que des catholiques formés dans des maisons religieuses peuplent aujourd'hui la France. Nous ne pouvons songer à les atteindre tous, mais notre effort doit tendre à faire connaître notre projet du plus grand nombre.

C'est dans cette pensée, que nous nous sommes adressés aux associations amicales. Nous osons vous demander de souscrire à la statue de l'homme d'Etat qui a doté la France d'une liberté sans laquelle nous n'aurions pas

de Marsan ; le buste de Waldcck, en face du pavillon de Flore, n'cst-il pas juste que nous aussi, sans cesser de combattre avec le tronçon d'arme brisée qui nous reste, nous pensions un peu à glorifier les nôtres !

« Eh bien ! ces lignes, par leur justesse, frappèrent les membres du Comité au point qu'ils résolurent de grandir leur hommage et d'élever à M. de Falloux non plus un buste au cimetière, mais une statue en pied sur la place publique de son pays natal. C'est ce qu'ils ont dit dans une circulaire qui nous fait grand honneur, adressée à 435 établissements secondaires libres de France.

« Ainsi, c'est parce qu'une phrase de quatre lignes est partie de la modeste école St-Joseph, que M. de Falloux aura sa statue au Bourg-d'Iré.

« Petites causes, grands effets ! L'heure n'est donc point au découragement, elle est à la manœuvre, à la tactique, à l'action. »

reçu, au seuil de notre jeunesse, une éducation chrétienne. Vous ne sauriez être indifférent à notre projet. Vous ne voudrez pas refuser votre participation, si modeste qu'elle soit, à l'œuvre réparatrice que nous poursuivons. La France catholique est le droit, la tradition, l'honneur, la réserve de forces vitales qui seule peut assurer le relèvement, la paix, l'union, la prospérité du pays. La France catholique est le nombre. Sera-t-elle moins jalouse que ses adversaires d'affirmer des croyances dont elle est fière, et convient-il qu'elle laisse à la Franc-Maçonnerie le privilège de manifestations publiques qui égarent les esprits et insultent à nos gloires ?

II est une force à laquelle rien ne résiste : l'opinion publique. Nous négligeons trop cette force. Nous admettons trop aisément la supériorité de l'adversaire, alors que, le plus souvent, son audace n'est faite que de notre soumission et de notre silence. La résistance légale, dont nous donnerons la preuve par notre activité, assurera, n'en doutons pas, le prestige des hommes de foi et paralysera, dans une large mesure, les entreprises sectaires dont nous souffrons.

Nous gardons l'espérance que les Amicales voudront répondre à notre requête par l'envoi de leur offrande pour le monument de Falloux.

L'appel qui précède, adressé à de nombreux membres des Associations amicales d'anciens élèves, n'obtint pas le succès sur lequel nous comptions. C'est avec une grande lenteur que les souscriptions individuelles nous parvinrent. Elles étaient naturellement modestes. Nous n'en fûmes pas surpris. Mais elles étaient rares. Et ce fut pour nous une révélation. Les Amicales ne constituent pas un groupement homogène. On se laisse inscrire au nombre des anciens élèves d'un établissement libre ; on paie annuellement la cotisation requise. INIais on ne s'estime pas enrôlé pour cela. On ne se sent pas les coudes. Il n'existe aucun rapprochement sérieux entre les associés. Il y a lieu de songer à combler cette lacune. Nous reviendrons sans doute sur la question dans des communications ultérieures.* Mais ce n'est pas le lieu d'aborder ici ce point de discipline.

Quoi qu'il en soit, le 1"' octobre 1911, nous avions reçu des souscripteurs une somme de 4.000 francs. Nous fîmes paraître une première liste, et toutes les personnes mentionnées dans ce document en reçurent un exemplaire. Nous avions soin de l'accompagner d'un nouvel appel. Un motif particulier nous déterminait à presser l'exécution du monument.

La loi Falloux était menacée d'abrogation au Sénat. Nous pouvions craindre que dès la rentrée des Chambres, en octobre, l'assaut ne fût terrible. Mais, si le Sénat se laissait entraîner à rayer de nos lois les derniers vestiges de la liberté d'enseignement,

il faudrait à ce vole la sanction de la Chambre et le débat se prolongerait jusqu'aux premiers jours de 1912.

Nous avions donc le projet de précipiter la souscription et l'exécution de la statue, afin que l'inauguration pût avoir lieu en mars. Voici, d'ailleurs, en quels termes nous faisions part aux souscripteurs de notre projet :

§ 2 — L'abrogation de la Loi Falloux.

Le Journal Officiel du 13 juin, au cours du compte rendu de la V^^ séance du Sénat tenue la veille, renferme ces lignes :

Ajournement de la fixation de la date d'une interpellation.

« M. LE Président. — J'ai reçu de M. Debierre une demande d'interpellation au Gouvernement sur les mesures qu'il compte prendre pour hâter la revision des lois scolaires, la protection de l'école laïque et l'abrogation de la loi Falloux.

« M. Debierre m'a fait connaître qu'il était d'accord avec M. le président du conseil pour le renvoi de la discussion de cette interpellation à la prochaine session. A ce moment, nous fixerons la date de la discussion.

« Il n'y a pas d'observation ?... Il en est ainsi ordonné y.

Ainsi l'abrogation de la loi Falloux, au sujet de laquelle M. Debierre, sénateur du Nord, avait espéré soulever un débat, depuis longtemps escompté par la Franc-Maconnerie, sei-a mise en discussion à la session d'octobre 1911.

L'espoir de nos adversaires est d'emporter un vote définitif excluant le clergé du droit d'enseigner, oidonnant la fermeture des établissements libres qui subsistent encore et rendant impossible l'ouverture de nouveaux collèges, par nous, catholiques. C'est le suprême assaut que la libre-pensée s'apprête à donner, et elle y apportera, soyons-en sûrs, la passion sectaire dont elle est animée contre l'Eglise.

■ Sans doute les sénateurs et députés calholiques, ou simplement indépendants et soucieux de sauvegarder la liberté, feront entendre d'énergiques protestations. La défense ne sera point inférieure à l'attaque. La lutte sera vive, mais il est à craindre qu'elle soit rapidement conduite par une majoril<' que ses succès habituels l'cndent aisément partiale et violente sui- toute question intéressant l'Eglise. N'oublions pas que M. Debierre vient d'être élu, ces jours passés, président du Grand-Conseil de l'Ordre de la Franc- Maçonnerie, dont notre Parlement, observé dans son ensemble, n'est guère qu'une délégation.

C'est en lace de ce péril que nous avons résolu d'ériger, en quelques mois, la statue du comte de Falloux, du ministre de 1849 dont l'œuvre bienfaisante a résisté depuis soixante ans, malgré les mutilations subies, encore réparables.

La protestation des catholiques de France, qui ne disposent ni de la tribune ni de la presse, aura-t-elle une portée réelle sous la forme que nous avons entrevue ? Nous le croyons fermement. Eriger l'effigie de l'homme d'Etat dont on médite de biffer la loi est un acte de fierté, en même temps qu'un acte de foi, et nous ne mettons pas en doute qu'un hommage de cet ordre, utile à ceux qui en sont les artisans, ne fasse hésiter dans son vole aveugle plus d'un parlementaire. Du même coup, le retentissement de la manifestation projetée sera non seulement la réprobation logique des marbres insolents dressés à Waldeck-Rousseau et à Ferry, destructeurs sans courage et sans conviction d'une charte de liberté ; il aura de plus pour conséquence d'inscrire à l'ordre du jour de l'opinion l'inestimable conquête de 1850, et de donner confiance aux catholiques dans le résultat de revendications légales, si elles sont conduites avec ensemble à travers le pays.

C'est à M. Louis-Noël, artiste de haut mérite, que la Commission a demandé la statue du comte de Falloux. Les œuvres remarquables du statuaire sont une garantie de la valeur plastique du nouveau travail que veut bien entreprendre M. Louis-Noël. On peut citer de lui avec des éloges sans restriction les statues du Cardinal Guibert, dans la basilique du Sacré-Cœur, du Cardinal Régnier, dans la cathédrale de Cambrai, de Mgr Lequette, à Arras, des généraux Faidherbe, à Bapaume, Dupas, à Evian, Dessaix, à Thonou, Dcnfert-Bochereau à Belfort, et, dominant le groupe de ces figures hislni'iqu(\s, le n)arbre colossal et radieux de saint Pierre Fouricr, dans la basilicjue de Saint-Pierre de Rome.

L'esquisse de la statue du comte de Falloux est en voie d'exécution.

L'auteur de la loi de 1850 sera représenté debout, tenant d'une main la charte ouverte de la liberté d'enseignement et protégeant, de l'autre main, des attributs symboliques destinés à rappeler la part décisive qui revient au comte de Falloux dans l'expédition de Rome, à laquelle Pie IX fut redevable de vingt-deux ans de pouvoir temporel.

Si les souscriptions recueillies le 15 novembre permettent de signer un contrat avec l'artiste, la statue sera terminée et moulée le 31 décembre. Il sera procédé à la fonte en janvier 1912 et le dimanche 20 mars aura lieu, au Bourg-d'Iré, l'inauguration du monument, sous la présidence effective ou la présidence d'honneur des membres de l'Episcopat dont les offrandes personnelles auront permis d'exalter la mémoire du comte de Falloux. Dès aujourd'hui, la Commission du monument est fière de compter comme prélats souscripteurs, Mgr Gauthey.'^archevêque de Besançon, Mgr Rumeau, évêque d'Angers, Mgr de Beauséjour, évéque de Carcassonne, Mgr Turinaz, évêque de Nancy, Mgr Rouard, évêque de Nantes, Mgr Chapon, évêque de Nice, Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié.

La loi menacée d'abrogation porte la date du 15 mars 1850. Il convient

qu'en mars 1912, sous le feu des assaillants, les catholiques dressent l'image de l'auteur de la loi.

Vous voudrez contribuer à cet hommage par un nouvel effort autour de vous.

Cette fois, notre tentative fut plus heurense, En quelques semaines, nous réalisâmes 4.000 francs environ et, le 15 décembre 1911, nous avions la joie de porter cette nouvelle à la connaissance des souscripteurs par la circulaire qui va suivre :

§ 3. — UEpiscopal et la Liberté d'enseignement.

11 y a deux mois, la Commission du Monument de Falloux avait l'honneur de vous faire parvenir sa première liste de souscriptions, dont le total s'élevait à 4.000 francs. Vous trouverez sous ce pli notre seconde liste. Nous avons réalisé à ce jour 8.000 francs. Ainsi, 4.000 francs nous ont été ofTerts en quelques semaines, sans le secours d'aucun journal politique. Mais l'importance des offrandes reçues ne réside pas tout entière dans le chiffre auquel nous avons atteint. Le caractère des souscripteurs dépasse de beaucoup, à nos yeux, la somme versée. Alors qu'en octobre dernier nous ne pouvions enregistrer que sept membres de l'Episcopat, parmi les souscripteurs, nous avons aujourd'hui la joie profonde d'inscrire sur notre liste deux Cardinaux, trois archevêques et vingt et un Evoques, soit vingt-six prélats de l'Eglise de France, heureux de s'associer personnellement à l'hommage que nous voulons rendre à l'auteur de la loi de 1850 sur la Liberté d'enseignement.

La personnalité du comte de Falloux dispai'aît en quelque sorte devant le bienfait dont il est le principal auteur. C'est le droit d'enseigner sur terre de F'rance, conféré au clergé et aux congrégations religieuses, que l'Episcopat français, dans une partie notable de ses membres, est fier de reconnaître et d'exalter, attestant ainsi le prix inestimable que revêt aux yeux de l'Eglise la loyale conquête de 1850. Notre Commission n'aura eu d'autre mérite que d'inscrire à l'ordre du jour de l'opinion catholique la grande cause de l'enseignement chrétien et, de toutes parts, les suffrages les plus autorisés et les plus éclatants répondent à son appel.

C'est avec une respectueuse gratitude que nous nous déclarons émus de la haute sympathie des Evêques de France. Nous voudrions qu'il nous fût permis de reproduire ici les lettres élogieuses qui nous sont adressées. Elles sont, à nos yeux, la récompense imméritée de nos modestes efforts. Mais elles sont avant tout l'éloquent témoignage du ferme vouloir avec lequel l'Eglise et les catholiques de notre grand pays entendent résister à l'abrogation d'une loi vitale. « Vous êtes le nombre », disait, ces jours passés, aux catholiques de son diocèse, Sa Grandeur Mgr Rumeau, Evoque d'Angers.

Oui, nous sommes le nombre, quoi qu'on en pense, et la Franc-Maçonnerie n'est qu'une minorité.

Dix-sept maisons d'enseignement libre, l'Alliance des établissements d'éducation chrétienne, des sociétés civiles propriétaires de collèges importants, des associations amicales d'anciens élèves, des descendants des précurseurs ou des compagnons de luttes du comte de Falloux, plusieurs de ses successeurs à l'Académie française sont inscrits sur la liste ci-jointe. Nous avons atteint notre seconde étape. Nous franchirons en quelques mois, si Dieu le permet, le chemin qui nous reste à parcourir, et, avant l'été de 1912, nous aurons parachevé l'hommage auquel s'associent tant de personnalités illustres en compagnie des bénéficiaires les plus humbles — non les moins méritants — de la loi de 1850.

Il n'échappera pas au lecteur que si le succès couronnait notre effort, il nous fallait cependant ajourner à l'été de 1912 l'inauguration du monument. Nos ressources suivaient sans doute une marche ascendante, mais leur progression était encore trop lente à notre gré. Une deuxième liste de souscripteurs, publiée par nous le 15 décembre, nous permit de donner satisfaction aux personnes qui nous avaient honoré de leurs offrandes, mais aussi de stimuler un certain nombre de catholiques indifïérents à notre œuvre.

Nous avions soin de faire précéder notre deuxième liste des noms des Cardinaux, Archevêques et Evêques dont le concours nous était acquis.

Deux mois plus tard, le i^"'' mars 1912, nous étions en mesure d'informer les souscripteurs de nouvelles adhésions épiscopales, de la réception de la statue, de la constitution d'une Société civile appelée à veiller sur le monument et, en même temps, nous faisions connaître à nos amis la composition du Comité d'honneur dont Mgr Rumeau, Evêque d'Angers, d'accord avec le comte Louis de Blois, petit-neveu du comte de Falloux, avait pris l'initiative.

Deux nouvelles circulaires étaient imprimées et adressées aux bénéficiaires de l'enseignement libre. La première était ainsi conçue :

§ 4. — Nouveaux Prélats souscripteurs au « Monument Falloux. »

Nos dernières circulaires portent la date du 15 décembre 1911. Nous avions la joie d'inscrire sur ces listes deux Cardinaux, trois Archevêques et vingt et un Evêques de l'Eglise de France, qui s'étaient associés personnel-

lement à l'hommage que notre Commission s'apprête à rendre à l'auteur de la loi de 1850. Aujourd'hui, l^r mars, il nous est permis d'ajouter les noms de onze prélats qui se sont joints à leurs collègues dans l'Episcopat, pour honorer la mémoire d'un grand catholique et d'un libérateur de l'âme française. Au nombre de ces Prélats figurent deux Cardinaux, quatre Archevêques et cinq Evêques. Nous les inscrivons en tête de notre troisième liste de souscription.

La Commission d'initiative manque d'expressions pour exprimer sa reconnaissance profonde aux Evêques de France, si spontanément empressés à la seconder dans l'acte de justice et de réparation qu'elle a résolu d'accomplir.

La souscription suit son cours. Nous avons encore, il est vrai, à réaliser une somme importante. Mais, avec l'aide de Dieu et le concours des amis et bénéficiaires de la liberté d'enseignement, nous ne mettons pas en doute que le complément de la somme exigée par le monument Falloux ne nous soit promptement offert.

La Commission, confiante dans le succès, n'a pas attendu pour commander le grand modèle de la statue. Il est aujourd'hui terminé. Un groupe de personnalités présentes à Paris, amis ou descendants d'amis du ministre de 1849, ont prononcé, le mercredi 21 février, dans l'atelier du statuaire, la réception officielle du modèle en terre. Nous donnons ci-après le procèsverbal de cette séance.

Il a été procédé, ces jours passés, au moulage de la terre, et le plâtre est aux mains des fondeurs.

Pendant qu'elle donnait ses soins à la commande du piédestal chez un marbrier de Paris, M. Léger, la Commission confiait l'exécution de la grille d'entourage à un fei'i'onnier, M. Manchelle. Elle s'occupait en même temps de l'appropriation du terrain réservé à l'emplacement de la statue, et de la formation d'une société civile destinée à sauvegarder et à entretenir le Monument. Elle fixait également, d'accord avec Mgr Rumeau, Evoque d'Angers, la solcnnilé de l'inauguration au 7 juillet 1912.

§ 5. — Réception du, modèle de la Statue

Le mercredi 21 février 1912, so sont réunis dans l'atelier de M. H. Louis- Noël, statuaire, 108, rue de Vaugirard, à Paris, les membres de la Commission d'initiative, ROL Dominique Delahaye, sénateur, Georges Conrairie, adjoint au maire du Bourg-d'Iré, et Henry Jouin, homme de lettres.

Aux membres de la Commission d'initiative se sont joints :

Le comte Geoffroy d'Andigné, conseiller général du canton de Segré

(Maine-et-Loire).

Le comte Louis de Blois, petit-neveu du comte de Falloux.

Le"marquis Antoine de Castellane, ancien député. Ludovic Chaillous, ancien secrétaire de Berryer. Jules DÉcHiN, statuaire.

Le comte de Lacombe.

Edouard Trogan, directeur du Correspondant, ancien secrétaire de M. de Falloux.

S'étaient excusés :

Mgr Rumeau, évêque d'Angers, retenu à Rome. Guillaume Bodinier, sénateur.

Georges Berryer, avocat à la Cour de Paris. Abbé Després, ancien curé de Chazé-sur-Argos (Maine-et-Loire). Abbé Guillotteau, chanoine titulaire à Angers. Mgr H. Pasquier, recteur des Facultés catholiciucs de l'Ouest, à Angers* Joseph de la Perraudière, président de l'Association amicale des anciens élèves de Combrée, à la Devansayc, près Segré (Maine-et-Loire).

Les personnes présentes, au nombre desquelles se trouvaient plusieurs contemporains du ministre de 1849, auteur de la loi sur la liberté d'enseignement, ont examiné avec soin la statue qui leur était soumise.

Après échange d'observations, et quelques légères modifications, exécutées séance tenante, l'œuvre du statuaire a été proclamée d'une vérité parfaite au point de vue de la ressemblance, de la pose, du mouveni'mt, du caractère et du costume.

L'assemblée a été unanime, dans l'expression de sa profonde gratitude envers le statuaire pour le mérite plastique, la distinction, la sobriété, la haute maîtrise imprimés avec assurance et résolution sur chaque point de la glaise soumise à son examen.

L'auteur de la loi de 1850, le promoteur de l'expédition de Rome est apparu à l'assemblôo dans une évocation du style le plus élevé, d'une exactitude et d'une clarté irréprochables.

En conséquence, la statue du comte de Falloux a été officiellement reçue, et son auteur a été l'objet des félicitai ions de tous, pour le soin, le talent, la promptitude et aussi le désintéressement dont il a fait preuve dans l'exécution de cette page historique.

La réception étant prononcée, le secrétaire de la Commission d'initiative a fait connaître le chiffre des souscriptions versées, puis il a donné lecture d'une lettre de S. E. le cardinal de Cabrières, évêque de Montpellier, dans laquelle l'illustre prélat rappelle avec éloquence les services rendus à l'Eglise et au pays par le comte de Falloux, et félicite la Commission d'avoir su rendre à sa mémoire un hommage éclatant et durable.

L'ordre du jour étant épuisé, les assistants se sont séparés à 4 heures.

La Commission dHnitiative.

§ 6. — Constitution de la Société civile du Bourg-d'Iié.

La Société civile du Bourg-d'Iré, alors en formation, fut définitivement constituée par acte notarié du 6 avril 1912, passé en l'étude de M® Georges Cherière, notaire à Angers.

Elle est composée des personnes ci-après :

Comte Geoffroy d'Andigné, conseiller général du canton de Segré ;

Marquis d'Armaillé, maire du Bourg-d'Iré ;

Comte Louis de Blois, conseiller municipal du Bourg-d'Iré ;

Vicomte J. de Blois, aspirant de Cavalerie, Ecole de Saumur (M.-et-L.) ;

Georges Conrairie, ancien avoué, à Angers ;

Dominique Delahaye, sénateur de Maine-et-Loire;

Henry Jouin, homme de lettres, à Paris ;

Joseph de la Perraudière, président du Comice agricole de Segré.

Cette Société civile a accepté, au nombre de ses attributions, de conserver et d'entretenir le Monument du comte de Falloux, qui doit être inauguré en 1912, dans la commune du Bourg-d'Iré.

Les souscripteurs au Monument se rendront compte, par les lignes qui précèdent, de l'activité de la Commission d'initiative et nous gardons la certitude qu'ils voudront solliciter autour d'eux la coopération généreuse des amis de la liberté d'enseignement, afin cjne nos efforts soient couronnés de succès d'ici à quelques mois.

§ 7. — Comité d'Honneur du « Monument Falloux institué par Mgr Rumcau, Evêque d" Angers.

Entre temps, il avait été constitué à Angers, au début de janvier 1912, sous la présidence de Sa Grandeur ]Mgr l'Evoque, un Comité d'honneur, composé de notabilités de la région. Ce Comité, qui a tenu sa première séance le 10 janvier, au Palais des Facultés catholiques de l'Ouest, s'était donné pour mission de promouvoir la souscription dans le département de Maine-et-Loire, à l'aide de la presse angevine. Il restait en même temps chargé d'établir le programme de la fête d'inauguration.

Le Comité d'honneur est ainsi constitué :

Président :

S. G. Mgr RuMEAU, évoque d'Angers.

Membres :

Andigné (le comte Geoffroy d'), conseiller général du canton de Segré, château de la Blanchaye, à Segré (Maine-et-Loire) ;

Arm AILLÉ (le marquis d'), maire du Bourg-d'Iré, château de la Douve ;

Bernier (l'abbé Jean-Désiré), chanoine honoraire, supérieur de l'Institution libre de Combrée ;

Blois (le comte Louis de), pelil-neveu du comte de Falloux, château du Bourg-d'Iré ;

BoDiNiER (Guillaume), sénateur de Maine-et-Loire, conseiller général, président de la Société nationale d'Agriculture, Sciences et Arts (ancienne Académie d'Angers), à Angers ;

BoRDEAux-MoNTRiEux (Gcorges), président de la Société Industrielle et Agricole de Maine-et-Loire, au château des Buhards, La Jumellière (Maine-et-Loire) ;

BouGÈRE (Laurent), député, conseiller général de Maine-et-Loire, à Angers.

Castries (le comte Henry de), conseiller général de Maine-et-Loire, au château du Chillon, par Le Louroux-Béconnais (Maine-et-Loire) ;

Chaillous (Ludovic), ancien magistrat, ancien secrétaire de Berryer, à Paris ;

CoNRAiRiE (Georges), docteur en droit, adjoint au maire du Bourg-d'Iré, membre de la Commission d'initiative du monument, à Angers ;

Crosnier (l'abbé Alexis), chanoine honoraire, directeur de l'Enseignement libre en Maine-et-Loire, à Angers ;

Delahaye (Dominique), sénateur, membre de la Commission d'initiative du monument, à Angers ;

EuDE (l'abbé Camille-Louis-Edouard), chanoine honoraire, supérieur de l'Institution Hbre Sainte-Marie, à Cholet ;

Gelineau (l'abbé Joseph-Auguste-Pascal), curé du Bourg-d'Iré ;

Goupil (l'abbé Jean-Baptiste-Henri), chanoine honoraire, supérieur de l'Institution libre Urbain-Mongazon, à Angers ;

Grignon (E.), président du Conseil général de Maine-et-Loire, au château des Locheraux, Gennes (Maine-et-Loire) ;

Guillotteau (l'abbé E.), chanoine titulaire, à Angers ;

JouiN (Henry), ancien élève du petit séminaire Mongazon, membre de la Commission d'initiative du monument, à Paris ;

Maillé (le comte de), conseiller général de Maine-et-Loire, château de La Jumellière, à la Jumellière (Maine-et-Loire) ;

Mançais (l'abbé Henri-Martin), chanoine honoraire, supérieur de l'Institution libre de Saint-Julien, à Angers ;

Moreau (l'abbé Pierre-Joseph), chanoine honoraire, supérieur de l'Institution libre de Beaupréau ;

MoRiNiÈRE (le vicomte Stanislas Le Bault de la), maire de Fontaine-Guérin, président du Comice agricole de Baugé, au château de La Tour-du-Pin, Fontaine-Guérin (Maine-et-Loire) ;

Papin (l'abbé Pierre-Prosper-Marie), supérieur de l'Institulion libre de Saint-Joseph, à Baugé ;

Pasquier (Mgr H.), recteur des Facultés catholiques de l'Ouest, à Angers ;

Perraudière (Joseph de la), ancien conseiller général, président du Comice agricole de Segré, au château de La Devansaye, près Segré ;

PiNiER (l'abbé Paul-Marie), chanoine honoraire, supérieur de l'Externat Saint-Maurille, à Angers ;

PoNTBRiAND (le vicomtc de), maire de Loire, au château du Gué, Loire (Maine-et-Loire) ;

RouGÉ (le vicomte Olivier de), président de la Société Maine-et-Anjou, au château des Rues, à Chenillé-Changé, près le Lion-d'Angers ;

Verdier (l'abbé Célestin-Henri), chanoine honoraire, supéi'ieur de l'Institution libre de Saint-Louis, à Saumur.

A la date du 25 mars, nous nous adressions une fois encore aux amis de la liberté d'enseignement. Cette fois, les destinataires de notre lettre étaient les Supérieurs des Etablissements libres. Nous leur faisions part de l'interpellation de M. Debierre, au Sénat, contre la loi Falloux :

8. — Dernier Appel aux Etablissements d^ instruction secondaire libre.

Monsieur le Supérieur,

Le nouvel assaut, dii'igé le 14 mars, à la tribune du Sénat, par M. Debierre, sénateur du Nord, contre la loi Falloux, justifierait amplement, s'il avait besoin d'être justifié, le mouvement d'hommage et de réparation entrepris, à travers la France, par les amis de la liberté d'enseignement. L'un de nous, M. Delahaye, sénateur de Maine-et-Loire, a vaillamment soutenu l'attaque et démasqué les plans sectaires de M. Debierre, président du conseil de l'ordre du Grand-Orient. Il a dévoilé les projets occultes de la Maçonnerie qui tend à l'établissement du monopole, c'est-à-dire à la fermeture, plus ou moins prochaine, de nos maisons d'éducation. Son discours du 19 mars est un réquisitoire accablant, qu'il est de notre devoir de souligner par le prompt achèvement du monument de l'homme de bien auquel nous sommes redevables de la loi de 1850.

L'œuvre qui nous occupe a reçu de la part de l'Episcopat un concours effectif et empressé, qui demeure à nos yeux la plus haute récompense qu'il nous fût permis d'espérer. A l'heure actuelle, L.L. E.E. les cardinaux de Lyon, de Reims, de Montpellier, de Chambéry, huit archevêques et trente évêques ont daigné souscrire au monument du comte de Falloux.

Le total des sommes versées dépasse onze mille francs.

Mais des dépenses accessoires se sont imposées à nous : acquisition et appropriation de terrain, grille d'entourage, exécution de deux modèles, l'un pour la fonte et l'autre pour le Salon, réduction du grand modèle, afin de rendre possible l'édition de statuettes en bronze et en plâtre, exécution d'une héliogravure destinée à orner l'hislorique de notre œuvre et le compte rendu de l'inauguration qui seront ofi'erts à chaque souscripteur, frais de tirage et d'envoi de cette brochure, etc. Une somme d'environ cinq mille francs nous est encore nécessaire pour couvrir les frais de l'entreprise.

Il existe en France environ 530 établissements d'enseignement secondaire. C'est aux Supérieurs de ces 530 maisons d'éducation que nous nous permettons d'adresser un dernier appel.

Nous gardons la certitude, monsieur le Supérieur, que le haut patronage de l'Episcopat vous inspirera la pensée de faire un nouvel effort, si déjà votre otTrande généreuse nous est parvenue, ou de vous associer aux souscriptem's du monument, que S. G. Mgr Rumeau, évêque d'Angers, se propose de ])énir et d'inaugurer le 7 juillet prochain, si, jusqu'ici, vous n'avez pas eu connaissance de notre initiative et des sympathies qu'elle a rencontrées.

L'heure est grave. La lutte scolaire entre dans une phase nouvelle. Notre monument est plus qu'un hommage. Il est une protestation contre les mesures iniques dont l'enseignement chrétien est menacé ; il est l'affirmation de notre droit ; il peut être, et c'est notre espérance, le point de départ de revendications légales de nos libertés perdues ou mutilées.

Nous n'avons pas voulu recourir à la presse parisienne pour assurer le prompt succès de notre œuvre, étant donné la modicité relative de la dépense que nous avions à couvrir. Notre souscription a revêtu, dès la première heure, le caractère d'une œuvre intime, à laquelle ont concouru les seuls bénéficiaires d'une loi vitale. Nous lui conservons ce caractère et, Dieu aidant, vous nous permettrez d'honorer comme il convient, d'ici à quelques mois, la mémoire d'un grand catholique qui fut à la fois, durant son court passage aux affaires, le promoteur de l'expédition de Rome et de la liberté d'enseignement.

La circulaire qui précède renferme l'annonce de l'adhésion de quatre Cardinaux, huit Archevêques et trente Evêques, soit quarante-deux Prélats souscripteurs au monument de Falloux.

Le 19 avril, le Conseil général de Maine-et-Loire voulait bien prendre à notre égard une décision des plus flatteuses. Cette haute Assemblée votait, au profit du monument de Falloux, une subvention de 500 francs. Six jours plus tard, nous faisions part en ces termes aux souscripteurs de la décision du Conseil.

. § 9. — Le Monument commémoratif de la liberté dC Enseignement

et le Conseil général de Maine-et-Loire.

La Commission du monument de Falloux n'a cessé de le redire, ce n'est pas la personnalité d'Alfred de Falloux, si digne d'hommage qu'elle puisse être, qui a déterminé notre efTort. C'est, avant tout, l'œuvre qui porte son nom, la cause dont il s'est fait le champion à l'heure opportune et qu'il lui a été donné de faire triompher, c'est la liberté d'enseignement, conquête pacifique, longuement et vaillamment préparée par une élite de catholiques français, Evoques, prêtres et laïques.

L'incident soulevé au conseil général de Maine-et-Loire, en sa séance du vendredi 19 avril, nous est la preuve que les adversaires de l'enseignement libre ne s'y trompent pas. La statue du comte de Falloux est bien, à leurs yeux, l'affirmation, par l'Eglise de France, du haut prix qu'elle attache à la loi du 15 mars 1850, et aux droits qu'elle confère aux pères de famille soucieux de la foi de leurs enfants.

Le procès-verbal de l'assemblée départementale est suffisamment explicite sur la question de principe. Nous n'avons pas à ajouter au texte olîicieL

CONSEIL GENERAL DE MAINE-ET-LOIRE Séance du vendredi 19 avril 1912.

La séance est ouverte à 4 h. 20 sous la présidence de M. Grignon, président. M. Dautresme, préfet de Maine-et-Loire, assiste à la séance. Les fonctions de secrétaire sont remplies par M. de la Bretesche.

Le Monument de M. de Falloux

M. Bodinier rapporte sur une demande de subvention pour un monument à élever, au Bourg-d'Iré, à la mémoire de M. de Falloux. Il rappelle les services rendus à l'enseignement et à la cause de la liberté de l'enseignement chère au Conseil général, par M. de Falloux, ainsi que ceux qu'il a rendus à l'agriculture par l'introduction en Anjou de la race Durham. !M. Bodinier propose une subvention de 500 francs.

M. Desêtres déclare qu'il s'oppose au vote demandé. Il rend hommage à la grande mémoire de M. de Falloux dont le souvenir plane au-dessus de tous. Ce fut un orateur d'une courtoisie et d'une distinction parfaites, et un agriculteur remarquable. Mais là s'arrête l'éloge de M. Desêîresqui n'oublie pas, dit-il, que M. de Falloux a introduit, avec la liberté de l'enseignement, une législation qui a jeté la division dans le pays en créant deux courants d'opinions. Pour M. Desêtres, la liberté d'enseignement n'est qu'un trompe-l'œil. Il n'y a qu'une liberté, c'est celle d'enseigner la justice et le beau, et non le préjugé et l'obscurantisme. (Protestations),

L'orateur demande la mémo instruction pour tous. Il ne veut pas de l'ensoifTn'^mont privé qui est iinc hypocrisie. (Noui'elles et vives protestations).

M. de Terves, habitué à la courtoisie de son collègue dans la discussion, s'étonne du mot hypocrisie qui a dû lui échapper, quand il s'agit de la mémoire de M. de Falloux, et il ne veut pas y répondre. En réponse aux déclarations césaristes de son collègue sur l'insitruclion, M. de Terves rappelle qu'à une époque où les écoles des Frères étaient communales à Angers, comme les autres, un bi'ave curé disait que tous les instituteurs ont besoin d'émulation. A son tour, M. de Terves réclame beaucoup d'écoles. Les pères de famille choisiront ; l'Etat aura le contrôle et donnera des subsides au prorata du nombre des élèves. C'est là la vraie liberté, tandis que le monopole de l'enseignement est destructif do la famille, pierre angulaire de la société.

M. de la Guillonnière s'associe aux paroles d'éloge prononcées par M. Desèlres pour la mémoire de M. de Falloux. Mais il estime que M. Desêtres a prononcé un mot dont on n'a pas l'habitude au Conseil général. S'il y a hypocrisie quelque part, c'est du côté de ceux qui, dans leurs théories et dans leurs réunions publiques, proclament leur anticléricalisme, mais qui, dans la pratique, et lorsqu'il s'agit d'eux ou de leur famille, ne se gênent pas pour être cléricaux.

M. de Grandmaison s'élève contre l'idée d'une seule pensée et d'un seul enseignement. Le monopole n'est pas un principe républicain et la science elle-même n'est pas invariable.

M. G. d'Andigné remercie M. le rapporteur et s'associe à l'hommage rendu à M. de Falloux.

M. Bougère dit que les républicains de 1848 comprenaient la liberté autrement que ceux d'aujourd'hui.

Finalement le Conseil général vote les conclusions du rapport et la subvention de 500 francs.

Le caractère de l'hommage que nous nous appliquons à rendre au ministre de 1849 ne pouvait être plus nettement défini : c'est la Loi Falloux, c'est la Liberté d'enseignement que nous consacrons par un monument durable qui, si Dieu le permet, et si nous savons défendre nos droits, ne sera qu'un premier acte dans la voie des réclamations légales, par la presse, à la tribune, dans les réunions publiques, en vue de reconquérir la plénitude des franchises que conférait à l'enseignement libre la Loi de 1850 (1).

(1). Nous lisons au procès-verbal de la scanrc du Conseil général du samedi 20 avril 1912 :

« La séance est ouverte à 2 heures et demie, sous la présidence de M. Grignon, président. M. Dautresme, préfet de Maine-et-Loire, assiste à la séance. Les fonctions de secrétaire sont remplies par M. Blachez.

Il Remerciements. — M. le président donne lecture d'une lettre de M. Louis de Blois remerciant le Conseil général de l'hommage qu'il a bien voulu rendre à la mémoire de M. de Falloux, son grand-oncle, en votant une subvention de 500 francs pour le monument qui doit lui être élevé au Bourg-d'Iré ».

§ 10. — Derniers préparatifs.

Nous étions en juin. Le temps nous pressait, La Commission donnait ses soins à l'exécution du piédestal. Elle activait la fonte de la statue chez Durenne, dont les ateliers sont situés dans la Haute-Marne. Elle s'occupait de la grille d'entourage. Elle procédait à l'appropriation du terrain du Bourg-d'Iré destiné à recevoir la statue, travail délicat, que la nature du sol rendait particulièrement dispendieux. Un réducteur, M. Brunet, recevait la commande de la statuette et du petit buste. M. Braun, photographe des Musées nationaux, était chargé de l'exécution d'une héliogravure et de deux modèles de carte postale.

Des pourparlers étaient ouverts avec Mgr l'Evêque d'Angers, l'Académie française, la Société des Agriculteurs de France, des membres du Sénat et du Conseil général, au point de vue des discours qui seraient prononcés le 7 juillet, et de l'horaire de cette journée.

Les inscriptions à graver sur le monument étaient l'objet d'une étude minutieuse. Le texte en fut ainsi arrêté.

§ 11. — Inscriptions du Monument.

Face principale du piédestal :

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