LE CENTENAIRE DU PÈRE LACORDAIRE
K Heureux temps que celui où le bon sens pouvait se faire écouter, prévaloir contre l'emportement déraisonnable des passions sectaires ; s'imposer à l'attention du pays ; devenir l'expression authentique de la conscience nationale et installer dans l'enseignement public le respect du droit primordial et sacré des parents sur l'éducation de leurs enfants !
« Mais comment rappeler ces choses, sans saluer au moins en passant, le chevaleresque compagnon d'armes de l'abbé Dupanloup, cet intrépide Montalembert qui ne cessa pas un instant de combattre pour les droits des catholiques, depuis ce fameux procès de l'école libre, où, jeune Pair de France, il avait tenu à honneur de siéger en accusé devant ses collègues de la Haute Cour.
« Que d'affinités entre ces deux hommes si unis par le cœur, par le zèle, par l'amour ardent de l'Eghse ! On peut bien leur appliquer ce que l'épopée virgilienne dit en termes touchants de l'amitié des deux guerriers troyens, Nisus et Euryale :
« His amor unus erat, pariterque in hella l'uebant (1).
« Nous allons les retrouver bientôt, l'un après l'autre, et la main dans la main, sur un autre champ de bataille. »
Pour en finir avec la question de l'enseignement, je dois encore rappeler la part prise par Mgr Dupanloup aux discussions qui eurent lieu en 1874 et 1875, dans l'Assemblée nationale et d'où sortit la loi du 12 juillet 1875, consacrant la liberté de l'enseignement supérieur. Nos annales parlementaires gardent le souvenir des huit discours prononcés sur ce sujet par l'Evêque d'Orléans, et, en particulier, de celui dans lequel il répondit victorieusement à un adversaire dont l'éloquence impeccable et implacable, froide, mais tranchante comme l'acier (2), concluait à ce que l'Eglise fut traitée en ennemie irréconciliable de la liberté et des idées modernes, et mise hors du droit commun (3).
IL — Centenaire du Père Lacordaire.
Henri-Dominique Lacordaire est né le 12 mai 1802. De même qu'il avait paru naturel de célébrer le centenaire de Mgr Dupanloup dans la cathédrale de Sainte-Croix d'Orléans, de même la solennité commémorative de la naissance du P. Lacordaire avait
(1) /En., IX, 183.
(2) M. Challemel-Lacour.
(3) Discours prononcé dans la cathédrale d'Orléans, le 12 octobre 1902, à l'occasion du premier centenaire deja naissance de Mgr Dupanloup, évoque d'Orléans, par le cardinal Perraud, évêque d'Autun, membre de l'Académie française, Orléans, Marron, édit, m-8° pp. 17-18.